Le Village des Bories est desservie par les sorties de l'autoroute A7 direction Lyon, sortie n°25 Cavaillon. Entrez dans Cavaillon et prendre la direction Gordes/Apt. Puis, continuer la D2 en passant Robion, Coustellet et Les Imberts. A 3km, prendre la D15 vers Gordes. Juste avant le village prendre le chemin sur la gauche en suivant le balisage. Garer votre véhicule sur le parking à gauche avant de monter au village des Bories. C’est au détour de sentiers pénétrant la garrigue ou des couverts de chênes verts que le visiteur découvre cet ensemble de cabanons de pierre sèche.
Abandonné depuis plus de cent ans, le Village des Bories a été envahi par lé végétation et a souffert de graves déprédations. C'est Pierre Viala, écrivain, comédien et grand voyageur, qui a œuvré le premier pour la sauvegarde des Bories : dans les années 1960, il a eu un véritable coup de foudre pour ce site où la nature avait déjà repris ses droits. Lorsqu'il l'a découvert, des pierres avaient disparu et les ronces avaient envahi les habitations qui étaient devenues au fil du temps des refuges de chasseurs. Une fois devenu propriétaire du site, il a entrepris des travaux de restructuration afin de le préserver et de lui rendre vie. Les travaux ont duré dix ans.
Le village a été classé monument historique en 1977 et Monsieur viala a obtenu la Grande Médaille de la Restauration décernée par l'Académie d'architecture. Avec l'essor du tourisme, le site s'est aujourd'hui développé : un petit jardin de plantes aromatiques y a été aménagé ainsi qu'un bâtiment pour l'accueil, dont les murs en pierre ne défigurent pas le paysage. Il est intéressant d'opter pour une visite guidée qui vous permettra d'en apprendre plus sur l'histoire de ces mystérieuses habitations. Une visite libre est, toutefois, tout à fait envisageable.
Mais d'abord, qu'est-ce qu'une borie ?
Le terme "Borie", principalement utilisé aujourd'hui, est l’équivalent français du provençal "bori" auquel Frédéric Mistral donne pour origine "Bòria" en bas-latin qui veut dire étable à boeuf. Ce n'est que depuis la deuxième moitié du XXe siècle que ce terme est employé. Auparavant, comme en atteste le cadastre napoléonien, l'appellation générique était tout simplement "cabane". Ce genre de construction n'est pas propre à Gordes ni même à la Provence, puisqu'il en existe dans de nombreux pays et sous différents noms. Ces constructions singulières et organiques relèvent d’un chef d’œuvre architectural. Les bories sont donc des cabanes construites avec des pierres sèches, simplement posées pour que l'édifice forme une nef.
Le mode de construction de ces cabanes en pierre sèche est très particulier. La technique utilisée était celle de l’encorbellement, qui ne nécessite ni mortier ni cintre. Les pierres sont assemblées l'une sur l'autre sans aucune jointure, coincées entre elles ; l'ensemble ne tombe pas : c'est la technique de construction "Arc ou Voûte plein cintre". À chaque étage, les pierres de 10 à 15 cm d’épaisseur sont un peu plus avancées vers l’intérieur que sur le précédent. C'est leur caractéristique. Leur toit est constitué d'une voûte en encorbellement qui empêche l'infiltration de l'eau. Un savant empilage de pierres plates provenant du substrat rocheux local : dalles plates de calcaire burdigalien ou "lauzes. Les entrées des Bories sont généralement basses et étroites. Elles sont souvent surplombées par une dalle servant de linteau, mais sont parfois réalisées en forme d’arc vouté à l’aide de moellons. Pour construire une borie, il fallait en moyenne 120 tonnes de pierres !
Sur la route allant de Gordes à Sénanque, une Borie en forme de demi-nef permet de visualiser et de comprendre la technique. Elle servait à abriter une charrette que l’on faisait rentrer en marche arrière. Témoin d’un mode de vie, les Bories, véritables chefs-d’œuvre architecturaux, demeure encore aujourd’hui l’une des plus exceptionnelles manifestations de l’équilibre architecturale entre le végétal et le minéral. Certaines cabanes peuvent atteindre plusieurs mètres de hauteur.
À l’origine des Bories de Gordes
Parlons de l’histoire de l'origines du village des bories de Gordes. Il est difficile de dater les habitations du village des bories, peu d'informations sont à disposition.. Compte tenu des objets trouvés sur le site, les différents essais de datation du village des Bories ont confronté deux thèses distinctes. Des vestiges de céramiques trouvés sur place ainsi que des pièces de monnaie sont autant d'éléments que les experts ont étudiés mais sans vraiment élucider le mystère de leur datation. On peut affirmer cependant que leur origine remonte à l'âge de bronze. Certains ont affirmé qu'il datait du VIIe siècle, construit après la chute d’Apta Julia, cité romaine.
