Rattachée aux jeunes volcans d’Ardèche, le village de Thueyts repose sur une plate-forme basaltique baptisée "la Chaussée des Géants". Il s'agit d'une des plus hautes coulées basaltiques d'Europe, qui atteint une hauteur exceptionnelle de 80 m par endroits et qui offre une très belle vue sur la vallée. La Gravenne à Thueyts est un volcan de type strombolien à cratère égueulé en direction ouest / sud-ouest, culminant à 600 mètres d’altitude. Il a émit une coulée basaltique dans le lit de l’Ardèche qui domine le site aujourd’hui connu sous le nom de Pont du Diable. Le volcan a connu une activité très brève sous forme de deux manifestions : une explosive, puis effusive qui ont largement impacté la morphologie de la vallée actuelle.
Lors de la phase explosive, de nombreuses bombes et scories se sont accumulées aux abords du cratère, construisant un vaste cône de scories, ou cône volcanique. Il semble que d’autres phases explosives aient permis de déposer des scories sur la coulée visibles au niveau du stade de football et de la chapelle st Roch. Le cône initial devait largement déborder dans le lit de l’Ardèche. En effet on observe que lors de la phase effusive (projection de lave fluide), l’épanchement de la coulée vers en aval, est bloqué par les scories précédemment projetées. La coulée s’est alors élargie en refluant sur environ deux kilomètres vers le nord dans le lit de l’Ardèche, faisant ainsi barrage au petit cours d’eau, le Merdaric. Il semble également que, toujours à cause du cône, il y ait pu avoir un lac sur l’Ardèche, comme en témoignent les sédiment visibles sous la coulée au départ sur la rive gauche de la via ferrata.
Par la suite, le Merdaric et l’Ardèche ont recreusé leurs lits faisant apparaître les prismes basaltiques situés à la base de la coulée. Si le Merdaric a entaillé la coulée de manière quasi symétrique en son centre, l’Ardèche, déviée par le flux de lave, a entaillé son nouveau lit entre la coulée et les roches granitiques. Le vis-à-vis entre ces deux types de formations rocheuses est aujourd’hui visible depuis le site du Pont du diable. Aujourd’hui son lit est situé à un niveau bien plus bas qu’a cette période.
Dès votre arrivée par la N102, le premier contact avec le village se fait avec la grande Place du Champ de Mars créée en 1852 par le maire de Burine à la place d’un champ de mûriers. Ici se déroule le marché là où autrefois se tenaient d’importants marchés aux fruits importants : cerises, prunes, châtaignes… Au centre de la place du Champ de Mars, se trouve le monument aux morts. De chaque côté de celui-ci, sont placés 2 canons (crapouillots) prises de guerre 1914/18. Le village a différentes places qui ont marqué son histoire. Qu'elles soient commerçantes, vivantes ou emblématiques, elles sont encore de nos jours des lieux de rendez-vous conviviaux...
Tout de suite à droite, vos pas nous guident vers le coeur du vieux village de Thueyts, avec un labyrinthe de petites rues où donnent les façades de magnifiques maisons. Dans le vieux village, restent quelques belles demeures, des XVe ou XVIe siècles pour la plupart. A travers les ruelles du vieux village vous découvrirez des façades Renaissance avec des tourelles d'escaliers, des fenêtres à meneaux, des bâtiments historiques comme le château de Blou, un lieu patrimonial incontournable des richesses athogiennes. Dirigez-vous vers le château de Blou bâti au bord d’un parc de plus d’un hectare. Il est communément connu sous l’appellation de château de Blou, du nom de la famille qui le posséda pendant de nombreux siècles. Le château de Blou, construit vers le XIIe siècle par la famille des Pressis, passera aux mains de la famille de Blou en 1461, par le mariage de Marguerite des Pressis avec François de Blou.
Le château de Blou connut de nombreuses transformations au fil des siècles pour devenir un château d’agrément niché au milieu de son parc. De l’ancien édifice restent au niveau du parc de belles salles voûtées datées du XVe siècle. On peut y voir des toits de tuiles vernissées, une cheminée dite Sarrazine, et des salles voûtées restaurées. Aujourd’hui, il accueille de nombreuses manifestations dont le rassemblement d’artistes à l’automne. Il abrite, entre autres, les bureaux de la Communauté de communes des Sources de l’Ardèche et juste en face, la médiathèque fait oublier les écuries d’autrefois…
Du château de Blou, gagnez la rue de la Fontaine qui fut au XVIIe siècle la rue où se retrouvaient commerces et artisans. Sur notre gauche, se trouve l’ancien prieuré, actuellement propriété privée, ancienne Maison des moines de Saint-Chaffre, et devint collège clérical au XVIIe siècle. Mais sa façade a malheureusement été dénaturée à plusieurs reprises par modification ou ajout d’ouvertures. Il conserve une très belle cheminée en anse de panier. Sur le linteau de la porte, encadrée d’une moulure, remarquez l'inscription « A IHS M V ». Plus loin, la maison Michel Pichot de Lespinasse se distingue par une tourelle en saillie sur la façade, ornée de motifs en forme de fleurs de style Renaissance. Cette famille fut une des plus éminentes de Thueyts qu’elle quitta à la fin du XVIIIe siècle.
