Le territoire de Villecroze-les-Grottes est bien sûr célèbre pour ses grottes, formées dans la falaise de tuf il y a plusieurs centaines de milliers d’années. Devant la falaise s’ouvre un magnifique jardin. On est vraiment saisi par la douceur toscane du lieu : ici, d’épais rideaux de cyprès, là, un horizon encadré de palmiers-dattiers, l’eau de la chute, détournée par d’innombrables bassins, canaux et rigoles, arrose d’épaisses pelouses, une roseraie, de longues allées festonnées de santolines ou jalonnées de belles jarres fleuries. Ce jardin aménagé en terrasses bénéficie d’un microclimat favorisé par la falaise et sa cascade.
Avec Cotignac et Varages, Villecroze est l’un des villages caractéristiques bâtis sur la ceinture de tuf du centre Var, si favorable au troglodytisme. A Villecroze, les cavités qui s’ouvrent au sein de la falaise ont accueilli un magnifique édifice troglodyte. L’histoire des grottes de Villecroze remonte à la fin de la dernière période glaciaire, c’est-à-dire il y a environ 700 000 ans. Auparavant, la falaise qu’on peut observer aujourd’hui était couverte par une large cascade. La formation des grottes est due principalement à l’eau de cette chute, riche en calcaire. En effet, elle a permis la calcification progressive des mousses ainsi que de la végétation présentes à l’époque. Des grottes se sont donc formées petit à petit, dans une couche bien épaisse de tuf. Ces grottes offrent un ensemble exceptionnel de paysages souterrains parés de concrétions calcaires et de stalactites géantes. La présence perpétuelle de l’eau au cours des siècles empêcha la formation de stalagmites.
Dès le Xe siècle, Villecroze est propriété des seigneurs de Castellanne et de l’abbaye Saint-Victor de Marseille qui y installe un monastère de Bénédictins à proximité de la chapelle Saint-Victor attenante au cimetière actuel. Les grottes de Villecroze furent certainement utilisées comme refuge lors des périodes de trouble. Elles auraient alors été aménagées, mais aucune preuve archéologique n’est venue le confirmer, toute trace éventuelle d’occupation ayant été détruite lors du réaménagement important qui a suivi.
En 1566, l’abbaye de Saint-Victor échangea les grottes, avec d’autres droits, contre des biens appartenant à Nicolas d’Albertas, seigneur de Gémenos. Des grands troubles des guerres de religion (1562-1599) causèrent de sanglants conflits en plusieurs lieux de la Provence. Le seigneur Nicolas d’Albertas fit aménager dans ces grottes une résidence servant aussi de refuge. Il en résulta une position imprenable et un véritable habitat seigneurial aux élégantes fenêtres à meneaux, allié à un dispositif défensif avec des de meurtrières. Cependant, il n’y a jamais eu de siège et personne n’a jamais vécu en permanence dans les grottes. En 1633, elles ont été cédées à la commune de Villecroze et en demeurent sa propriété. Elles sont classées en 1924 au titre des Sites et Monuments Naturels à caractère artistique car elles allient deux critères : l'histoire et la géologie. Elles font partie des Sites naturels classés de France.
Pour les passionnés d’histoire, de géologie ou tout simplement pour les curieux, il vous sera possible de visiter d'avril à octobre les habitats troglodytiques de Villecroze situé à droite de la chute. Attention : la visite est accessible aux enfants à partir de 6 ans. Chaussures fermées obligatoires. Réservation obligatoire.
Il est peut-être utile de définir une habitation de type troglodytique. L’habitat troglodytique est une architecture présente dans différentes traditions consistant à aménager des habitats sous-terrains ou creusés dans le rocher à flanc de montagne. Les maisons troglodytiques sont souvent creusées dans la roche tendre de type calcaire, mollasse ou grès. Un troglodyte est un homme, ou un animal habitant une caverne, ou une demeure creusée dans le roc ou s’appuyant sur des failles ou grottes naturelles dans les falaises. On parle d’un habitat troglodytique, d’une maison troglodytique, le troglodyte étant l’habitant de la dite maison.
Au premier abord, on est surpris par la beauté de la façade. Prenez un peu de temps pour observer les traces de ce travail titanesque de la nature. L'édifice avec ses belles pierres de taille aux tons chauds, ses fenêtres à meneaux, la corniche qui en rompt la monotonie, s’intègre parfaitement à la falaise dans laquelle elle s’insère. A ses pieds, une belle terrasse limitée par la falaise, domine le parc situé une quinzaine de mètres en dessous. Dans ce décor naturel féérique, l’occupation humaine se révèle à travers 5 niveaux aménagés de meurtrières, de fenêtres à meneaux et de barreaux de protection.
Une herse et un vantail protègent la porte d’entrées, diverses meurtrières en allège sont percées sous les fenêtres à meneau et d’autres sont ouvertes dans les différents murs de la façade. Le millésime 1595 ou 1592, à demi effacé sur l’encadrement de la porte d’entrée, permettrait de dater la fin de ces aménagements. Dès qu’on pénètre dans l'édifice, on est surpris par l’ampleur de la première salle, haute d’une dizaine de mètres. D’après les ouvertures et meurtrières obstruées, elle devait comporter deux niveaux. Quand on lève les yeux, on voit l’importance exceptionnelle du concrétionnement : d’énormes stalactites ont été taillées horizontalement pour assurer la régularité du plafond. La taille des parois, pour assurer la régularité du volume de la salle, a fourni les pierres nécessaires à la construction de la façade.
De cette première salle, des escaliers partent vers les niveaux supérieurs. Au premier niveau, vous pénètrez dans ce qui fut la salle de séjour. Les ouvertures montrent qu’elle devait comporter elle aussi deux niveaux. Comme dans la grande salle, le plancher a disparu. Sur son coté nord, une ouverture donne sur une jolie salle concrétionnée où un passage aboutit à une autre salle, basse celle-là, dont le sol est au même niveau que celui de la grande salle. Sur son coté sud, une grande cheminée communique avec l’extérieur et une porte donne sur un couloir dont le creusement suit la paroi de la falaise
Dans ce couloir, s’ouvrent une fenêtre et une meurtrière. En le suivant, on aboutit dans une petite salle très humide appelée la tour de guet. Cette salle s’ouvre par une fenêtre dans la paroi de la falaise où le ruisseau coule en cascade. Une petite dérivation est faite pour l’alimentation en eau du château. Cette eau qui dégouline du plafond donne une ambiance surprenante. La grotte disposait donc d'eau potable, ce qui aurait permis au site fortifié de tenir un long siège. Dans la grande salle dans la partie supérieure, quand on monte les escaliers, il faut négliger la porte menant vers la salle de séjour, pour continuer à monter. On aboutit alors à un palier : à gauche, une courte galerie donne sur un balcon surplombant la salle de séjour.
A droite, on franchit l’appareillage d’une porte pour continuer un escalier étroit, en haut duquel se trouve la merveille de la grotte de Villecroze : la salle des colonnes. Trois belles stalactites, longues de 6 m ont rejoint le sol. Ici, rien n’a été brisé, toutes les concrétions ont été respectées. Au fond de la salle, une petite galerie donne sur un très joli lac dont la beauté est rehaussée par l’éclairage discret installé dans la grotte. Le site des grottes de Villecroze est remarquable pour son grand jardin aménagé, sa cascade, et ses grottes en partie naturelles, en partie creusées par la main de l’homme.