Pour cette escapade sur les contreforts de la Montagne Noire, dans le Cabardès, à partir de la cité de Carcassonne (km 0), prenez la direction de Montolieu via Pezens par la D6113. Le village de Pezens (9 km) possède une chapelle romane très ancienne. La chapelle de la Madeleine remonte aux Xe et XIe siècles, avec des modifications apportées aux XIIe et XVIIe siècles. La chapelle, édifiée en moellon et couverte de lauzes, présente un beau chevet typique du premier art roman. Ce chevet est composé d'une abside semi-circulaire unique prolongée une travée de chœur très basse comparée au pignon auquel elle est adossée, lequel prend la forme d'un clocher-mur. L'abside est percée d'une minuscule fenêtre axiale surmontée d'un arc de pierre monolithe, caractéristique archaïque typique du premier art roman. Le mur sud de l'abside est percé d'une fenêtre circulaire surmontée des armoiries de la famille de Voisins.
L'Église Saint-Jean-Baptiste de Pezens est recensé dans l'Enquête de 1269. La période de la reconstruction de l'église pourrait correspondre avec l'annexion de Pézens aux domaines du seigneur de Voisins en 1295. Une pierre obituaire du prêtre Vincent datée de 1308 dans l'église peut nous permettre d'avancer l'hypothèse selon laquelle l'église était terminée à cette date. Les parties hautes du clocher furent reconstruites au XVIIe siècle, toutefois la flèche fut refaite au XIXe et la nef fut couverte d'une fausse voûte d'ogives en briques.
Le village de Pezens a quelques dates historiques marquantes : un document remarquable se trouve dans les Archives du château d'Alzau : l'acte de reddition à Simon de Montfort, en l'année 1215, de deux seigneurs de l'Agenais. Le 3 novembre 1355, le village fait échec à l'une des chevauchée d'Édouard de Woodstock, plus connu sous le nom de Prince Noir, prince de Galles et fils aîné du roi d'Angleterre Édouard III.
En sortant du village de penzens, tournez à droite en direction de Moussoulens par la D629 (13 km). La commune possède un patrimoine naturel remarquable composé de trois zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique. Moussoulens est renommé, en partie, pour sa grande fête autour de la truffe et des vins du Cabardès qui a lieu à la fin du mois de janvier. Le cavage du diamant noir est très ancien. Nous retrouvons des écrits sur la tuber melanosporum à Moussoulens qui remontent au XIXe siècle.
Sur le plan monument historique et culturel, la commune de Moussoulens possède l'Église Saint-Martin de Moussoulens, la Chapelle de la Madeleine de Moussoulens, le Château de Moussoulens. Le plus vieux "Zelkova" de France, près de la rivière. Appelé "l'arbre de cent ans" dans le village, on suppose que la graine fut ramenée de Russie par un soldat de Napoléon Ier. A voir également, le conservatoire trufficole Jacques Carriqui au hameau de Caunettes-Hautes. Le Baux une immense voûte rocheuse formant un abri complètement aménagé et exposé au sud-ouest, au-dessus du cours d'eau, la Rougeanne.
Ce site remarquable des Baux, qu'on peut qualifier de « troglodytique », correspond à l'ancien habitat, supposé antérieur au castrum de Moussoulens et pourrait donc abriter les restes de la « villa de Meciolens» mentionnée en 934, avec son église Sainte-Marie. La plupart des maisons étaient distribuées le long de la falaise et les différents niveaux étaient appuyés sur des mortaises alignées, qu'on voit encore sur les parois. A l'intérieur des abris naturels, notamment au niveau supérieur, on aperçoit des restes de murs en terre crue d'environ 0,40 m à 0,50 m d'épaisseur qui devaient constituer l'essentiel de l'architecture du site.
Continuez sur la D629 jusqu'à Montolieu (18 km), pittoresque et charmant village médiéval perché sur un éperon rocheux, entre les gorges de la Dure et celles de l'Alzeau. Au cœur du vignoble du Cabardès, Montolieu mérite amplement son surnom de Village du Livre, avec sa vingtaine de libraires, sa galerie de bouquinistes, ses artisans du livre et son incontournable musée Michel Braibant. Entièrement dédié aux arts et métiers du livre, ce dernier retrace l'histoire du livre, depuis la naissance de l'écriture jusqu'au formidable essor de la typographie et de l'imprimerie. Village du Livre, Montolieu est aussi, depuis peu, classé village d'art.
