Avant même de parler de poiré, il faut parler des arbres. Car ici, les poiriers ne sont pas de simples arbres fruitiers : ce sont des monuments vivants. Dans l’Orne et la Manche, les poiriers haute-tige peuvent atteindre 20 à 25 mètres de haut et vivre jusqu’à 300 ans. Leur silhouette élancée domine les prairies où paissent les vaches normandes, dessinant un paysage unique en France.
Au printemps, ils se couvrent d’une neige de fleurs blanches, si dense qu’elle semble éclairer les chemins. En été, leurs feuilles bruissent doucement dans le vent du bocage. En automne, leurs fruits tombent dans l’herbe humide, répandant une odeur douce et légèrement épicée. En hiver, leurs branches nues sculptent le ciel gris perle de Normandie. Ces arbres sont les gardiens du terroir. Ils ont vu passer les générations, les saisons, les guerres, les fêtes, les récoltes. Et ils continuent, année après année, à offrir leurs poires aux producteurs passionnés qui perpétuent la tradition du poiré.
Domfront-en-Poiraie : la cité médiévale qui veille sur les vergers
Impossible de commencer ailleurs. Domfront-en-Poiraie, labellisé Petite Cité de Caractère® (km 0) est le cœur battant du territoire, une ville perchée sur un éperon rocheux, dont les ruelles pavées racontent mille ans d’histoire. La silhouette des ruines du château médiéval, construit par Guillaume le Conquérant, domine la vallée. On marche ici sur les traces de figures majeures de l’histoire anglo-normande : Aliénor d’Aquitaine, Richard Cœur de Lion, Jean sans Terre… Domfront fut une place forte stratégique, un bastion tourné vers les frontières du royaume. Mais au-delà de l’histoire, c’est une atmosphère qui saisit. Celle d’un village suspendu hors du temps, où chaque pierre semble raconter une anecdote.
Dès l’arrivée, le charme opère. Les ruelles pavées serpentent entre maisons à pans de bois, passages couverts et cours intérieures chargées d’histoire. Les maisons à pans de bois, les venelles étroites, les remparts et les panoramas sur le bocage donnent à la ville un charme irrésistible. On s’y promène comme dans un livre d’histoire ouvert. Depuis les remparts, le regard s’étend sur un océan de verdure. Et déjà, au loin, apparaissent les silhouettes élancées des poiriers. À Domfront, le poiré n’est pas un produit : c’est une identité. Des producteurs y ont leurs caves. Des restaurants proposent des accords mets-poiré. Des boutiques mettent en avant les produits du terroir. Des panneaux expliquent l’histoire du poiré dans la région. C’est ici que l’on comprend vraiment la profondeur culturelle de cette boisson.
Dès les premiers kilomètres sur cette route touristique, le décor est posé : haies vives, chemins creux, prairies ponctuées de silhouettes élancées… Ici, le bocage normand s’exprime dans toute sa richesse. Ce paysage, façonné par l’homme autant que par le climat, est une mosaïque vivante où chaque parcelle raconte une relation ancienne entre agriculture et nature.
Prendre la direction de Lonlay-l'Abbaye, célèbre pour son abbaye et sa biscuiterie, via les D962 et D809 (11 km). Dans le bocage ornais au cœur d’un paysage verdoyant, Lonlay-l’Abbaye séduit autant les amateurs de patrimoine que les épicuriens en quête de saveurs. Fondée au Xie siècle par Guillaume Ier de Bellême, l’abbaye bénédictine de Lonlay est le cœur historique de la commune. Elle se dresse avec majesté en lisière de la bourgade qui porte désormais son nom. Les guerres, plusieurs incendies l’endommagèrent à plusieurs reprises, jusqu’aux bombardements de 1944. Malgré les vicissitudes du temps, elle a traversé les siècles en conservant une grande partie de son architecture romane et gothique. Ses vestiges et son église abbatiale, aux lignes sobres et élégantes, constituent un patrimoine incontournable pour les passionnés d’histoire et d’architecture.
