Dans un coin de nature à la fois préservé et marqué par l’histoire, le Vallon des Carmes à Barjols dans le Haut-Var offre une promenade de fraîcheur, entre rivière et cascades, bien appréciable en période de chaleur. Si on veut connaître l’histoire de la ville de Barjols, un détour au Vallon des Carmes est incontournable. On retrouve un des sites si caractéristiques qui marquent la ceinture de tuf du centre Var. En rive gauche du Vallon de Fauvéry, à 400 mètres du centre de Barjols, se trouve le Vallon des Carmes, vous pouvez y accéder à pied depuis le centre du village. La montée vers le vallon est facile. Toutefois, pour les plus fragiles, il est possible de s’y rendre en voiture, on y accède en prenant la route D 560 qui s’embranche au nord de Barjols pour aller vers Pontévès et Sillans-la-Cascade.
Se promener au Vallon des Carmes est une véritable immersion dans la nature à la fois apaisante et vivifiante. Traversé par la rivière le Fauvery qui signifie « Il faut le voir » en provençal, le vallon est un havre de fraîcheur. Pour les plus sportifs, le sentier balisé permet de se repérer très facilement sur le site et d’effectuer une promenade escarpée menant jusqu’à la croix de Castellas où se trouve une table d’orientation et un panorama à couper le souffle. Ce lieu remarquable abrite non seulement un patrimoine naturel mais également un riche patrimoine historique : des grottes troglodytes, les vestiges du couvent des Carmes et même, les ruines d'une ancienne micro-centrale électrique qui aurait alimenté Barjols en électricité avant Marseille.
À quelques pas de l’entrée du site, les vestiges d'un couvent troglodyte témoignent d’une vie religieuse passée. Il s’agit du couvent des Carmes, construit par l’Ordre des Frères déchaux au XVIIe siècle, à l’intérieur duquel le visiteur peut découvrir des salles souterraines, abandonnées en 1788 après 120 ans d’occupation. C’est à eux que le Vallon des Carmes doit son nom.
En 1552, un groupe de flagellants avait eu l’autorisation de se réunir dans la Baume Joachim, cavité naturelle creusée dans le tuf et qui domine le Vallon de Fauvéry. Leur nombre augmentant, en 1648, ils reçurent l’autorisation de l’évêque de Fréjus de dresser un oratoire au dessus du rocher dominant la grotte et d’aménager dans celle-ci une chapelle en l’honneur de la Vierge Marie. Le jour de la Visitation de l’année 1649, le sanctuaire était béni sous l’invocation de Notre Dame de Bon Refuge. Par la suite, les velléités d’indépendance de la confrérie, n’étant guère appréciées par les autorités ecclésiastiques, la demande des carmes de s’installer sur les lieux fut officialisée en juin 1678.
A l’origine, les carmes étaient des ermites à la recherche de Dieu dans les grottes du Mont Carmel, à Jérusalem. Albert, patriarche de la ville, leur donna une règle de vie en 1209. Au déclin des croisades et au moment de la reconquête des lieux saints par les Arabes, ils émigrèrent en Europe en 1238. A partir de 1554, Sainte Thérèse d’Avila entreprit une réforme des carmes, créant l’ordre des carmes déchaux ou déchaussés, ainsi appelés parce qu’ils marchaient nus pieds. Il réintroduisait l’obligation de la pauvreté, de la solitude et du silence. Quinze monastères réformés furent ouverts en Espagne.
Le 13 avril 1600, le pape Clément VIII permettait aux carmes déchaux de diffuser la réforme de Thérèse d’Avila hors de la péninsule ibérique. L’ordre apparaissait en France en 1608 ; dans les décennies qui suivirent une quinzaine de couvents s’y installèrent, celui de Barjols fut l’un des derniers. Mais, le couvent de Barjols semble n’avoir jamais attiré beaucoup de moines. Les carmes déchaux quittaient les lieux en 1788 et leur ordre était dissous en 1792. Après leur départ, le site prend une fonction industrielle.
En effet, s’ensuit une période d’industrialisation durant laquelle diverses activités se sont développées au fil des années en utilisant la force motrice de l’eau pour faire vivre diverses industries : moulins à huile, à blé et fabrique de papier ainsi que des fouloirs à draps, qui dégradent irrémédiablement la chapelle principale. L’arrivée de la toute première centrale électrique en 1889 permet de fournir de l’électivité aux habitants du village. Après 1907, cette usine hydroélectrique laisse la place successivement à une minoterie puis à une tannerie qui ferme ses portes en 1983. Quelques traces restent de cette activité industrielle rendant unique le Vallon des Carmes.