D'autres pensent qu'au vu des vestiges retrouvés, il n'est pas possible que le village ait vu le jour avant le XVe siècle, cette dernière est la thèse la plus commune. Ces cabanes en pierre sèche sont souvent vues également comme des témoins de la croissance démographique du XVIIIe siècle, et la peur de la disette, souvent présente. Une conquête de nouvelle terre agricole est donc amorcée. C'est d'ailleurs de cette période que datent des céramiques retrouvées dans le village. À cette époque, la campagne provençale voit se multiplier ce type d'habitation dont le matériel principal est une pierre provenant du substrat rocheux local, extraite lors du défrichage des champs.
Il est également possible que le lieu ait été occupé et réaménagé à plusieurs reprises, à différentes périodes. Mais il est certain que les constructions les plus récentes datent du XIXe siècle. Des origines lointaines qui nous plongent dans une société agricole organisée. Ce type d’habitat est souvent une architecture de nécessité. La plupart des cabanes ont été construites par les paysans, les cultivateurs et les bergers avec la pierre à proximité. Les plus grandes, par contre, ont été réalisés par de véritable maçon spécialisé dans ce type d’artisanat. Si les unes servaient de grange, d’écurie ou de maison saisonnière pour les agriculteurs dont une parcelle était trop éloignée de la ferme, d'autres servaient de resserre à récolte ou de remise à outils.
Les maisons de ce village des Bories étaient certainement habitées de façon temporaire lors des travaux agricoles saisonniers, l'absence de cimetière et de lieu de culte peut en témoigner. Habitations, étables, granges, greniers, bergeries, magnaneries, poulaillers, cuves, fouloirs, fournils,.. Les bories ont révélé une organisation sociale, pastorale, agricole et économique du village construite autour des différents bâtiments, et demeurent aujourd’hui les témoins de l’histoire provençale de l’époque. Ces cabanons millénaires n'ont pas livré tous leurs secrets.
Un monde minéral à découvrir…
Aujourd'hui, le village des Bories, ouvert aux visiteurs, est présenté comme un musée et regroupe une exposition d’objets et d’outils traditionnels. Vous pourrez également y découvrir une présentation de l’histoire des Bories ainsi que sur l’architecture de la pierre sèche en France et dans le monde. Déambuler dans ses rues primitives, encadrées par ces constructions massives dont l'épaisseur des murs peut atteindre un mètre, plonge le visiteur au cœur de l'intrigue. Le village se compose de 7 groupes de cabanons distincts, chacune ayant un rôle bien précis. On y reconnaît par exemple des bergeries, des granges ou des étables, ce qui étend les fonctions attribuées à ces bories.
Des cahutes dont la fonction précise de chacune a pu être déterminée grâce aux détails d’aménagement et aux vestiges trouvés. Parmi la vingtaine de bâtiments recensés dans le village des Bories, 17 répondent aux critères architecturaux de la "nef gordoise" ; édifice indépendant non adossé à un autre, de plan rectangulaire ou trapézoïdal, les édifices restant étant réalisés selon des plans carrés, rectangles et circulaires.
Les ensembles de cabanes sont regroupés autour d'une immense dalle calcaire où l'on battait le blé. Dans le premier groupe de bories, on peut visiter une exposition sur le passé de Gordes, les bories et l'architecture de pierre sèche en France et à l'étranger. Les autres groupements s'organisent à la manière d'un musée de l'habitat rural : les bories destinées à l'habitation ont des murs enduits de chaux blanche qui rend l'intérieur plus lumineux et protège du mistral et des insectes. A l'intérieur, la température est constante grâce à l'épaisseur des murs et certaines cahutes sont même pourvues d'une cheminée, agrémentées d'une banquette ou d'un sol dallé. Des dépendances y sont accolées : celles-ci consistent en bâtiments pour animaux, remises à provisions, fours à pain, cuves à vin et entre autres, en remises pour les outils dont l'étude a permis de découvrir que les habitants semi-nomades des bories cultivaient les céréales sur les champs en terrasse (restanques), fabriquaient de l'huile d'olive, traitaient le cuir et élevaient même des vers à soie.
Pour compléter votre visite de ce coin du Vaucluse, des sentiers de randonnées en pleine nature ont été mis en place. Vous pourrez par exemple emprunter le « sentier du petit patrimoine rural » ou celui des « bories de la Gariguette » qui vous mèneront à la découverte d'autres bories éparpillées dans la garrigue. Ces balades se mêlent donc parfaitement à votre précédente visite du village qui donne, quant à lui, un aperçu concentré de ces cabanes de pierre sèche typiques, à découvrir absolument lors de votre séjour.
Si vous comptez visiter Gordes lors de votre séjour dans le Luberon et le Vaucluse, n’hésitez pas à vous rendre dans le village des Bories. Vous pourrez le rejoindre à pied depuis Gordes en empruntant un sentier qui vous offrira de surcroît un splendide panorama sur les versants escarpés des monts de Vaucluse. Des visites guidées sont organisées tout au long de l’année pour explorer ce lieu insolite, tout en découvrant de manière approfondie l’histoire qui l’a façonné. En voiture ou à pied, pensez aussi à faire un tour à l'abbaye de Sénanque.