Poursuivre vers la Place Pouget, anciennement Place principale et commerçante, on se rendait à l'église par la rue Mercière. La rue Pouget actuelle n'existait pas. Sur la place Pouget se dresse la tour Gaschet, dite aussi tour Pouget. Elle est dotée de belles particularités architecturales. Dans cette très belle bâtisse Renaissance érigée au XVe siècle, on accède à une plateforme sommitale par un escalier à vis avec une voûte en croisée d’ogives. Elle est surmontée d’une gargouille et d’un modillon orné d’une coquille Saint-Jacques. Ses fenêtres à meneaux, ses gargouilles, ses encadrements de portes moulurés avec blason flammé… attire inévitablement le regard. Au XVIIe siècle, elle fut la résidence d’un autre Pichot de Lespinasse, le sieur François. La tour Pouget fait l’angle de la rue Gaschet qui conduit à l’une des deux anciennes portes du village. On y trouve une maison intéressante. Deux têtes sculptées, celle d’un homme et celle d’une femme, qui ornent sa façade, lui ont valu l’appellation de "Maison des deux Têtes". La maison des Deux Têtes présente également des motifs floraux dans son encadrement de porte.
Poursuivre dans la rue Mercière, on peut admirer deux belles demeures Renaissance . Au début de la rue, se trouve la maison dite Maison Notaire Eschalier, qui y résidait en 1640. On y admire une très belle fenêtre d’angle à meneaux moulurés. Ainsi que la demeure des seigneurs des Goys. Il s’agit d’une vieille famille dont la branche aînée s’éteignit au milieu du XVe siècle, alors que l’on connaissait encore des représentants de la branche mineure à la fin du XIXe siècle. Leur demeure était située un peu plus loin au sortir d’un passage dit du sieur de Vallon. Il y a aussi le Fabricou dans la rue Mercière, ancienne maison des Dominicaines et dépôt de salpêtre pendant la Révolution française, puis en 1794, école de filles créée par Marie Rivier, puis d'une école de garçons. De 1924 à 1936 installation d'un moulinage (soie), d'où le nom de " Fabricou ", petite fabrique. Puis cinéma , depuis 1980 elle abrite des gîtes communaux.
La rue Mercière vous conduit à la rue Haute à l’extrémité de laquelle, au pied de la chapelle Saint-Roch, une superbe maison Renaissance a des fenêtres à meneaux, un escalier de pierre à l’intérieur et des plafonds à la française. Construite en 1532 par Pierre d’Arlempde dit de Goys, protonotaire apostolique et prieur de Saint-André de Burzet, elle était au XVIIe siècle la demeure du sieur Antoine Flandin, apparenté aux Flandin de Pourcheyrolles propriétaires du château du même nom à Montpezat. La maison dite Pierre de Goys, ses beautés sont tout autant extérieures qu’intérieures. Certaines de ces maisons de ce quartier présentent un fort caractère religieux à l’image de celle, propriété des Sœurs de la Présentation de Marie. C’est dans cette partie de la cité Thueyts que se développa la congrégation des sœurs de la Présentation de Marie, fondée par la bienheureuse Marie Rivier. Cette dernière, née à Montpezat, avait voué une particulière dévotion à la Vierge Marie qui lui avait permis de remarcher après un grave accident qu’elle avait eu toute enfant. Restée néanmoins infirme, elle décida de se consacrer à l’éducation des jeunes filles.
Encore quelques pas, en bordure du village, la modeste chapelle Saint-Roch construite au sommet d'un piton volcanique domine le village au-dessus de la maison d’Antoine Flandin. Sur ce site, s’élevait, dès le VIIe siècle, une chapelle dont on pense qu’elle fut construite à l’emplacement d’un oratoire gaulois. En 938, sous le nom de chapelle Saint Bauzille, la chapelle et la seigneurie reviendront aux moines de l'abbaye St Chaffre du Monastier sur Gazeille (Haute Loire). La chapelle Saint-Roch a été l’église de Thueyts jusqu’à la construction de l’église romane. Laissée à l’abandon ensuite, elle tomba en ruine et une nouvelle chapelle, construite par Pierre de Goys, fut élevée à sa place. Cette dernière fut, elle aussi, complètement détruite pendant les guerres de Religion et ce n’est qu’au XVIIIe siècle qu’elle fut reconstruite et qu’elle prit alors son nom de Saint-Roch. Son clocher, qui portait une cloche aujourd’hui installée sur l’église, fut ultérieurement fermé et surmonté d’une grande croix de pierre. Une restauration, bien nécessaire, a été faite en 1960. Admirez son chemin de croix peint par l'artiste Albenassien Robert Petit-Lorraine.
