Martyre horrible car l’apôtre Saint-Bénigne fut d’abord écartelé puis on lui enfonça des alènes sous les ongles, on lui mit les pieds dans une auge de pierre où l’on coula du plomb. Finalement on le jeta en pâture à des chiens affamés qui l’épargnèrent. Comme il avait résisté à ces traitements barbares, on lui brisa le crâne d’un coup de barre de fer et on perça son corps d’un coup de lance. La raison de sa mise à mort est tout à fait simple : en repoussant le culte des dieux tutélaires et celui de l'empereur de Rome (gage de stabilité de la société), son attitude risquait d'ébranler le corps social. Sous l'Empire romain, le refus de se soumettre et de faire allégeance à l'empereur était puni de mort. C'est pour la même raison que, aux temps médiévaux du christianisme triomphant, ceux qui osaient dévier de la foi officielle et remettaient en cause le dogme étaient brûlés vifs. Leur comportement d'opposition et de refus menaçait l'ordre social.
Après la mort de Saint-Bénigne, une chrétienne Léonille embauma sa dépouille qui fut placée dans un sarcophage de pierre de 2,15 m X 0,80 m X 1 m de hauteur. On déposa le sarcophage dans une crypte du cimetière chrétien de l’ouest de Dijon. Le sarcophage devint l’objet d’un culte. Cinq basiliques se sont succédé sur ces lieux au cours de l’histoire, dont la première est élevée au VIe siècle sur le tombeau de Saint-Bénigne. Saint Bénigne serait apparu à l'évêque Grégoire de Langres pour lui demander d’élever un oratoire sur son tombeau. L’évêque, ému, fit construire une crypte où il descendit lui-même le sarcophage en 511, le 24 novembre. Cette date anniversaire porte le nom de Translatio Sancti Benigni. Cette histoire, rapportée par Saint Grégoire de Tours, dont l'arrière-grand-père était l'évêque Grégoire de Langres, est probablement une façon pour la hiérarchie ecclésiastique de canaliser des dévotions populaires qui pouvaient être héritées du paganisme.
Une communauté dirigée par un certain Eustade y fut fondée, peut-être déjà au VIe siècle. En 584, le Roi Gontran fait un don de mobilier à la basilique. L’ordre de la restauration de l’abbaye fut signé en 869 par Charles le Chauve. Vers 870, le monastère est transformé : l'évêque de Langres Isaac et le roi Charles le Chauve y introduisent la règle bénédictine en 871, et placé sous la direction du chorévêque Bertilon. Une nouvelle basilique carolingienne fut construite et achevée en 877. C’est vers l’an 1000 que l’Abbaye Saint-Bénigne trouve son plus grand essor. La réformation clunisienne de 989 fut organisée par Mayeul, abbé de Cluny, et Brun de Roucy, évêque de Langres. Douze moines arrivent de Cluny avec Guillaume de Volpiano qui devint leur abbé en 990.
En partie détruite, l'abbaye Saint-Bénigne conserve actuellement les restes d'une aile romane édifiée au XIe siècle, qui compte parmi les plus anciens bâtiments conventuels existant en France. Toutefois, d’importants bâtiments monastiques demeurent, dont un ensemble unique du XIe siècle, le grand dortoir du XIIIe siècle, complétés au XVIIe siècle par les religieux de Saint-Maur. L'ancienne abbaye accueille aujourd'hui les collections du musée archéologique. Mais le bâtiment donne encore à voir la salle capitulaire, le scriptorium, le dortoir des moines et de nombreuses sculptures, vestiges du programme décoratif de l'abbaye.
L'église abbatiale
Église abbatiale, est devenue la Cathédrale Saint-Bénigne de Dijon.
Salle capitulaire
La salle capitulaire a été compartimentée et transformée en cave par les Mauristes. Elle se compose de trois salles en berceau, structure remplaçant les compartiments voûtés d’arêtes sur colonnes d’origine. Dans le mur ouest qui s’ouvrait sur le cloître ont été retrouvés des vestiges d’arcades géminées et de piliers cruciformes de la disposition primitive. La salle du chapitre est la plus ancienne salle capitulaire encore en élévation en France, elle date de la première moitié du XIe siècle. Jusqu'au XVe siècle, elle garde cette fonction et sert de lieu d'inhumation : 4 sépultures furent relevées dans cette pièce, 5 abbés et 2 seigneurs. Elle est plus tard transformée en cave par les moines de la congrégation de Saint-Maur qui s'installent dans l'abbaye au XVIIe siècle. Selon le plan mauriste de 1670, le chapitre est transféré au premier étage, dans le dortoir gothique.
Scriptorium
La salle attenante à la salle capitulaire, supposée être le scriptorium ou salle des moines, est longue de 30 mètres, elle date également de la première moitié du XIe siècle. Le rehaussement du niveau du sol en mille ans d'existence a transformé cette salle située autrefois au rez-de-chaussée, en crypte. Les accès extérieurs qui donnaient sur le cloître ont été condamnés. La longue salle est divisée en trois nefs avec des voûtes d’arêtes appareillées et des piliers carrés et ronds aux triangles renversés du type de Chapaize. Un petit espace au nord conserve une cheminée. La belle salle se compose donc de trois nefs de onze travées avec voûtes d’ogives sur des séries de colonnes. Les deux étages supérieurs du bâtiment sont modernes et abritaient les cellules des Mauristes.
