À partir du Ve siècle, la chute de l’Empire romain entraîne la multiplication des fortifications. Le Moyen Âge, de la fin de l’Antiquité jusqu’à l’annexion de la Provence à la couronne de France, voit l’affirmation progressive de structures féodales, la naissance du comté de Provence et l’évolution des pouvoirs locaux face aux crises du Bas-Moyen Âge. Les comtes de Provence, puis les seigneurs locaux, érigent châteaux et églises romanes sur les points stratégiques. Ce réseau de places fortes protège la population et contrôle les voies de passage entre Ubaye, Durance et Verdon.
De la post-Antiquité aux seigneuries émergentes (Ve–Xe siècle)
Les vallées alpines et provençales se recomposent après l’effondrement de l’administration romaine : Evêques et grands propriétaires gallo-romains organisent la vie locale autour de villas et de places fortes anciennes. Naissance des seigneuries avec ses châteaux perchés comme Sisteron, Castellane apparaissent sur les éperons rocheux pour contrôler les voies transversales. Fondations d’abbayes clunisiennes et bénédictines (entre autres Ganagobie et Lérins), qui exercent un rôle spirituel et économique dans les vallées.
Naissance du marquisat et comté de Provence (972)
La fin de l’Empire carolingien fragilise le pouvoir central et ouvre la voie à l’affirmation de lignages locaux autour d’Arles, d’Aix et de Forcalquier. Les évêques d’Aix et les grands propriétaires fonciers gallo-romains structurent un territoire aujourd’hui proche des Alpes-de-Haute-Provence.
Le premier comte de Provence reconnu est Boson II, comte d’Arles, qui se voit conférer ce titre en 947, établissant ainsi la base d’une autorité seigneuriale héréditaire indépendante en Provence orientale. En 947, Boson II réussit à faire reconnaître la charge comtale à Arles et à Aix. Le comté naissant devient un fief du royaume d’Arles, lui-même inclus dans le Saint-Empire romain germanique après 1032.
En 972, Guillaume « Grat », issu de la dynastie bosonide, reçoit le titre de marquis de Provence et fonde la première autorité comtale structurée sur le territoire qui deviendra Alpes-de-Haute-Provence. Cet acte marque : l’affirmation d’une autorité héréditaire centrale face aux petits seigneurs. La formalisation de droits seigneuriaux (perception de péages, levée de troupes). Le lancement d’une politique de protection des routes commerciales entre Durance et Ubaye.
La Provence n’a que rarement été le théâtre de grandes batailles rangées entre 947 et 1487, mais plusieurs affrontements et incursions ont marqué cette période. En 973 : la bataille de Tourtour Guillaume « le Libérateur » défait les dernières garnisons sarrasines, mettant fin à deux siècles d’occupation musulmane dans la région.
L’expression « comté de Provence » est attestée dès 1059, mais l’entité politique existe dès le milieu du Xe siècle. Le comté dépend initialement du royaume de Bourgogne (royaume d’Arles), puis, à partir de 1032, du Saint-Empire, tout en conservant une autonomie relative. Les comtes exercent le droit de justice, l’encaissement des péages et la protection des routes vers les Alpes, organisés en châtellenies et seigneuries locales. Les Alpes-de-Haute-Provence se couvrent de villages fortifiés et de châteaux, témoins d’une époque marquée par les seigneuries et les luttes pour le pouvoir. Les abbayes de Ganagobie et de Cruis jouent aussi un rôle majeur dans la diffusion du savoir et de la spiritualité. Le comté de Provence, auquel appartenait la région, attire alors marchands et pèlerins.
À partir de 1125, la Provence connaît plusieurs partages et conventions territoriales. Les accords conclus avec le comte de Toulouse et la maison de Forcalquier redéfinissent les frontières comtales et stabilisent le pouvoir en Vallée de la Durance. Entre 1125 et 1190, ces traités font émerger une Provence comtale unifiée, capable d’impulser un renouveau économique et démographique dans les vallées alpines.
