Le village de Bras se trouve à l'est de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. Dans le quartier de l'hôpital installé sur la route de Saint-Maximin (D28), à cent mètres de la cave coopérative, vous trouverez cette charmante chapelle romane. Vers le XII° siècle, l'ordre des Templiers, puis les Hospitaliers, après la dissolution de l'ordre en 1307, fonda l'une des plus importantes commanderies de Provence. La chapelle des Templiers de Bras est un magnifique exemple de cette époque. La date de l'établissement des templiers à Bras ne peut être fixée de façon certaine, toutefois plusieurs documents permettent d'établir une période.
Un premier élément pourait donner une indication sur la date de l'installation des Templiers à Bras, il se trouve dans le cartulaire de Richerenches, qui indique qu'un certain Foulques de Bras, frère de l’Ordre, est cité comme commandeur de Richerenches entre 1173 et 1179. Il a sans doute fait don d'une terre ou d'un domaine lors de son admission dans l'Ordre du Temple. On retrouve ce même Foulques de Bras en tant que commandeur de Bayle en 1170. Cette dernière date semblerait alors indiquer que la création de la Commanderie de Bras serait donc bien antérieure à l'année 1170, étant peu probable que Foulques soit devenu commandeur dès son admission dans l'Ordre. Il semblerait que ces premières donations se soient faites à l’Est du village, vers Le Val.
Un second document, daté du 21 mars 1221, nous indique qu'un certain G. Fouques confirme une vente de terres, de prés et de vignes à Frère Bernard, commandeur de la maison du Temple de Bras. En 1232, Bertrand d'Auriac et sa femme abandonnent aux Frères de Bras, les droits qu'ils ont sur un domaine situé au hameau "del Rodels de Auriaco", situé entre Bras et Auriac.
Le autre document connu concernant l'existence de la commanderie à Bras est daté du mois d'août 1220. Ce document est un arbitrage effectué par l'évêque de frejus entre le précepteur de Bras, Frère Bernard et le prieur de la paroisse, concernant la construction par l'Ordre d'une chapelle à côté de la commanderie pour remplacer l'oratoire existant. La sentence, rendue par l'évêque de Fréjus, stipulait que les offrandes faites à l'oratoire et à la future chapelle seraient partagées entre le commandeur et le prieur, que l'oratoire et la chapelle ne comporteraient qu'un seul autel et ne disposeraient que de deux cloches, qui devraient sonner les offices après celles de la paroisse; qu'il n'y serait célébré aucune cérémonie publique telle que mariage, relevailles, procession des rameaux ou baisement de croix; et qu'enfin nul paroissien de Bras ne pourrait s'y faire ensevelir, sauf demande expresse formulée hors de toute contrainte, le tiers des legs consentis éventuellement au Temple revenant en ce cas au prieur.
Ce document nous donne seulement l'indication qu'à cette date, les Templiers étaient déjà bien implantés à Bras et qu'ils voulaient augmenter leur influence en construisant cette chapelle. Le 31 janvier 1235, c'est Pierre de Pontevès, seigneur de Bras, qui vend une grande partie de sa seigneurie aux Templiers, c'est à dire des terres, les droits de juridiction, trois moulins, un four,... Avec cet achat le commandeur de Bras, obtient également le titre de co-seigneur de la région.
L'Ordre n'aura de cesse d'agrandir son domaine de Bras, par de nouveaux dons, de nouvelles acquisitions ou des échanges. Il aura des propriétés à Saint-Maximin, dans la ville même et dans de nombreux hameaux aux alentours, et même des domaine à La Roquebrussane. La commanderies de l’ordre du temple à Bras fût l'une des plus importantes commanderies de la région. Celle-ci était en fait une exploitation agricole qui permettait, via le port de Marseille, l’approvisionnement en vivres et en fournitures des établissements templiers d’Orient.
