Après avoir suivi un charmant cours d’eau bordé de prairies, la silhouette blanche de l’abbaye de Fontenay s’impose. Elle vous offre, le spectacle incroyable de sa beauté et de la pureté de ses lignes tout de pierre blanche et ocre au coeur d'un écrin de verdure. Les bâtiments de l’abbaye sont construits autour du cloître roman, le carré central de l’abbaye. Bien que beaucoup des bâtiments abbatiaux aient été remaniés ou même détruits au cours des siècles, l’abbaye a gardé son aspect initial. Prenez le temps de la découvrir dans le détail et de profiter de son cadre privilégié.
La poterie ou conciergerie
La visite commence à la poterie ou conciergerie à l'entrée de l'abbaye, au côté ouest, elle date du XVe siècle, mais ses origines remontent au XIIe siècle. Ce lieu faisant le pont entre intérieurs et extérieurs, c’est là-bas qu’étaient accueillis les visiteurs de l’abbaye de Fontenay. Surmonté d'un étage reconstruit au XVe siècle, c'était le logement du frère portier. À droite de l'escalier, on distingue la niche du chien et le trou dans le mur par lequel il pouvait passer la tête. À droite de la porterie, côté sud-ouest du carré abbatial, l'hôtellerie occupait une partie du bâtiment actuel. L'hostellerie a été transformée en ferme au XIXe siècle, et le Logement qui se trouve en face. Il existe également des vestiges, de la fin du XIVe siècle, de l'enceinte qui protégeait l'Abbaye de Fontenay.
L'église abbatiale
L’église abbatiale, d’architecture typiquement cistercienne épate par sa grandeur et son dépouillement. c’est une architecture toute de sobriété, débarrassé du superflu, d'austérité et d'homogénéité parfaite, sans aucune décoration qui pourrait distraire les moines. Le plan au sol de l’édifice ne montre que des formes rectangulaires. Elle mesure 66 mètres de long, le transept mesurant 19 mètres. La nef de 8 m de large, est flanquée de deux bas-côtés.
La nef de huit travées, flanquée de bas-côtés se poursuit par un transept saillant sur lequel s’ouvrent de chaque côté deux chapelles rectangulaires, et un chœur à chevet plat. Le chœur, de forme carrée, est plus bas que la nef. Le pavage est fait de céramiques, qui recouvraient auparavant l'ensemble du sol de l'édifice. La façade de l’église montre un portail à colonnettes et chapiteaux sous deux étages de quatre et trois baies en plein cintre dont la plus grande est flanquée de petites colonnettes. Jusqu’en 1745, elle était précédée d’un porche dont on voit encore les corbeaux.
La grande nef est magnifique et obscure: elle se compose d’un seul étage. De grandes arcades en profil brisé la font communiquer avec les bas-côtés. Elle est voûtée en berceau brisé sur doubleaux qui reposent sur des piliers carrés par l’intermédiaire de colonnes engagées et de pilastres à chapiteaux. Ces chapiteaux sont souvent nus, ou sculptés de motifs végétaux et géométriques extrêmement simples, respectant ainsi la sobriété cistercienne. Les bas-côtés sont presque des chapelles latérales avec leurs berceaux brisés transversaux. Les baies des bas-côtés et celles de la façade et du chœur sont les seules à éclairer ce sanctuaire austère. Le transept possède deux croisillons sous berceaux brisés qui s’ouvrent sur les chapelles orientales à fond plat et voûtées en berceau brisé (restaurées en 1995). Le bras sud fait communiquer l’abbatiale avec le dortoir des moines par un escalier. Le pignon du transept nord est percé d'un triplet de baies. Le chœur s’ouvre sous un arc avec cinq baies en plein cintre et est voûté, lui aussi, en berceau brisé sur ses deux travées. Le chevet plat inonde le sanctuaire de lumière par ses deux rangs de trois baies.
À l'intérieur, dans les parties orientales de cette église on trouve les seules décorations, toutes postérieures à la construction de l'édifice. La statue de Notre-Dame-de-Fontenay, Vierge de la fin du XIIIe siècle, est une très belle pièce de sculpture qui a été remontée dans le transept. Cette statue fut longtemps exposée aux intempéries dans le cimetière de Touillon, commune voisine de l'abbaye. La Vierge porte l'enfant Jésus sur son bras gauche, il entoure le cou de sa mère de son bras droit et tient sur sa poitrine une colombe aux ailes déployées avec sa main gauche.
On admire également le retable provenant du maître-autel, avec plusieurs scènes figuratives, de la même époque. Les pierres tombales et les gisants du couple de Mello, dans le chœur, datent du XIVe siècle. On y voit aussi un pavage de carreaux émaillés du XIIIe siècle, constitué d'un remarquable dallage polychrome décoré d'étoiles, rosaces, entrelacs et animaux. Nul autre mobilier n'est visible, les stalles originales ayant été abîmées par l'humidité, obligeant à un relèvement du sol de près d'un mètre à la fin du XVIIIe siècle.
