Pour entrer dans la cité médiévale de Semur-en-Auxois, il faut franchir la barbacane Guillier, ouvrage défensif situé en avant de porte Sauvigny pour protéger la ville. Entrée majestueuse dans la ville fortifiée, les portes franchies, on découvre le charme des jolies ruelles pavées bordées de maisons à colombage qui invitent volontiers à remonter le temps. La période médiévale est présente dans la cité à travers son architecture monumentale mettant en vis-à-vis les pouvoirs spirituel et temporel. Dans la rue qui mène à l’Eglise on observe des façades de maisons ornées de gargouilles, mais aussi un puits, source d’eau unique au Moyen Age et indispensable pour tenir un siège, ainsi que quelques cadrans solaires. Le centre de Semur-en-Auxois est occupé par la Collégiale Notre-Dame ouverte sur une place, qui était au Moyen Age investie par la halle du marché.
L’élégance de la construction gothique est magnifiée par la diversité ornementale qui s’offre au regard : contreforts coiffés de chaperons et fleurons, pinacles s’élançant hardiment, gargouilles truculentes, visages empreints de piété, ensembles sculptés évoquant la vie quotidienne comme le remarquable calendrier de pierre qui orne les voussures de la porte des Bleds. La façade, qui donne sur la place Notre-Dame, est dotée de deux tours carrées tandis que le transept est coiffé d’un clocher octogonal, d'une hauteur de 58 mètres. L’église Notre-Dame de Semur-en-Auxois, dont les dimensions sont relativement importantes, présente un plan en croix latine. Le “massif oriental”, compris le chevet, le chœur et le transept, s’impose tant par sa largeur que par sa longueur qui égale presque celle de la nef tout entière.
Le chœur de type bénédictin, particulièrement spacieux, est profond de trois travées flanquées de doubles collatéraux et terminé par une abside sur laquelle vient se greffer un déambulatoire à trois chapelles rayonnantes non contiguës. L’élévation intérieure du chœur est à trois niveaux : grandes arcades, triforium et fenêtres hautes. Les grandes arcades brisées, plus étroites dans l’abside, reposent, par l’intermédiaire de chapiteaux à double rangée de crochets et tailloirs polygonaux, sur des colonnes monocylindriques appareillées. Le triforium domine le chœur, utilisé essentiellement en architecture médiévale à partir du XIe siècle. Le triforium est un composant essentiel de l'élévation interne dans l'architecture gothique, celui de la Collégiale Notre-Dame est agrémenté de nombreuses têtes sculptées, représentant les différents personnages de la société du XIIIe siècle. Le transept, dont les façades septentrionale et méridionale s’alignent sur les murs gouttereaux des bas-côtés du chœur, comporte dans chacun de ses bras deux travées rectangulaires. La croisée est régulière. La nef à trois vaisseaux compte sept travées. Précédée d'un vaste porche à trois portails, la nef surprend par son étroitesse et son élévation. L’abside se termine par trois chapelles rayonnantes.
Le maître d'oeuvre s'est sans doute inspiré de la cathédrale Saint-Étienne d'Auxerre, dont le chevet était bien avancé vers 1225, pour construire celui de Semur, mais aussi de l'église Notre-Dame de Dijon. C'est notamment, comme le rappelle Denise Borlée, l'usage du délit qui traduit cette filiation. Toutefois, le maître d'oeuvre, comme souvent au Moyen Âge, ne s'est pas contenté de reproduire purement et simplement des édifices ou des plans déjà connus. De la sorte, les grandes dimensions des fenêtres hautes sont un marqueur original de l'église Notre-Dame de Semur. D'ailleurs le parti a semble-t-il été modifié au cours de la construction, puisque la nef ne compte que deux étages et que le caractère élancé de celle-ci ne laisse pas de surprendre, compte tenu de la faible largeur du vaisseau. On le voit aussi au niveau du triforium de la nef, qui ménage un passage devant les grandes baies, à la différence des monuments précédemment cités. Du point de vue de la sculpture, on admirera certaines clés de voûtes illustrant le thème des arts libéraux représentés en jeunes hommes, en quoi l'artiste s'est écarté d'une tradition iconographique bien attestée pour se montrer original, lui-aussi.
Sur le bas-côté nord se succèdent depuis le transept : la chapelle des drapiers du XVIe siècle dont les vitraux représentent la tonte, le lavage, le travail du foulon, la coupe, le cardage, le tissage et le peignage ; la chapelle des bouchers du XVIe siècle dont les deux vitraux représentent l'abattage d'un bœuf et la préparation de la viande ; la chapelle Sainte-Barbe du XVIe siècle ; la chapelle du Saint Sépulcre, où est déposée une Mise au tombeau polychrome de la fin du XVe siècle qui a été attribuée à Antoine Le Moiturier, imagier à la cour des Ducs de Bourgogne et avec un vitrail à la mémoire des soldats américains morts pendant la guerre de 1914-1918.
