Première Guerre mondiale en Picardie
La Première Guerre mondiale marqua tragiquement la région. La bataille de la Somme, en 1916, fut l’une des plus dévastatrices de l’histoire moderne. Bombardements, tranchées et mémoriaux témoignent aujourd’hui encore de cette page douloureuse. Durant la Seconde Guerre mondiale, la Picardie subit de nouveau les ravages des affrontements et de l’occupation.
La Picardie devient l’un des principaux théâtres de la Première Guerre mondiale : tranchées, batailles de la Somme et destructions massives façonnent une mémoire collective profonde. Les paysages, villages et cimetières de guerre portent la marque de ces événements, devenus des lieux de commémoration internationaux. La Picardie est l’un des territoires français les plus marqués par la Première Guerre mondiale : invasion, front stabilisé sur plusieurs années, batailles d’une ampleur inédite et traces mémorielles omniprésentes dans le paysage.
Campagnes et événements majeurs à retenir
- Mobilisation et avancée allemande d’août septembre 1914 : occupation temporaire d’Amiens et poussée jusqu’à Senlis avant la stabilisation du front après la Marne.
- Bataille de la Somme (juillet–novembre 1916) : offensive alliée majeure en Picardie qui cause des pertes très lourdes et transforme profondément le paysage du département.
- Ligne de front et guerre de tranchées (1914–1918) : secteurs continus de front sur l’Aisne, la Somme et l’Oise, alternance d’offensives et de périodes de moindre activité jusqu’à l’offensive finale de 1918.
Incursions, occupation et retrait allemands, puis reprises de territoires entre 1917 et 1918 selon les fluctuations des campagnes militaires. Les sources contemporaines et synthèses régionales insistent sur la centralité du front picard dans la chronologie du conflit et sur la violence des combats qui s’y sont déroulés.
Vie du front, innovations et horreurs techniques
Guerre de position et quotidien des poilus : tranchées, boyaux, postes d’écoute, ravitaillement par voie ferrée et routes de desserte. Les conditions sanitaires, la boue et l’artillerie d’une intensité nouvelle façonnent l’expérience combattante.
Innovations militaires perceptibles en région : usage massif de l’artillerie lourde, mines et contre mines, essais limités d’aviation et développement des techniques de soins et d’évacuation des blessés. Ces transformations expliquent la nature prolongée et destructrice des opérations en Picardie.
Expérience civile et occupation
Zones occupées et conséquences : une partie importante de l’Aisne, de la Somme et de l’Oise subit occupation allemande avec isolement des populations, difficultés de correspondance et germanisation partielle de certaines administrations locales durant les périodes d’occupation.
Déplacements de populations, réquisitions, restrictions alimentaires et pertes matérielles massives modifient durablement la démographie et l’économie locale; fouilles et patrimoines montrent caches monétaires, destructions d’églises et réemplois de matériaux de guerre dans les reconstructions d’après guerre.
Chronologie
- Septembre-octobre 1914 : les troupes allemandes envahissent la Picardie ; elles occupent le Chemin des Dames.
- 1er juillet 1916 : lancement de la terrible bataille de la Somme qui durera plusieurs mois et fera au total près de 1,2 million de victimes, tués ou blessés.
- 16 avril 1917 : le général Nivelle lance l’offensive sur le Chemin des Dames qui se solde par un terrible échec. Les mutineries vont ensuite se multiplier dans le camp français.
- 1918 : en mars, à Doullens, Foch et les dirigeants des Alliés s’accordent sur un commandement unique ; l’armée australienne arrête les Allemands à Villers-Bretonneux le 27 avril ; le 11 novembre, signature de l’armistice dans un wagon en forêt de Compiègne.
Mémoire, musées et sites incontournables à visiter
- Champ de bataille et mémoriaux de la Somme (Thiepval et nombreux cimetières du Commonwealth) pour comprendre l’échelle des pertes et la topographie du combat.
- Historial de la Grande Guerre à Péronne : musée de référence sur la Somme et la guerre de 1914–1918, collections et parcours pédagogique pour visiteurs et chercheurs.
- Musées et parcours de mémoire locaux (Amiens, Albert, Péronne) et sites d’interprétation (tranchées reconstituées, observatoires) qui restituent vies militaires et civiles pendant la guerre.
