Histoire de l'abbaye devenue Cathédrale Saint- Bénigne.
Cinq basiliques se sont succédé ici au cours de l’histoire depuis le VIe siècle sur le lieu du tombeau de Saint-Bénigne, évangélisateur qui aurait été martyrisé à Dijon.
Une première église fut commencée vers 510. En 511 sous le règne du roi mérovingien Clovis Ier. Grégoire, évêque de Langres fait construire la crypte pour y déposer le sarcophage de saint Bénigne dans une chapelle et devint objet d’une vénération remarquable au début du VIe siècle. Une basilique consacrée à Saint Bénigne en 535, est construite sur la crypte. Un cimetière chrétien avec des monuments funéraires dit "le cimetière des basiliques" entourait la basilique. Une communauté dirigée par un certain Eustade y fut fondée, peut-être déjà au VIe siècle. En 584, le Roi Gontran fait un don de mobilier à la basilique. L’ordre de la restauration de l’abbaye fut signé en 869 par Charles le Chauve. En 871, Isaac, évêque de Langres, fonde un monastère bénédictin régie par la règle de saint Benoît et placé sous la direction du chorévêque Bertilon avec pour abbatiale l'église Saint-Bénigne de Dijon.
La nouvelle basilique carolingienne fut construite et achevée en 877. Des bâtiments monastiques entouraient l’église. L'évêque de Langres Brunon de Roucy établit en 989 l'Ordre de Cluny à l'abbaye Saint-Bénigne. À sa demande, Mayeul, Abbé de Cluny, y détache des « moines d'élite ». Douze moines arrivent à Dijon le 24 novembre 989.
La réformation clunisienne de 989 fut organisée par Mayeul, abbé de Cluny, et Brun de Roucy, évêque de Langres. Douze moines arrivent de Cluny avec Guillaume de Volpiano qui devint leur abbé en 990.
En 990, l'évêque Brunon de Roucy fait venir Guillaume de Volpiano de l'abbaye de Cluny pour régénérer la vie monastique dans l'abbaye de Saint-Bénigne et y introduire la liturgie clunisienne. L’illustre italien est considéré comme constructeur de l’énorme église lombarde érigée au début du XIe siècle par des ouvriers d’Italie.
Les bâtiments menacent de tomber en ruine. D'après la Vita Domni Willelmi abbatis divionensis que Raoul Glaber rédige peu de temps après sa mort, ce sont Brunon et Guillaume qui décident ensemble de reconstruire l'abbatiale. Ils se sont partagé la tâche : Brunon paie les dépenses et fait amener des colonnes de marbre sur le chantier, l'abbé Guillaume engage des maîtres et ordonne la construction de l'édifice sur le modèle de Cluny II. Raoul Glaber indique que les reliques de saint Bénigne étaient au centre du projet architectural.
Comme il apparaît dans le sermon que prononce Guillaume de Volpiano le jour de la dédicace de l'abbatiale, il ne s'agit pas pour lui d'introduire un changement mais d'un ressourcement du passé face à un présent considéré comme dégradé. Cependant, cette volonté de retrouver un passé a engagé la société dans un processus de transformation qui a donné naissance à une réalité nouvelle. C’est vers l’an 1000 que l’abbaye trouve son plus grand essor.
La construction de la nouvelle abbatiale s'est déroulée dans un temps très court après la découverte des reliques de saint Bénigne. Le chantier s'est ouvert en 1001 et la basilique a été consacrée en 1016 et la rotonde deux ans plus tard.
Le 14 février 1002, la première pierre des nouveaux bâtiments est posée. Guillaume dirige lui-même les ouvriers venus d’Italie. Il s’agit de construire trois sanctuaires, sur l’emplacement des constructions du IXe siècle, composés d'une église souterraine, de l'abri du tombeau de saint Bénigne, d'une église au niveau du sol pour le culte, d'une rotonde au chevet des deux églises de trois étages. Ces trois constructions couvraient une longueur de cent mètres et une largeur de vingt-cinq mètres. L’étage inférieur de la rotonde : la crypte de la cathédrale, est le seul vestige actuel de cet ensemble. Commencée le 14 février 1001, la basilique fut consacrée le 30 octobre 1016 par l’évêque Lambert. La rotonde orientale dédiée à Sainte-Marie fut consacrée le 13 mai 1018.