Entre les XIe–XIIe siècle, construction massive de châteaux forts et de murs d’enceinte pour sécuriser les vallées contre les raids sarrazins et l’essor des grands barons. Développement de bourgs et de marchés sous la protection seigneuriale : Digne-les-Bains, Riez et Castellane obtiennent progressivement des chartes de communalité. Les ordres monastiques (Cisterciens à Boscodon, Clairvaux) participent à la mise en valeur agricole et à la diffusion d’un droit coutumier commun à la région.
Le marquisat de Forcalquier (Xe–XIIe siècle)
En 1209 : apogée politique et territoriale du marquisat à la suite du mariage d’Alphonse II, comte de Provence, et de Gersende de Sabran, comtesse de Forcalquier, qui unifient temporairement leurs domaines et consolident l’influence de la maison de Sabran. En 1217 : Raymond-Bérenger IV, comte de Provence, concède à la ville de Forcalquier ses armoiries (« de gueules à trois pals d’or »), symbole de sa reconnaissance et de son rang au sein de la principauté provençale.
Le marquisat de Forcalquier naît dans le sillage de l’effondrement carolingien, lorsqu’un lignage local s’affirme aux confins de la Provence orientale et des vallées alpines. Au sortir du haut Moyen Âge, l’autorité impériale carolingienne s’est effilochée. Les évêques d’Apt et les anciens grands domaines gallo-romains couvrant les collines autour de Forcalquier structurent un territoire peu dense, aux villages répartis sur des reliefs calcaires. Cette mosaïque foncière ouvre la voie à l’ascension d’un lignage comtal, qui tire parti des péages sur les routes venant d’Embrun et Sisteron pour asseoir son pouvoir.
Selon la tradition, Forcalquier est fondée entre le VIIe et le VIIIe siècle sur un promontoire « fort calcaire » offrant protection naturelle aux habitants. Entre le XIe et le XIIIe siècle, Forcalquier devient la capitale d’un comté indépendant, avec ses propres lois, ses monnaies et ses alliances militaires : c’est l’acte de naissance du marquisat de Forcalquier.
Le marquis exerce le pouvoir judiciaire, perçoit péages et dîmes, et nomme un châtelain pour veiller à la sécurité des axes vers la Durance et l’Ubaye. Le territoire est découpé en vigueries, chacune confiée à un viguier issu de la petite noblesse locale. Les chartes comtales, rédigées en latin, fixent droits de passage, franchises et obligations militaires des chevaliers de la région.
Au XIIe siècle, le comté de Forcalquier se détache et devient une principauté autonome, rivalisant avec la Provence comtale : alliances matrimoniales et guerres de succession ponctuent l’affirmation des deux entités. Les seigneurs de Forcalquier et de Provence concluent finalement un accord héréditaire en 1209, jetant les bases d’une Provence unifiée à la veille de la suzeraineté capétienne.
Au XIIe siècle, le marquisat prospère grâce à des mariages stratégiques : Alliance avec la maison d’Orange pour sécuriser la plaine de la Durance. Mariage entre les comtes de Forcalquier et de Provence, scellant l’union des deux principautés vers 1209 Cette union permet de créer un vaste espace politico-économique, avant le passage sous tutelle angevine. L’agriculture repose sur la polyculture : céréales, oliviers, vignes et vergers s’adaptent aux terrasses. Les foires de Forcalquier attirent marchands lombards et provençaux, échangeant tissus, céramiques et sel. Les communautés rurales s’organisent autour de paroisses dont l’église sert aussi de refuge lors des raids ou disettes.
Le château comtal, érigé sur l’éperon de la montagne de Lure, commande la vallée ; il est entouré de remparts percés de tours de guet. Les hameaux perchés conservent des vestiges de tours de défense et de murs d’enceinte, matérialisant la nécessité d’une protection face aux bandes itinérantes et aux routiers. De petites commanderies ecclésiastiques assurent la liaison entre la cité et les ordres mendiants introduits pour renforcer la piété locale.