En 1312, l’Ordre des Templiers fut supprimé. Ses biens passent alors à de l’Ordre des Hospitaliers, de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, qui prirent donc le titre de la Coseigneurie de Bras. C’est de là que la commanderie devient le quartier de l’Hôpital. L’Ordre des Hospitaliers se consacrera aux indigents et aux lépreux. La mémoire de ce passé restera gravée dans de nombreux noms de lieux-dits : Quartier de l’Hôpital, le Temple, le Cros de l’Hôpital. De cette époque médiéval subsistent des bâtiments remaniés et la chapelle Notre-Dame-de-Bethléem où chaque 21 juin on peut observer la lumière du soleil traversant l’abside par une petite ouverture pour venir éclairer l’autel. Egalement à noter un domaine templier remarquablement rénové en maison d’hôtes - le Peyrurier .
L'architecture de la chapelle Notre-Dame-de-Bethléem est très sobre : une nef en berceau et un chœur en cul-de-four. Cette chapelle répond à la fois aux normes des Templiers et à l’école du roman provençal. Cependant, sa construction est plus élaborée qu’il n’y parait… La voûte de la nef repose sur des arcs de décharge situés dans les murs gouttereaux. Proportionnée à la règle d’or, elle est composée d’une simple nef rythmée par deux arcs-doubleaux en plein cintre. Les murs gouttereaux sont percés au Nord d’une belle porte en contre-bas, et sur le mur Sud d’une seule ouverture en œil de bœuf. Ces murs intègrent des arcs de décharge, un par travée. L’abside est en cul-de-four non nervuré. Le mur côté Nord est muni de corbeaux, qui évoquent la présence en ce lieu d’un auvent aujourd’hui disparu.
Son clocher-mur est dit en « peigne », car il n’est pas situé sur la façade occidentale mais au-dessus de l’arc triomphal ; une disposition rare pour être soulignée. Le clocher, qui est un simple prolongement du pignon Est, rappelle les clochers-peigne du Sud-ouest. Il est percé de deux logements, pour abriter deux cloches. En effet, le clocher qui domine Notre-Dame de Bethléem ne comprend que deux cloches, disposées dans des ouvertures en cintre. Leur nombre et l’heure des sonneries étaient règlementés, ceci pour ne pas causer du tort aux églises officielles de la région. La discrétion était recommandée aux Templiers.
La couverture en lauze qui a été restituée sur le chevet et sur le plan sud du toit de la nef a été retrouvée presque intacte en place. L’entrée est située sur le côté nord, est une modeste porte de bois sombre, encadré par un arc aux voussoirs élaborés. On distingue au-dessus un arc doté d’un bandeau dentelé dont la précision tranche avec la pierre brute du reste de l’édifice. Ici, la finesse se situe dans les détails.
Entrez dans la chapelle Notre-Dame-de-Bethléem. L’endroit est discret et dépouillé ; une modestie apparente règne. La chapelle est orientée à l'est, la nef est simple, composée de deux travées. Au fond à l'est, une petite abside en quart de cercle se dévoile, minuscule, en cul-de-fourre, couverte d'un demi-dôme et légèrement en retrait sur le plan d'étage. Un autel en pierre blanche, presque isolé, se dresse devant vous. Sur le mur ouest se trouve une ouverture aujourd'hui murée qui desservait autrefois une galerie réservée au commandeur. Il semble que rien ne peut rompre le calme des lieux.
Ce décor spartiate change de couleur en fonction des heures. La lumière qui pénètre en traversant l’oculus du mur sud, et l’ouverture réalisée sur le mur de l’abside, laissent filtrer les rayons du soleil. Cette clarté change d’orientation au fil des heures, et inonde de lumière certaines parties de l’intérieur de la petite nef. Le 21 juin, pour le premier jour de l’été, le spectacle est féérique. Les rayons du soleil s’invitent dans le sanctuaire pour se croiser très distinctement sur l’autel. On comprend mieux l’absence de faste et de dorure ; le spectacle est assuré par la nature de Provence qui se charge de faire valoir la beauté de la petite chapelle des Templiers de Bras. Vous pouvez également découvrir, réparties sur les parois intérieures de l’édifice, les croix de Malte, gravées par les Templiers,,témoins du passé de la chapelle.