Impossible d’évoquer Lonlay-l’Abbaye sans parler de sa biscuiterie artisanale, véritable institution locale. Un passage à la boutique de la biscuiterie est un incontournable pour repartir avec un souvenir gourmand de la région. Outre son abbaye, Lonlay-l’Abbaye offre un cadre pittoresque avec ses ruelles bordées de maisons en pierre et son petit pont enjambant l’Égrenne. Le bourg conserve une atmosphère authentique, renforcée par la présence de lavoirs, d'anciens fours à pain, de puits en forme de pain de sucre, de moulins et d’anciennes bâtisses chargées d’histoire.
Nous vous proposons une étape à La Fosse-Arthour (à 6 km de Lonlay-l'Abbaye). Située à la limite des départements de la Manche et de l'Orne, la Fosse-Arthour doit sa renommée à son caractère sauvage et à la beauté de son site. Il se présente comme une gorge profonde de 70 m. Creusée dans une barre rocheuse. Au fond, coule la Sonce. Ce site a suscité un certain nombre de légendes dont la plus connue se rapporte au Roi Arthur, roi légendaire du Pays de Galles (VIe siècle après JC). La Fosse-Arthour est une étape de la route touristique "au pays de Lancelot du Lac".
Au fil du parcours, une étape s’impose à Barenton, terre de légendes et de sources féeriques, via la D907 (25 km). Barenton est un lieu à part, où la nature et les mythes se mêlent. Lieu emblématique des légendes arthuriennes, la fontaine de Barenton serait le théâtre de rencontres entre Merlin et Viviane. On y marche dans une forêt profonde, presque enchantée. Barenton est aussi un village agricole dynamique, où l’on produit poiré, cidre, jus, confitures et autres trésors du bocage. C’est ici que l’on trouve le cœur pédagogique de la route : le Musée du Poiré. Installé dans une ancienne ferme du bocage, ce musée retrace toute l’histoire et la technique de fabrication du poiré.
On y découvre : les variétés de poires, les méthodes de pressurage, les secrets de fermentation, et surtout, la patience nécessaire à l’élaboration de cette boisson. À l’extérieur, un verger conservatoire présente une centaine de variétés de poires et de pommes. C’est un lieu vivant, accessible, où l’on comprend que le poiré n’est pas seulement une boisson : c’est une culture.
Quitter Barenton, c’est entrer pleinement dans le paysage du poiré. La route se fait sinueuse, presque confidentielle. Elle invite à ralentir, à ouvrir les fenêtres, à respirer. Au printemps, les poiriers explosent en une floraison blanche et légère. Le paysage devient presque irréel, comme poudré de neige. En été, les prairies vibrent sous le vent, les haies bruissent d’oiseaux, et les chemins creux offrent une fraîcheur bienvenue. À l’automne, les vergers prennent une teinte dorée. Les poires tombent doucement, annonçant le début des récoltes. Chaque saison transforme la Route du Poiré en expérience différente, mais toujours profondément sensorielle.
Prendre la direction Le Teilleul, porte d’entrée vers la Manche, via la D36 (33 km). Chaque pierre a une histoire et derrière chaque pierre, il y a l’imprévu d'une belle rencontre historique. L'histoire de la commune est très anciennes, la châtellenie du Teilleul remonte au Xe siècle. La première trace écrite d'une souveraineté au Teilleul apparait avec Unsfrield, dit le Danois. La terre est donnée par Guillaume Longue-Épée pour le zèle de ces preux chevaliers. Ces terres furent érigées en baronnie. C'est à partir de ce moment que la ville se fortifie. Massif formidable de tours, de contreforts, de fort et de créneaux, dominant la vallée et présentant le flanc au tertre de Montécot. L'une des issues des remparts est nommée « la Basse-Porte ». En 1169 et 1173, la ville est brûlée par des rebelles dans les guerres entre Matthieu Comte de Boulogne Hascouet de Saint Hilaire et les troupes de Henri II, roi d'Angleterre, sous les ordres de Robert de Fougères. Robert-du-Mont dit que ce fut ce dernier qui incendia Le Teilleul.