Itinéraire suggéré (1–2 jours) :
Amiens (mémoires urbaines et archives) → Albert/Thiepval (musées et mémoriaux de la Somme) → Péronne (Historial) avec haltes sur cimetières et sections de ligne de front conservées.
Seconde Guerre mondiale en Picardie
La Picardie fut un des territoires français les plus exposés lors de la Seconde Guerre mondiale : invasion et débâcle de 1940, longue occupation allemande, développement d’un réseau résistant actif, déportations et réquisitions, puis libération en 1944 accompagnée de combats, de destructions et d’une reconstruction lourde après guerre.
1940 : invasion, débâcle et occupation initiale
En mai juin 1940 la percée allemande à l’ouest des Ardennes contourne la ligne défensive française et conduit rapidement au repli des armées alliées ; des axes routiers picards sont utilisés par les colonnes allemandes pour avancer vers le nord et Paris. Villes et territoires subissent évacuations massives de civils, bombardements tactiques et occupation militaire. Certaines localités connaissent pillages, réquisitions et installation de garnisons.
Après l’armistice de juin 1940 la Picardie se trouve entièrement en zone occupée ; l’administration allemande organise le contrôle des transports, des industries et des sites logistiques.
Vie sous l’occupation : répression, économie et société
Réquisitions et contraintes économiques : produits agricoles, chevaux, ateliers et voies ferrées sont réquisitionnés pour l’effort de guerre allemand ; le ravitaillement civil se dégrade, rationnements et pénuries s’installent.
Collaboration et administration : notables locaux, préfets et mairies doivent composer avec l’autorité d’occupation, ce qui entraîne parfois des compromis, parfois des résistances administratives.
Répression politique et policière : arrestations, interrogatoires et surveillance des opposants ; opérations de police conduites par la Gestapo et les services allemands, appuyées par des services de renseignement locaux.
La persécution et la déportation : Juifs, résistants et otages civils ; arrestations suivies de transferts vers centres de transit (notamment camps ou lieux de rassemblement) puis déportation vers Auschwitz et autres camps nazis. Camps et lieux de détention en Picardie : Compiègne (camp de Royallieu) fut un lieu d’internement et de transit notable utilisé par l’occupant pour regrouper des internés et déportés avant leur transfert vers l’Est; archives et mémoriaux documentent ces itinéraires tragiques.
Résistance, actions et répression
La Résistance picarde a combiné activités clandestines locales et actions coordonnées avec les réseaux nationaux, mêlant renseignement, sabotage, aide aux évadés, propagande, actions armées et soutien logistique aux Alliés. Actions de groupes FTP et FFI, hébergements d’agents de liaison, filières d’évasion, et participation de la population (logistique, caches, renseignement).
Renseignement et transmission d’informations : Collecte d’informations sur les mouvements ennemis, signalement des convois et des dépôts, observation des installations militaires et transmission des renseignements aux services alliés ou aux réseaux par des agents de liaison. Ces activités s’appuyaient sur des réseaux de passeurs et de correspondants locaux qui relayaient vers Paris ou vers les émetteurs clandestins.
Multiplication des réseaux : organisations gaullistes (Combattants de la France libre, réseaux de la France libre), communistes (FTP), groupes régionaux d’information et d’action, et maquis s’organisent pour sabotage ferroviaire, renseignement, aide aux évadés et actions armées.
Sabotage des infrastructures et logistique ennemie : attaques sur lignes de chemin de fer, postes de télécommunication, dépôts de munitions et camions pour perturber l’acheminement des troupes et du matériel vers le front de l’Est et la Manche. Attaques ciblées sur voies ferrées, lignes téléphoniques, ponts, dépôts de munitions et véhicules pour retarder les mouvements allemands et fragiliser la logistique ennemie. Le sabotage visait à maximiser l’effet sur le ravitaillement sans nécessairement engager des combats frontaux coûteux pour des petits groupes locaux.
Actions armées, embuscades et guérilla locale : Réalisation d’embuscades ponctuelles contre patrouilles, sabotage armé de véhicules et prise d’objectifs tactiques lors des vagues de libération ou pour protéger opérations de sabotage. Ces actions étaient généralement conduites par les FFI et les FTP en coordination avec les réseaux locaux et souvent synchronisées avec les débarquements alliés ou les offensives extérieures.