Impact du conflit cathare sur les Alpes-de-Haute-Provence
Le territoire actuel des Alpes-de-Haute-Provence est resté largement à l’écart des grandes opérations militaires de la croisade albigeoise (1209-1229), qui se concentra sur le Languedoc central et occidental. Néanmoins, la région a connu plusieurs retombées indirectes, surtout sur le plan religieux et administratif. Entre 1210 et 1225, des détachements de chevaliers croisés traversent la vallée de la Durance pour rejoindre le théâtre d’opérations principal. Des cathares fugitifs cherchent refuge dans les vallées isolées (Verdon, Ubaye) et certaines forteresses enceintes peuvent les abriter temporairement.
Dès 1229, le comte de Provence et les évêques locaux collaborent étroitement avec Rome pour signaler toute présence hétérodoxe. Vers 1233, un tribunal de l’Inquisition est implanté à Sisteron, bientôt relayé par des visites pastorales à Digne-les-Bains et Riez pour traquer les « bons hommes ». Des registres d’Inquisiteurs (Dominicains) font état de quelques procès et abjurations, sans toutefois conduire à de grandes flambées de bûchers comme en Languedoc.
La baisse du commerce provençal durant la croisade pousse certains marchands à rediriger leurs caravanes vers les cols alpins, stimulant provisoirement le trafic entre Embrun et Sisteron. La crainte d’hérésie incite à la fondation d’ordres mendiants (franciscains, dominicains) dans les villes de Digne et Sisteron pour renforcer l’instruction orthodoxe.
Implantation des Templiers en Alpes-de-Haute-Provence
Les Templiers se sont bien implantés dans le département, essentiellement sous la forme de « maisons » dépendant de commanderies plus importantes en Provence.
- Maison du Temple de Digne-les-Bains : Petite dépendance templière, placée sous l’autorité d’une commanderie voisine, elle servait de relais logistique et d’escale pour les convois traversant la vallée de la Bléone.
- Maison du Temple d’Embrun : Installée à l’écart des grands axes, cette maison dépendait de la baillie de Gap et d’Embrun, fournissant gîte et assistance aux frères de passage et assurant la garde de quelques biens agricoles locaux.
- Maison du Temple d’Entrevaux : Implantée dans cette petite cité stratégiquement perchée, elle contrôlait un tronçon de la route du col d’Allos et collectait dîmes et redevances pour l’Ordre.
- À 23 km au nord de Sisteron, la seigneurie d’Authon formait une véritable commanderie secondaire. Les Templiers y percevaient, jusqu’au début du XVIᵉ siècle, des prestations en bois et rendaient, en retour, hospitalité et protection ; le site a ensuite basculé aux Hospitaliers de Saint-Jean après la suppression de l’Ordre du Temple.
- Château de Gréoux-les-Bains (hypothèse) : La tradition locale attribue la construction du donjon aux Templiers vers le XIIᵉ siècle pour soigner les blessés en transit vers la Terre Sainte. Aucun document d’archives ne le confirme, et certains historiens y voient plutôt un établissement hospitalier post-templarier, aux mains des Hospitaliers de Saint-Jean.
Sites archéologiques templiers majeurs en Alpes-de-Haute-Provence
- Seigneurie du Temple d’Authon : Vestiges médiévaux du castrum et de la chapelle templière, fouillés au XXᵉ siècle : murs d’enceinte, celliers et salles basses datés des XIIᵉ–XIIIᵉ siècles.
- Maison du Temple de Digne-les-Bains : Sondages urbains sous la place du Général-de-Gaulle : fondations de murs et d’un puits médiéval attribués à la dépendance templière de la cité, assurant relais et collecte de dîmes.
- Maison du Temple d’Entrevaux : Tranchées de diagnostic archéologique devant la citadelle : fondations d’un bâtiment rectangulaire, restes de tuiles estampillées et tessons de poterie templière (XIIᵉ–XIIIᵉ siècles).
- Donjon du château de Gréoux-les-Bains (vestiges supposés) : Phases de construction du XIIᵉ siècle mises en évidence, tradition d’une fondation templière contestée par l’absence de sources écrites : l’archéologie a repéré des maçonneries primitives pouvant correspondre à un hospice militaire — mais leur attribution reste hypothétique.
