Face aux fréquentes incursions et invasions, le Moyen Âge marque un tournant avec l’édification de remparts et de tours de défense. La nécessité de protéger ce territoire se fait sentir, ainsi, les fortifications s’élèvent dans le paysage, rappelant l’importance militaire et commerciale du site. Ces murailles et tours, bien que marquées par le temps, invitent encore aujourd’hui à l’émerveillement et à la méditation sur un passé tumultueux. Ces structures ne sont pas seulement des témoins de conflits, elles symbolisent également l’importance de protéger une communauté naissante qui prenait de l’ampleur dans une région à la croisée des routes commerciales. La Garde, admirablement placée et disposant de son rocher volcanique, fut une des principales défenses, ainsi qu'une des pièces maîtresses du dispositif d'alerte.
Les attaques barbaresques et la protection du littoral
Dès le Moyen Âge, la région côtière était souvent la cible des incursions de pirates barbaresques venus d'Afrique du Nord. Il ne s'agit plus de soldats mais de pirates. On ne parle plus d'Arabes mais de Sarrasins, terme générique à l'étymologie obscure, groupant des chefs arabes, des Berbères, des renégats chrétiens, des Andalous, des Majorquins et des aventuriers de toute espèce. La razzia des campagnes, des villes mal défendues ou des monastères, la capture de prisonniers revendus comme esclaves ou rançonnés à prix d'or deviennent les véritables objectifs de raids qui sont des incursions maritimes semant la désolation sur nos côtes languedociennes et provençales.
Ces attaques, motivées par le commerce illicite et la recherche de richesses, ont poussé la communauté à repenser sa défense. Pour parer aux assauts, des structures défensives ont été érigées avec soin. Ces constructions servaient de vigies, permettant de détecter l'arrivée des corsaires à l’horizon et d'organiser une riposte rapide. La menace constante obligeait la population à adopter un mode de vie très orienté vers la vigilance et la préparation militaire, une dynamique qui se reflète encore aujourd’hui dans le patrimoine du village.
Les premiers seigneurs, vassaux des comtes de Provence, construisirent une tour de guet en pierre locale, implantée sur une colline stratégique pour surveiller la route côtière reliant Marseille à l’Italie, afin de prévenir les incursions sarrasines et de contrôler les péages. Du haut du rocher, on se communiquait des signaux depuis une tour construite au quartier des Tourraches où existait une tour d'origine romaine. C’est dans ce contexte que naît La Garde-Freinet, initialement nommée « Castrim de Guardia ». Cette situation lui valut d'être de nombreuses fois assailli et détruit. Malgré ces précautions, le village fut ravagé plusieurs fois en cent ans.
En 1026, La Garde-Freinet fait partie du Fief de Saint-Fulcher avant d’être la seigneurie des Pontevès. Délaissant le site perché du Fort Freinet, où plusieurs habitats semblent s’être regroupés à la fin du XIIème siècle, la population s’installe progressivement sur les pentes plus douces du col de la Garde à partir de la fin du XIIIème siècle.
Les rivalités seigneuriales et les conflits internes
Au début du XIIe siècle, la Provence se fragmentait entre plusieurs fiefs. Les rivalités seigneuriales ont profondément marqué l'histoire de Garde-Freinet, influençant tant son urbanisme que son identité culturelle. Dès l'époque médiévale, la lutte pour le contrôle du territoire incitait les seigneurs à renforcer leur emprise par des moyens militaires, ce qui se traduisait par la construction de fortifications et de structures défensives adaptées à un contexte conflictuel.
Au cœur du Moyen Âge, La Garde-Freinet ne fut pas uniquement exposée aux dangers extérieurs. Les rivalités entre seigneuries locales pouvaient également dégénérer en confrontations armées. Les tensions entre puissances locales ont parfois débouché sur des escarmouches ou des manœuvres défensives destinées à sécuriser des positions stratégiques. La nécessité de faire face à ces défis internes a contribué à la construction et à l’amélioration des fortifications, confirmant la place du village comme une zone à la fois stratégique et disputée dans la région.
Les démêlés avec la voisine : La Valette
En 1261, Toulon était chef-lieu de bailliage avec La Garde - Tourris - La Valette - Le Revest comme composants. Au passage, nous apprenons, par le cartulaire du bailliage de Saint-Maximin (1246) que La Garde devait aux comptes de Provence deux soldats dont un avec un cheval armé, l'autre avec un cheval non armé. Toulon, à la même époque, n'en devait qu'un. La Garde essaya d'être chef-lieu de bailliage car elle se jugeait plus importante que sa voisine. Mais La Valette s'y opposa.
Au XIVe, les troupes de Raymond de Turenne ravagent le secteur.
