Ce volcan de Souilhol est très dégradé par l'érosion naturelle, car il se situe sur un éperon de roches cristallines qui séparent les vallées de l'Ardèche et du Lignon. Ce volcan de type strombolien forme avec le Maar Doris, la Gravenne de Thueyts et de Montpezat, une sorte d'alignement qui correspond aux vieilles fractures hercyniennes qui ont plus de 300 millions d'années. Ces vieilles fractures correspondent à des zones de faiblesse, par lesquelles est monté le magma. Il est caractérisé par ses deux coulées de lave et le maar Doris, résultant du dernier épisode éruptif ayant affecté le Bas Vivarais il y a environ 10 000 ans. Les coulées de lave très chaude et très fluide, du nom de coulée de Souilhol, se sont formées au travers d'un cratère égueulé jusqu'au village actuel de Pont-de-Labeaume. Il a laissé des orgues basaltiques d'une dizaine de mètres de haut.
La première coulée, orientée sud-est étalée sur 1,3 km, est sortie par le cratère regardant en direction du Lignon et a successivement rempli les vallées du Lignon et de l'Ardèche jusqu'à Pont de Labeaume. Une deuxième coulée, etalée sur la vallée du Lignon où elle a barré la coulée de Jaujac, puis celle de l'Ardèche jusqu'à Pont de Labeaume où elle repose sur celle du Ray Pic. Elle a contourné Neyrac Haut après s'être échappée à la faveur d'une fracture affectant le socle.
Le volcan strombolien fait partie des volcans les plus spectaculaires, il se manifeste par une éruption de lave liquide. Si la lave est liquide, ceci s'explique car sa température est élevée, de l'ordre de 1 200 ° C et sa teneur en silice est relativement faible : moins de 53 %. Etant donné que la lave est riche en gaz (CO2 + vapeur d'eau), cela va provoquer des projections de laves ou scories autour de la bouche du volcan. Ces scories vont s'agglomérer pour former un cône d'une roche tendre et bulleuse : la pouzzolane. Une fois, la lave dégazée, elle s'écoule du cratère ou au flanc du cône. La coulée en refroidissant forme une roche noire et lourde : le basalte. Parfois, on observe même des bombes volcaniques qui sont des gros paquets de lave visqueuse éjectée et refroidie en tournoyant dans les airs avant de tomber sur le sol.
Contrairement au volcan strombolien, le volcan Péléen se caractérise par une température de lave moins élevée mais tout de même de 900 ° C et une teneur en silice plus importante : 65%. Ainsi, la lave est plus visqueuse. Il s'agit ici d'une boule pâteuse se formant dans le cratère et qui se refroidit sur place. Lorsque la boule devient trop haute, elle finit par s'effondrer. Il n'y a pas de trace d'explosion violente, il y a deux hypothèses à cela : soit le magma est pauvre en gaz, soit les gaz se seraient échappés par des fissures du dôme. Une fois refroidie, cette lave pâteuse forme une roche, la phonolite. Elle sonne comme du verre lorsqu'on la tape. Celle-ci est utilisée sur le plateau ardéchois pour faire des lauzes qui serviront à couvrir les toits des maisons sur le plateau Ardèchois.
Contrairement à la Basse Ardèche, Meyras n'est pas dans une région de roches calcaires. On peut constater que les alluvions sont en avant par rapport au basalte. C'est finalement le phénomène inverse des affouillements sous basaltiques. Si les alluvions ont été cimentées, ceci s'explique par la formation de calcaire. En effet, la combinaison de gaz carbonique émis en grande quantité au niveau du Maar Doris et de l'oxyde de calcium libéré par l'altération des minéraux du volcanisme (contenant du calcium) conduit à la formation de tufs calcaires ou travertins. Ceci est donc une particularité de la région.
Il faut savoir que toute source fortement minéralisée peut constituer d'importants encroûtements calcaires, qui sont ces fameux tufs calcaires. Ces dépôts sont liés au dégagement de gaz carbonique. A la longue, ils forment de véritables collines et c'est le cas à Neyrac-les-Bains où, les travertins incrustants ont cimenté les alluvions de la rivière constituant ainsi une sorte de béton que l'on pourrait confondre avec celui du Pont de Neyrac. Ce conglomérat a une épaisseur de 15-20 mètres et est recouvert par 5 mètres de travertin pur. Ces dépôts forment une terrasse de 140 mètres sur 300 mètres (de l'hôtel du Levant jusqu'à la rivière). Le minéral qui constitue le travertin est de la calcite.