Passage à la maison d’Anjou et rayonnement (1245–1388)
Après l’union avec la Provence comtale, le rôle politique de Forcalquier s’affaiblit : les Angevins installent leurs baillis et centralisent l’administration à Aix. Les chartes de franchises locales sont peu à peu remplacées par les coutumes provençales.
Installation des Capétiens et principauté de Provence
Le roi Saint Louis confie la Provence aux Capétiens, inaugurant une nouvelle phase politique et administrative : renforcement de l’autorité royale avec les nominations de baillis et l'amélioration des routes reliant Sisteron à Aix. Avignon, Embrun et les bourgs du Verdon voient leur enceinte et leurs halles reconstruits. Rayonnement artistique sous l’égide des princes angevins, à l’origine de peintures murales et de vitraux dans les cathédrales locales.
En 1245, Charles Ier d’Anjou hérite du comté de Provence, intégrant définitivement Forcalquier à la Provence comtale. Les Angevins renforcent l’autorité princière : nomination de baillis à Aix et Digne, codification des coutumes provençales et supervision de la levée des impôts. Le réseau de châtellenies se restructure : Sisteron, Castellane et Forcalquier deviennent les principaux centres de justice et de perception des péages.
La Provence passe sous la tutelle des princes angevins, réunissant définitivement Provence comtale et Forcalquier. La fusion comtale avec la maison d’Anjou marque la fin de l’autonomie marquisale ; le titre de marquis disparaît progressivement au profit des comtes de Provence. Sous la dynastie angevine, Aix devient un centre administratif et judiciaire clé, et les grands châtelains renforcent murailles, ponts et routes vers les cols alpins. La paix intérieure favorise l’essor des foires, l’irrigation des plaines et la fondation de bastides et villages perchés, reflet de la prospérité régionale.
Les Alpes-de-Haute-Provence connaissent sous la domination des princes d’Anjou un renouveau politique, économique et culturel, suivi d’une période de turbulences marquée par la peste, les routiers et les révoltes paysannes. Les foires régulières de Forcalquier et de Sisteron attirent marchands italiens (gênois, Pisans) et provençaux, échangeant draps, céramiques et épices. Le développement des notaires et des archives communales se renforce ; les premières chartes municipales de Riez et Digne datent de la seconde moitié du XIIIᵉ siècle, attestant de l’émergence de la “cité-bourg” au sein d’une seigneurie autrefois quasi exclusivement rurale.
Sous l’impulsion angevine, la Provence devient un foyer artistique : peintures murales, vitraux et aménagements gothiques fleurissent dans les églises de Forcalquier, Ganagobie et Simiane-la-Rotonde. Les ordres mendiants (franciscains, dominicains) s’implantent à Digne et Sisteron pour renforcer la vie spirituelle citadine et promouvoir l’enseignement religieux dans les écoles urbaines naissantes.
Crises, peste noire et guerre en Provence angevine (XIVe siècle)
Le XIVe siècle frappe durement la Provence. En 1348, la Peste noire décime jusqu’à la moitié de la population locale, provoquant l’abandon temporaire de nombreux hameaux et la contraction des paroisses rurales. Les bandes de routiers (Arnaud de Cervole) parcourent la Durance en 1357, pillant fermes et monastères ; Du Guesclin intervient en 1365 pour rétablir l’ordre, tandis qu’éclatent les révoltes des Tuchins (1378) contre les levées de subsides destinés à financer la guerre de Cent Ans au profit des Angevins : ces soulèvements paysans témoignent de l’épuisement fiscal et humain du comté. Entre tensions entre la maison d’Anjou et les municipalités nouvellement puissantes, la région connaît des phases de pillages et de sièges sporadiques.
Passage de Bertrand du Guesclin en Alpes-de-Haute-Provence
Les mentions directes d’un séjour ou d’une campagne conduite par Bertrand du Guesclin dans les limites du département sont extrêmement rares. Aucune chronique médiévale, ni les Grandes Chroniques de France, ni les registres de Jean Froissart, ne décrit pas à pas son itinéraire en Haute-Provence. Pour autant, on sait que, mandaté par Charles V en 1365, Du Guesclin reçut pour mission de réduire les « routiers » qui pillaient la Provence. Son opération de pacification, centrée sur la vallée de la Durance, l’amena nécessairement à traverser : L’axe Digne → Sisteron (Via Domitia) pour dégager les sites assiégés. Les abords de Castellane et du plateau de Valensole, où circulaient des bandes armées.
