Tout commence, le 23 janvier 1902, en creusant une carrière pour empierrer les routes et les chemins de la région. Un ouvrier carrier, M. Emile Pepin, faisait partir un coup de mine dans une masse rocheuse au Nord-Est de la colline de Thouzon, utilisant 40 kg de poudre qui détachèrent plus de 500 mètres-cubes de pierres de construction. L'explosion de mine dévoila le seuil d’une galerie biscornue de 230 m de long et 20 m de hauteur et de largeur.
La poussière de l'explosion dissipée, il aperçut alors un trou béant. Il agrandit l'ouverture à l'aide d'un pic et avec quelques collègues, muni d'une bougie, il pénétra avec eux dans la grotte. Le spectacle était réellement féérique. Mais la crainte de l'inconnu contraint les explorateurs à remettre au lendemain une visite plus approfondie.
Le jour suivant c'est en compagnie du propriétaire des lieux, M. Justin Martin, et de ses domestiques MM. Henri Pessin et Eugène Azard, qu'ils explorèrent la totalité de la grotte. Le bruit de cette découverte se répandit très vite et les "vandales" de l'époque sévirent rapidement, chacun voulant emporter une stalactite en souvenir. De trop nombreuses concrétions furent brisées. M. Martin, instituteur, comprenant l'intérêt touristique et scientifique de cette découverte sur ses terres fit sceller une porte métallique, déclara la découverte et les visites payantes commencèrent...
L’entrée actuelle fut agencée pour permettre la visite des touristes toujours plus nombreux dans cet écrin de fins joyaux que garde jalousement la belle colline de Thouzon. Il existe bien des grottes dans le Vaucluse et en Provence, mais la grotte de Thouzon, dite la grotte aux fées, est la la seule caverne naturelle aménagée au public. La Grotte de Thouzon est un joyau, une oeuvre d'art géologique façonnée par l'eau, la pierre et les millions d'années. D'innombrables stalactites et stalagmites de toutes tailles, d'une finesse parfois étonnante ornent les plafonds et les parois de la grotte. La Grotte de Thouzon est aisément accessible aux jeunes enfants. La visite dure environ 45 minutes, sous la conduite d'un guide qui nous fait découvrir et explique la formation d'une manière très pédagogique.
La Grotte de Thouzon est demeurée intacte grâce à son aménagement immédiat. Lorsque vous entrez dans la Grotte de Thouzon, vous êtes surpris par la température, assez fraîche, de 13° toute l’année et un taux d’humidité de 98 %. Un chêne vert de la butte, qui avait plus soif que les autres, est venu chercher cette fraîcheur en traversant le rocher avec une racine de plus de 10 m de long. N'oubliez pas de prendre de quoi vous couvrir, car au bout de quelques minutes, vous pourriez avoir froid. Dans le cas où vous auriez oublié, et si vous venez avec vos enfants : pas de panique, des couvertures peuvent être éventuellement empruntées en amont de la visite.
Penétrer le monde souterrain et découvrir ces merveilles est toujours une source d'enchantement. Pour se rafraîchir les jours de forte chaleur, venez découvrir 60 millions d'années en 45 minutes, le temps d’une visite étonnante et éducative. Elle vous émerveillera par ses étonnantes stalactites jaune et or, pouvant atteindre 2 mètres pour un diamètre de 3 millimètres, qui en sont les pièces maîtresses. Mais aussi des draperies ou encore des bassins, témoins de la forte activité géologique du lieu. En pleine canicule, tous les moyens sont bons pour se rafraîchir...
Au menu de la visite : le lit fossile de la rivière souterraine, puis au bout, une cavité d'une dizaine de mètres : le spectacle se passe ici ! Dans cette galerie coulait jadis une rivière dont les remous ont laissé maintes marques sur les parois.
Au début de sa formation, la Grotte de Thouzon était noyée entièrement et faisait « siphon ». La pression de l’eau qui courrait fit fondre le calcaire en laissant apparaître un sistre grisâtre très dur : des blocs de silex que les Provençaux ont nommé « rognons de silex » à cause de leur forme assez curieuse. De la voûte pleuvent les stalactites les plus fines que l’on puisse voir. On les appelle les "fistuleuses" lorsqu’elles sont simples et les "macaronis" lorsqu’elles sont creuses. A l’intérieur de la stalactite circule la goutte d’eau qui l’alimente et la fait croître de deux cm par siècle.
Lorsqu’elle se détache de la voûte, la goutte qui tombe par terre y laisse un dépôt qui, à la longue, forme une stalagmite et de leur rencontre avec une stalactite naît une "colonne". Parfois une inclinaison fait couler l’eau au même endroit ; là, le temps et la nature sculptent de véritables rideaux appelés les "draperies", admirables de transparence. L’oxyde de fer ou de manganèse leur donne souvent une couleur orange. C’est le cas de celle dont on peut admirer.
Plus loin, on remarque au plafond une belle fistuleuse de 1 m 30 de long qui accuse peut-être 6.500 ans. Cette grotte de Thouzon se caractérise par une très forte proportion de fistuleuses par rapport aux stalactites classiques. La fistuleuse, premier état de la stalactite, garde toujours un diamètre de 4 mm jusqu’au jour où une impureté barre son canal et la fait grossir comme un tronc massif et conique. Ceci est l’état secondaire de la stalactite. Une fistuleuse, du latin fistulosus "creux", est une concrétion tubiforme monocristalline qui s'allonge suivant la verticale et au sein de laquelle circule l'eau d'infiltration. Il s'agit le plus souvent d'un tube de calcite creux, allongé, translucide, de diamètre égal (8 mm) à celui des gouttes d’eau qui sont à l'origine de sa formation par le processus de concrétionnement. La fistuleuse qui fait partie des spéléothèmes classiques, est parfois appelée familièrement « macaroni ».
