Marguerite de Valois (son frère Charles X aimait la surnommer Margot), fille d’Henri II et de Catherine de Médicis, celle qui épouse en 1572 lors d’un mariage politique devenu célèbre, Henri de Navarre, chef des protestants (Henri IV), dans le but de réconcilier catholiques et protestants (L'inverse se produisit, puisque cette union fut même l'une des causes de la Saint-Barthélemy), est une figure princière de premier plan de la seconde moitié du XVIe siècle. Son histoire est marquée par l’époque tourmentée qui oppose les catholiques aux protestants. Dans le conflit qui opposa le roi Henri III aux Malcontents, elle prit parti pour François d'Alençon, son frère cadet. Sa participation à la conjuration des Malcontents lui valut la rancune profonde de son frère Henri III.
Marguerite de Valois de religion catholique fut bientôt délaissée par son mari, Henri IV : « jeune rustre, mangeur d’ail, puant des pieds et du gousset ». Marguerite de Valois est couronnée Reine de France lorsque son époux Henri de Navarre devient Henri IV, Roi de France. Alors impliquée dans les affaires politiques françaises, en 1585, le couple étant alors installé à Nérac, elle décide de partir faire ses Pâques à Agen où elle reste 3 mois. Henri III alerté par Henri de Navarre envoie des troupes pour la ramener, mais Marguerite s’enfuit vers sa forteresse de Carlat en Haute Auvergne où elle tombe malade. « Le printemps arrange les choses et aussi les soins d’un jeune apothicaire qui éponge la sueur de la malade et lui arrange tendrement ses oreillers »! ! (Jean Anglade).
Catherine de Médicis consent tout de même à l’aider et lui offre d’aller à Ybois près d’Issoire. Elle part donc pour Ybois en passant pas le Lioran, Murat et Allanche dans le Cantal, puis par le Luguet, Besse, Saint Saturnin dans le Puy-de-Dôme elle arrive à Ybois après avoir traversé l’Allier au risque de se noyer. A Ybois Marguerite menace de se suicider. Henri III décide finalement de l'assigner à résidence dans le château d'Usson, au cœur de l'Auvergne, lequel avait servi de prison sous Louis XI, sous la garde du marquis de Canillac. Elle y restera jusqu’en 1605. Sa vie à Usson semble avoir été assez tumultueuse, galanteries, intrigues politiques mais le tout « enrobé » d’une authentique piété.
D’abord prisonnière, Marguerite de Valois rétablit sa position et entretient une cour princière. Marguerite négocie dès 1587 les conditions de sa liberté et retrouve son statut de châtelaine, le château faisant partie de sa dot. Formée à l’humanisme de la Renaissance, Marguerite entretient à Usson une cour florissante accueillant artistes et écrivains de renom, comme Honoré d’Urfé. Elle tient correspondance et rédige ses Mémoires, parmi les premiers du genre qui inaugurent un genre au succès durable. Démariée, d’Henri IV en 1599, elle s’assure le soutien de la noblesse auvergnate et reconquiert ses possessions en tant que comtesse d’Auvergne. Leur legs au Dauphin, futur Louis XIII, achève l’intégration de l’Auvergne au domaine royal à sa mort en 1615.
Réhabilitée par l’historiographie contemporaine, son rôle politique et artistique fut longtemps obscurci par le « Divorce satyrique », pamphlet anonyme du XVIe siècle, et la légende de la Reine noire. Tout en assurant sa postérité, la littérature et le cinéma contribuent aussi à troubler son image, du « Discours sur Marguerite » de Brantome (1665), au roman d’Alexandre Dumas « la Reine Margot » (1845) ou au film de Patrice Chéreau (1994). L’histoire de la Reine Margot est bien souvent dépassée par la légende. Littérature et cinéma se sont emparés de cette personnalité forte, construisant ainsi un vrai mythe qui fera de la Reine Margot un personnage légendaire, dont le nom semble familier à tous.
Les légendes foisonnent au sujet de son séjour à Usson et son nom figurait encore dans les obits lus au début du XXe siècle à la messe paroissiale. À son départ, elle donne aux pauvres d’Usson les revenus de ses seigneuries d’Ybois et de Saint-Babel, cédés en 1663 aux Minimes d’Usson puis à l’Hôpital général de Clermont. La vengeance de la reine Margot : Voici comment la reine Margot se vengea du marquis de Canillac, le vainqueur d'Ybois et l'auteur de la décollation de son amant d'Aubiac. Elle le reçut à Usson, couvrit sa femme de bijoux et feignit de lui donner son hôtel de Paris et 2000 livres de rentes. Canillac se rendit à Paris pour jouir de sa nouvelle fortune. Mais, entre temps, la reine Margot avait annulé la donation et le crédule marquis fut couvert de ridicule.
Dans le village actuel, très agréable à visiter, quelques maisons conservent des éléments de la Renaissance et on perçoit le chemin de ronde sous la végétation. Emblème de François Ier, roi de France et médaille d'or de Marignan 1515, la salamandre se promène en différents lieux d'Usson, dessinée au bas des panneaux d'information qui rythment la visite du village. Pourquoi la salamandre, alors que c'est Du Guesclin qui dut être fêté, lui qui reprit Usson aux Anglais, en 1371? Eh bien, parce que, ici, fut astreinte à résidence, pendant dix-neuf ans, Marguerite de Valois, dite la reine Margot, petite-fille de François Ier et soeur d'Henri III, l'instigateur de son séjour prolongé en Auvergne.