L'histoire de Montolieu est très ancienne, en témoignent les vestiges préhistoriques comme le menhir de Guittard ou encore la pierre à cupules et à croix inscrites, que vous pourrez voir dans le village, sur une maison, près de l'église. D'autres pierres à cupules, sont visibles dans la commune, vers le château de Villeneuve ou la ferme de Peyremale. Arpenter les ruelles fleuries tout en suivant les 46 panneaux patrimoniaux dispersés dans le village. Visiter l’église Saint-André pour ses dimensions insolites, flâner autour de l’ancienne manufacture royale de draps et ses usines et admirer l’un des points de vue depuis la place de l’Espérou
Admirer Montolieu depuis le pont de 30 mètres de haut du XVIIIe qui enjambe l’Alzeau ou depuis la place de l’Espérou et sa vue sur le Dure. Gravir la colline de la chapelle Saint-Roch (départ à partir du parking à l’entrée de Montolieu en venant de Carcassonne) pour admirer un panorama unique, une chapelle mystérieuse et quelques cyprès plusieurs fois centenaires, classés arbres remarquables. De nombreux artisans d'art, libraires, associations, musées et manifestations rythment la vie de ce petit village typique.
Reprenez votre route par la D164 en direction de Saissac (26 km), son histoire est intimement liée à celle de son château érigé à compter du Xe siècle. Intégré au réseau dense des châteaux cathares, édifié à compter du Xe siècle, sa vocation était de surveiller la plaine et l'axe reliant Castelnaudary à Carcassonne. Les seigneurs de Saissac se rallient à Simon de Montfort au début de la Croisade contre les Albigeois (XIIIe) puis l'imposante forteresse est remaniée au début du XVIe pour abriter une résidence confortable. Cependant, quelques décennies plus tard, pendant les guerres de Religion, ses défenses et son artillerie sont modernisées.
Le château de Saissac est l'élément majeur du patrimoine de Saissac, le village est encore jalonné d'éléments défensifs : éléments du mur d'enceinte, tours dont l'une d'elles étant devenue le clocher de l'église, les portes qui ne manquent pas de noblesse et paraissent toujours veiller sur les villageois (L’originalité de la porte d’Autan ou porte de Montolieu est d’être ornée de trois blasons). Outre le château, on n'oubliera pas encore de mentionner l'église Saint-Michel, l'hôtel des Saptes, édifié au XVIIe siècle par un membre de cette famille qui fit fortune dans le textile et dont des descendants devinrent magistrats. La maison Soldano (remarquable exemple d’architecture civile de ce siècle. Rarissime dans l’Aude), ensuite, qui pour sa part date du XIIIe siècle et se révèle un rare exemple d'architecture civile de cette époque dans la région, un nombre de fontaines importantes et les lavoirs,
Toujours dans le cadre de la découverte du riche patrimoine de Saissac, direction ensuite les aménagements réalisés sur les cours d'eau. C'est le cas du "béal" de Saissac, un canal aménagé au Moyen Âge pour permettre l'implantation de moulins (meuniers ou papetiers, on y dénombra au XVIIIe jusqu'à 75 métiers à tisser appartenant à 23 fabricants) et arroser les jardins. Long de deux kilomètres, il capte en partie l'eau des cours de la Vernassonne et de l'Aiguebelle. Cette richesse hydrographique avec des rivières descendant de la Montagne a provoqué également l'aménagement de lacs de barrage (lacs des Cammazes, bassin du Lampy) et l'originale Rigole de la Montagne, un canal censé récupérer les eaux des rivières en amont pour alimenter le canal du Midi (XVIIe, XVIIIe).