Aide aux évadés, réfractaires et pilotes alliés : Organisation de filières d’exfiltration et d’hébergement pour réfractaires au STO, militaires évadés et aviateurs abattus; constitution de caches, faux papiers et itinéraires sûrs vers la zone libre ou vers des points d’embarquement. Ces filières mobilisaient civils, agriculteurs et familles d’accueil pour garantir discrétion et sécurité.
Grèves, désobéissance civile et pressions économiques : Appels à la grève, refus de livrer denrées aux autorités d’occupation, ralentissements de la production et sabotages industriels discrets afin d’affaiblir l’effort de guerre allemand et de créer des tensions entre administrations locales et autorités d’occupation.
Presse clandestine, information et contre propagande : Diffusion de tracts, journaux clandestins et bulletins d’information locaux pour maintenir le moral, comprendre les consignes de sabotage et contrer la propagande allemande et de Vichy. La presse clandestine servait aussi d’outil d’organisation en appelant à la grève, à la désobéissance ou à des mouvements spécifiques.
Financement, collecte de matériel et approvisionnements : Levées clandestines de fonds, réquisitions ciblées et récupération de ressources pour armer et équiper les groupes résistants ; appui des populations locales et des sympathisants pour fournir nourriture, hébergement et pièces détachées nécessaires aux sabotage et à la survie des cellules.
Répression violente : arrestations massives, tortures, exécutions sommaires et déportations vers camps de concentration ou de travail; certains quartiers d’Amiens, Compiègne et autres villes conservent la mémoire d’exécutions et de rafles.
Contre stratégies face à la répression : Dispersion des cellules, rotation des postes de liaison, utilisation de codes et de procédures d’urgence pour limiter l’impact des arrestations et des infiltrations; recours à la clandestinité la plus stricte dans les zones à forte surveillance ou après rafles majeures.
Figures emblématiques de la Résistance en Picardie
Rôle des femmes et des civils : Participation active des femmes comme agentes de liaison, hébergeuses, rédactrices de presse clandestine et auxiliaires logistiques; implication civile large dans l’accueil des réseaux et la protection des caches, renforçant la résilience des dispositifs résistants en Picardie.
Leaders et acteurs locaux identifiés dans la mémoire régionale
- René Lamps : résistant originaire de la Somme, actif dans les réseaux locaux et évoqué dans les témoignages audiovisuels consacrés à la Résistance picarde.
- Julia (ou Julienne) Lamps : militante et agente de liaison dans la Somme, citée dans des reportages et témoignages sur les FTP et les actions de sabotage en Picardie.
- Le groupe dit « Michel » : cellule locale documentée pour son action et sa répression par les autorités d’occupation. L’exécution collective du groupe reste un épisode marquant des poursuites et des représailles en Picardie.
- Colonel Pierre Vaujois : responsable militaire local évoqué dans les témoignages oraux sur l’organisation des éléments de la Résistance et la libération régionale.
- Pierre Guillot : membre d’un réseau local cité dans archives orales et dossiers de témoignage sur les sabotages et la coordination avec les unités alliées.
- Charles Sellier : résistant dont l’activité figure dans des reportages et inventaires de la Somme pour les opérations de terrain.
- Jacques Lerouge : chef de maquis (ex. maquis de Gamaches) connu pour actions de guérilla et hébergement d’évadés.
- Lucien Boubert : militant local actif dans des filières d’évasion et l’accueil d’aviateurs alliés ; souvent cité avec Renée Boubert.
- Renée Boubert : agente de liaison et hébergeuse, impliquée dans des réseaux d’aide aux réfractaires et aux évadés.
- Pierre Dassonville : militant et acteur de la mémoire locale, fréquemment cité dans travaux et débats publics sur la Résistance dans la Somme.
Bombardements, front logistique et offensives de 1944
- Cibles alliées : nœuds ferroviaires, ponts et centres industriels picards sont régulièrement bombardés par les forces alliées pour affaiblir la logistique allemande; ces raids causent des pertes et des destructions civiles importantes.
- Libération 1944 : après le débarquement en Normandie, la progression alliée vers le nord est atteint la Picardie durant l’été et l’automne 1944; villes comme Amiens sont libérées fin août début septembre 1944 au prix d’affrontements localisés, opérations de chasse aux garnisons ennemies et poursuite des colonnes allemandes en retraite.
- Combats de retraite et dégâts : passages de combats retardateurs, sabotage des infrastructures par les Allemands (retrait stratégique), incendies et destructions d’ouvrages d’art.
