Pour comprendre l'histoire des sites gallo-romains en général la référence est la "Guerre des Gaules", racontée par Jules César. Les Helviens apparaissent dans l’histoire lors de la conquête romaine de la future Narbonnaise au Ier siècle av. J.-C. Alba devient le chef-lieu de leur cité. Son territoire, l’Helvie, correspondait à peu près au sud du département de l’Ardèche.
Les élites helviennes se romanisèrent sans grande résistance. Alba Helviorum construite sur le modèle des villes romaines, se développa essentiellement durant la "Pax Romana" du Haut Empire, aux IIe et IIIe siècles. L'Helvie connaissait alors un fort développement économique suite à la victoire de Jules César sur les Arvernes. Les Helviens n'avaient aucune raison de se rebellés contre Rome puisqu’ils conservaient leurs chefs, leurs libertés, leurs lois et leurs cultes.
Ville ouverte, sans rempart, on estime que la ville d’Alba occupait une superficie de 30 ha, dans la plaine, près de la voie reliant la Vallée du Rhône au Massif Central. Au IIe siècle apr. J.-C., période faste de la cité, la voie qui relie la cité à Nîmes, est jalonnée par les magistrats d’Alba de bornes miliaires où est gravé le nom de la cité. On peut voir aujourd’hui un moulage d’une de ces bornes sur la RN 102 qui relie Le Teil à Alba. Les limites d'Alba Helviorum sont marquées par les nécropoles comme celle de Saint-Pierre située à l’entrée du village actuel.
Pline l’Ancien relate au Ier siècle ap. J.-C. dans l’Histoire Naturelle l’invention d’un cépage de vigne à la floraison d’un jour par les Helviens. Selon Pline l’Ancien, Alba Helviorum était splendide, avec ses temples et villas somptueux, son théâtre, son forum, ses boutiques. Le territoire agricole était mis en valeur tandis que naissait un important maillage de routes. C’était la prospérité… Mais la chute de l’Empire romain et les invasions barbares eurent raison d’elle. Progressivement en déclin à partir du IVe siècle., abandonnée à partir fin du Ve siècle. elle fut démantelée comme une vulgaire carrière de pierres. Une fois rasée, elle finit enterrée sous le sol des cultures et oubliée pendant des siècles.
Enfin redécouverte au XVIIIe siècle, grâce aux vignerons locaux qui, en plantant des nouveaux cépages, ont retrouvé des vestiges datant de l’époque gallo-romaine. Depuis toujours, les vignerons de la plaine sortaient de terre des morceaux de colonnes, de statues, de poteries... Pierres de taille, colonnes, mosaïques, fragments de marbre, pièces de monnaies ou encore statues, les sols regorgeaient de traces du passé. Entre les deux guerres les premières fouilles scientifiques mirent à jour une partie du théâtre. A partir de 1945, une seconde campagne de fouilles se déroula sur le site de Saint-Pierre et le théâtre.
La mise à jour ne fut concrétisée que dans années 1980. Les fouilles archéologiques qui ont été menées entre 1980 et 2000 ont permis de dégager un site d’une beauté exceptionnelle en plein cœur de l’Ardèche. La ville antique se redessina peu à peu... Depuis 2010, la mise en valeur du site et la création d'un musée permettent aux visiteurs de mieux comprendre, imaginer, visualiser la cité de nos ancêtres les Helviens...
La visite de Muséal, musée et site archéologique d'Alba-la-Romaine, est un véritable voyage pour remonter le temps jusqu'à l'époque gallo-romaine et découvrir la capitale du peuple des Helviens.
L'entrée dans le site se fait par le cardo maximus. Alba Helviorum s'est développée autour de la grande rue principale, le Cardo maximus, orienté Nord-Sud. D'une largeur de 5 mètres, sa longueur est estimée à plus de 300 mètres. Le cardo maximus, bien visible mais presque dépourvu de ses dalles, celles-ci ayant été récupérées au Moyen-Âge. Elles étaient en calcaire ou en basalte du Coiron, de 70 cm d’épaisseur, percées chacune d’un trou (« trou de louve ») permettant de la soulever avec un pieu ou une pince. Pas de mortier ; elles sont autobloquantes. Sur les grandes dalles en calcaire mises à jour on distingue par endroit les traces d'usure faites par les chars et les charrettes. Le cardo est bombé afin de faciliter l’écoulement des eaux pluviales sur ses côtés. Au-dessous, pour canaliser cette eau de pluie, se trouvaient des tuyaux de plomb (a voir au musée) portant le nom de celui qui les avait financés. Le decumanus n'a pas été localisé. Les autres rues coupent perpendiculairement le cardo maximus.