La découverte de ces édifices, vous emmène à présent à la hauteur de l’église Saint-Jean-Baptiste. En face, la place des Cocons ou de la Laine donne sur la rue Mercière. Elle prit la place d’une maison démolie en 1887, créée par Monsieur Serre, Maire de l'époque. Ici, tantôt la soie, tantôt la laine trouvait place pour être pesée aux tringles fixées aux poutres et ensuite vendue. Sur le côté de la place couverte, une étroite rue pavée permettait de se rendre à l'église depuis la rue Mercière.
L’église Saint-Jean-Baptiste se trouve au cœur du village, sur la place du Terras, ancien emplacement du cimetière de Thueyts. La croix centrale a été déplacée près de l'église en 2000, lors de la réfection de la place et du pavage. L'église Saint-Jean-Baptistei a remplacé l’ancienne église romane datant du Xe siècle. Elle fut reconstruite, en 1834, à la suite de l’effondrement de sa voûte. Au XVIIIe siècle, à partir d’une nef unique, elle comportait sept chapelles latérales qui étaient, comme c’est généralement le cas, les chapelles funéraires des familles nobles. Le clocher et sa tour édifié en 1691 répondent parfaitement à la mode architecturale italienne. Vitraux et tableaux constituent ses richesses intérieures.
La municipalité a restauré fontaines et lavoirs et désormais l’eau chante dans les rues et les places : fontaines du Couderc, des Girauds, du Pouget, de la rue de la Fontaine, lavoir de la rue Haute, présent depuis 1924, et celui du parc de Blou…Place de la fontaine, la Maison Tourvieille, demeure de Sieur Pierre Fournier en 1640, devint au XIXe l'habitation de Emmanuel Tourvieille, médecin et maire de Thueyts de 1846 à 1848. Vous voilà revenus au point de départ. Et il y a encore à visiter, dans les environs se trouvent de nombreux sites. Le village de Thueyts invite les amateurs de marche à découvrir ses sites naturels de toute beauté.
De la place du Champ de Mars, rejoignez la N102 et longez-la avec prudence, à gauche sur environ 200m. Empruntez, à gauche, le sentier qui passe sous le pont de l'Apic dit Pont de la Gueule d'Enfer. Situé à l'entrée sud-est de Thueyts sur le Merdaric, sa construction fut décidée par les États du Languedoc lors du projet de percement de la route d'Auvergne, et approuvée par le Roi. Ce spectaculaire ouvrage d’art fut édifié en 1762 (date gravée sur une pierre du parapet). Le pont fut construit avec des pierres provenant de la carrière de Briges. Continuez à descendre la calade qui serpente entre la cascade de la Gueule d'Enfer et la Chaussée des Géants. Le ruisseau du Merdaric, après avoir traversé le village, se précipite par cette impressionnante cascade, dont le nom, la Gueule d’Enfer, dit bien tout l’effroi qu’elle inspirait. La cascade de la Gueule d'Enfer, alimentée par le ruisseau le Merdaric, fait un saut vertigineux de 80 mètres.
Vous êtes à La Roche : suivre le panneau "Chaussée des Géants / Thueyts". Descendez jusqu'aux maisons du hameau de La Roche. Allez par la droite au Pont du Diable. Au fond de la gorge, un pont en dos d’âne permet d’accéder aux hameaux de la rive droite. Sa construction, probablement médiévale, a fait l’objet de nombreuses légendes qui expliquent son appellation de "Pont du Diable". À ses pieds, deux gours assez profonds permettent la baignade, ce qui en fait un lieu très recherché par les beaux jours d’été, les plaisirs de l’eau se conjuguant à la beauté du site.
Remontez vers la Chaussée des Géants, cette coulée basaltique parmi les plus hautes d'Europe a été émise par le volcan de la Gravenne. Les basaltes sont des laves fluides qui, de ce fait, s’écoulent habituellement en descendant les vallées. Au contraire et de façon tout à fait inhabituelle, la coulée de Thueyts, bloquée dans sa progression vers l’aval, remonta la vallée de l’Ardèche vers l’amont ce qui lui donna une épaisseur considérable. L’Ardèche dut se frayer à nouveau un lit, creusé à la limite entre le basalte et les roches granitiques antérieures à la coulée. C’est, sur presque tout son parcours, une gorge étroite surmontée par une impressionnante falaise d’orgues basaltiques d’une hauteur pouvant atteindre 80 m. Deux chemins en escalier permettent d’y descendre et d’en remonter, l’Échelle du Roi et l’Échelle de la Reine.
A la Chaussée des Géants : suivre le panneau "Thueyts par l'échelle du Roi". Montez par l'échelle du Roi et rejoignez le belvédère. ATTENTION, ces escaliers taillés par l'homme dans le basalte sont glissants par temps de pluie... Soyez prudents ! Plusieurs belvédères offrent une vue panoramique sur la vallée de l'Ardèche et le Pont du Diable. L'Echelle de la Reine avec ses 215 marches permet de découvrir la vallée de la Vernède. Par le chemin, rejoignez la RN 102. Traversez avec prudence et à la fontaine, prenez à droite, la rue Gaschet pour retrouver le point de départ.