En ce temps-là, le Médoc était une terre mangé par le vent, le sel du large, l’océan, des escouades de sables,... Le Médoc des origines n’a rien d’une langue de terre, c’est un archipel de petites îles entre sable et vase, piqué de semblants de gués souvent submergés.
Plusieurs récits anciens transmis à travers les âges racontent qu’au 1er siècle après J.C., après la mort de la Vierge la très pieuse Sainte-Véronique aurait rapporté d’un pèlerinage en Terre Sainte, en compagnie de Saint Martial et Saint Amadour, une goutte de lait solidifiée ayant appartenu à la Vierge Marie. De cet épisode serait, selon certains, né le nom de la ville de Soulac : « Solum lac » en latin veut dire « le lait de la Vierge ». La missionnaire aurait ensuite fondé à l’emplacement de la basilique actuelle un oratoire dédié à la Sainte Vierge et serait partie évangéliser la région. Elle meurt à Soulac et est inhumée en l’an 70. Aucune trace de cet oratoire n’a été retrouvée mais les dimensions importantes de l’édifice religieux qui fut construit ensuite sur le site attestent qu’il était destiné à accueillir un grand nombre de pèlerins et que la dévotion populaire était intense. … mais remontons les siècles pour mieux comprendre.
Avant de devenir cette si jolie station balnéaire, on sait que le site fut habité depuis des temps très anciens. Beaucoup de légendes circulent sur Soulac qui aurait succédé à une ville et à un port important nommé Noviogamus. Au VIe siècle, la cité romaine aurait disparu sous l'Océan et serait encore visible à travers les flots par marée très basse. On raconte aussi qu'une île, celle d'Antros, prolongeait la péninsule médocaine. On sait également qu'une voie romaine, dite la Lébade, conduisait du Taillan au Médoc.
On ne retrouve la trace de Soulac qu'à partir de 950 après J.C., alors que les moines bénédictins établissent un premier monastère en cette région relativement enclavée et inhospitalière sur les terres de Guillaume d’Aquitaine, dit Guillaume le Bon, qui céda les terres de Soulac "avec l’oratoire de la Sainte Vierge" pour y construire une église à cet endroit. Cette dépendance de la puissante abbaye Sainte-Croix de Bordeaux reste longtemps assez modeste : elle ne compte ainsi guère plus de onze personnes dont seulement quatre moines en 1166. Plusieurs fois remodelée et agrandie au cours des siècles, l’église fut achevée au XIIIe siècle.
La popularité du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle profite au prieuré, il contribue à faire de la région un centre religieux dont l'importance va croissant : de fait, la voie de Soulac, bien que moins populaire que les grands axes de Tours, de Limoges, de Toulouse ou du Puy, accueille son flot de pèlerins. En plus d'être une étape importante pour les pèlerins traversant la France à pied, la basilique Notre-Dame-de-la-Fin-des-Terres était également l'un des principal arrêt des bateaux portant les pèlerins à Saint-Jacques de Compostelle en bateau de l'Angleterre, peu enclins à affronter les dangers du golfe de Gascogne. Le port de Soulac se serait alors appelé Sainte-Marie-de-Soulac et aurait été fréquenté par les galères royales.
Des navires en provenance du nord de l'Europe débarquent les pèlerins qui poursuivent leur route par une voie longeant le littoral, la voie de Soulac. D'autres se seraient hasardés à traverser l'estuaire de la Gironde depuis la petite cité fortifiée de Talmont, après avoir emprunté une voie secondaire à partir de Saintes. Si une plaque commémorative placée devant l'église Sainte-Radegonde de Talmont vient rappeler le souvenir de ces pèlerins, l'importance, sinon la réalité de cet itinéraire reste néanmoins discutée par certains historiens.
Arrivés en Médoc, les pelerins les plus affaiblis sont accueillis dans un hospice fondé par les Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, Hospitalet de la Grayannes, autrefois situé dans l'actuelle commune de Grayan-et-l'Hôpital où ils peuvent se reposer en attendant de reprendre leur périple. Ce n'est du reste pas le seul établissement de ce type et l'on mentionne également un hospice à Talais et un autre à Vensac : le temple de Panquetorte. Au cours des siècles, le site de la basilique Notre-Dame-de-la-Fin-des-Terres fut visité par les plus puissants, des princes sous l’occupation anglaise, des rois comme Henri 1er, ou plus tard Louis XI qui s’y rendit trois fois, en 1463, 1472 et 1473.