Après la visite du village de caractère de Meyras prendre la D26 en direction de Pont de Labeaume. Peu après avoir quitté le centre de Meyras, quelques centaines de mètres avant d'atteindre la N102, arrêtez-vous dans l'épingle de la RD 26 où un élargissement de la chaussée autorise le stationnement de plusieurs véhicules. De ce lieu, on reconnaît parfaitement le volcan du Souilhol dont le flanc gauche s'offre ici au regard. Il est possible d'observer à loisir un large tronçon de la vallée de l'Ardèche depuis la Gravenne de Thueyts jusqu'à Pont de Labeaume.
On devine l'égueulement, ouvert en direction de la vallée du Lignon. En portant le regard vers la confluence Ardèche - Lignon, on peut admirer le front d'érosion qui affecte la coulée, émise dans la vallée du Lignon, avant de rejoindre la vallée de l'Ardèche jusqu'à Pont-de-Labeaume, où elle recouvre la coulée du Ray-Pic. La seconde, qui s'est déversée vers le nord-ouest, s'est divisée en deux avant d'encercler le hameau de Neyrac-Haut en butant contre la montagne. Après le refroidissement de la lave, l'Ardèche a entaillé cette coulée en recreusant son lit, mettant en évidence la structure interne de la coulée et en particulier les orgues basaltiques de la vraie colonnade. Cette dernière mesure par endroits une dizaine de mètres de haut.
Continuez vers l'Office de Tourisme Sources & Volcans de Neyrac-les-Bains, situé 2 Place du Bosquet. La coulée basaltique, sur laquelle se situe le parking de l'office du tourisme, permet de se livrer à plusieurs observations. Cette coulée offre la possibilité de bien rendre compte des différences entre vraie colonnade et entablement. La première est parfaitement prismée et correspond à ce que l'on qualifie également "d'orgues basaltiques" alors que la seconde présente une prismation beaucoup plus anarchique. Bien que l'ensemble soit assez puissant, de l'ordre de 11 mètres, la vraie colonnade est de faible épaisseur + ou - d'un mètre. Elle est remarquablement bien prismée et surmontée d'un puissant entablement constituant l'essentiel de la falaise.
Des alluvions sous-basaltiques, mal consolidées peuvent être observées au même endroit que vraie et fausse colonnade. On comprend très bien qu'elles puissent être entraînées lors des épisodes de crue et que ce processus induit la formation de surplombs qui -tôt ou tard- provoquent l'effondrement de la vraie colonnade. Avec un peu de retard l'entablement subit le même sort et la falaise basaltique recule ainsi de façon relativement rapide. Ceci explique l'importance de la dissection des coulées en dépit de l'âge récent du volcanisme. L'érosion des affouillements sous-basaltiques est ici visible. Lors des crues, l'eau a transporté des alluvions sur lesquels se sont appuyées les coulées basaltiques. On peut voir que les alluvions sont en retrait par rapport à la coulée. Il y a donc un risque d'effondrement de la vraie colonnade. La coulée se décompose comme suit : La base est composée de prismes ou de la vraie colonnade ou encore d'orgues basaltiques qui reposent sur les alluvions et les scories qui elles disparaîtront au cours des crues. Les prismes ont une forme régulière et hexagonale car le basalte est refroidi lentement par la roche qui se situe dessous. Par contre, la partie supérieure appelée fausse colonnade a une forme beaucoup plus anarchique car elle est refroidie par l'air et se refroidit plus rapidement.
En rive droite de l'Ardèche, face à la petite plage située à l'extrémité du chemin partant du parking de l'office du tourisme, vous pouvez observer une curiosité particulière au site de Neyrac-les-Bains : la formation de tufs calcaires. Une telle occurrence mérite attention. En effet elle reflète à la fois une conséquence des importantes émissions de gaz carbonique connues dans toute l'Ardèche dite "des vallées" et la combinaison de ce gaz carbonique avec le calcium, sous forme de CaO, libéré lors de l'altération des silicates calciques contenus dans le cratère du maar Doris.