Depuis que les corporations ont vu le jour au XIIIe siècle, régissant les différents corps de métiers, certaines d’entre elles possèdent leur propre chapelle au sein de la Collégiale Notre-Dame. Chargées de les entretenir et de les décorer, les chapelles attestent encore aujourd’hui de la puissances de ces corporations dans la cité de Semur-en-Auxois, notamment la chapelle des drapiers. La chapelle est fermée par une grille en fer forgé coiffée de chardons, à partir desquels sont fabriqués les peignes à carder, et symbole de la profession. Les vitraux du XIVè siècle, montrant les étapes de fabrication des draps de laine, sont un rare exemple d’iconographie non religieuse. En haut, saint Blaise, le patron des drapiers, se trouve dans le médaillon central. Comme des bulles de bande dessinée, les autres parties du vitrail nous montrent le ramassage de la laine, la préparation de la laine débarrassée de ses impuretés et dessuintée, la formation des écheveaux, le tissage, puis le foulage et le lainage pour redresser les fibres et leur donner un aspect duveteux, et enfin la tonte pour couper les fibres avec des forces : grands ciseaux métalliques. La chapelle des bouchers, puissante confrérie dans les villes. Il subsiste encore deux médaillons d’origine des vitraux. Sur le premier le bœuf est assommé avec la hache retournée tandis que le second montre le découpage de la viande sur l’étalage de la boutique. On peut encore observer de belles œuvres, notamment dans les chapelles du collatéral nord dont un tableau sur bois du XVIè siècle évoquant la généalogie du Christ par la représentation de l’Arbre de Jessé.
A l’intérieur de la Collégiale Notre-Dame, le regard se laisse séduire par la richesse des détails qui ornent chapiteaux, culs de lampe ou bien encore les clés de voûtes. Véritable livre de pierre, c’est aussi la rencontre entre l’iconographie sacrée et l’iconographie profane dont la diversité s’exprime sur la richesse des matériaux utilisés. En effet, pierre, bois, vitrail, métal sont autant de supports d’expressions artistiques de grande qualité. En ressortant de la Collégiale Notre-Dame, nous vous invitons à en faire le tour afin de voir le très beau tympan sculpté du XIIIe siècle du portail nord particulièrement remarquable appelé "la porte des Bleds" car il ouvrait au Moyen Age en direction des champs de blés.
Ayant échappé au vandalisme révolutionnaire, c’est une œuvre de référence pour la sculpture bourguignonne du XIIIe siècle. Le portail était surmonté d’un porche qui fut abattu en 1705 à la demande des habitants car il gênait la circulation jusqu’au cimetière, situé à l’arrière de l’église. Il servait de porte d’entrée aux fidèles dans l’église. Ce portail au tympan assez bien préservé est orné de scènes légendaires de la vie de saint Thomas, issues d'un texte apocryphe, les Actes de Thomas, qui narrent l'évangélisation des Indes par l'apôtre Thomas. Les scènes du tympan, qui se lisent de haut en bas et de gauche à droite et de droite à gauche, relatent l’épisode de la crédulité de Saint Thomas et se déroulent sous la protection du Christ bénissant placé au sommet de la composition. Cette iconographie est très rare sur les tympans au XIIIe siècle, ce qui en fait toute son originalité.
Au registre supérieur du tympan, le Christ, entre deux anges, bénit de la main droite tandis que, dans la main gauche, il tient le globe du monde. Au registre intermédiaire, à gauche, saint Thomas, dubitatif quant à la véracité de la résurrection, met son doigt dans la plaie du Christ entre les côtes. La scène suivante montre Abanes, au service du roi des Indes, que ce dernier a envoyé trouver un architecte pour construire son palais. Le Christ lui suggère d'emmener Thomas avec lui. Finalement, la narration se termine à droite par une dernière scène montrant Abanes et saint Thomas embarqués sur un bateau pour se rendre aux Indes.
Le registre inférieur est consacré à des épisodes qui se déroulent dans ce pays lointain. On y voit saint Thomas recevant l'argent du roi Gondofarus pour construire le fameux palais, la scène du mariage de la fille du roi où diverses péripéties, notamment le fait que saint Thomas ait distribué l'argent du roi aux pauvres, entraînent son incarcération, avant l'issue miraculeuse de l'histoire. Aux voussures des personnages placés sous des dais illustrent les travaux des mois. À la clé de la deuxième voussure, un ange tient deux couronnes. Le style du groupe de sculpteurs qui s'est illustré là se retrouve dans des églises importantes de la région, telles Rougemont et la Madeleine de Vézelay dans la statuaire du pignon de la façade, vers 1250 également.
Aux voussures, autour du tympan, sont sculptés les travaux des douze mois de l’année qui scandent la vie des paysans, caractéristique des tympans romans. Les anciennes pentures de la porte ont été restaurées en 1846 par le ferronnier d'art Pierre Boulanger qui réalisa également la grille de clôture en fer forgé de la chapelle Notre-Dame.