Les révoltes des Tuchins
La révolte des Tuchins, ou Tuchinat, prend racine vers 1363 en Auvergne avant de gagner le Languedoc jusqu’en 1384. Elle naît d’abord pour protéger les populations locales contre les mercenaires Anglais, Gascons ou Français qui dévastent les campagnes après la guerre de Cent Ans. Puis, le mouvement se mue en soulèvement contre les levées fiscales jugées excessives par le petit peuple rural et urbain.
Les Tuchins forment une societas organisée autour d’un capitaine élu, à qui les membres prêtent serment. Composés essentiellement de paysans et d’artisans, ils s’administrent de façon militaire : patrouilles, embuscades et collecte de rançons. Leur nom viendrait du bas latin tusca, « homme des bois », ou plus prosaïquement de « Tue-chiens » selon certains érudits de l’époque. Progressivement, le mouvement défensif se radicalise et se transforme en bandes de pillards ciblant d’abord les routiers, puis les représentants de l’autorité fiscale et seigneuriale .
Entre 1381 et 1384, la « grande révolte du Languedoc » marque l’apogée du Tuchinat. Des groupes nombreux, qualifiés de « misérables », surgissent comme une nuée de vers sur l’ensemble de la contrée. Ils refusent de « courber la tête sous le poids des subsides » et multiplièrent attaques de châteaux, saisies de grains, et mises à sac de bourgs. Le chroniqueur Michel Pintoin décrit leur action comme une lutte contre une fiscalité royale devenue intolérable .
Le Tuchinat touche plus indirectement le territoire actuel des Alpes-de-Haute-Provence. En 1378–1380, des compagnies tuchines franchissent la Durance pour piller quelques villages et barrages de péages, notamment autour de Sisteron et Digne. Les seigneurs locaux renforcent alors leurs murailles et négocient des chartes de franchises plus avantageuses pour apaiser les populations assiégées. Ces incursions, bien que sporadiques, contribuent à une atmosphère d’insécurité jusqu’à l’intervention des baillis angevins.
Vers l’annexion à la France (1380–1482)
La fin du Moyen Âge est marquée par la réaffirmation du pouvoir princier : en 1380, mort de Jeanne Iᵉʳe de Naples et crise de succession qui renforce l’emprise angevine sur la Provence comtale. Développement des institutions provinciales : États de Provence siégeant à Aix, avec représentants des trois ordres (clergé, noblesse, tiers état). En 1482, c'est la mort de la comtesse Renée d’Anjou sans héritier direct, la Provence, dont les Alpes-de-Haute-Provence font partie, est définitivement réunie à la couronne de France par les traités de succession ; fin de la principauté indépendante et basculement vers l’Ancien Régime capétien.
La Provence passe du statut de principauté angevine à celui de province française entre la mort du dernier comte et la « dédition perpétuelle » prononcée à Aix (1481–1487). Le 15 janvier 1481, à Saumur, Charles III du Maine, dernier comte de Provence, lègue tous ses droits sur la Provence et le Forcalquier au roi Louis XI de France. Par ce testament, la principauté, jusque-là apanage des Angevins, est promise à la couronne de France. Au printemps 1482, les trois ordres (clergé, noblesse, tiers état) se réunissent à Aix pour reconnaître Louis XI pour suzerain. Les députés prêtent serment, ce qui constitue un premier acte politique d’intégration sans effusion de sang. L’union perpétuelle conclue en 1487 lie définitivement la Provence à la couronne de France et marque la fin du comté autonome tel qu’il avait été conçu au Xe siècle.
Guerre de Provence (1482–1485)
La Savoie et la couronne d’Aragon contestent ce transfert. L’annexion de la Provence à la couronne de France en 1481 est immédiatement contestée par la Savoie et la couronne d’Aragon, qui cherchent à exploiter la vacance du pouvoir après le décès de Charles III du Maine.