En raison des conflits religieux du XVIe siècle, les moines bénédictins vivant alors sur le flanc nord de la basilique durent s'enfuir. C'est au cours de ce même siècle, troublé s'il en est pour le village, que ses habitants fuirent devant l'envahissement des sables, se rabattant sur Soulac-le-Jeune, nouveau bourg créé à cette occasion non loin du premier, un peu plus dans les terres. La « belle endormie » va alors rester ensevelie une centaine d’années sous les sables. Seul son clocher visible de loin servira de balise à la navigation. Il faudra attendre la visite du cardinal Donnet pour réveiller ces pierres endormies et ramener par la même occasion les moines bénédictins. Rescapée des bras de l’océan, cette basilique fut en partie sauvée d’une lutte acharnée contre les méfaits du sable et du sel.
Situé juste passé l'extrémité supérieure de la rue de la Plage à Soulac-sur-Mer, la basilique Notre-Dame-de-la-Fin-des-Terres est édifiée dans une cuvette entre deux éminences, à l'est du puy du Porge et au nord-ouest du moulin à vent du puy du Guet. Avec son architecture atypique, l’église de Soulac est un monument qui a traversé l’histoire au gré de nombreuses péripéties et a évolué au gré du mouvement des dunes qui l’ont ensevelie à plusieurs reprises. Ses très grandes dimensions ne laissent aucun doute sur sa fonction : accueillir les pèlerins en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
La basilique Notre-Dame-de-la-Fin-des-Terres de style roman est construite selon un plan basilical. Anciennement en croix latine, cette église perdu son transept durant les travaux de restauration à la fin du XIXe siècle. L’édifice orienté possède trois vaisseaux et cinq travées. L’église possède une façade occidentale atypique à mur pignon coupée par le clocher latéral situé au Nord, ainsi que d'un chevet plat sur lequel sont flanquées trois annexes. Petite particularité amusante qui étonne de nombreux visiteurs. La partie supérieure du clocher comporte des anneaux. Ils ont été installés alors que l’église était ensablée pour attacher les chevaux.
Une légende indiquerait que l’église fut découverte par un berger accompagné de sa mule. Des anneaux ayant été installés sur la partie supérieure du clocher de la basilique, seule surface encore épargnée par le sable à l’époque, le berger attacha sa bête à l’un de ces anneaux. La mule, grattant le sol par ennui, tomba à l'intérieur du clocher. C'est ainsi que la basilique Notre-Dame-de-la-Fin-des-Terres engloutie fut découverte.
Pour ce qui est de l’intérieur, le couvrement est réalisé de voûtes brisées rythmées par des arcs doubleaux légèrement outrepassés supportés par des culots allongés. Lorsque le visiteur franchit la porte de l’église, il est particulièrement frappé par la différence de niveau avec l’extérieur : il doit descendre dix marches avant de fouler le sol… qui, en réalité, a été rehaussé de 3m60 par rapport au dallage d’origine. Ce qui déstabilise le regard : certaines fenêtres sont à ras le sol, des arceaux émergent à peine du dallage, les colonnes n’ont pas de base visible.
Le visiteur admirera en particulier les beaux chapiteaux qui représentent des végétaux : feuilles d’acanthe, volutes ainsi que des scènes bibliques. Il parcourra l’imposante nef jusqu’au chœur, lui-même formé d’une abside prolongée par deux absidioles. La basilique Notre-Dame-de-la-Fin-des-Terres conserve également la châsse de sainte Véronique, laquelle contient des reliques attribuées à celle-ci mais également à son époux Saint-Amadour et à saint-Fort, évêque de Bordeaux. Près de l’autel, une jolie vierge à l’enfant en bois polychrome, sculptée par Fournier, tient un navire à voiles dans la main gauche et veille sur les marins… Autrefois, on prêtait serment lors des procédures judiciaires afin de prouver sa bonne foi.
Parmi les éléments de mobilier présents dans la basilique Notre-Dame-de-la-Fin-des-Terres figurent une chaire monumentale en pierre et plusieurs tableaux. Plusieurs statues sont toujours vénérées dans le sanctuaire, notamment une statue en bois polychrome du xixe siècle représentant la Vierge et une statue de saint Jacques offerte par des pèlerins. Bien que la basilique fût sauvée du marasme dans lequel elle se trouvait, son état se trouve encore en péril. En effet, le sable remontant dans les pierres par capillarité menace leur état. Le pierres se trouvent endommagées par le sel qui provoque l'érosion et le désagrégement de certaines sculptures. Nous pouvons observer ce phénomène au niveaux des chapiteaux des piliers par exemple.