On notera que les émissions de gaz carbonique sont très importantes à Neyrac et se manifestent en particulier par la présence d'une mofette connue de longue date. En effet, Faujas de Saint-Fond en parlait déjà dans ses lettres au Roi Louis XV ... Il faut tout d'abord prendre conscience de la rareté d'une mofette. En effet, il en existe seulement deux autres en Europe, la grotte du chien de Pouzzoles près de Naples et la grotte de Royat. A cela, il faut en ajouter deux autres non couvertes à Java et dans le Parc Naturel de Yellowstone aux Etats Unis. La mofette est le lieu où le gaz carbonique arrive en surface sans rencontrer d'eau et se libère dans l'air. Dans le passé, il y eu plusieurs mofettes à Neyrac mais aujourd'hui il n'y en a plus qu'une. Auparavant, la mofette de Neyrac était constamment inondée. On pouvait d'ailleurs voir affleurer des bulles de gaz carbonique, comme on peut encore le voir dans la rivière Ardèche, sous le pont de Neyrac en-dessous de l'office de tourisme.
Depuis la captation des eaux de la source des thermes, la mofette est désormais à sec. Pour montrer la présence du gaz carbonique, inodore et incolore, la cave initiale a été aménagée. Tout d'abord, elle a été fermée. La mofette de Neyrac-les-Bains a été considérablement agrandie et se situe à 1m50 au-dessous de la route : elle a été aménagée pour en permettre la visite. Cette mofette est la seule à avoir été voûtée à sa construction. Les promeneurs peuvent apercevoir une porte en bois, à gauche, en bas des escaliers qui mènent à la salle Ciné Neyrac. Il s'agit de l'entrée de la mofette. A l'intérieur, un mécanisme ingénieux permet de faire tourner une roue : des coupelles se remplissent d’eau et impriment un mouvement. En-dessous de chaque coupelle, on allume une mèche, qui, comme par magie, s'éteint d'elle-même, à la fin de la révolution de la roue. Le gaz carbonique est un gaz plus lourd que l’air ambiant et reste comme « plombé » au sol, ce qui explique qu’une fois la mèche arrivée dans cette zone au ras du sol, celle-ci s’éteigne. Il faut savoir que jadis, la mofette impressionnait les gens qui la qualifiaient de " chemin de la mort " et toutes sortes de légendes étaient rattachées à ce lieu, à proximité duquel on retrouvait régulièrement des petits animaux morts, tels les oiseaux.
Le site de Neyrac présente la particularité d'offrir au regard des alluvions sous-basaltiques qui localement reculent moins vite que la coulée basaltique. Ceci est particulièrement bien visible en rive gauche de l'Ardèche, à la hauteur de l'hôtel du Levant où des cordons de galets, cimentés par de la calcite, sont présents en avant de la falaise basaltique. Cette cimentation est tout à fait naturelle ; elle est en effet liée à la circulation d'eaux chargées en carbonate de chaux. Ce type d'observations peut également être effectué sous le pont qui enjambe l'Ardèche et conduit vers la station thermale.