La communauté monastique s'était agrandie, passant de douze moines de Cluny venus avec Guillaume de Volpiano à environ quatre-vingt en 1016. Vers 1100, un grand incendie détruit le clocher central et une partie du chœur de l’église. Elle fut restaurée par l’abbé Jarenton et consacrée à nouveau le 17 février 1107 par le pape Pascal II.
Les bâtiments de l’abbaye Saint-Bénigne ont été reconstruit par l’abbé Halinard entre 1031 et 1052. Dijon fut en grande partie dévastée par le feu le 28 juin 1137. L’église de Volpiano fut en partie incendiée, sa charpente et les bâtiments de l’abbaye furent détruits par les flammes. Une nouvelle église romane fut construite par l’abbé Pierre de Genève. Elle fut consacrée le 31 mars 1147 par le Pape Eugène III.
Un autre incendie dévasta St-Bénigne en 1271 et le clocher central fut à nouveau détruit et la nef s’écroula. Une reconstruction complète de l’édifice était nécessaire. Une église gothique fut construite de 1280 à 1325 ne conservant que la rotonde et le portail occidental de l’église romane. La translation des reliques de saint Bénigne vers le maître-autel eut lieu en 1288 par Hugues d’Arc-sur-Tille. Entre 1280 et 1393 l'église Saint-Bénigne est reconstruite en style gothique sur la précédente basilique effondrée. La rotonde est conservée à l'est de l'église. Elle fut consacrée le 27 avril 1287 et le 9 avril 1393.
Le 31 juillet 1479, l'église est témoin du roi de France Louis XI qui confirme sa protection royale pour la ville de Dijon.
Le régime de la commende au début du XVIe siècle fait tomber l’abbaye dans l’oubli. Les bénédictins de Saint-Maur réforment et restaurent le monastère en 1651. Le jubé de l’église fut détruit en 1740. L’époque révolutionnaire marque la fin de l’abbaye, qui fut sécularisée, et de nombreuses destructions de ses bâtiments de 1789 à 1793. La grande rotonde romane de Volpiano, qui avait survécu à tous les incendies précédents, fut détruite en 1792, à l’exception de la crypte, étage inférieur de la rotonde, qui est comblé avec les décombres et nivelée sous la cour de l'archevêché. . Le portail ouest fut mutilé en 1794. L’église devint temple de la raison puis paroissiale en 1795.
Les vestiges de la rotonde sont redécouverts accidentellement en 1844 et un début de dégagement est amorcé. Mais c'est à l'occasion du projet de création d'une nouvelle sacristie à l'est de la cathédrale que la rotonde est restaurée à partir de 1858 par Jean-Philippe Suisse, architecte diocésain, sous la supervision d'Eugène Viollet-le-Duc. L'exiguïté du terrain et la forte axialité du chevet amène Jean-Philippe Suisse à un projet audacieux pour la sacristie : une composition néogothique dans l'esprit du chevet de la cathédrale, située au-dessus de la rotonde et reprise par des arcs en sous-œuvre portant sur deux piliers, évitant le report des charges sur les colonnes du xie siècle.
La rotonde elle-même est restaurée avec beaucoup de scrupules : si l'état très dégradé des maçonneries impose une reconstruction, les colonnes anciennes sont remployées autant que possible, le traitement des voûtes évoque les techniques médiévales de banchage. Charles Suisse, fils de Jean-Philippe, succédant à son père à partir de 1878, achève le dégagement de la chapelle axiale de la rotonde. L'édifice est ainsi à la fois un témoin majeur de l'architecture pré-romane et de l'histoire des restaurations.
Le 23 décembre 1951, le vicaire de la cathédrale Saint Bénigne, Jacques Nourissat, en accord avec l'évêque, fait brûler l'effigie du Père Noël sur le parvis de la cathédrale pour protester contre la dérive commerciale et païenne de la fête religieuse. L'événement fait alors grand bruit dans la ville et dans la presse nationale. En mars 1952 Claude Lévi-Strauss le commente dans le texte intitulé Le Père Noël supplicié qui paraît dans la revue Les Temps modernes.
