Depuis Draguignan, on peut rejoindre le village de Châteaudouble en empruntant la route qui passe par Figanières (D552) et qui se poursuit jusqu'à l'embranchement avec l'étroite D51 montant au sommet de la falaise où se cache cette petite Merveille. Châteaudouble a connu un passé tumultueux, l'origine du nom de ce village de caractère s'explique par la présence de deux châteaux présents sur la commune : l'un situé au sommet du village, l'autre sur la falaise qui surplombe les gorges de la Nartuby. L'entrée de la vallée était ainsi solidement verrouillée.
À l'époque pré-romaine, deux oppidums également fortifiés commandaient la région. Cité en 1021 "Castellum Diaboli", comme le "château du diable", parce que construit au sommet d’un site inaccessible. Puis en 1038 "Castel Dulpo", en provençal "Casteoudouble". Au XIIIe siècle, les templiers s'installent dans le village. Châteaudouble est, avec Trans en Provence, le patronyme d’origine du Seigneur de Villeneuve qui prête hommage au Comte Beranger de la maison de Barcelone en 1133. En 1130, Raimond Beranger qui représente l’autorité et est héritier des comtes de Provence, s’affilie au temple et invite les chevaliers à s’installer dans son coté de Provence, d’où la présence de nombreux édifices fortifiés construits par cet ordre.
Au cours des années, la falaise dont l'accès n'était possible qu'au nord-ouest fut fortifiée et défendue par une tour construite au Moyen Âge. Au milieu du XVe siècle, Châteaudouble a quitté l’emplacement primitif pour s’installer en appui sur les falaises autour de la nouvelle église dédiée à Notre-Dame de l’Annonciation. Nostradamus, médecin et astrologue né en 1503, évoque le village dans l’une de ces prophéties Châteaudouble, double château, la rivière sera ton tombeau, en évoquant la Nartuby responsable de l’usure des falaises qui protègent le village.
Depuis le fond des gorges de la Nartuby, il est difficile de croire qu'il se trouve un village perché là-haut, au sommet des escarpements. Mais en y regardant bien, on peut apercevoir un morceau de maison en vieilles pierres caché parmi les immenses rochers qui surplombent les gorges. C'est du côté du cimetière que jadis se dressait le grand château dont il ne reste aujourd'hui qu'une tour envahie par la végétation, quelques pans de mur misérables et une partie des soubassements que l'on voit affleurer parmi les herbes (sans oublier une citerne creusée dans le roc). Bien avant sa construction, se dressait à ce même endroit un camp fortifié, faisant partie d'un vaste complexe d'oppida (Sérail, Lentier,...). Les romains ne purent en venir à bout car la pace forte était très difficile d'accès et les habitants extrêmement farouches.
De nos jours, on accède à Châteaudouble par une petite route à flanc de montagne en passant par un tunnel. La porte d'entrée du village est percée dans un énorme rocher et la route s'enfonce dans le roc sur 40 mètres. Jadis, il fallait emprunter un sentier calladé bien plus pentu, que seuls de solides mulets pouvaient gravir. Châteaudouble, compte tenu de sa situation ne connaîtra qu'une circulation muletière par des chemins caladés, aucune route ne desservira le village jusqu'au XIXe siècle. C'est probablement pour cette raison que l'on connaîtra le pays comme celui des "Gimerri", (mulets) surnom donné aux habitants qui effectuaient souvent les transports à dos d'hommes, ou avec des mulets.
Il est intéressant de noter que les véhicules n’ont pas le droit de circuler dans les ruelles étroites de ce village de caractère du Var. Ainsi, les visiteurs pourront déambuler tranquillement à travers les allées et explorer les passages voûtés de Châteaudouble. Vous trouverez des emplacements pour stationner votre véhicule. Ses ruelles étroites escaladent les flancs abrupts jusqu'aux ruines du château. Vers le milieu du XVe siècle, le village construit sur le rocher sera abandonné, l'emplacement se révélant trop exigu. Il sera reconstruit là ou il se trouve actuellement, autour de la nouvelle église dédiée à Notre-Dame de l'Annonciation. L'ancienne église sera utilisée par les Pénitents Blancs jusqu'à la Révolution pour accomplir les offices.