La Fauvery traverse le Vallon des Carmes, classé Cœur de nature, le site de 31 hectares présente plusieurs richesses, paysagères et naturelle, entièrement aménagé au fil de l'eau et des chemins balisés pour faciliter la balade. L’abondant ruisseau de Pontévès, qui coule toute l’année, y a creusé des gorges profondes qu’il dévale de cascades en cascades, de bassins en bassins, et d'un plateau plus sec, le Castellas, abritant une végétation typiquement méditerranéenne. Cette vallée encaissée très pittoresque, avec ses belles cascades, est particulièrement appréciée par les randonneurs. Chaque chute d'eau porte un nom précis. Le « Gué du Fauvery », qui arrive sur les hauteurs de Barjols au niveau d'une falaise de tuf, entraîne une suite de trois cascades : les Carmes, le Gouffre aux épines et la cascade du Fauvery.
Vous voilà devant l'ancien couvent troglodytique des carmes déchaux construit dans des grottes naturelles. Ils l'occupèrent durant près d'un siècle avant l'industrialisation du site. Le carme s’ouvre au pied d’une petite barre rocheuse de 10 m de haut, dominant le site magnifique du Vallon. Au pied du mur ouest, l’entrée d’un souterrain est fermée par une forte grille de fer. Elle donne accès à un complexe troglodytique de chapelles et de cellules, dernier vestige apparent du couvent .
Le Département du Var a remis en valeur ce couvent afin qu'il puisse être visité. La chapelle principale, la plus grande, s’ouvre sur l’extérieur, elle mesure 20 m de long pour 6 de large, sa hauteur moyenne est de 4,5 m. Un bel arceau plein-cintre de pierres taillées et ornées de coquillages sépare la nef du chœur, rappelant Notre-Dame de Pitié au Val, et, en levant les yeux, d’admirables stalactites de concrétions calcites. Les salles annexes sont, par souci de sécurité, fermées au public. La vaste porte d’entrée, encadré par un appareillage plein-cintre en pierres soigneusement taillées, est surmontée d’une vaste ouverture laissant bien pénétrer le jour. Au chevet, les vestiges de l’autel en moellons sont malheureusement en piètre état, ils sont surmontés d’un vaste ensemble de colonnes et de niches que le temps n’a pas épargné. Dans cette chapelle, la normalité est respectée.
Dans les trois autres chapelles, vous etes dans le noir, absolument aucune lumière. Les chapelles devaient être éclairées, ne fut-ce que pour le rituel des offices, des prières en commun, ou même pour y accéder. Il n’y avait pas à l’époque les moyens instantanés de redonner la lumière. Au fond de la nef à gauche, une haute porte, avec un mauvais appareillage moderne en brique creuses donne accès à deux chapelles. La première mesure 4m sur 3, sur son coté nord, un autel creusé dans la roche est celui en meilleur état de la cavité, à son pied, des blocs informes soudés par la calcite.
Une petite porte avec deux marches, située plus bas, s’ouvre sur la chapelle nord. Au fond de cette chapelle nord, longue de 11 m et abondamment ornée de coulées de calcite, un arceau plein-cintre en pierres de taille crée la séparation avec un espace où se tient un autel. Cet autel, toujours en moellons est presqu’entièrement détruit. Derrière et à droite de l’autel de la chapelle principale, une porte rectangulaire, presqu’entièrement creusée dans le roc, permet d’accéder à la quatrième chapelle. Celle-ci, longue de 14 m et large de 3, est au même niveau et se termine aussi sur un autel délabré en moellons. Là encore, des coulées de calcite sur les parois. Vers son centre, au sol, une ouverture carrée s’ouvre sur le vide.
Si vous recherchez de la fraîcheur, vous pouvez également faire un tour à Sillans-la-Cascade, situé à 9km de Aups, un lieu paradisiaque et tout aussi agréable en été. Depuis Barjols vous pourrez découvrir l’abbaye du Thoronet, les villages perchés du Haut Var : tels que Cotignac, Tourtour, Saint-Julien-Le-Montagnier et les grottes de Villecroze.