La visite de la Cathédrale Saint- Bénigne
L’ensemble qu’on visite actuellement comprend l’église gothique, la crypte romane située derrière le chœur et les bâtiments monastiques situés au nord de l’église et abritant le musée archéologique. L'abbatiale avait deux fonctions, église abbatiale et église de pèlerinage. Le tombeau de Saint-Bénigne se trouvait dans la crypte, à l'aplomb de l'autel majeur dédié à Saint-Maurice et Saint-Bénigne. Les fouilles entreprises en 1976-1978 ont montré que l’église préromane de Saint-Bénigne et sa rotonde étaient de tradition architecturale romaine, carolingienne, ottonienne, en utilisant des modes de construction lombards.
Le portail
L'ancien portail de l'église abbatiale fut réalisé entre 1137 et 1147, après l'incendie qui ravagea la ville de Dijon le 28 juin 1137. Il disparut lors du réaménagement de l'église devenue cathédrale en 1813 dont seuls les piedroits furent conservés et en partie refaits. Au XIVe siècle, lors de la reconstruction, ce portail roman est mis en place à la porte occidentale de la nouvelle église gothique. Au tympan, on retrouve le Christ en majesté et la représentation allégorique de l'Église et de la Synagogue.
On y trouve également les thèmes de la Nativité, l'Annonce aux bergers, les rois mages à cheval. Le tympan est encadré de quatre voussures sur lesquelles se trouvent les anges, Hérode et le massacre des Innocents, les vieillards de l'Apocalypse, ainsi que des rinceaux de feuillages avec des oiseaux et des sphinx. Sur le trumeau une sculpture de saint Bénigne. Sur les huit piédroits des statues colonnes de 2 mètres de haut, représentant de gauche à droite : Salomon, Aaron, saint Paul, Ezéchias, David, saint Pierre, Moïse, et la reine de Saba.
De ce portail, il ne reste plus aujourd'hui que cinq morceaux : la tête de saint Bénigne qui provient de la statue du trumeau, la tête de saint Pierre, deux violes qui faisaient partie d'un voussure, ainsi qu'un morceau de l'archivolte.
Nef
La nef fit l'objet de plusieurs sondages archéologiques entre 1976 et 1978 sous l'autorité de Carolyn Malone. On a retrouvé dans la nef, 7 sépultures dont deux bourgeois, un abbé, et quatre moines. La nef, avec sa pierre en couleur naturelle, est de style gothique bourguignon. Une des spécificités du style dit «bourguignon» est le passage situé au-dessus du triforium à la base des fenêtres hautes. Les piliers qui soutiennent les grandes arcades sont coupés de manière assez heureuse par un tailloir qui reçoit une statue d'Apôtre. Sous la nef actuelle, se trouve l'église inférieure ou crypte desservie par un escalier qui fut dégagé lors des sondages du XXe siècle.
Chœur
Dans le chœur reposaient 4 abbés. On observe dans le chœur un large parement entre le triforium et les fenêtres hautes : c'est une particularité de Saint-Bénigne.
La Rotonde
Cette rotonde dite "chapelle Saint-Jean-Baptiste", d'un type rare dans l'architecture médiévale occidentale, le volume circulaire de 16,5 mètres de diamètre, reposant sur trois anneaux de 8, 16 et 24 colonnes, était d'une ampleur considérable pour le XIe siècle. Aujourd'hui réduite à son étage souterrain, elle comptait trois niveaux principaux et plusieurs accès depuis le vaisseau principal. Son programme avait été conçu en lien étroit avec les processions qui s'y déroulaient. Les fouilles faites en 1976-1978 ont permis d'en retrouver l'entrée située entre la quatrième et la cinquième travée de la nef. La rotonde dédiée à la Vierge et à tous les martyrs était une église en elle-même.
L'accès aux espaces inférieurs se faisait depuis la crypte sous la nef par le tombeau de Saint Bénigne, qui ouvre sur le niveau inférieur, dédié à Jean-Baptiste, figurant les précurseurs de l'église et ses premiers témoins. L'étage supérieur, de niveau avec la nef et le choeur, était dédié à la Vierge, figure médiatrice entre l'humanité et la divinité. Il était prolongé par une chapelle axiale à l'est, sous le même vocable. Le troisième niveau, plus lumineux et dégagé, était dédié à la Trinité.
