En 1203, Dominique de Guzmán accompagne son évêque, Diego d'Osma, né Diego de Acebes, (d'abord prieur du chapitre régulier de la cathédrale d'Osma, il devient évêque de la ville en 1201. Il réforme le canonicat selon la règle de saint Augustin), qui a été chargé par le roi Alphonse VIII de Castille de conduire une mission diplomatique auprès du roi de Danemark afin d'obtenir une princesse en mariage pour l'infant d'Espagne.
C’est un très lointain voyage pour l’époque. Pour le faire, il faut sortir du monastère, quitter ses habitudes, et sa vie bien réglée. Lors de ce périple, pour la seconde fois, Dominique de Guzmán est bouleversé par les souffrances des gens qu’il croise en chemin. Ayant, chemin faisant, traversé le midi de la France dont le comté de Toulouse et séjourné dans cette ville, ils sont tous deux sont frappés par les ravages de l'hérésie des cathares. Ils prirent conscience des succès qu'avait remportés l'hérésie cathare et en furent douloureusement affectés.
Jusqu'à la fin du XIIe siècle, les papes ont tenté, sans succès, d'enrayer le phénomène en usant de deux méthodes : des campagnes militaires menées par les évêques, dont les victoires sanglantes restent sans lendemain, et des prêches menés avec faste par les cisterciens, avec saint Bernard à leur tête, comme ce fut le cas à Albi en 1145. L'Église ne parvient pas davantage à contrer l'hérésie adoptée par une partie du peuple. Les théologiens hérétiques allient à leur culture religieuse un style de prêche qui touche les petites gens. L'hérésie est finalement condamnée en 1184, les deux mouvements étant confondus.
Saint Dominique : la quête en Pays cathare
Une seconde mission ramena Dominique de Guzmán et son évêque, Diego d'Osma dans la même région en 1205-1206 ; elle leur donna l'occasion de rencontrer, à Montpellier, les légats cisterciens que le pape Innocent III avait envoyés en Languedoc pour y prêcher contre les « Albigeois ». Découragés par le mauvais accueil rencontré auprès des populations locales, les cisterciens demandèrent conseil à l'évêque d'Osma, qui critiqua vertement l'ampleur de leur équipage et le luxe de leurs vêtements.
Diego d'Osma comprend les motivations du catharisme : l’Église n’agit pas toujours conformément à l’Évangile en ce qui concerne la pauvreté, la chasteté et la charité. « Ce n’est pas ainsi, frères, qu'il faut procéder », leur aurait-il déclaré, « car les hérétiques montrent les dehors de la dévotion et donnent aux gens l'exemple menteur de la frugalité évangélique et de l'austérité. Si donc vous étalez des façons de vivre opposées, vous édifierez peu, vous détruirez beaucoup et les gens refuseront d'adhérer à l'Église Romaine. »
Diègue d'Osma et Dominique vont à Rome et Cîteaux, ils obtiennent du pape Innocent III la mission de parcourir, avec quelques compagnons, les régions concernées et d'y prêcher l'Evangile par la parole et par l'exemple. Dominique n'avait pas oublier la leçon de Diego d'Osma. Il renonça aussitôt à son titre de sous-prieur pour se faire appeler frère. Avec Diègue et quelques clercs qui se joignirent à eux, il entreprit, sans apparat ni escorte, une campagne de prédication itinérante à travers les provinces ecclésiastiques de Narbonne et Toulouse.
Leur programme d'évangélisation était fondé sur l'imitation des Apôtres, thème qui avait inspiré de nombreux prédicateurs du XIIe siècle. Il s'agissait d'annoncer la parole de Dieu dans l'humilité et la pénitence, la mise en pratique de la mendicité témoignant de l'abandon à la providence dans la vie quotidienne.