Le site de la station thermale de Neyrac, bien que connu de longue date, n'a que très récemment été interprété comme un cratère de maar. Le maar Doris est un volcan phréatomagmatique à cratère comblé. Il est niché en fond de vallée et il est dominé par le volcan du Souilhol. Il s'agit d'un appareil de forme sub-circulaire, dont la superficie interne est rigoureusement celle du replat situé au cœur de la station. La structure du maar est parfaitement repérable depuis l'aval du parking situé au pied de "Ciné Neyrac". Elle se distingue encore mieux depuis la petite route de crête reliant Meyras à Thueyts. Les produits d'explosion phréatomagmatiques, tout à fait caractéristiques, sont observables tant en bordure de route, juste avant de pénétrer dans la station que derrière l'établissement thermal. Ils sont constitués presque exclusivement de fragments du socle plus ou moins pulvérisés : gneiss, granite, …
Ce type de volcan phréatomagmatique se manifeste par la rencontre du magma très chaud, (1200°C), avec une eau souterraine. Cette rencontre produit une quantité de vapeur qui ne pouvant s'échapper, entraîne une augmentation de la pression et produit une première explosion qui forme un petit trou, puis l'eau et le magma se rencontrent à nouveau et se produit une seconde explosion… Ceci s'appelle dans le vocabulaire de la géologie, une explosion phréato-magmatique. La roche va être éjectée à la périphérie. Les débris rocheux mélangés au magma sont propulsés dans l'atmosphère à plusieurs kilomètres d'altitude et en retombant, une partie des débris éjectés va venir combler le trou. Après l'explosion, les parois verticales de la cheminée d'explosion s'effondrent et rebouchent également partiellement le trou. Au cours des millénaires, on obtient deux cas de figure : soit le trou se remplit d'eau et donne un lac : comme le lac d'Issarlès. Soit le trou se remplit d'eau, mais pas complètement. On obtient ainsi une tourbière. Lentement, le fond de cette « dépression marécageuse » va être comblé par l’accumulation de sédiments.
Une courte mais très belle ascension qui vous amènera au sommet du volcan du Souilhol, véritable balcon sur la Haute-Cévenne du Parc des Monts d'Ardèche. Depuis la nationale et Neyrac, passez devant les thermes puis continuez direction Seuzaret, Jaujac, Souilhol. Montez jusqu’au croisement avec le hameau du Souilhol. Au croisement, continuez sur quelques mètres, le départ de la balade est à droite. Vous pouvez stationner votre véhicule dans le virage juste avant le carrefour du Souilhol. Au fil de la montée, vous croiserez deux bombes basaltiques. Il faut savoir que certaines bombes prélevées au sommet du Souilhol, contiennent encore du gaz carbonique et des traces d'eau d'origine juvénile. Quand on casse certaines bombes, on peut voir apparaître une trace d'humidité sur la paroi des cavités, suivi d'une vaporisation instantanée. On les qualifie de " basaltes qui pleurent ". La première bombe volcanique atteint près de 1 mètre de long, elle a une surface dite en "croûte de pain". Sa couleur rougeâtre s'explique par la présence de fer dans le basalte. La seconde est une bombe basaltique " fuselée " qui est la plus grosse d'Ardèche de 7 à 10 tonnes.
De prime abord ce volcan n’a pas l’air d’en être un. Il faut gravir ses pentes pour comprendre que l’on fait l’ascension d’un cône, et là ça saute aux yeux. En effet, tout le temps de la montée, les scories de pouzzolanes roulent sous les semelles. La pouzzolane se caractérise par des morceaux de basalte liquide qui sont éjectés lors de l'éruption et qui vont retomber au sol sans avoir eu le temps de se dégazer, c'est pourquoi ils sont pleins de petits trous. Son utilité est multiple : isolation thermique, phonique, parpaings, culture hors sol, lutte contre le gel…
Le sentier grimpe d’abord dans une lande assez dégagée avant de s’enfoncer dans une châtaigneraie. Après quelques dizaines de mètres dans un nouveau bois, vous approchez du sommet du Souilhol où une table d’orientation vous attend. Le panorama est spectaculaire : la montagne ardéchoise et le plateau de Chaumiène à votre gauche, la vallée de l’Ardèche et du Lignon à vos pieds, Sainte-Marguerite, le Ventoux , le volcan de Jaujac se dessinent nettement dans le paysage à votre droite et enfin le massif du Tanargue qui disparaît derrière les sommets de Ladenne et Courcoussat dans votre dos. On dispose aussi d'une excellente vue sur les hameaux qui dominent la vallée de la Fontaulière, en rive gauche. Naturellement, en l'absence de brume, le panorama offert sur le massif du Coiron et son soubassement marno-calcaire est tout à fait remarquable. Vers le sud, la Coupe de Jaujac est intégralement visible et on distingue parfaitement tant les maisons de la périphérie de Jaujac que le château situé au pied de la Coupe.
Revenez sur vos pas par le même chemin jusqu’au croisement du Souilhol, votre point de départ.