Dortoir des moines
Le dortoir des moines est construit à la fin du XIIIe siècle, au-dessus du scriptorium de l'époque romane. Il servit plus tard de chapitre, de réfectoire et de cuisine. Il est construit avec des voûtes d’ogives, en style gothique. En 1652, les mauristes font surélever l'aile par un niveau supplémentaire pour ajouter de nouvelles cellules. Les baies sont agrandies. Le toit est recouvert de tuiles plates de couleurs: blanches, noires, rouges et vertes.
La maladrerie
La maladerie est située à l'entrée de l'abbaye, elle accueillait les pèlerins et les voyageurs.
Cloître
Le cloître roman avec ses quatre ailes desservaient les principaux édifices abbatiaux. On a retrouvé dans le cloître, les sépultures de 65 personnes.
La galerie orientale forme un angle droit avec l'église et abritait la salle capitulaire, le scriptorium au niveau du rez-de-chaussée et le dortoir au niveau I, les autres bâtiments : cuisine, réfectoire, bibliothèque, logement de l'abbé ont tous disparus en élévation. Dans cette galerie furent retrouvées les sépultures de: 14 moines, 11 seigneurs, 1 duc, 1 curé, 3 abbés. Dans la galerie occidentale : 12 moines, 1 seigneur, 1 inconnu, 1 clerc, 1 curé, 1 bourgeois. Dans la galerie septentrionale : 4 moines, 2 inconnus, 1 curé. Dans la galerie méridionale : 11 moines.
Le cloître a été rehaussé de deux mètres, par les moines mauristes au cours de la deuxième moitié du XVIIe siècle, modifiant l'aspect extérieur du bâtiment. On leur doit également l'ajout d'un étage pour de nouvelles cellules (niveau 2) au-dessus du dortoir gothique devenu salle du chapitre et réfectoire. Dont les étroites fenêtres sont remplacées par de grandes baies cintrées. Un large escalier est également ajouté distribuant encore aujourd'hui les différents niveaux du bâtiment.
Jardins
La rivière du Raisne, affluent de l'Ouche traverse les jardins inférieurs de l'abbaye. Autour du cloître et de son jardin, aujourd'hui square des Bénédictins, se trouvaient entre autres le réfectoire, le cellier et la cuisine attenante. Des galeries couvertes facilitaient la déambulation autour du jardin. L'ensemble de ces bâtiments a disparu aujourd'hui en élévation. Plusieurs éléments sculptés ont pu être préservés et sont présentés dans les collections du musée : chapiteaux, tympans, statuaire du Christ...
Cimetière
Au Moyen Âge l'investiture du maire et des échevins se faisait dans le cimetière de l'abbaye Saint-Bénigne en face au portail de l'église Saint-Philibert.
Palais abbatial Saint-Bénigne
Le palais abbatial du XVIIIe siècle derrière le chœur de l’église est l’ancien palais épiscopal. À partir de la réforme de l'abbaye par les mauristes, de nombreux projets de reconstruction des bâtiments réguliers se succèdent, mais seuls quelques réaménagements de peu d'envergure ont lieu. Le Palais abbatial renferme aujourd'hui l'École nationale supérieure des beaux-arts de Dijon.
Beaucoup de bâtiments de l’abbaye médiévale ont disparu : le cloître des novices, les cuisines, le réfectoire, le chauffoir, la bibliothèque, l’infirmerie, la chapelle Saint-Benoît qui communiquait avec la salle capitulaire, le bâtiment de la Miséricorde et les remparts.
Le musée archéologique
Les collections du musée sont présentées dans la salle capitulaire et le scriptorium du début du XIe siècle (niveau 0), le dortoir des moines dont les voûtes datent de la fin du XIIIe siècle (niveau 1). Des salles plus récentes (niveau 2) et un escalier du XVIIe siècle complètent cet ensemble. Vous pouvez découvrir un vaste panorama de la présence de l'homme en Bourgogne, de la Préhistoire au Moyen Age, à travers les sites fameux de la région : Dijon, Alesia, Les Bolards, les Sources de la Seine, Vertault, Mâlain...
Au niveau 0, les ex-voto du sanctuaire gallo-romain des sources de la Seine rendent hommage à la déesse Sequana et à son culte. Voisinent de nombreuses stèles et bas-reliefs, dont celle du "Marchand de vin" de Til-Châtel, permettant des évocations de la vie quotidienne semblables à celles découvertes à Pompéi ou Herculanum. Les anciennes murailles du Castrum de Divio ont livré, au siècle dernier, de nombreuses sculptures, dont vous découvrirez ici les plus représentatives.
