Première Guerre mondiale
La Première Guerre mondiale et la fabrication des armements qui en a découlé fera de la capitale du Cher un point stratégique amenant même la création d'une usine d'aviation. Cette nouvelle activité amène la prospérité à Bourges pendant l'entre-deux-guerres et la construction de nombreux bâtiments.
Camps de réfugiés espagnols (1936–1939)
Fuyant la guerre civile en Espagne, plusieurs milliers de républicains sont accueillis dans des camps du Cher (Noirlac, Châteaufer). Cette vague d’exilés marque durablement la mémoire locale, via musiques, traditions et solidarités tissées avec les habitants.
La Seconde Guerre mondiale dans le Cher
Contexte et occupation (1939–1942)
Le 3 septembre 1939, la France entre en guerre contre l’Allemagne. Rapidement, 520 000 civils sont évacués des zones frontalières, et la ligne de démarcation traverse treize départements, dont le Cher, séparant zone occupée et zone libre. Bourges se retrouve en territoire occupé et le Cher est coupé par la ligne de démarcation. Certaines villes comme Vierzon serviront de ville frontière. La ligne a été traversée dans les deux sens par des passagers clandestins très différents les uns des autres. Certains n'ont vu dans cette période que l'occasion de gagner de l'argent facile en faisant du marché noir ou en rançonnant des réfugiés, juifs en fuite ou évadés de guerre quitte à les abandonner à leur avant la traversée. D'autres l'on fait au péril de leur vie pour aider ces mêmes réfugiés et les membres des maquis tout proches.
Sous l’occupation, le quotidien est régi par des restrictions sévères : cartes d’alimentation, couvre-feu, et contrôle total des déplacements. Juifs, communistes et francs-maçons sont traqués, arrêtés ou internés dans divers centres du département. Ces camps accueillent travailleurs forcés, réfugiés espagnols, internés « indésirables ». Plusieurs familles berrichonnes cachent et accueillent des réfugiés : Famille Rosenstein à Barlieu, protégée par Olga et Raoul Paret. Famille Rozenberg à Châteaumeillant, sauvée par un réseau communiste local. Le département compte 24 Justes parmi les Nations, dont Germaine Bauger (Charenton-du-Cher) et Hélène Cornu Zemmour (Saint-Florent-sur-Cher).
La Résistance dans le Cher (1940–1944)
Dès 1940, des comités de passeurs s’organisent le long de la ligne de démarcation. Le Cher est coupé en deux par la ligne de démarcation établie à l’automne 1940, plaçant Bourges et Vierzon en zone occupée et Saint-Amand-Montrond en zone libre. Cette configuration transforme le département en carrefour stratégique pour les actions de passeurs et les premières initiatives de Résistance le long du Cher.
Rapidement, des groupes de résistants se structurent autour de divers mouvements nationaux. À partir de 1942, les principaux mouvements implantés sont : FTPF (Francs-tireurs et partisans français), Libération-Nord, Combat, Organisation de résistance de l’armée (ORA), Réseaux de renseignement (Alliance, Jade-Amicol). Chaque formation développe une activité spécifique, qu’il s’agisse de renseignement, de propagande ou de sabotage, avec des contacts réguliers entre Bourges, Vierzon et les communes rurales du département.
Le département connaît de multiples sabotages : coupures de voies ferrées reliant Bourges à Saint-Pierre-des-Corps, destruction de pylônes haute tension pour priver les usines d’armement de courant et diffusion clandestine de tracts et journaux comme La Dépêche du Berry Le Patriote Berrichon. La coordination de ces actions culmine le 6 juin 1944 par des interventions sur les gares de Saint-Amand et Gracay, retardant l’acheminement des renforts ennemis vers les plages normandes.
Maurice Renaudat, futur directeur du Musée de la Résistance à Bourges, se souvient des soirées où il débrayait les voies ferrées à coups de tenaille pour empêcher l’acheminement de munitions, puis repartait en riant comme un adolescent facétieux face au danger.