En 1482, offensives savoyardes et aragonaises, les troupes du duc de Savoie franchissent le col de Montgenèvre et occupent Embrun et Briançon, pillant villages et péages le long de la Durance. Ces opérations sont menées en coordination avec des contingents aragonais qui ravagent les vallées adjacentes (Guil, Ubaye) pour étendre la pression sur la Provence orientale.
En 1483 -1484, campagnes françaises repoussant Savoyards et Aragonais sur la rive droite de la Durance. Louis XI dépêche des baillis de Provence en 1483, appuyés par des compagnies de fantassins et de cavalerie, pour défendre les axes alpins. Les forces royales reprennent progressivement Embrun, puis sécurisent Sisteron et les cols alentours pour couper les lignes d’approvisionnement ennemies. Renforts de la garde écossaise et arrivée de cavalerie lourde en 1484 ; les dernières bandes savoyardes et aragonaises sont contraintes de se replier vers le Piémont, libérant définitivement la Haute-Durance.
Signature d’un traité d’alliance entre Louis XI et Charles Ier de Savoie en 1485, par lequel la Savoie renonce formellement à ses prétentions sur la Provence et retire ses garnisons de la région. Achevé, le retrait des forces étrangères permet le rétablissement complet de l’administration royale : les baillis reprennent le contrôle des péages, la fiscalité est réorganisée et les États de Provence confirment leur serment de fidélité au roi de France.
Le 15 août 1487, réunis à nouveau à Aix, les États de Provence prononcent la « dédition perpétuelle » : la province est définitivement incorporée au royaume de France sous l’autorité directe du roi. À cette date, la Provence conserve toutefois ses « États » et ses privilèges fiscaux propres, selon le modèle des pays d’États français.
Sites archéologiques majeurs liés au Moyen Âge et à la naissance du comté de Provence
- Château comtal de Forcalquier : Vestiges du donjon et des courtines du XIIe – XIIIe siècle, qui matérialisent le pouvoir des comtes avant la fusion avec la Provence angevine.
- Citadelle de Sisteron (Tour de la Roquette) : Fondée au XIe siècle sur l’éperon rocheux, ses fouilles ont mis au jour des aménagements défensifs et des logis seigneuriaux médiévaux.
- Château de Castellane : Les ruines perchées témoignent d’une forteresse médiévale remaniée au XIIIe siècle pour contrôler la vallée du Verdon.
- Château de Simiane-la-Rotonde : Oppidum médiéval transformé en forteresse au Moyen Âge, avec tour cylindrique et vestiges d’habitats intra-muros fouillés par intermittence.
- Mottes castrales de Montfort et de Seyne-les-Alpes : Éléments de l’occupation féodale précoce (Xe – XIe siècle), où sondages et relevés topographiques ont révélé des palissades et fossés défensifs.
- Abbaye Notre-Dame de Ganagobie : Implantation bénédictine fondée au XIe siècle, dont les fouilles ont exhumé des chapiteaux romans, des sarcophages et un baptistère carolingien.
- Enceinte médiévale et premier faubourg de Digne-les-Bains : Vestiges de murailles et d’archères datés des XIIe – XIIIe siècles, mis au jour lors de diagnostics urbains sous la place du Général-de-Gaulle.
- Fouilles de la place Saint-Sauveur à Manosque : Découvertes récentes (XVe – XVIe siècles) d’un réseau de ruelles médiévales et de fondations d’habitations urbaines.
- Chapelle castrale de Valbelle : Aménagements funéraires et fragments de fresques romanes excavés dans l’emprise de l’édifice, illustrant la chrétienté médiévale en montagne.
- Vestiges des moulins et péages médiévaux le long de la Durance : Traces de déversoirs, fondations de moulins à farine et emplacements de péages seigneuriaux datant du XIIe – XIIIe siècle.
Ces sites offrent un panorama complet de l’archéologie médiévale dans les Alpes-de-Haute-Provence, révélant l’organisation défensive, religieuse et économique qui a soutenu la naissance et l’affirmation du comté de Provence.