Chronologie
- Mai 1940 : Amiens est bombardée, plus de la moitié des maisons sont détruites, la cathédrale en réchappe miraculeusement.
- 1940 : l'armistice entre la France et l'Allemagne est signé à Rethondes dans le fameux wagon, Hitler voulant laver l'affront de 1918.
- 1941 : ouverture du camp de Royallieu, près de Compiègne.
- Mai 1944 : bombardements intensifs sur Amiens.
Mémoire, patrimoine et lieux de visite
- Camp de Royallieu (Compiègne) : musée-mémorial et lieu d’histoire consacré à l’internement et à la déportation.
- Musées et centres de mémoire : musées municipaux et départementaux d’Amiens, Saint Quentin, Péronne et autres abritent collections, expositions et parcours sur l’occupation, la Résistance et la libération.
- Stèles et cimetières : monuments aux morts, plaques commémoratives et cimetières militaires rendent compte des victimes civiles et militaires; cimetières alliés et ossuaires témoignent aussi de l’envergure des pertes.
Itinéraire thématique Seconde Guerre mondiale en Picardie - 1 à 3 jours
Parcours pour lire l’occupation, la Résistance, la déportation et la libération en Picardie à travers musées, lieux de mémoire et sites d’interprétation.
- Jour 1 : Amiens et Compiègne : Administration, internement et résistance
Matin Amiens : visite du musée municipal et du centre ville pour repérer les traces des occupations, les plaques commémoratives et les itinéraires urbains de la Résistance. Consulter les documents et expositions temporaires en ville.
Après midi Compiègne : Camp de Royallieu (mémorial et musée site consacré à l’internement et à la déportation) pour comprendre la politique d’arrestation, les parcours de déportation et les archives du lieu.
Soir — temps d’écriture ou synthèse pour intégrer témoignages et citations issus des panneaux d’interprétation et des collections.
- Jour 2 La Somme : bombardements, logistique et réseaux de résistance
Matin Albert et Thiepval : mémoriaux et cimetières alliés pour appréhender l’impact des bombardements et la topographie des destructions; lectures des noms et des inscriptions funéraires.
Midi halte dans une petite commune pour repérer panneaux locaux sur les bombardements stratégiques et les raids aériens.
Après midi Historial de Péronne : musée majeur sur la Grande Guerre et les enjeux mémoriels de la Somme qui complète la lecture des conflits à l’échelle régionale et des logiques de bombardements et d’occupation.
Fin de journée visite de villages reconstruits et observation des scarifications urbaines dues aux raids et aux combats.
- Jour 3 : Itinéraire du souvenir, sites de combat et coulisses de la logistique
Matin Circuit du Souvenir (parcours recommandé dans la Somme) : suivre une portion du circuit pour relier plusieurs sites de mémoire, musées et vestiges de champs de bataille et lire la guerre dans le paysage.
Midi pique nique près d’un site mémoriel ou repas dans une auberge commémorative.
Après midi reconstitutions de tranchées, observatoires et visites guidées sur un secteur conservé; consultation des panneaux d’interprétation pour les aspects techniques (rail, ravitaillement, bombardement).
Fin de journée — arrêt dans un cimetière allié pour écouter les guidages audio et terminer l’itinéraire en concluant sur la mémoire internationale du conflit.
Musées et sites recommandés
- Camp de Royallieu, Compiègne — musée mémorial dédié à l’internement et à la déportation; dossier documentaire et parcours d’interprétation.
- Historial de Péronne — musée référence sur la Somme et la Grande Guerre, utile pour replacer bombardements et occupation dans un contexte régional.
- Circuit du Souvenir de la Somme — itinéraire balisé reliant mémoriaux, cimetières et sites de bataille; utiliser ce circuit pour structurer la journée et visiter des sites clés.
Horaires, réservations et conseils pratiques
- Prévoir 1 journée par grand pôle mémoriel (Compiègne, Péronne, secteur du Circuit du Souvenir) pour profiter des expositions et des promenades guidées.
- Vérifier les jours d’ouverture et réserver les visites guidées ou créneaux pour musées et parcours commentés via offices de tourisme locaux.
- Prendre des chaussures de marche, eau, protection contre la pluie, et une carte papier ou un GPS ; certaines sections du Circuit du Souvenir nécessitent des déplacements en voiture entre points d’intérêt. Sources: Somme tourisme.