L’implantation à Fanjeaux
Pour concurrencer les institutions Cathare, Dominique établit à Fanjeaux, dès 1206, le premier monastère de femmes à l'époque Prouilhe, noyau des futures dominicaines. Il occupe l'ancienne église et quelques dépendances, données par Guillaume et Raymonde Claret. Son implantation à Fanjeau n'etait pas le fruit du hasard. A huit kilomètres de Laurac, Fanjeaux, vers le sud-est, constituaient le plus important nœud de communication du territoire. De la haute colline où elle était juchée, la cité dominait en effet un système de vallées qui s’ouvraient alternativement vers l’Aude, l’Ariège et la Garonne. Installée comme une porte au point où la route de Carcassonne à Pamiers montait sur le plateau, elle contrôlait la voie qui conduisait à la haute vallée de l’Ariège, prenant à revers les comtés de Comminges et de Foix.
Les nobles familles de Fanjeaux étaient dévouées aux cathares depuis le XIIe siècle, dont plusieurs depuis deux, trois et même quatre générations. C’était le cas des Tonneins, des Assalit, des Mazerolles, des Durfort, des Feste, des Mortier, des Saint-Michel, des Isarn... Dame Cavaers était déjà cathare en 1193. Elle avait fait élever par des parfaits sa fille, qui leur resta longtemps fidèle. Guilabert de Castres dirigeait à Fanjeaux, depuis 1193, une communauté de parfaits, qui existait encore en 1204, en 1209, et servait de base à ses prédications. Ce propagandiste infatigable était devenu bisbe (évêque) du Toulousain depuis 1208 au moins, avec, semble-t-il, résidence à Lavaur. Il revenait néanmoins fréquemment à Fanjeaux. En 1195, déjà Guilhelme Tonneins y tenait maison de parfait, sa fille Aude lui succéda.
D’autres communautés cathares, masculines et féminines, se rencontraient encore dans la localité. Enfin, nombre de dames acquises au catharisme ouvraient leurs maisons à des prédications, des cérémonies ou des entretiens religieux, que la noblesse des environs fréquentait avec empressement. Fanjeaux possédait des spécialités plus rares. On y trouvait deux médecins cathares, au moins, maître Arnaud et Bernard d’Ayros, qui pratiquaient dans tout le Lauragais, unissant à leurs soins dévoués la propagande religieuse et des invitations directes à recevoir le consolamentum. Ainsi pourvu, le centre de Fanjeaux pouvait toucher toutes les classes de la population. Il présentait le caractère et avait l’efficacité d’un quartier général de la religion dualiste.
Nous pouvons comprendre le choix de Dominique de Guzman.
Controverses publiques : le colloque de Pamiers !
Diègue et Dominique acceptèrent d'affronter les cathares et les vaudois à l'occasion de controverses publiques qui, sans entraîner nécessairement des conversions en grand nombre, contribuèrent à modifier l'image de l'orthodoxie catholique. En 1207, Dominique participe au colloque de Pamiers, appelé aussi « colloque de Montréal » et qui est le dernier débat contradictoire entre les cathares et l'Église. Le légat Arnaud Amaury lui fixe une « diète », territoire à évangéliser autour de Prouilhe, avec notamment les places fortes cathares de Fanjeaux et Montréal.
Survient l'assassinat du légat du pape, le cistercien Pierre de Castelnau, qui est imputé sans raison à Raymond VI de Toulouse. Ce meurtre déclenche en 1209 la croisade contre les Albigeois. Simon de Montfort, à la tête d'une armée de croisés, extermine les Albigeois par le fer et par le feu (1205-1215). Dominique opère un grand nombre de conversions par la seule persuasion ; il ne prend aucunement part à la guerre, ne voulant d'autres armes que la parole, la prière et le bon exemple.
Fondation de l'ordre des Prêcheurs
Le 25 avril 1215, Dominique s'établit à Toulouse avec quelques proches. Il s'installe dans des bâtiments donnés par Pierre Seila, ou Pierre Seilhan, encore visibles aujourd'hui au no 7, place du Parlement. L'installation dans une ville a pour premier but l'étude, Dominique bénéficiant des leçons d'un maître. Son ordre accompagne la création de l'université de Toulouse. Foulques, évêque de Toulouse et collaborateur de Dominique depuis 1206, l'autorise à prêcher dans tout le territoire de Toulouse. En novembre, Dominique et Foulques se rendent à Rome, au IVe concile du Latran : là, avec le pape Innocent III, ils projettent l'établissement d'un ordre des Prêcheurs, des frères qui s'engagent à la pauvreté et la prédication, mais après avoir reçu une solide formation doctrinale pour mieux réfuter les hérésies.