Au niveau 1, les voûtes gothiques accueillent les collections médiévales dans une présentation très récemment renouvelée. Les sites de l'abbaye Saint-Bénigne et de la Chartreuse de Champmol sont particulièrement mis en valeur, complétés d'autres sites bourguignons tels Moutiers-Saint-Jean, Curtil-Saint-Seine.
Puis la vie quotidienne à l'époque gallo-romaine est abordée avec la fouille du site de Mediolanum (Mâlain). Une maquette didactique présente une villa fouillée à Selongey. Les artisanats diversifiés sont abordés (bronziers, forgerons, verriers...) ; ils font écho aux effigies de nombreuses divinités de la région. Une introduction à l'époque mérovingienne permet d'admirer les bijoux et les armes que les habitants de la Bourgogne portaient à cette époque ; fibules incrustées de grenats, boucles de ceinture plaquées d'argent, boucles d'oreille en or, umbo de bouclier et épées placés dans les tombes des guerriers burgondes et francs.
Sculptures
Les sculptures romanes, provenant de l'Abbaye Saint-Bénigne et du département, sont très intéressantes. Il y a deux tympans romans provenant de l’abbaye de Saint-Bénigne qui datent de 1150-1160. Les différents édifices de l'abbaye furent ornés de plusieurs tympans richement sculptés. L'un ornait la façade occidentale de l'abbatiale, connu par une gravure, et dont quelques éléments sont conservés au Musée Archéologique. Les gravures de dom Plancher conservent le souvenir d'un tympan représentant le martyr de Benigne. On a parfois supposé qu'il provenait aussi de la façade occidentale, mais cela paraît peu probable. Son emplacement originel reste inconnu.
Un autre fut découvert en 1833 dans les maçonneries de l'église. Plusieurs fois déplacé, son emplacement d'origine est difficile à déterminer. Il ne semble pas possible cependant qu'il s'agisse du portail donnant dans le cloître comme on l'a pensé au XIXe siècle. Lors des travaux menés par les mauristes, il fut remployé comme décors de l'enfeu du tombeau du cardinal de Givry. Il représente le Christ en majesté, entouré des quatre vivants. Il pourrait être daté de la fin du XIIe siècle. Le Christ bénissant de la main droite se trouve dans la mandorle et porte le livre. Quatre anges et les symboles des quatre Evangélistes l’entourent.
Un autre décorait la porte du cloître donnant accès au réfectoire, décoré de la Cène. Sa réalisation pourrait être placée dans le second tiers du XIe siècle. Assez différent des autres tympans sculptés de l'abbaye, ses sculptures se rapprochent du "relief Crosby" retrouvé à Saint-Denis. Il montre onze personnages avec le Christ nimbé avec le pain au centre et les apôtres dont on peut reconnaître Jean, Judas et Pierre. Des inscriptions entourent les deux tympans.
Deux têtes du milieu du XIIe siècle sont conservées des statues-colonnes du grand portail ouest de l’abbatiale : la tête de St-Bénigne du trumeau et la tête de St-Pierre d’un piédroit. Quatre bas-reliefs du XIe siècle proviennent du chevet de la chapelle orientale de l’église : deux aigles et deux reliefs aux lions. Il y a plusieurs chapiteaux provenant de l'Abbaye Saint-Bénigne : quelques chapiteaux dans le style de ceux de la crypte du XIe siècle, des feuillages et des lions de la première moitié du XIIe siècle et des crochets provenant de la rotonde du milieu du XIIe siècle. Enfin, il y a encore des frises et des corniches à rinceaux et des modillons à copeaux.
Les autres sculptures romanes proviennent des églises de la Côte d’Or. Deux beaux chapiteaux historiés de l’église Saint-Philibert de Dijon datent du dernier quart du XIIe siècle. L’une représente l’Annonciation, l’Ange avertit Joseph et la Visitation tandis que l’autre montre la Nativité avec Joseph, la Vierge, l’Enfant et les animaux.
Quatre chapiteaux du XIIe siècle sont de l’abbaye de Moutiers-Saint-Jean : Daniel dans la Fosse aux Lions (vers 1130-1140), des aigles affrontés, et deux chapiteaux aux feuilles d’acanthe. Un fragment du gisant de l’abbé Pierre (après 1179) provient également de Moutiers. Deux chapiteaux très primitifs du début du XIIe siècle proviennent d’un atelier local de Curtil-Saint-Seine : un lion et un orant.
D’autres sculptures sont de l’ancienne église Saint-Gilles de Saint-Seine-l’Abbaye : une clé d’arcature d’un lion se mordant la queue du début XIe siècle, l’écoinçon de la Luxure avec deux serpents enroulés autour d’une femme (vers 1130-1140) et un fragment de pilastre. Des bornes délimitant les territoires des abbayes de Saint-Seine-l’Abbaye et de Flavigny montrent les figures de saint Pierre et de saint Seine (1288). Mentionnons enfin les miniatures de la bible de Saint-Bénigne du XIe siècle, des têtes gothiques provenant de l’église Notre-Dame, une statue du Christ de Claus Sluter, une plaque-boucle historiée mérovingienne en bronze de Renève, des sarcophages et de nombreux objets gallo-romains.