La rotonde comprend une partie centrale de plan octogonal où se trouve l’autel. Huit colonnes monolithes aux chapiteaux épannelés supportent la voûte à huit ogives (refaite en 1858). Le double déambulatoire entourant la partie centrale complète trois cercles concentriques. Le déambulatoire interne est voûté en berceau annulaire et le déambulatoire externe est voûté de berceaux à pénétrations et de huit compartiments d’arêtes sur doubleaux. Seize colonnes monolithes séparent les déambulatoires et 22 demi-colonnes d’alternance faible et forte allègent le mur extérieur. Les murs sont en petit appareil et les baies montrent des claustra reconstitués au XIX e siècle d’après des fragments. On y trouve deux sarcophages anciens.
La sculpture étonnante de quelques chapiteaux de la crypte est l’œuvre de l’un des premiers ateliers de la sculpture romane en Bourgogne, avec celui de Tournus. Les chapiteaux de la crypte présentent un ensemble remarquable de la sculpture du début du XIe siècle. Ils décorent les colonnes de la rotonde et des chapelles où ils ont été remis en place pendant la restauration du XIXe siècle. L’ensemble est attribué à plusieurs sculpteurs, dont un moine italien nommé Hunaldus. Leur style archaïque de sculpture présente peu de relief.
Quatorze chapiteaux ont reçu un décor particulier, les autres sont sculptés de motifs géométriques simples ou sont simplement épannelés, aux angles abattus ou modernes. Dans la rotonde, deux chapiteaux entre les déambulatoires sont sculptés d’orants sur les quatre faces : des hommes en position de prière aux bras levés et mains ouvertes. A l’ouest de la rotonde deux chapiteaux en ronde-bosse sont sculptés de visions de l’Apocalypse avec des animaux et des oiseaux : les quatre symboles de la Vision d’Ezéchiel et un Centaure au cavalier chevauchant un cheval. Dans une chapelle au sud-ouest de la crypte se trouve le beau chapiteau d’un personnage qui surgit d’un feuillage, avec des cheveux aux palmettes stylisés. Pas loin se trouve un décor végétal avec des masques bovins et des serpents entrelacés. Les parties occidentales de la crypte conservent quelques autres chapiteaux sculptés : des décors végétaux avec entrelacs de style carolingien, symboles, palmettes, feuillages et animaux. Quatre autres chapiteaux sont sculptés de feuilles simples.
La proximité, symbolique et architecturale, de la rotonde avec la Panthéon de Rome est particulièrement visible à ce dernier niveau, couvert d'une coupole percée en son centre d'un jour qui illuminait tous l'édifice par le percement du sol des deux niveaux supérieurs. Une autre source antique peut aussi être invoquée, celle des mausolées de l'antiquité tardive.
Les tableaux que l'on peut admirer dans la cathédrale Saint-Bénigne sont, pour l'essentiel de saisies révolutionnaires, ils proviennent des églises et des couvents voisins. Ils datent tous des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Beaucoup sont des copies réalisées par des grands noms de la peinture.
L'orgue
Construit de 1740 à 1745 par Charles-Joseph Riepp et son frère Robert, originaires d'Ottobeuren en Souabe, l'orgue de l'abbaye bénédictine Saint-Bénigne était le plus important alors réalisé en province, avec son jeu de montre de 32 pieds au clavier de Grand Orgue. Charles-Joseph Riepp construisait dans le style français ; on lui doit aussi l'orgue de Dole et les orgues de l'abbaye d'Ottobeuren où il a réalisé plus tard une synthèse des styles français et allemand. En 1787, Jean Richard, de Troyes, reconstruisit l'instrument : l'étendue des claviers passe de 51 à 54 notes, les sommiers sont changés, le plein-jeu est augmenté de deux rangs et le chœur d'anches est refait à neuf.
La visite de Dijon ne se limite pas qu’à la Cathédrale Saint- Bénigne. Les amateurs de l’art roman peuvent admirer aussi l’ancienne église Saint-Philibert qui se trouve en face de Saint-Bénigne. La ville possède quelques autres monuments de l’époque romane.