Le long du cardo maximus, on a identifié 22 boutiques de commerçants et artisans ouvrant sur un trottoir couvert. Trois mille objets y ont été dégagés.
- Dans l'une des boutiques, les 10 kilos de petits morceaux de verre qui y ont été ramassés ont permis de reconstituer des assiettes, des vases… et donc de penser qu’une boutique de verrerie était installée dans ce local. Ces objets en verre coûtaient cher car le verre soufflé n’est connu qu’à partir du Ier siècle ap. J.-C.. Auparavant, les artisans faisaient venir des plaques de verre brut à base de natron, provenant essentiellement d’Egypte! Les boutiques exclusivement de verrerie sont extrêmement rares. On en a découvert une seule autre en Gaule, six ou sept seulement dans le monde romain.
- Une boutique d’objets en céramique, en particulier sigillée, importée de Milhaud (Gars). Les objets en sigillée comme la vaisselle étaient très onéreux.
- Une boutique de laine, puisqu’un peigne à carder (à voir au musée) y a été découvert.
- Une boutique d’objets en bronze, une petite statuette (à voir au musée) ayant été dégagée.
- Les autres boutiques sont connues grâce à des inscriptions, en particulier celle retrouvée sur un sarcophage (à voir au musée). Quatre corporations sont citées : bâtiment, tissus, métiers du bois, bateaux ou radeaux transportant des outres en cuir. À Pompéi, on peut voir une peinture représentant de telles outres transportées sur un chariot. Ces outres étaient d’utilisation plus facile que les amphores, mais celles-ci étaient également utilisées à Alba (amphores hispaniques a voir au musée).
Autre lieu important, le centre monumental au cœur de la cité d'Alba Helviorum que l'on atteint en empruntant un escalier situé entre deux boutiques. Les empreintes au sol de plusieurs bâtiments ne permettent pas de définir avec précision leurs fonctions.
Au nord, deux bassins d'agrément de 25 mètres de long, chacun était entouré d'un jardin et d'un portique sur les quatre côtés. Des fragments de mosaïques au sol ont été retrouvés. Sans doute s'agit-il d'un bâtiment à vocation publique. Au sud, l'æra sacra avec un temple de type classsique. Au vu des empreintes au sol, le portique avait environ neuf mètres de haut, ce qui correspond aux canons définis par Vitruve (ier siècle av. J.-C.). Il reste encore à localiser avec précision le forum (la place publique où les citoyens se rencontrent). La Curie (lieu de réunion du Sénat), les thermes n'ont pas été découverts. Les seuls thermes fouillés sont de petite taille, à côté de la villa dite des Planchettes, donc sans doute des thermes privés.
Au sud-ouest du site, au lieu-dit la Planchette, on a mis au jour les vestiges d'un sanctuaure dit des Basaltes regroupant plusieurs aménagements à vocation cultuelle : un temple , deux bâtiments hypogés, un petit édifice maçonné associé à des dépôts votifs : vases contenant des étoiles, rondelles à rayons, croix en or. Les abords du temple étaient alimentés en eau par un système d'adduction en plomb. Plusieurs indices laissent supposer que la divinité honorée en ce lieu pourrait être le dieu au maillet Sucellus du panthéon gaulois.