Sur la D103, un belvédère permet de découvrir le magnifique panorama sur la plaine de Carcassonne, du Lauragais et les Pyrénées. Poursuivre votre parcours en direction du bassin du Lampy par la D324 (33 km). Niché au cœur d’une vaste forêt, le bassin du Lampy allie nature, loisirs et génie de l’homme. Le bassin du Lampy participe à l'alimentation en eau du canal du Midi. Peu de temps après que le barrage du Lampy-Neuf fut terminé, on s'aperçut que celui-ci fuyait. Pour stopper ces fuites, il fut nécessaire de verser de grandes quantités de chaux vive dans le réservoir. Les particules de chaux ont ainsi bouché les ouvertures et formé des joints de maçonnerie entre les pierres.
L’idée géniale de Paul Riquet, d'amener les eaux de la Montagne Noire au seuil de Naurouze pour alimenter un canal, nécessita la mise en place d’une rigole d’essai. Elle fut construite en 1665 par 294 ouvriers, en 102 jours, à raison de 170 m par jour. Elle mesurait 50 000 m, dont 18 685 m de la prise d’Alzeau à la jonction avec la rivière du Rieutort. La rigole de la Montagne actuelle est construite un peu plus bas que la rigole d’essai. Elle recoit les eaux des ruisseaux Alzeau, Coudière, Bonnet, Vernassonne, Falquette, Lampy et Rieutort.
Retournez à Saissac (40 km), puis empruntez la D103 en direction de Brousse et Villaret (49 km), situé en surplomb des vignobles du Cabardès. La commune fut constituée en 1792, par le regroupement de deux hameaux Brousses et le Villaret distants de 2 km, auxquels s'est adjoint en 1970 le hameau du Rebombier situé à mi-chemin. Les plus anciennes citations des lieux remontent au IXe siècle pour Villaret, et au Xe siècle pour Brousses. A l'origine propriété directe des comtes de Carcassonne, le village de Brousses devient propriété de l'abbaye de Saint-Jean-de-Mallast au Xe siècle, et ce, jusqu'à la Révolution française. Peuplé depuis le paléolithique, le territoire de Brousses-et-Villaret s'est développé au fil de siècles, subissant les assauts barbares ou encore la tragédie cathare au XIIIe siècle.
En vous baladant dans le village de Brousse et Villaret vous découvrirez l'église Sainte-Marie de Brousses du XIIIe siècle a été entièrement reconstruite en 1763 et agrandie au XIXe. Dédiée à Notre-Dame de l'Assomption, elle dévoile des peintures intérieures du XIXe siècle réalisées par un peintre de Carcassonne, M. Hourtal. Les nombreux calvaires, le lavoir de Brousses du XIXe siècle, la fontaine de Brousses ou encore le moulin à papier, dernier vestige de l'importante activité papetière de la cité au XIXe siècle. Installé dans la vallée de la Dure, il est le dernier en activité dans le Languedoc. Ouvert au public, il propose des visites commentées et accueille différentes manifestations culturelles.
Il est également possible d'admirer les extérieurs de l'ancienne église paroissiale de Villaret interdite au public ou la chapelle Saint-Etienne du Villaret aujourd'hui désaffectée. Plusieurs sentiers de randonnée balisés permettent d'apprécier la faune et la flore locales, ainsi que les rochers de granite résultant d'un phénomène de décomposition des roches ou le castrum de Brossis. En ruines, ses pierres auraient servi, selon la légende locale, à la construction de Carcassonne. Puis, partez à la découverte du Moulin à papier.
Le moulin à papier de Brousses-et-Villaret est un exemple remarquable de patrimoine industriel local. Vestige de la riche activité papetière de Brousses née à la fin du XVIIe siècle, il perpétue depuis sept générations la tradition du papier fait à la main. Ce moulin, qui a été construit au XVIIIe siècle, a fonctionné pendant de nombreuses années en produisant du papier à partir de matériaux locaux tels que des chiffons et des herbes. Le moulin est aujourd'hui en grande partie restauré et transformé en musée, ouvert au public pour les visites et les activités de découverte de la production de papier. Les visiteurs peuvent découvrir les techniques de production de papier utilisées à l'époque et en apprendre davantage sur l'histoire industrielle de la région. Ce moulin est un site touristique populaire pour les amateurs d'histoire et de patrimoine industriel, et un symbole de la richesse culturelle de la commune de Brousses-et-Villaret dans l'Aude.