Plusieurs édifices religieux prennent place à Teilleul : l'église Saint-Patrice est du XIXe siècle, toutefois la paroisse de Saint-Patrice, existant avant la construction du château, remonte à l'évangélisation du pays vers le VIe ou VIIe siècle. L'église primitive est détruite lors de l'invasion des Normands et est reconstruite à la même place. Il ne reste de cette église que deux piliers de la porte d'entrée. Le presbytère de cette église se situait au lieu-dit actuel la Chérulière. Elle était construite en arête de poisson (opus piscatum).
Autres monuments religieux : la Chapelle Sainte-Catherine d'Ouessey : chapelle domestique du logis d'Ouessey. La Chapelle Saint-Aubert de Languèves. La Chapelle Saint-Senier : petit oratoire près du lieu-dit Gué-de-Cassour. Chapelle Notre-Dame-de-Pitié : chapelle du cimetière de Saint-Patrice fondée et dotée par les seigneurs de la Campionnière. La Chapelle de la maladrerie de la Madeleine : construite vers l'époque de la mort de Louis VIII le Lion. Une croix au carrefour de la route de Domfront et de Mantilly rappelle en ce lieu la présence d'une chapelle liée à la maladrerie plantée par la famille Ferré-des-Ferris. Chapelle de Longueney et la Chapelle Sainte-Marguerite - Saint-Louis : appartenaient au duc d'Orléans.
On retrouve sur la commune, ainsi que sur celles limitrophes, des manoirs, grandes maisons bâties de pierre et souvent associés à un corps de ferme attenant mais indépendant et détaché de la maison en elle-même. Le château de la Durandière, le Manoir de la Rouérie-Bénusson des XVIe – XIXe siècles. Son appareil défensif rappelle la violence extrême des guerres de Religion dans le Mortainais. Le Château des Louvellières du XVIIe siècle. La demeure porte la date de 1658. Le Château de la Basse-Porte du XVIIIe siècle. Le Château des Ouches du XIXe siècle.
Continuez vers Mantilly, village emblématique du poiré et de la fête du poiré, via la D24 (39 km). Mantilly est souvent considéré comme la capitale du poiré. Ici, chaque famille a une histoire liée aux poiriers. Chaque verger semble raconter une légende. Autour du village, les poiriers haute-tige forment un paysage presque poétique. Au printemps, c’est un océan de fleurs blanches. En automne, les fruits tombent dans l’herbe humide, prêts à être ramassés. Chaque année, Mantilly organise une fête chaleureuse, conviviale, où l’on déguste, on échange, on danse, on découvre les producteurs. C’est un moment de partage authentique, où l’on sent battre le cœur du territoire.
Lors de votre passage, admirez Église Notre-Dame-de-l'Assomption du XIXe siècle, l'ancien prieuré de Dompierre, le Manoir de la Tournerie et le Manoir de Mantilly, la Chapelle de Rubesnard.
A présent suivre la direction de Saint-Fraimbault, connu pour ses jardins fleuris, via la D24 (48 km). L'actuelle mairie occupe l'ancien presbytère, un beau jardin public est situé derrière celle-ci. Sur la commune ce trouve le manoir de Tessé, dans lequel René de Froulay de Tessé, maréchal de France, écrivit en 1710 certaines de ses lettres, publiées en 1806. Une chapelle située à proximité a été récemment restaurée, dans le cadre d'un projet mené par la Fondation du patrimoine. Le manoir, de la Faverie du XVe siècle situé près du Pont-des-Planches, se présente sous la forme d'un logis rectangulaire percé de meurtrières horizontales surmontant les portes et qui en défendent l'accès. On y pénètre par une porte en arc brisé, et il est percé à l'étage de deux fenêtres trilobés, dont l'une, rectangulaire, est surmontée d'un linteau avec l'arc simplement esquissé. Sur la face opposé, un remplage ferme une niche à banquettes.