Le quartier de l'habitat populaire est localisé, entre la ville et le sanctuaire de Bagnols, contrairement à celui des insulae. Les petites maisons étaient en bois et terre. Le site du sanctuaire de Bagnols est exceptionnel par le nombre d'objets qui y ont été découverts. Une voie sacrée, bordée de statues, reliait le sanctuaire à la ville. Le sanctuaire de Bagnols est situé au nord du site d'Alba, à côté du quartier populaire, sur la voie d'Antonin. L'ensemble du site est entouré d'un portique. Le seuil est encore visible ainsi que, creusés dans ce seuil, les trous où étaient installées les fermetures. On voit encore les traces d'un bassin entre le portique et les deux temples les plus anciens, construits en parallèle. Ce bassin était rempli avec l'eau du ruisseau du Massacre.
Sur place, on identifie trois temples, sous lesquels se trouve un temple indigène. L'endroit choisi n'est pas anodin. La religion romaine comme les religions d'aujourd'hui doit effacer toute trace des cultes indigènes. Le premier temple est typiquement gallo-romain, un fanum datant de 40-50 ap. J.-C. Le corps du temple est au centre, entouré d'un portique. Une offrande y a été trouvée : un casque, endommagé pour ne pas être volé. En parallèle, un temple classique sur podium, entouré d'un portique, datant des années 60-70. Il reste les bases de quatre colonnes à l'entrée, les empreintes du vestibule et de la cella. Pratiquement tous les blocs de marbre du podium ont été volés. Devant le temple, un exèdre, semi-circulaire : banc pour converser ou niche pour une statue. En arrière des deux autres, un temple dit axial, dont l'architecture est un mélange du fanum, du temple sur podium et du portique. Son sol était recouvert de mosaïques au Ier siècle, qui furent détruites au IIe siècle et remplacées par du marbre coloré, y compris sur les murs. Ce marbre est d'origines diverses : Carrare, Pyrénées... Les mosaïques ont pu être reconstituées grâce aux très nombreuses tesselles retrouvées, en particulier dans les cours du temple.
En 1997, fut découvert une statue en marbre de Carrare d'un empereur divinisé, statue couchée au pied du podium, sous un four à chaux, ce qui l'a préservée. Seuls le buste et le haut des cuisses nous sont parvenus. D'après les fragments récoltés autour de la statue, sept autres statues devaient sans doute l'entourer. La statue et certains fragments sont au musée. En particulier ceux d'une statue de femme "à dos plat" ce qui laisse à penser qu'elle était plaquée contre un mur. Sur ce site, de nombreuse offrandes ont été mises au jour. Elles étaient déposées sous le portique du fanum, l'escalier du temple à podium et dans les deux cours latérales du temple axial. Fouilles extraordinaires : anneaux en bronze, pots, sigillée, bijoux...
Le nom de ce sanctuaire de Bagnols provient de la toponymie du quartier où il est situé, le nom de Bagnols apparaissant pour la première fois dans les estimes de 1464. Tout comme la villa Pinard doit le sien au nom du quartier l'entourant. Aucune allusion au vin, mais au nom d'un habitant d'Alba "Pinario", trouvé sur une inscription.
Le théâtre d'Alba Helviorum est situé à la limite orientale de la ville. La particularité du théâtre d'Alba est d'être construit de part et d'autre du ruisseau du Massacre qui sépare le mur de scène de la cavea.
Sur la rive droite, la Cavéa et ses 22 rangées de gradins accueillent le peuple. Des sondages effectués dans la cavea en 1982 ont permis de reconnaître trois états à cet édifice. Le plus ancien daterait du début du règne d'Auguste. L'Orchestra est constitué de deux parties : trois rangées de gradins réservés aux notables et un espace matérialisé par des dalles placées en fer à cheval, qui peut être utilisé par les comédiens, étant dans le prolongement de la scène. Les gradins étaient en terre stabilisée recouverte de planches. Le second état date au plus tôt des années 30-45 de notre ère. Cet édifice est mal connu, sans doute encore une construction légère à base de poutraisons de bois. Sur la rive gauche, se dessinent les vestiges du mur de scène qui atteignait douze mètres de haut, la scène étant elle-même installée sur le cours d'eau canalisé. La scène était en bois. Il y avait un mur de scène et, derrière celui-ci, les coulisses. Les parties supérieures des murs du théâtre ont été récemment enduites de mortier, de type ancien à base de chaux, pour assurer l'étanchéité de ces murs.
