Les Normands, sous la botte de Pépin Ier, lancés contre Charles le Chauve, mettent le pays à feu et à sang avant de s'éloigner sur la rivière du Tarn. Mais ceux qui marquèrent d'une manière indélébile la région venaient de l'Est. Parents des Bogomiles : une secte manichéenne d'origine bulgare qui professe que le monde matériel a été créé par le diable, et qui rejette les sacrements et l'autorité de l'Eglise, ils venaient prêcher le catharisme.
Le catharisme aux origines controversées, partie du Danube, se propagea ensuite dans les régions prospères où le clergé, les seigneurs locaux et les marchands se disputaient les richesses, c'est-à-dire principalement en Italie du Nord et dans le sud de la France. Autre point commun avec le nord de l'Italie : la volonté farouche des habitants de tenir tête aux papes, aux rois et aux empereurs. Le catharisme fut donc le vecteur des tensions locales.
Pour les Cathares, Satan, principe du mal, était le monde physique, d'où cette condamnation de la chair, de la vie terrestre, qui conduisit quelques mères à faire périr leurs enfants. Le Jéhovah de l'Ancien Testament n'est autre que le Malin lui-même, et de plus tous les pères de l'Ancien Testament sont damnés jusqu'à saint Jean-Baptiste.
Seul le Christ, qui n'a pris que les apparences de la chair, de la vie et de la mort, pour régénérer les esprits des hommes, est vénéré. Les hérétiques racontaient que le Saint-Esprit et Satan se partageaient l'être humain et qu'il fallait respecter les règles de leur sévère religion, ou accepter de mourir pour que l'âme trouve enfin le chemin de la perfection.
Beaucoup moins gourmands et envahissants que le haut clergé ultramontain, on les tolérait, car ils étaient pauvres, et de plus contestaient les papistes à la vie dissolue. Ceux qui avaient échappé au Mal étaient appelés les " parfaits ". Les comtes de Toulouse, accueillant les réfugiés d'Italie, furent moins séduits par l'idéologie que par la dimension politique du mouvement, fiers de posséder une religion propre à l'Occitanie.
Durant le XIIIe siècle, croisades meurtrières et règlements de comptes, procès de l'Inquisition, territoires et châteaux pris en butin par les " Français " comme certains les appellent encore ici, se succèdent. Les chevaliers du nord de la Loire à qui l'on avait promis ces riches terres n'avaient le plus souvent cure des aspects spirituels du conflit.
Le chef incontesté de cette expédition, Simon de Montfort, trouva là l'occasion de se bâtir un fief à la mesure de ses ambitions. Le Tarn fut ainsi saccagé, violé, violenté ; les campagnes souffrirent autant que les villes, le feu prit partout, jusqu'au bûcher de Lavaur, le plus ravageur de toute la croisade des Albigeois.
Quatre cents hérétiques y périrent, cependant que dame Guiraude, qui gouvernait la place avec force et courage, finit au fond d'un puits aussitôt comblé de pierres. Pillages et destructions se poursuivirent ainsi jusqu'en 1217. Simon de Montfort décida alors d'assiéger Toulouse qui avait eu l'audace de se révolter. Il mourut la tête fracassée par une pierre lancée par des femmes ; ce fut la fin du siège, la fin de la croisade et la fin des Montfort.
Le temps des bastides.
Le XIIIe siècle voit aussi une quarantaine de bastides et de villes neuves fleurir : Cordes en 1222, puis Lisle-sur-Tarn, Réalmont et Pampelonne. Pendant ce temps, à Albi, l'évêque-inquisiteur, Bernard de Castanet, lance le chantier de la cathédrale, forteresse de brique qui signe la victoire de l'Eglise sur l'hérésie. Les travaux dureront de 1282 à 1480.
Le gris marquera le XIVe siècle.
Le gris des armures qui pour quelques biens s'entrechoquèrent à nouveau, celui plus sombre encore de la misère qui n'épargna personne ; et celui, enfin, des intrigues et des obscures machinations. Les promesses sont trahies, la monnaie subit de graves dévaluations, et le siècle essuie une vague inquiétante de tumultes.
De 1302 à 1347, les famines se succèdent à un rythme tragique et, comme par acharnement, la peste noire s'abat en 1348 sur ceux qui étaient restés miraculeusement en vie : le futur département du Tarn y perd plus de la moitié de sa population.
De la Renaissance à la Révolution
Les guerres de religion.
A cette époque, on assiste un peu partout à la renaissance des arts et des lettres, et c'est l'une des raisons pour laquelle les dogmes religieux sont alors remis en question, dans une région toujours hostile au centralisme politique de Paris comme au centralisme spirituel de Rome. Les guerres de religion ne font en réalité que reprendre certains aspects de la croisade des Albigeois.
Les grandes familles, les fiefs et les intérêts politico-économiques se saisissent de prétextes religieux pour s'affronter une nouvelle fois. Le Tarn devra se scinder en deux : l'Albigeois catholique contre le Castrais protestant. Aux quatre coins du département, les cruautés se multiplient. Gaillac est en sang : 80 protestants y sont massacrés lors de la Saint-Barthélemy.
Le seigneur de Ferrières, Guillaume Guilhot, dévaste les rives de l'Agout avant de raser Castres, et Bacou de Brassac pille l'Albigeois tout entier. Ces deux calvinistes tristement célèbres incarnent mieux que personne la violence de ces temps troublés.
Avec Philippe de Rabastens, baron de Paulin, et son frère, le vicomte, c'est toute la vallée du Tarn et le tracé reliant Cordes à Réalmont qui brûlent, château après château, église après église... Collines, vallons, plaines et villages ne sont bientôt plus que ruines, des pans d'histoire complètement anéantis par la barbarie.
Finalement, Albi reste catholique tandis que Castres et le sud du département rallient la Réforme. A la révocation de l'Edit de Nantes en 1685, nombreux sont ceux qui fuient : le Castrais Jan de Ligonier devient maréchal d'Angleterre, et sera d'ailleurs inhumé à Westminster.
A la fin du XVIIe siècle, il faut songer à tout reconstruire. En 1752, sous la direction du chevalier de Solages, on commence à exploiter le charbon de Carmaux, puis la construction du réseau routier débute : de Castres à Saint-Pons et à Toulouse, de Toulouse à Rodez par Albi... Le temps s'écoule, et peu à peu les plaies se referment.
Et, sur les vestiges encore fumants de ce vaste champ de bataille, on rebâtit un pays. De nouveau, il faut songer à l'avenir, se promettre d'oublier les différences et les querelles. Mais la fin des troubles signe les débuts d'une rivalité nouvelle entre Albi et Castres.
De la Révolution au XXIe siècle
Le département, créé en 1790, affiche rapidement ses disparités politiques : le Nord, plus ouvrier avec ses mines de charbon et son industrie, est sensible aux idées socialistes, tandis que le Sud, plus agricole, est plus conservateur. Dans le secteur industriel, le Carmausin et l'Albigeois développent respectivement le charbon et la sidérurgie, et les régions de Castres et de Mazamet s'orientent vers le textile et le délainage.
Puis c'est le temps des luttes sociales et de Jean Jaurès, ce Tarnais à qui l'on doit une loi sur les accidents du travail et les premières retraites pour les paysans...
Durant la Première Guerre mondiale, le département n'est pas épargné ; on compte plus de 10 000 morts.
Quant aux années 1939-1945, ce sont des années de résistance active. Dès le 16 août 1944, la Résistance prend Carmaux. A Castres, un petit groupe d'environ 200 résistants, armés de simples mitraillettes, réussit à capturer 4200 soldats allemands !