Vous prendrez énormement de plaisirs de vous perdre dans les rues en calades, passez sous les passages voûtés, avec ses demeures du XVIIIe siècle. En face de Châteaudouble, de l'autre côté des gorges, se dressent les ruines d'un deuxième château. En observant les maisons, vous remarquerez la Croix des Templiers qui est très présente sur les façades. Ce détail est surtout notable dans les habitations qui remontent au XVIIIe siècle, installées au bord de la rivière Nartuby.
L'église Notre-Dame de l'Annonciation mise en chantier en 1594, fut agrandie par l’adjonction d’un bas côté en 1678. Elle engloba dans sa construction l’ancienne, qui était dédiée à saint Trophyme, citée en 1079 dans une bulle de Grégoire VII. La grande nef contient ce sanctuaire primitif. Elle porte une voûte à berceaux reposant sur une petite corniche, des arcs doubleaux retombent sur de minces colonnes ornées de chapiteaux qui renforcent la voûte. Dans les murs latéraux ont été ouvertes des chapelles peu profondes que surmonte un arceau plein cintre. Le petit vaisseau se termine par une abside à cinq pans recouverte d’une voûte d’ogives dont les nervures se rejoignent au sommet. L'église Notre-Dame de l'Annonciation abrite un choeur de forme pentagonale et un riche mobilier composé de trois retables, de fonts baptismaux classés, également un bénitier du XVIe siècle, et le bas relief d’une porte du XVIIe. On remarquera aussi un Christ en bois sculpté.
Admirez le grand lavoir de 1811, ainsi que la montée conduisant à la Mairie annexe, les lavoirs et les chapelles tendent à préserver cette atmosphère authentique du village. Mais les attraits du village ne s'arrêtent pas là : pour jouir d'un magnifique panorama sur les gorges, dirigez-vous vers la place Beausoleil située en haut du village. Le belvédère de l’Agachon et le plateau de Sainte Anne où on peut encore admirer une sublime rose des vents offrent des vues saisissantes. Au Moyen Âge, Les habitants édifièrent une citerne qui était alimentée à partir de l'eau recueillie par la toiture de l'église Notre-Dame du Fort, bâtie sur le rocher à quelques mètres de la réserve d'eau. La citerne, les fortifications, les ruines de l'église sont encore visibles actuellement.
La tour date du VIIIe siècle, il lui était adjoint un petit bâtiment pour la garnison. La tour sarrasine est l’emblème de Châteaudouble. C’est ce qu’on aperçoit en premier en arrivant à proximité du village. Si vous la voyez si bien, imaginez l’inverse : les vigies postées dans cette tour de guet voyaient eux aussi très bien, et à plusieurs lieues à la ronde. Pendant votre balade, n'oubliez pas de lever les yeux au ciel, peut-être apercevrez-vous un aigle royal.
Aux alentours, de merveilleux spectacles naturels s’offrent à vous. Site classé, les gorges de la Nartuby offrent non seulement de très jolies promenades en pleine nature, mais sont aussi le terrain de jeu favori des grimpeurs qui ont à leur disposition plus de 400 voies d'escalade. Vous serez séduit par la richesse de la faune et de la flore. A quelques encablures de Châteaudouble, vous pouvez notamment découvrir les grottes préhistoriques. Elles offrent de belles possibilités d'exploration aux spéléologues : les Grottes des chèvres, les Grottes des chauves-souris et la Grotte du Mouret. Pensez également à explorer, au pied de l’ancienne route des gorges, le Hameau de Rebouillon, construit en demi-cercle avec en toile de fond le canal de la Reine Jeanne et le Nartuby.