Le cloître
Le magnifique cloître, élément central de l’abbaye se trouve au sud de l’abbatiale. Il s'agit d'une des parties les plus remarquables du site. Il mesure trente-six mètres sur trente-huit, entourés de galeries formées de 8 travées, chacune percée de deux arcades reposant sur des piliers avec doubles colonnettes à chapiteaux lancéolés. Chaque travée s’ouvre sur le jardin par une arcade géminée avec des colonnettes et des chapiteaux d’une grande simplicité représentant des feuilles d’eau. L'ensemble date du milieu du XIIe siècle, est d'une très grande unité et on ne cesse d'admirer ses perspectives à travers les galeries du cloître, qui est parmi les plus beaux que l’on connaisse.
Le cloître, c'est le cœur de l'abbaye, c'est là que les moines s'adonnaient à la lecture spirituelle et que se déroulaient les processions ainsi que le lavement des pieds ritualisé. La galerie située à l'est menait les moines aux offices, à la salle capitulaire et à son extrémité sud, au dortoir par escalier de jour. En 1911, lors de travaux, on y découvrit l’armarium, un placard creusé dans le mur où étaient rangés les livres liturgiques d'usage courant ainsi que d'autres utilisés par les moines pour leur Lectio divina. La galerie sud est la galerie du réfectoire. Autrefois, un lavabo voûté se trouvait dans ce cloître du côté sud, en face de la porte du réfectoire.
La Salle capitulaire ou Salle du chapitre
La Salle capitulaire ou Salle du chapitre était un centre important de la vie monastique où se déroulait la vie et étaient prises les décisions de l’abbaye, concernant la communauté après lecture d'un chapitre de la Règle de Saint Benoît, commenté par le Père Abbé. La salle se trouve au rez-de-chaussée du bâtiment des moines et s'ouvre sur la galerie est du cloître par une grande arcade cintrée, flanquée de chaque côté d'une double baie. La salle capitulaire est voisine de la Sacristie du côté nord et du Parloir du côté sud, deux petites pièces voûtées d'ogives, qui reprennent l'architecture de la salle capitulaire. A côté, un passage également voûté d'ogives fait communiquer le cloître et les jardins qui se trouvent derrière l'église.
Cette belle salle date de la deuxième moitié du XIIe siècle et se composait à l’origine d’un carré de trois rangs de trois travées, la troisième travée fut détruite par un incendie vers 1450. Les trois travées orientales n'existent plus, mais la salle reste très intéressante avec ses voûtes d’ogives, ses deux piliers qui se composent de huit faisceaux de colonnes, ses chapiteaux à feuilles d’eau et ses arcades qui la font communiquer avec le cloître. À l'origine la salle capitulaire était parfaitement carrée, au début du XXe siècle, on a abattu la cloison entre la salle capitulaire et le parloir. Les clés de voûte sont ornées par un motif floral simple.
Le grand Scriptorium ou Salle des Moines
La salle des moines du XIIe siècle, se trouve au rez-de-chaussée dans la continuité de la salle du chapitre. Le grand Scriptorium est très intéressant, il était affectée à des tâches diverses ; c'est sans doute dans l'une de ses parties que les moines copistes recopiaient et enluminaient les manuscrits. Il s'agit d'une grande salle romane qui se compose de deux rangs à six travées sous voûtes d’ogives dont les doubleaux en plein cintre reposent sur cinq colonnes monolithes et sur les culots des murs latéraux. Cette grande salle mesure trente mètres de long. La grande salle fut remaniée aux siècles suivants après la destruction de sa voûte pendant la guerre de Cent ans. Les baies du côté ouest sont romanes, celles du côté est sont modernes. La grande charpente en chêne qui la couvre est impressionnante date du XVe siècle. A l'extérieur, un petit clocheton surmonte le bâtiment.
Le dortoir
L’étage du bâtiment des moines est entièrement occupé par le grand Dortoir des Moines. Le dortoir occupe tout l'étage du bâtiment des moines, au-dessus des différents locaux de la galerie Est. Il est desservi par un escalier à chaque extrémité. Au nord, l'escalier de nuit permettait de descendre directement dans l'église pour l'Office de Matines. Le dortoir fut incendié au XVe siècle, et la charpente remplacée par celle que l'on peut admirer de nos jours et qui a une forme de coque de navire renversé. Dans la règle de Saint Benoît, on trouve des prescriptions détaillées relatives au dortoir.
Le petit Chauffoir
Des bâtiments du côté sud du cloître n'est conservé que le petit Chauffoir, le seul endroit, avec la cuisine, où la règle autorisait qu’on allume du feu en hiver. Cette petite pièce voûtée d’ogives et restaurée au début du XXe siècle conserve deux cheminées du XIIe siècle avec de petits lanternons visibles du cloître. Le grand chauffoir, les cuisines et le réfectoire des moines se trouvaient du même côté du cloître mais n’existent plus.
