La Fortune Médiévale et l’Édification du Château
Signe de l'importance d'Arques au XIe siècle, Gozelin, ancien vicomte de Rouen devenu vicomte d'Arques, transfère dans son nouveau fief le droit de garde et de vérification des Poids et Mesures. Ce droit resta attaché à Arques jusqu'en 1789. L'étalon des mesures de capacité est le Pot d'Arques qui contenait 1.829 litre. Cet étalon fit son chemin puisque Louis XIV le proclama " première mesure du royaume ". Le musée des Antiquités de Rouen conserve d'ailleurs un étalon du XVIe siècle et des mesures de Rouen et de Paris étalonnées sur le Pot d'Arques.
C’est au XIIe siècle qu’un chapitre décisif s’ouvre avec l’édification d’une imposante motte castrale. Sur ce socle défensif se dresse le Château d’Arques-la-Bataille, forteresse emblématique qui a connu de multiples restaurations au cours des XIVe et XVe siècles. Si aujourd’hui la forteresse se présente en grande partie en ruines, ses vestiges témoignent encore de la puissance et de l’ingéniosité architecturale du Moyen Âge. Conçue pour tirer profit d’un relief naturellement défensif – un éperon crayeux surplombant la vallée – le château fut le témoin silencieux des siégés et des conflits qui ont jalonné l’histoire régionale.
Le Tournant Décisif : La Bataille d’Henri IV
Aucun récit sur Arques-la-Bataille ne saurait être complet sans évoquer l’événement qui a donné son suffixe à la commune. En 1589, alors qu’Henri de Navarre aspirait à devenir roi de France, c’est au pied des remparts du château qu’il rencontra une opposition acharnée des troupes de la Ligue.
Le 21 septembre 1589, Henri IV remporte la bataille d'Arques. Officiellement roi de France, Henri IV se voit fermer les portes de Paris, on ne veut pas d'un protestant pour diriger le royaume. La conquête du trône va commencer par Arques. D'un côté, Henri de Navarre avec une armée de 15 000 hommes, de l'autre Charles de Lorraine, duc de Mayenne, chef des armées de la Ligue, fort d'une armée de 30 000 hommes. Abandonnant le siège de Paris, Henri IV s'était replié en Normandie pour attendre des renforts anglais. Mayenne le poursuit, jurant aux parisiens de ramener le Béarnais "pieds et poings liés". Henri, accueilli avec enthousiasme par Dieppe, fief protestant, se retranche à Arques sur une position choisie à l'avance par le maréchal de Biron. Maître du château et de l'éperon situé à l'extrémité de la forêt (coteau Saint Etienne), il tenait les deux accès de Dieppe et attendait Mayenne.
Ce dernier arriva par la vallée de l'Eaulne et s'installa, après quelques escarmouches, à Martin-Eglise. Il décida d'attaquer le matin du 21 septembre. Un épais brouillard favorisa sa marche et réduisit l'action de l'artillerie d'Henri pendant les premières heures. Usant de perfidie, Mayenne envoya des lansquenets qui, au cri de " vive le roi " furent reçus comme des transfuges. Ils ne tardèrent pas à retourner leurs armes contre ceux qui les avaient accueillis. C'est en cette sombre conjoncture que Henri s'écria " Ne se trouve-t-il pas en France cinquante gentilshommes pour mourir avec leur roi ? ", et reprenant l'offensive, il rejette une partie des ligueurs dans les marais de la vallée d'Arques. Alors précisément le brouillard se dissipe. L'artillerie du château foudroie les troupes de Mayenne qui ordonne la retraite. Ne pouvant s'emparer davantage de Dieppe, le duc dût abandonner la place.
Cette confrontation, aboutissant à une victoire décisive, permit à Henri IV de poursuivre sa quête du trône et de marquer à jamais le destin du royaume. La mémoire de cette bataille résonne encore dans les rues de la ville et nourrit l’imaginaire collectif sur le courage, la stratégie militaire et l’aboutissement d’une ère de conflits religieux et politiques.
Du XVIIe au XIXe siècle, l'importance d'Arques ne cesse de diminuer au profit de celle de Dieppe. Louis XVI désaffecte la citadelle dont les habitants sont autorisés à prendre les pierres. En 1836, une bande noire se propose d'en assurer la démolition complète et d'en revendre les matériaux. Un mouvement d'intérêt pour cette ruine formidable s'organise autour d'Achille Déville et M. Jules Reiset (propriétaire) sauve le monument.
A la fin du XIXe siècle, Arques s'industrialise fortement et rapidement avec l'arrivée du chemin de fer, le commerce du charbon et des phosphates, et surtout en 1903, avec l'installation de la Société Française de la Viscose. Ce site industriel a profondément marqué la vie sociale arquaise (cité ouvrière, groupements associatifs, écoles, doublement de la population en cinquante ans).
Arques-la-Bataille Aujourd’hui : Entre Tradition et Modernité
Aujourd’hui, Arques-la-Bataille se présente comme une commune dynamique qui porte fièrement les stigmates de son histoire. Du blason inspiré du sceau médiéval aux vestiges du château, en passant par le tissu urbain et les rivières qui l’arrosent, chaque pierre semble raconter une anecdote du passé. Les passionnés de patrimoine et d’architecture se retrouvent ainsi à arpenter ses ruelles, à explorer les terrains de jeu où s’entremêlent légendes et réalité. Le site stratégique qui autrefois servait de point de contrôle militaire est désormais un lieu d’échanges culturels et de mémoire, rappelant l’importance d’un passé construit en toute modestie et avec passion.
Arques-la-Bataille incarne l’essence même d’un patrimoine qui, bien que marqué par les affres du temps, continue d’inspirer et de fasciner. Qu’il s’agisse de revisiter les traces d’une époque où la stratégie et le courage se mesuraient sur le champ de bataille ou d’admirer la beauté simple d’un environnement naturel façonné par des siècles d’histoire, la commune offre une expérience unique et enrichissante. Un voyage dans le temps qui laisse présager à chaque pas que l’histoire n’est pas seulement à lire, mais bien à vivre.
Le principal site archéologique d’intérêt à Arques-la-Bataille est le Château d’Arques-la-Bataille. Cette forteresse médiévale, dont les vestiges s’étendent sur un impressionnant éperon crayeux, témoigne de plusieurs siècles d’histoire et d’occupations diverses, de sa fondation au XIIe siècle jusqu’aux conflits marquants comme la bataille d’Henri IV en 1589. Même si le château se présente aujourd’hui en ruines, il s’agit d’un véritable terrain d’archéologie de plein air où, en arpentant les sentiers et en observant les remparts, vestiges de fossés et traces des constructions défensives, on se plonge dans l’ambiance médiévale et découvre les secrets de son architecture.
De plus, des visites guidées y sont régulièrement organisées pour mieux comprendre les techniques de fortification médiévales et l’importance stratégique du site, permettant aux passionnés d’histoire de vivre une expérience immersive sur le terrain3. Pour ceux qui souhaitent approfondir leur visite, il peut être intéressant de se renseigner auprès de l’office du tourisme local qui propose parfois des animations ou des expositions temporaires mettant en lumière des découvertes archéologiques récentes.
D'autre part, bien que le château soit le site archéologique majeur de la commune, n’hésitez pas à explorer les alentours d’Arques-la-Bataille ; certaines zones, moins connues, recèlent des vestiges dissimulés qui témoignent de l’évolution des établissements humains dans cette région stratégique de Normandie.