La première communauté et les premières constructions
Sous la direction de Wandrille, humble disciple de saint Ouen, la petite communauté s’organisa rapidement. Wandrille, humble et fervent, établit la règle bénédictine. Son ordre monastique était fondé sur « l'union, la charité et l'humilité ». Il fit édifier sept églises dédiées à saint Pierre, saint Paul, saint Laurent, saint Pancrace, saint Saturnin, saint Amand et Notre-Dame. À sa mort, le 22 juillet 668, le monastère comptait déjà une trentaine de moines et rayonnait spirituellement dans toute la région.
De 650 à 668, saint Wandrille et les moines construisent les bâtiments, ainsi qu'une bibliothèque, contenant les œuvres de saint Grégoire Ier, rapportées de Rome par saint Gond, ainsi que la règle de saint Colomban.
De 678 à 690, saint Ansbert, nouvel abbé de l'abbaye, construit un hôpital pour douze pauvres et seize malades. En 704, le roi Childebert III l'Adopté fait don à l'abbaye du domaine d'Aupec et de ses dépendances. En 787, sur ordre de Charlemagne, un polyptyque, aujourd'hui perdu, est établi par Landry, abbé de Jumièges et Richard, comte de Rouen. Saint Gervold qui devient abbé en 787, gouverna l'abbaye pendant dix-huit ans jusqu'en 806 et fut chargé par Charlemagne de fonctions. Il fit reconstruire le chauffoir, les cuisines, l'infirmerie, ainsi que plusieurs autres parties de l'abbaye. Elle est la troisième abbaye de la province de Rouen après Saint-Ouen et Saint-Evroult.
Le nom de Fontenelle et l’essor spirituel
Du temps de saint Wandrille l'abbaye se démarque en n'acceptant pas de donations hormis la dot dont les moines disposent à leur entrée dans l'établissement. Le nouvel établissement prit le nom de Fontenelle, sans doute en référence au ruisseau qui le traversait. Les successeurs de Wandrille, comme saint Lantbert (futur évêque de Lyon) et saint Ansbert saint Ansbert (futur évêque de Rouen), firent prospérer la vie spirituelle et intellectuelle du lieu, bientôt reconnu comme un foyer de sainteté et de savoir dans la Neustrie carolingienne.
La communauté connaît un essor remarquable. De nombreux saints issus de la vallée de Fontenelle voient le jour : saint Erembert († 671), saint Vulfran († 697), saint Hermeland († 720) ou encore saint Hugues († 732). Cette prospérité dure jusqu’aux environs de 740. Installée sur le domaine de Fontenelle, l’abbaye devient rapidement un centre religieux et intellectuel majeur, rayonnant bien au-delà de la Normandie.
Dès ses débuts, la communauté bénédictine s’attache à la prière, à l’enseignement et à la copie des manuscrits, faisant de Saint-Wandrille un pôle de savoir incontournable du Haut Moyen Âge. Au fil des siècles, l’abbaye connaît un véritable âge d’or. Ses églises romanes et gothiques s’élèvent fièrement, et la vie monastique attire de nombreux religieux.
Vie quotidienne des moines à Saint-Wandrille
Chaque moine prononce trois vœux : stabilité (fidélité à la communauté), conversion de vie (comprenant pauvreté et chasteté) et obéissance (remise de sa volonté personnelle). Cette discipline forge une vraie fraternité : on cherche Dieu d’abord dans la prière, ensuite dans le travail manuel et les lectures, enfin dans le service mutuel et l’accueil des hôtes.
Selon la règle de saint Benoît, la vie monastique se structure autour de trois pôles : l’Opus Dei (les offices), les Saintes Lectures (lectio divina et études), le travail manuel (labor). Les moines se lèvent à 5 h pour l’office des Laudes et terminent leur journée à 21 h après les Complies. Ils célèbrent sept offices : Vigiles (vers 2 h du matin), Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complies, ponctuant ainsi leurs journées par la prière communautaire et personnelle.
Le scriptorium et l’atelier de restauration de livres perpétuent l’art des copistes et des relieurs. Les moines cultivent potagers et vergers, entretiennent le parc, et gèrent la brasserie : ils brassent et commercialisent leur propre bière, de la fermentation au conditionnement des bouteilles. Les repas ont lieu en réfectoire, dans un climat de silence relatif : il est autorisé de parler, à condition que la parole reste discrète. La communauté est réputée pour être « bons vivants » : cidre, vin et bières monastiques peuvent ponctuer les festins des grandes fêtes ou des célébrations internes.
L’abbaye offre une hôtellerie monastique où pèlerins et visiteurs vivent au plus près du rythme des moines. La maison d’hôtes propose retraites et sessions de lectio divina, dans le respect de la règle : les échanges y sont sobres et guidés, toujours sous le regard de la prière et du silence fraternel.
En plongeant dans cette quotidienneté millénaire, on perçoit combien la vie à Saint-Wandrille conjugue recueillement, travail et convivialité, selon l’équilibre tracé par saint Benoît.