La galerie de la Grotte de Thouzon fait un coude à droite. Au temps où la grotte était noyée, un gigantesque remous dans le contour creusa, de bas en haut, des "cheminées d’équilibre". Les spéléologues grimpèrent sur la plus haute de ces cheminées jusqu’à 18 m de hauteur, sans déboucher dehors. Mais, comme à présent il ne reste que deux mètres d’épaisseur l’on peut penser qu’un jour ou l’autre ce frêle plafond s’effondrera dans la grotte et la cheminée se changera en aven qui est un puits naturel.
Une avalanche conique de pierres et de terre s’est effondrée dans la grotte par une diaclase. Une fente longue et étroite qui était une entrée naturelle s’est refermée avec du conglomérat il y a des millions d’années. Une diaclase est un réseau de fissures dans la roche calcaire permettant l'infiltration de l'eau et provoquant des dolines. La diaclase qualifie aussi l'épisode géologique pendant lequel une roche va se fendre en deux sans déplacement de l'une ou l'autre partie perpendiculairement au sens de stratification (généralement verticalement). Elle apparaît lorsque la roche est soumise à des pressions ou des mouvement tectoniques. La diaclase n'est pas à confondre avec une faille.
Un tapis noir composé de guano recouvre le sol. C’est un dépôt fossile de crottes de chauves-souris puisque ces bêtes ne fréquentent plus la Grotte de Thouzon depuis la clôture de l’ancienne entrée. Au fond de la galerie existe un puits qui était comblé au début du siècle. On l’a creusé maintes fois, jusqu’à 10 m de profondeur. L’œuvre est restée inachevée mais l’idée a germé qu’il y avait d’autres galeries au-dessous. La plus belle salle de la la Grotte de Thouzon présente une harmonie de couleurs nuancée, selon la présence d’oxyde de fer, du blanc le plus pur à l’orangé le plus brillant avec toutes les ressemblances que l’imagination peut concevoir.
Quelquefois le dépôt de calcaire sur le sol fait un petit barrage qui a la particularité de s’élever en se refermant sur lui-même et forme un petit bassin ou gour comme celui de droite. Il y en a aussi de plus petits, de même formation cristalline, qu’on appelle micro-gour. Ces bassins sont plus petits parce que la pente de ruissellement est plus rapide, ce qui explique que l’eau coule plus vite. Les gours sont des dépôts de calcite particuliers. En contexte karstique, l'eau de pluie dissout le calcaire en s'infiltrant dans le sol et s'enrichit en carbonate de calcium. Lorsqu'elle parvient dans une cavité souterraine, l'eau peut s'évaporer et former différents types de spéléothèmes : stalactites, stalagmites,... C'est le processus de concrétionnement.
Un éclairage bien adapté fait jour ses rayons sur le fascinant spectacle d’une vision lunaire quand les bassins reflètent la fine dentelle des concrétions, véritables merveilles de la nature. L’eau est la reine de cet endroit, s’installant dans les petits lacs ou aussi en ruissellement sur la roche, la façonnant au fil des siècles. Et les concrétions rares ou classiques qui défient les lois de la pesanteur évoquent une émouvante image d’une ville effondrée. Il reste à découvrir la magnifique perle des cavernes, un minuscule caillou blanc qui se trouve au cœur d’une stalagmite et qui est modelée durant des siècles par deux phénomènes : l’incrustation calcaire et l’érosion.
La Grotte de Thouzon accrédite la tradition des réseaux souterrains, des récits fabuleux dont la légende de la Dame blanche ; au XVIIIe siècle, on évoqua une autre légende : celle d’étranges gardiens aux longs manteaux qui hantent la grotte sans doute la mémoire déformée du souvenir de quelques chevaliers ayant séjourné dans les refuges souterrains. Enfin non loin de là, dans une petite cache, en 1912, est mis à jour un trésor de 183 pièces d’argent datant de 1235.
La Dame blanche de Thouzon
On raconte que vers 1207, Raymond VI, Comte de Toulouse, a une fille Noélie d'une incomparable beauté et qu'il envisage de la marier à un puissant voisin. La belle est éprise d'un troubadour. Pour sauver ce bonheur naissant, Noélie et son amoureux fuient le pays. Furieux, le Comte jure la mort du ravisseur et envoie des émissaires à la poursuite de sa fille et de son amant. Après de longues recherches, il apprend qu'ils sont réfugiés dans le château de Thouzon. Les émissaires du Comte pensent les y trouver, mais la place est vide. Il est impossible de les retrouver. La nuit, certains disent voir une silhouette de femme glisser sur les remparts du château.
Plusieurs fois, le Comte envoie des hommes qui se présentent à Thouzon et recommencent leurs recherches, en vain. La silhouette de Noélie hante, la nuit, les remparts du château et disparait à la moindre alerte. Les amants restent mystérieusement introuvables. Les deux amoureux connaissent, sans doute, une issue secrète qui les protège de leurs poursuivants. Les émissaires du Comte finissent par se décourager et les amoureux vécurent heureux... Cette légende fut chantée par les troubadours. Peut-être existe-t-il un passage secret vers la grotte de Thouzon pour échapper à toute poursuite ?
Labellisée Grottes de France, la grotte de Thouzon présente également une boutique de minéraux et de lithothérapie pour les amateurs. Hall d’accueil climatisé - Espace détente, Snacking Bar - Aire de pique nique, Parking gratuit et ombragé. Des grottes, de la colline à la plaine, sans oublier le monastère fortifié, le nom de Thouzon attaché à ces lieux d'histoire et de mémoire est aujourd'hui indissociable de la commune du Thor.