Montée en puissance des maquis (1943)
L’instauration du Service du travail obligatoire (STO) début 1943 provoque un afflux de « réfractaires » cherchant refuge dans les forêts berrichonnes. Ces regroupements forment les premiers maquis locaux, souvent sans lien direct entre eux, jusqu’à former, sous l’impulsion de l’ORA et des FTPF, de véritables camps de résistance cachés, notamment autour de Beffes et de Châteaumeillant.
Pour faire passer les réfractaires au Service du travail obligatoire (STO), le curé Farcet de Bourges organisait de faux cortèges funéraires : sous couvert de porter un cercueil, des dizaines de jeunes se faufilaient jusqu’à la zone libre en barque sur le Cher.
Libération du département (août–septembre 1944)
Le 6 juin 1944, des actions coordonnées à Saint-Amand-Montrond et Gracay perturbent les convois allemands, préparant la libération imminente du Cher. En août 1944, les FFI du Cher intensifient les actions de harcèlement contre la colonne allemande Elster. Le 7 septembre, Bourges est libérée essentiellement par des maquis et jeunesses FTPF, sans l’appui direct des armées alliées, tandis que la reddition de près de 18 000 soldats allemands marque la fin de l’occupation en Centre-France. L’article du Patriote Berrichon du 7 septembre célèbre cette victoire sans entrée massive de troupes alliées.
La répression de l’été 1944 reste tragique : 36 juifs sont massacrés au Puits-de-Guerry par la Milice en représailles à l’assassinat de Philippe Henriot.
Témoignages de déportés et anciens résistants
Léo Agogué, membre du réseau Libération-Nord, décrit sa « Marche de la mort » depuis Sachsenhausen : près de 40 000 hommes entamèrent une évacuation à pied, sous le typhus, et seuls 3 000 survécurent jusqu’à la libération. Il se rappelle encore la gamelle de camp qu’il rapporta chez lui, porteuse de son matricule gravé à la main, souvenir douloureux à la fois de la faim et de l’espoir retrouvé.
Raymond Arnold, du réseau AJAJ, raconte son transfert de Gross-Rosen à Dachau : dysenterie, typhus et l’obsession de survivre nourrissaient chaque minute. Arrivé à Dachau, il se souvient de l’émotion d’enfin fouler le sol libre et… d’assister, quelques jours plus tard, à Antigone au théâtre de l’Hôtel Lutetia, vêtu d’un costume trop grand offert par des GI .
Jane Boiteau, résistante du Front National, évoque le calvaire d’un convoi de wagons découverts qui l’emmena de Leipzig à Bergen-Belsen : huit jours de marche sous les bombardements, sans eau ni pain, avant d’être sauvée par les troupes soviétiques sur les berges de l’Elbe. Elle conserva un carnet de recettes minutieusement rédigé en camp, aujourd’hui exposé au musée de la Résistance de Bourges.
Le colonel Gaston de Bonneval, arrêté fin 1943 et déporté à Gusen (commando de Mauthausen), témoignait une fois libéré : « Nous étions broyés par la machine totalitaire, mais c’est la foi et l’entraide des camarades qui m’ont permis de revenir vivant ».
C'est une période de drames et de massacres mais c'est aussi celle du " franciscain de Bourges ", ce moine Allemand qui soulagea et aida les résistants retenus à, la prison du Bordiot après avoir été torturés par la Gestapo et la milice locales.
Après la guerre, la ville a su s'agrandir tout en conservant son coeur historique avec sa cathédrale et le palais Jacques Coeur mais aussi de nombreuses maisons à colombages. De nouveaux bâtiments comme la maison de la culture, une des premières de France, de nombreux musées, une école militaire. Bourges développe ses atouts culturels et touristiques, et entre dans la catégorie des villes moyennes, dans lesquelles il fait bon vivre entraînant le reste du département dans son sillage.
XXIᵉ siècle : inondations de la vallée du Cher (2016)
En juin 2016, des pluies exceptionnelles font sortir le Cher de son lit, submergeant agriculteurs et habitations sur plus de 30 km². La mobilisation citoyenne pour réparer les berges et soutenir les sinistrés souligne l’attachement profond des Berrichons à leur rivière.