Le théâtre d'Alba Helviorum ainsi représenté date du IIe siècle de notre ère, époque faste de la cité et comporte 3 000 places. ce qui est modeste si on considère les grands théâtres de l'Empire, qui accueillaient de 15000 à 30000 spectateurs, mais ce qui est bien plus que les théâtres ardéchois actuels. L'été des spectacles sont présentés dans le théatre et des animations organisées sur l'ensemble du site .Des bénévoles, habitants du village, agriculteurs voisins, jouent un rôle important dans ces animations, preuve que les dissensions entre archéologues et agriculteurs, parfois expulsés de leurs terres, ont bien disparu.
Certaines des villæ découvertes ne peuvent pas être présentées au public pour des raisons de sécurité, notamment l'une qui est située de l'autre côté de la route et une autre au bord d'un ravin.
Le quartier Saint-Pierre se situe à l'angle de la RD 107 et de la route menant au village. Actuellement les vestiges du quartier Saint-Pierre ne sont plus visibles, le site ayant été recouvert. On y a reconnu les vestiges de plusieurs édifices successifs, ainsi qu'une importante nécropole. Le premier édifice était une vaste construction de la fin du Ier ou du début du IIe siècle, établissement public ou vaste demeure privée. Son plan, partiellement reconnu, consiste en une aile occidentale de 30 mètres de long constituée de plusieurs salles, dont certaines richement décorées : placages de marbre, enduits peints, mosaïque blanche..., ouvrant sur un portique au sol orné d'une mosaïque. Au-delà, un espace découvert est creusé d'un grand bassin.
Cette construction a subi des remaniements dont le dernier en date correspond à l'établissement d'un sanctuiaire chrétien. Ce sanctuaire paléochrétien qui s'établit donc dans les restes de l'édifice gallo-romain est formé de deux églises de plan basilical orientées est-ouest, séparées par un couloir d'accès dallé et reliées par une galerie-portique. Un certain nombre de plaques et de piliers de chancel y ont été retrouvés. Le corps de l'église sud est une réutilisation d'une partie des salles occidentales du bâtiment gallo-romain. Pour l'église nord, la réutilisation des structures antérieures est plus modeste.
De nombreux sarcophages ont été mis au jour dans le sol de l'église nord qui s'avère avoir été utilisée comme édifice funéraire au haut Moyen-Âge.
Enfin, une petite église romane a été élevée au XIIe siècle à l'emplacement de l'église paléochrétienne nord. Elle était formée d'une nef unique de quatre travées terminée par une abside semi-circulaire. Quelques petits bâtiments disposés autour d'une cour munie d'un puits formaient le prieuré occupé par les deux chanoines de Saint-Ruf qui assuraient le service paroissial. Au nord et à l'ouest de l'église s'étend le cimetière paroissial Saint-Pierre, au-dessus des tombes et des sarcophages primitifs. À partir du XIVe siècle, des tombes prennent place dans le sous-sol de l'église, d'où elles étaient jusque-là exclues. Pendant plus de trois siècles, elles se superposent sur plusieurs niveaux. Deux de ces tombes ont livré des petits christs d'orfèvrerie limousine datés de la fin du XIIIe siècle. Les inhumations cessent à Saint-Pierre au début du XVIIIe siècle à la suite des guerres de Religion et de la création d'un nouveau cimetière au village, à côté de l'église Saint-André.
Le musée "MuseAl" est en accès libre et est ouvert toute l’année. Voici un musée vivant dont le but est la mise en valeur des collections archéologiques découvertes au cours de vingt années de recherche et notamment la superbe statue d’empereur retrouvée sur le site gallo-romain. Le tout à travers des salles d’exposition temporaire et permanente, un auditorium, des salles pédagogiques…Cet espace se décline sur un mode résolument moderne avec bornes interactives, ateliers pédagogiques… Situé à l’entrée du village, son architecture interpelle également. Monolithe parallélépipédique, ce bâtiment massif contraste avec un parvis aérien, couvert d’une voilure.
Après l'Empire Romain vint une période troublée, qui vit les habitants de la plaine d'Alba se regrouper autour du château de la famille d'Aps, bâti sur un dyke volcanique (coulée de lave verticale).