Les terrasses de Vernon surplombent la vallée de la Beaume elles sont orientées vers le sud ou le sud-ouest. Situés au bas des pentes de la Cévenne ardéchoise, le relief du village de Vernon reste accentué, son altitude étagée sur plusieurs centaines de mètres, alternant versants pentus et replats plus favorables à une implantation agricole longtemps prospère, encore vivante aujourd'hui. L'ensoleillement important, les sources nombreuses, l'altitude différenciée, permettaient autrefois de cultiver sur le territoire d'une même commune aussi bien les oliviers, ou les mûriers nécessaires à l'élevage des vers à soie, que la vigne et les châtaigniers, et la polyculture. A l'époque une filature de soie fonctionnait qui a compté près de 180 ouvrières et l'élevage des vers à soie apportait travail et prospérité.
En rive gauche de la Baume, Vernon est voisine entre autres de Sanilhac, Rosières, Ribes. Depuis toujours, Vernon est un village de tradition viticole, la culture architecturale cévenole a posé son empreinte sur les maisons du village. La reconversion en cépages plus fins a renouvelé le paysage viticole, le Chatus restant un témoin de l'histoire. Dominées par le château et l'église, la communes ne comporte pas de bourg principal, l'habitat ancien y est groupé en petits hameaux et en mas isolés, les constructions réalisées en bel appareil de grès, souvent implantées sur les terrains les moins propices à l'agriculture.
Le site a été occupée depuis l’époque magdalénienne, on trouve des traces d’occupation du site dans des abris sous la roche sur la rive gauche de la Beaume au niveau du confluent avec l'Alune. Les vestiges des différentes occupations sont présentés au musée des Vans. Au Moyen Âge, Béraud d'Agrain, né en 1335, fils de Eustache-Olivier d'Agrain, épouse en 1365, Catherine de Vernon au château de Vernon. Au XIVe siècle, Odilon de Vernon rendit hommage à l'évêque de Viviers. La seigneurie de Vernon a laissé peu de traces dans l'histoire, sont rattachés les noms des familles allièes Chanaleilles et Ginestous. Les Ginestous de Vernon s'éteignent en 1762 à la mort de Louis de Ginestoux. Une ordonnance concernant Vernon, en date du 29 septembre 1678, nous apprend que les seigneurs de Vernon étaient alors : « très haute, très puissante et très illustre princesse, mademoiselle Marie de Lorraine, duchesse de Joyeuse et de Guise, princesse de Joinville, dame dominante du château et mandement de Vernon ; messire Guillaume de Chanaleilles, seigneur du Sault, Jagonac et la Saumès ; messire Guillaume de Ginestoux, seigneur du Pièbre, le Castanet et Boziges ; les hoirs de noble Louis d’Agrain, sieur de Ubacs, co-seigneur du château et mandement de Vernon ».
Le village eut son heure de gloire à l'époque de l'âge d'or du ver à soie. Depuis une calade devant l'ancien cimetière, montez vers l'église Saint-Michel, perchée à l'extrémité d'un promontoire rocheux d'où l'on bénéficie d'un superbe point de vue sur toute l'étendue de la commune, la vallée de la Baume et le village de Ribes. L'église Saint-Michel fut bâtie en 1675 dans un petit espace à l'emplacement d'une chapelle jouxtant le château médiéval. La chapelle précédente remonte au Xe siècle à l'époque où elle faisait office de frontière entre la Lotharingie et la Francie occidentale depuis le traité de Strasbourg de 843.
L'architecture de l'église Saint-Michel est essentiellement romane bien qu'il s'agisse d'une reconstitution du XVIIe siècle. Elle garde toutefois une allure militaire, ce qui témoigne de l'origine chatelaine du bâtiment. L'Ardèche est particulièrement riche de constructions d'églises aux allures martiales souvent d'anciennes chapelles chatelaines. L'église accueille au-dessus du portail une statue de la Vierge enceinte. Sa nef, comme les deux nefs latérales dont celle au nord gagnée sur le rocher, est dotée d'une voûte en plein cintre. Remaniée et agrandie au XIXe siècle, elle est dédiée à saint Michel, comme en atteste le vitrail central du chœur. Le bénitier rustique qui se trouve à l'entrée et le baptistère octogonal qui lui fait face, tous deux taillés dans le grès, semblent anciens. L'autel de l'église a été ajouté en 1829 à l'époque du roi de France Charles X . Cette époque fut la fin de la monarchie constitutionnelle dite de la Restauration bourbonienne (1814-1830). Elle correspond à une volonté de la part des autorités tant civiles que religieuses d'effacer les destructions de la Révolution française.
L'association entre l'église Saint-Michel et château à proximité est typique du Vivarais, ancien nom de l'Ardèche au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, cela tient de la volonté des seigneurs locaux de s'attirer les bénéfices et les bonnes grâces des ecclésiastiques. Cette région est au cours des cinq derniers siècles peu peuplée de Catholiques mais essentiellement de Protestants dont la plus grande partie habitait cette région faisant alors partie de la généralité du Languedoc. Ce milieu se caractérise par une forte piété populaire.
Immédiatement à proximité de l’église, s’élève, dans une propriété non accessible, le Château de La Devèze à tours ronde munie de bouches à feu attribuables au XVe ou au XVIe siècle.. Le château est une construction simple de trois étages en bel appareil de grès, faite de quadrilatères imbriqués, avec une unique tour ronde en angle. L’ensemble du bâtiment a été très remanié aux XVIIIe et XIXe siècles mais diverses ouvertures laissent supposer la présence de maçonneries antérieures au XVe siècle.
En 1213 un hommage est rendu à l’évêque de Viviers par Pierre de Vernon pour sa tour et son château de Montréal. Les habitants du mandement de Vernon obtiennent d’avoir en 1283 un service particulier dans leur église avec un vicaire autorisé à administrer les sacrements sous réserve de certains offices réservés au curé de Rosières. Accord en 1289 entre Pons, seigneur de Beaumont, et Pons, seigneur pour partie de Joannas, par l’intermédiaire de B. de Vernon, coseigneur de Vernon, et du recteur de l’église de Chabreilles. Odilon de Vernon rend hommage en 1333 à l’évêque de Viviers pour son château de Vernon. Le château fut la propriété de la famille de Ginestoux qui l'a vendu en 1764 à Louis-Auguste Dussargues de Vernon, lequel le vend à son épouse Adèle-Christine de Vanel de Lisleroi le 3 mai 1816, vente contestée par Joseph-Guillaume d'Allamel de Bournet demeurant à Joyeuse.
Un petit bourg castral a dû se développer au pied du château et de l’église : deux maisons habitées sont mentionnées dans le castrum de Vernon en 1464. Mais le village de Vernon est ensuite descendu beaucoup plus bas sur la pente. Utilisé massivement pour les murs de soutènement des faïsses et pour la construction des maisons et bâtiments anciens, la pierre locale est le grès du Trias.
Un sentier vous conduit en fond de vallon à la cascade du Baumicou, haute de près de dix mètres, où ce ruisseau temporaire franchit une barre rocheuse dont la base affouillée forme abri sous roche. Le sentier des tétines descendant à travers les vignes vous amènent sur le rebord d'un plateau gréseux dominant la vallée de la Baume, que vous suivez vers le nord, découvrant progressivement les curieuses formations en relief dites "tétines de Vernon". Ces pointements gréseux de quelques dizaines de centimètres à un mètre de haut semblent être le résultat d'une érosion différentielle dont l'origine est encore mal expliquée.