A partir d'Aubenas, vous pouvez suivre la D104, puis avant Uzer prendre sur votre droite la D103 jusqu'au village de caractère de Chassiers. Le village se niche dans un paysage cévenol façonné depuis des siècles par la nature et la main de l'homme. D’un point de vue environnemental, le paysage est parsemé de terrasses dans les contreforts périphériques des Cévennes méridionales. Les dénivelés sont si abrupts, de 195 à 608 mètres, que la commune est classée en zone de montagne. Les courbes de niveau se confondent avec les murets de pierres sèches délimitant de magnifiques cultures en terrasse. Le village est entouré de plusieurs hameaux typiques. C’est aussi un paysage environnant sillonné de nombreux sentiers de randonnée, constitué de pinèdes et d’une vue qui embrasse la dent de Rez, le plateau des Gras, voire les Alpes par beau temps.
L'origine du village demeure inconnue. D'après la tradition locale, les cavités creusées dans les rochers de grès, à l'est du village, sont probablement des fouloirs rupestres destinés à écraser le raisin, à l'époque féodale. La première mention écrite date de 549, il semblerait qu’un monastère fut à l’origine du village de Chassiers. Ce monastère ne semble pas avoir laissé sur place quelque vestige que ce soit. Seule certitude, Chassiers existe dans la seconde moitié du XIIe siècle, comme en témoignent la chapelle romane et les vestiges de la tour à bossages. Le village est cité comme faisant partie du périmètre de protection des mines de Largentière. Offrant une vue imprenable sur les vallées environnantes, Chassiers eu pendant longtemps, tout comme les autres villages surplombant la cité médiévale, un rôle d’observation et de protection, visant à protéger les mines d’argent voisines que se disputaient les évêques de Viviers et les Comtes de Toulouse.
La confrérie des pénitents bleus, créée le 26 février 1584 à l'initiative de Monsieur Louis de la Vernade, seigneur des lieux s'y installa. Il y a apparemment confusion avec Jacques de Chalendar qui, en 1396 probablement, décida de faire entreprendre la construction ou la reconstruction de l'église paroissiale de Chassiers. Important bastion catholique qui s'est illustré lors des guerres de religion, elle devient commune à part entière à la suite de la Révolution française, en 1790. Les fortifications érigées au XVIe siècle ont aujourd’hui disparu.
Aujourd'hui encore, Chassiers séduit par son charme authentique, autant que par son patrimoine architectural ne manquant pas d'intérêt. Parcourir ce village de caractère, c’est avant tout palper une ambiance, qui tient au parfum de Sud qui émane des ruelles, aux maisons portant les traces d’un riche passé dans leurs portes ou leurs fenêtres à meneaux. Les amoureux de vieilles pierres trouveront leur bonheur dans cette cité médiévale aux mille attraits et aux monuments à découvrir le temps de balades dans un autre temps. Environ un millier de personnes habitent aujourd’hui cette commune qui a compté par le passé quatre usines à soie, réparties sur ses deux rivières, la Ligne et la Landes. Parmi elles, de nombreux artisans d’art ouvrent les portes de leurs ateliers. Vannerie contemporaine, peinture, poterie, sculpture, maroquinerie locale et durable, ou encore ébénisterie sont représentés. De quoi prolonger le plaisir de la découverte.
Vous trouverez un parking route de Pradel pour stationner votre véhicule. Prendre la direction de la Place du Haut Darbousset, puis la Montée de la Vernade, elle vous menera Place pardoen où se trouve le château de la Vernade qui accueille aujourd'hui la mairie de Chassiers. Ancienne maison forte du XVIe siècle, il se compose de deux bâtiments, d'une tour circulaire, et d'un très bel escalier à vis. Très remanié au cours des siècles, le château de la Vernade est plus modeste que le château de la Mothe, mais aussi impressionnant avec sa grosse tour circulaire. En 1562, le village dut se défendre contre les troupes huguenotes, le château de la Vernade fut pillé. La demeure fut un des bastions du catholicisme grâce à l'un de ses propriétaires, Jacques de Vernade, co-seigneur de Chassiers qui fonda la confrérie des pénitents bleus en 1584.
Près du château de la Vernade, on peut admirer les restes d’une tour à bossages datant probablement du XIe siècle. Cette tour semble être le seul vestige du château de Chassiers. Cette tour, de plan quadrangulaire, est conservée sur un étage incomplet et remblayée dans ses parties basses. Les parements des murs, en grès, présentent un appareil à bossage à assises serrées et régulières ; les bossages, chanfreinés ou rustiques, sont de même type que ceux du château voisin de Montréal.
En plein cœur du village, les ruelles et calades vous entraînent devant des façades dont les éléments architecturaux ou les dates nous renvoient aux époques fastes des décennies 1460-1560 et 1750-1860. À l’approche de l’église, se signalent une fontaine, dont la voûte se déploie en coquille, et le jardin du Curé, véritable oasis de verdure et havre de paix.
Construite sur les vestiges d'une ancienne église romane, l'église de Saint-Hilaire présente l'aspect d'une forteresse, notamment en raison de son clocher-donjon. Installée ici à l'époque de la Guerre de Cent ans, elle servit à l'époque de lieu de refuge aux habitants du village et au moment des Guerres de religions. Bretèche à mâchicoulis au-dessus du porche d'entrée, tourelles, échauguettes, fenêtres hautes et étroites, clocher-donjon surmonté d'une flèche en pierre, tout rappelle les épreuves subies lors de la guerre de Cent Ans, ce qui explique son architecture si particulière. C’est en effet en 1396 que fut signé le contrat de construction de l’église de Saint-Hilaire entre les marguilliers, représentants de la paroisse, et les entrepreneurs.