Bâtiments abbatiaux extérieurs à l’enceinte actuelle
Certains bâtiments sont non visitables, ils complètent cet ensemble exceptionnel.
La forge
La forge, ancien bâtiment d’une importance cruciale pour l’époque. N'oublions pas que l'autarcie était recherchée par les cisterciens : autant éviter d'acheter sur les marchés locaux des instruments que l'on pouvait fabriquer soi-même grâce au fer que des mines toutes proches permettaient de se procurer, sur le domaine. Le bâtiment se trouve à la limite sud de la propriété, il mesure cinquante-trois mètres de long sur treize mètres cinquante, sur voutes d'ogives reposant sur des colonnes centrales et aux murs sur des culots en pyramide tronquée. Il a été construit par les moines à la fin du XIIe siècle afin de travailler le minerai qui était extrait de la colline dominant le monastère. La dérivation du ruisseau de Fontenay, le long du mur de la forge, faisait tourner des roues qui actionnaient les martinets pour battre le fer.
L'enfermerie
Derrière le chauffoir se trouve la Prison ou l'Enfermerie, isolé à l'extrémité du dortoir, ce petit bâtiment du XVIe siècle est souvent considéré, de par son nom comme une ancienne prison. Il est vrai que les abbés avaient droit de haute et basse justice sur les terres de l'abbaye. Certains préfèrent y voir un lieu où l'on enfermait les biens les plus précieux de l'abbaye, livres ou objets de culte. Sa tourelle date de cette époque, tandis que le mur pignon à ouest et ses quatre baies de cette construction sont un vestige du Réfectoire disparu du XIIIe siècle.
La galerie Seguin
Situé à l'emplacement de l'ancien réfectoire et des cuisines, dans le prolongement du chauffoir du côté sud du cloître est construit vers 1850 un grand bâtiment moderne dit Galerie de Marc Seguin. Marc Seguin, gendre d'Élie de Montgolfier, important scientifique français du XIXe siècle, construisit notamment les premiers chemins de fer en France.
L'infirmerie
En sortant dans le jardin par la porte située entre la salle du chapitre et la salle des moines, on aperçoit l'infirmerie et sa terrasse, construction du XVIIIe siècle dont les murs remontent à la fondation de l'abbaye. Les moines cultivaient les plantes médicinales à proximité de ce bâtiment.
Le colombier et le chenil
À gauche du palais abbatial, le colombier borde le chemin qui mène à l'église. Les murs de sa tour ont plus d'un mètre d'épaisseur et sa construction doit remonter au XIIe ou XIIIe. De l'autre côté du chemin, deux sculptures de chiens rappellent l'emplacement de l'ancien chenil. Les chiens des ducs de Bourgogne qui chassaient dans la forêt y étaient en pension.
Le logis abbatial et la maison rouge
En retrait du bâtiment XIXe siècle, cet élégant édifice de la première moitié du XVIIIe siècle était le logement des abbés commendataires, nommés par le roi, lorsque Fontenay passa sous le régime de la commende en 1547. Habitations coquettes, ces bâtiments sont loin de la rigueur cistercienne. Il remplace le cellier et le réfectoire des convers qui étaient situés à cet endroit.
La chapelle des étrangers
Le grand bâtiment qui abrite l'actuelle librairie et le musée lapidaire de l'abbaye date du XIIIe siècle. C'était la chapelle des étrangers qui n'avaient pas le droit de pénétrer dans l'enceinte monastique. Le petit Musée Lapidaire conserve plusieurs statues et sculptures intéressantes. On y trouve une maquette, une bulle du pape Alexandre III de 1168, une clé de voûte du XIIIe siècle, des carreaux émaillés du XIIIe siècle et plusieurs sculptures romanes. Citons un bas-relief d'un ange de style autunois, un bas-relief provenant de l'abbaye de Picheny, un modillon, un visage de moulure et plusieurs chapiteaux du XIIe siècle de provenances différentes.
La poterie et la boulangerie
La boulangerie des moines, très remaniée, à l'extrémité nord, conserve encore un four avec son ancienne cheminée cylindrique.
Vous pourrez finir la visite de l'abbaye par les Jardins des simples qui se trouvent du côté est de l'Abbaye de Fontenay, bien que ceux-ci ne ressemblent en rien aux jardins cisterciens primitifs. Déambuler librement dans le parc de deux hectares, avec ses arbres centenaires, son bassin à truites et son grand jardin à la française où furent tournées les dernières scènes de "Cyrano de Bergerac". Le jardin d'agrément à la française a reçu le label ''Jardin Remarquable''. La visite des jardins est incluse dans le tarif d'entrée de l'Abbaye.