En 1437 ; le roi René fit donation à Elion de Glandevès, seigneur de La Garde, du château de La Valette et du " deffend " de Baudouvin. Cela n'alla pas sans irriter Antoine Raynaudi, vicaire général, prieur et coseigneur de La Valette.
En 1449, une transaction est signée entre les deux seigneurs, le premier gardant la haute justice et le droit de régale et abandonnant au second la mixte, impère, moyenne et basse justice et la moûture du blé. Cet accord à l'amiable ne fut autorisé ni par le roi, ni par le pape. Les Valettois en profitèrent pour ne plus rien verser au seigneur Gardéen.
En 1560, Gaspard de Thomas (de Sainte Marguerite, de La Garde, de La Valette et de Baudouvin) exige les impôts qui lui sont dus. Une suite de procès va naître de cet état de choses. Les Valettois demandent le rachat des impôts (1578).
Le château La Garde-Freinet est rasé sur ordre du maréchal de la Valette en 1589.
Après différents arrêtés, cassés et rétablis, les Valettois rachètent la haute justice pour 11 mois 8 jours, pour la somme de 18 000 livres (26 mai 1614). Le 6 novembre 1614, les Valettois rachètent la moyenne et basse justice. Enfin le 20 novembre 1616, ils rachètent les trois semaines de haute justice qui restaient au Seigneur de La Garde pour la somme de 1 225 livres. Les Valettois, ainsi, avaient payé leurs libertés.
La Garde étant fort endettée, La Valette lui racheta de nombreux terrains lui appartenant pour 24 000 livres et les limites entre les deux communes furent fixées définitivement (16 mars 1633) A partir de cette date, les seigneurs de La Garde ne prétendirent plus rien sur La Valette et s'ils portent encore le titre de " Seigneur de La Valette " , bientôt même, ils l'abandonnent pour n'être plus que " sieurs de La Valette " .
Les rivalités seigneuriales ont joué un rôle crucial dans le développement de Garde-Freinet en instaurant une architecture défensive imposante, en modulant l'organisation territoriale et en cultivant un sentiment d'appartenance et de résilience qui traverse les époques. Ce croisement entre conflit et construction a permis à la commune de se doter d'un caractère unique, où chaque pierre, chaque fortification raconte une histoire de pouvoir et de survie.
Les fortifications de Garde-Freinet se sont transformées au gré des siècles pour s’adapter aux évolutions des stratégies militaires, aux innovations technologiques et aux besoins socio-économiques de la région.
Avec l’avènement de la Renaissance et l’introduction de l’artillerie, les fortifications durent évoluer pour faire face à une nouvelle réalité stratégique. L'arrivée des canons impose une révision des techniques de défense. Les constructions sont améliorées pour résister aux tirs des projectiles avec le renforcement des Murs. Des ajustements sont réalisés dans la configuration des tours et bastions pour mieux disperser l’impact des explosions. Les portails et fossés sont repensés afin d’optimiser la défense tout en permettant une meilleure mobilité lors des repliements ou contre-attaques.
La période napoléonienne et la modernisation des dispositifs défensifs
Bien que Garde-Freinet n’ait pas été le théâtre d’un grand affrontement lors des guerres napoléoniennes, cette ère a marqué des changements significatifs dans la stratégie militaire en France, y compris dans le Var. La mobilisation générale et la restructuration de l’armée ont impliqué une réévaluation de la défense des littoraux. Même si les combats majeurs se déroulaient ailleurs, la région bénéficiait de travaux d’amélioration des infrastructures défensives héritées du passé. Certaines adaptations réalisées durant cette période témoignent de l’effort pour moderniser les anciennes protections, fusionnant tradition et innovation dans une perspective de défense renforcée du territoire.
Epoque contemporaine
L'industrie du bouchon se développe au XIXe siècle avec près de 700 bouchonniers grâce à la forêt de chênes-liège. À cette époque, la production de marrons et de magnans (vers à soie) est également bien développée. Invention des Patiences Fraixinoises, petits biscuits ronds, en 1880. En 1900, l'abbé Mathieu dresse la croix des Maures (altitude 437 m) qui sera restaurée en 1978 car très endommagée. Le Christ pesait 175 kg. Consacrée le 3 mai 1900 (jour de la sainte Croix et de Saint Clément, patron du village), la Croix et son effigie du Christ sont l’un des emblèmes du village qui s’étale à ses pieds. Haute de 6 mètres, on dit que son commanditaire l’abbé Mathieu l’aurait placée exprès dans l’axe de la place Neuve. Il répondait ainsi au climat anticlérical de l’époque, et visait plus particulièrement le propriétaire athée de la plus imposante maison du village.
Grand déclin dans les années 1960 lié à un exode massif provoqué par la crise de l’activité bouchonnière.