L'église Saint-Hilaire est typique du gothique vivarois, les ogives se déplient sur trois travées formant nef, sur le chœur et sur les deux chapelles dessinant une sorte de transept bas. La lumière pénètre essentiellement par la baie axiale orientée et par l’immense oculus occidental. Une seule porte, était l’accès unique à tous les membres de l’édifice : la nef, le clocher, la crypte qui permettait au sanctuaire d’être en élévation. La construction de l’église, prise en charge par les habitants de l’époque, a dû être favorisée par la présence de deux lignées seigneuriales déjà installées à Chassiers, les Chalendard qui firent de la crypte une chapelle funéraire familiale et les Lavernade qui ont laissé leur blason sur la clé de voûte de la chapelle nord.
À l’intérieur de l'église Saint-Hilaire, les sculptures originelles sont discrètes sur les chapiteaux et sur les clés de voûtes : décor géométrique, fleurs, Majesté divine, symboles des évangélistes, Jean-Baptiste, anges musiciens… Il est possible d'admirer un Christ en bois polychrome récemment restauré, il aurait appartenu à une croix élevée sur la place du village. Le mobilier récent a été réalisé par des artisans locaux : ambon, Christ en bronze, lampe de sanctuaire, support de lumignons. Des curiosités subsistent encore, un escalier secret, aujourd’hui muré monte jusqu’au clocher. Sous l’église il y a la crypte accessible que de l’extérieur et qui abrite aujourd’hui la bibliothèque municipale.
Flaner dans Chassiers, c’est faire le pari de se laisser surprendre par d’étonnants monuments. Traversez la Place des Magnans que domine le chevet de l’église, falaise impressionnante de grès au pied de laquelle s’ouvre un arc d’anciennes demeures. En provençal, le magnan ou manhan désigne le bombyx du mûrier, utilisé en sériciculture en tant que vers à soie, dans une magnanerie. Les demeures qui ceinturent ce lieu disent l’aisance de la fin de l’époque médiévale et du XVIe siècle. Les porches et les fenêtres à meneaux garde secret sur ce que protègent les façades : cours intérieures, escaliers à larges paliers, salles voûtées, vastes cheminées.
Les calades se succèdent : Calade des deux Arcades, Calade de la magnanerie, Calade de la clède, Calade du fournil. Elles vous permettront de faire le tour de ce quartier. Puis, la Calade de l'arceau, la Calade des prés et enfin la Calade des Pénitents bleu où un autre édifice religieux ne manquera pas de vous étonner. La chapelle Saint-Benoît ou des Pénitents bleu edifiée entre le XIe et le XIIe siècle. Bâtiment de style roman, elle remonterait peut-être, à l'origine, du monastère du Ve siècle. Elle étonne par ses volumes et la quantité de grès utilisé pour la construire. Elle fut attaquée par les huguenots en 1562.
Cette œuvre romane est originale par le fait d’avoir deux nefs accolées qui se terminent pour l’une en une abside ronde et pour l’autre en une abside polygonale. Le porche est au sud, il s’ouvre sous un cintre à double rouleau porté par des colonnettes, l’une ronde, l’autre polygonale. À l’intérieur, les nefs sont couvertes par des voûtes en berceau brisé, les chapiteaux s’ornent de simples feuilles d’eau. Les nefs communiquent au niveau des travées occidentales et des sanctuaires. La chapelle nord, qui avait été utilisée par la confrérie du Corps-Dieu, devint en 1584 le lieu de réunion des Pénitents bleus qui marquèrent la vie religieuse de Chassiers jusqu’à l’orée du XXe siècle. À l’extérieur, il suffit de lever le nez devant ce double chevet pour remarquer les facéties du sculpteur. De drôles de visages, des feuillages ou encore des figures géométriques sont taillés dans cette pierre de grès. La Chapelle dite des Pénitents Bleus demeure une étape sur la route des églises romanes de la vallée de l’Ardèche.
Du chevet de la chapelle Saint-Benoît, une large vue s’étend sur les vallonnements de vignes et de bois. Poursuivre votre chemin par le Passage de la motte. Le château de la Mothe à l’entrée sud du village date du XVe-XVIe siècle il a appartenu aux évêques de Viviers puis à la famille de la Mothe de Chalendar, qui lui donna son nom actuel. C’est un véritable château fort, avec pont-levis, fossé, chemins de ronde, échauguettes et tourelles qui lui donnent fière allure. Après avoir été pillé et brûlé par les huguenots, il a été reconstruit en 1568 et en 1585 il a été creusé un fossé qui en faisait le tour. Souvent détruit, le château de la Motte a aujourd'hui été entièrement restauré, mélangeant des aspects de maison florentine et de maison-forte. Propriété privée, il ne se visite pas, visible de la route.
Revenez vers le parking par la Calade de rieu et la Calade de la Lauze. En vous baladant, ne manquez pas d'admirer les vestiges de la chapelle Saint-Joseph avec sa façade et sa statue de saint Joseph. Il est possible de musarder en voiture de hameau en hameau jusqu’à la chapelle de Notre-Dame de Bon-Rencontre, ancien lieu de pèlerinage, au quartier de Joux, situé à 3 km. Cette chapelle modeste mais aux lignes attrayantes a été rénovée extérieurement à l’initiative de la mairie. Un sentier de randonnée pédestre fait le tour de Chassiers, permettant ainsi d'admirer toute la beauté de ce bourg.