Quittez le village de Brousses-et-Villaret et partez en direction d’Aragon par la D203. Traversez Fraisse-Cabardès (54 km), le nom de Fraisse vient de l'occitan fraisse (frêne), lui-même venant du latin fràxinum. Fraïssé-Cabardès était une des résidences d'été des évêques de Carcassonne. L'origine de Fraïssé-Cabardès remonte au VIIIe siècle. Il fut donné au IXe siècle par Charles le Chauve à Oliba, comte de Carcassonne. Les successeurs d'Oliba le concédèrent à leurs nouveaux évêques de Carcassonne, qui en retinrent la seigneurie jusqu'à la Révolution de 1789.
Sur la route de Brousses, au tournant avant le village de Fraisse-Cabardès, on voit un mur bien appareillé ; gros appareil qui est peut-être un dernier vestige des fortifications qui entouraient le village. Il existe au musée lapidaire de Carcassonne, un médaillon sculpté en pierre portant les armes de Christophe et de Vitalis de Lestang, oncle et neveu, successivement évêques de Carcassonne de 1603 à 1653. Ce médaillon provient du château seigneurial de Fraïssé. L'église du village est dédiée à saint Martin ; sur le pilier de la nef, qui touche aux fonts baptismaux, est gravée la date 1545, année de construction de l'église du XVe siècle dans ses parties anciennes. La cuve baptismale en pierre, de l'époque romane, provient d'un édifice antérieur.
Vous voici dans le village d'Aragon (60 km), situé sur un éperon rocheux, à l'extrémité d'un plateau. Il est bâti en amphithéâtre et domine les ruisseaux du Trapel et de La Valette sur les bords desquels, en contrebas du village, sont établis de nombreux jardins potagers. Le nom d'Aragon, d'après la tradition, aurait un rapport avec le royaume espagnol homonyme et remonterait au début du XIe siècle. Sans exclure totalement une origine étrangère, on propose également pour ce toponyme des racines celtes ou greco-celtiques : "près d'un lieu de combat" ou "près d'un lieu sauvage".
Témoignage de l'époque gallo-romaine, un fragment d'inscription funéraire latine en marbre a été découvert en 1820. Au Xe siècle, Aragon est inféodé à l'abbaye de Montolieu, elle-même sous la dépendance de l'abbaye de Caunes-Minervois. Au début du XIIe siècle, les premières chartes des seigneurs d'Aragon apparaissent : Guilhem Roger est le premier membre connu de ce lignage. Le village atypique d’Aragon est un petit village en escalier, comme une île, dont l’église Sainte-Marie, de style gothique médiéval, posée au sommet, apparaît tel un phare. En déhambulant dans ses ruelles escarpées, profitez des points de vue uniques sur une nature préservée. Le jardin du curé, en face du Prieuré et de l’église, présente des reproductions de stèles discoïdales provenant certainement de l’ancien cimetière.
En sortant du village, engagez-vous sur la route de Villegailhenc, puis tournez à droite en direction de Pennautier, via la D203, (67 km). Vous pouvez protitez au sommet d’une côte, de découvrir le village d'Aragon en contrebas, triomphant au-dessus des vignes du Cabardès. Une image digne d'une carte postale ! Le village de Pennautier possède un Château du XVIIe siècle. Visitez librement les jardins classé “Jardin Remarquable” ou profitez d'une visite guidée du château et de la chambre du Roi. Construit à partir de 1620, le Château de Pennautier a été visité par le roi Louis XIII en 1622, et marqué par le style de Versailles (architecte Le Vau et paysagiste Le Nôtre). Dégustation et vente de vin à la Cave du Château de Pennautier (Vignobles Lorgeril). Outre le château, vous trouverez sur la commune l'Église Saint-André de Pennautier et des Sépultures mégalithiques du Bois de Moure : une allée couverte et un tumulus datés du Chalcolithique.
Puis pour finir, regagnez Carcassonne (72 km).