Ainsi, et peut-être inspiré par le tout récent ordre mendiant de François d'Assise, Dominique fonde en 1216 l'ordre des Prêcheurs, mieux connu sous le nom de dominicains et qui seront, à l'inverse des franciscains, invités à s'instruire sans relâche. Un an avant la constitution officielle de l'ordre, Innocent III demande à Dominique de s'inscrire dans une tradition existante. Une règle inspirée de celle de saint Augustin est alors choisie, et c'est le pape suivant, Honorius III, qui autorise l'établissement de l'ordre, en décembre 1216 ou, selon certains, en janvier 1217.
L'idée de génie du fondateur fut de disperser ses compagnons, pourtant peu nombreux à ce moment-là. Le 15 août 1217, Dominique disperse ses seize premiers frères. Ceux-ci se fixent dans les villes universitaires comme Bologne, Paris, Toulouse, Oxford, Cologne... La qualité de leur enseignement leur permet d'y briguer rapidement les chaires de faculté. Il répond ainsi à la recommandation du quatrième concile du Latran, qui invite les évêques à doter leurs diocèses de prédicateurs instruits. Au chapitre de Bologne (1220), Dominique donne à l’ordre des frères prêcheurs ses premières structures. Une première règle datée de 1220, la Regula prima, est modifiée parce que jugée trop sévère par le souverain pontife. Elle est officiellement confirmée par le pape Honorius III le 29 novembre 1223, dans la bulle Solet annuere, ou Regula bullata.
À sa tête est placé un maître, auquel sont soumis tous les prêcheurs. Un chapitre général est réuni tous les ans, élaborant les règlements de l’ordre et disposant du pouvoir judiciaire. La règle de l’ordre est celle des chanoines de saint Augustin. Elle accorde une large place à la prière liturgique et à la méditation. L’ordre ne doit avoir ni revenus ni propriétés, et doit pratiquer la mendicité conventuelle. Seule est admise la possession du couvent par la communauté et de livres par chacun des frères. Chaque couvent se transforme en maison d’études (studium) et chaque province dispose de centres d’études bibliques et théologiques.
Dominique emploie ses dernières années à répandre son institut, qui bientôt compte de nombreux couvents en France, en Italie et en Espagne.
Le 6 août 1221, Dominique meurt à Bologne à l'issue d'une longue maladie. À 51 ans, il meurt tranquillement, entouré de ses frères, s’effaçant derrière le nouvel Ordre religieux qu’il venait de fonder, l’Ordre des prêcheurs. Il est canonisé le 3 juillet 1234 par Grégoire IX. Le pape fixe sa fête au 5 août, pour éviter la concurrence avec la mémoire du pape Sixte II, fêté le 6 août. C'est un an avant que l'ordre fondé par Dominique ne soit impliqué par le pape dans une nouvelle méthode de lutte contre l'hérésie : l'Inquisition.
À partir de 1559, la fête de Notre Dame des neiges, le 5 août, décalera de nouveau la fête de saint Dominique, qui sera célébrée le 4 août. Aujourd'hui, saint Dominique est fêté le 8 août, le 4 août étant devenu la fête de saint Jean-Marie Vianney. Sa sépulture (arca di San Domenico en italien) se trouve dans la basilique qui porte son nom dans la ville de Bologne, plus précisément dans une chapelle qui lui est dédiée.
Aujourd’hui encore, l’ordre dénombre des milliers de frères et de moniales, des dizaines de milliers de dominicaines apostoliques et une centaine de milliers de membres du tiers-ordre. Tout au long de son histoire, les dominicains fourniront de grands saints à l’Église.