La première mention écrite de la localité date de 1143, et son nom dérive du latin Quercitum, « endroit couvert de chênes ». La population n’était pas très dense à cette époque dans la région. La forêt était remplie de fauves et presque inhabitable. Par endroits, il y avait de vastes clairières permettant la culture et la vie. Il semble bien que ce soit le cas de la région du Quesnoy, où des défrichements avaient permis l’existence de quelque peuplade dont l’importance s’accrut lentement avec les siècles. La forme « Quenoy » est l'équivalent picard du français central chênaie et signifie exactement la même chose.
Le nom de la ville a été écrit au cours des siècles sous les formes différentes ci-après : Caismoi, Caisnoit, Caisnoy, Caisnoyt, Caynoit, Chaynoct, Kaisnoi, Kaisnoit, Kanoyt, Kaynoit, Kesnoit, Keesnoit, Kesnoy, Quesnoet, Quesnoi, Quesnoit, Quesnoy, Quesnoyt, Quesnoy-le-Comte, Quercetum, Haymonis-Quercetum, Haimonchasnoit.
Origine comtale et fondation
En 1148, l’évêque Nicolas Ier de Chièvres céda ces terres incultes à Bauduin IV dit le bâtisseur, comte de Hainaut, qui y fit ériger un château-fort sur la Motte de Noflus et fonda la ville en 1150 en entourant le bourg de murailles et de fossés, enceinte en terre et bois (aujourd'hui, le Centre Cernay et la caserne des pompiers). Ce premier état fortifié marque l’implantation d’une seigneurie comtale, autour de laquelle se développe un habitat groupé au pied du château. Ce premier état fortifié marque l’implantation d’une seigneurie comtale, autour de laquelle se développe un habitat groupé au pied du château.
Ce château possédait une tour : l'ensemble constituant une forteresse. Alix de Namur, épouse de Baudouin IV dota le château d'une chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste. Le château possédait un parc appelé « Bois du Gard ». Ce parc s'étendait vers le sud-est (vers Beaudignies et au bord de celui-ci se rencontrait un moulin situé près de marécages surnommés « l'Étang du Gard ».
L’essor médiéval sous les comtes de Hainaut
Investi d’un rôle stratégique, Le Quesnoy devint rapidement un centre dynamique sous la protection des comtes de Hainaut. Afin d’encourager l’installation des habitants, Bauduin IV octroya une charte de franchises offrant des privilèges importants. Elle garantit la tenue de foires annuelles, l’organisation de marchés hebdomadaires et la liberté d’établissement des artisans (boulangers, bouchers, tanneurs, brasseurs), favorisant la croissance démographique et économique du bourg médiéval. En 1161, un accord avec l’abbaye du Saint-Sépulcre de Cambrai permit aux Quercitains de moudre leurs grains à Villereau, illustrant les liens étroits entre la cité et les grands monastères régionaux.
Le fils du comte (le futur Baudouin V de Hainaut) épousa en 1169 au Quesnoy Marguerite d'Alsace, sœur de Thierry d'Alsace comte de Flandre : les noces furent somptueuses et l'empereur germanique Frédéric Barberousse y assista en personne. Baudouin V de Hainaut hérita en 1171 du titre de comte de Hainaut à la suite du décès de son père : il fut surnommé le Courageux, dont le règne, bien que court, fut marqué par d’intenses mouvements politiques et militaires dans la région du Hainaut.
En 1184, le comte eut à lutter contre une coalition formée par le sire d'Avesnes, le comte de Brabant et son beau-frère le comte de Flandre : le Hainaut fut ravagé de tous côtés. Dans l'impossibilité de défendre Le Quesnoy, le comte de Hainaut, avec l'assentiment des habitants, fit brûler la ville pour que les assaillants ne puissent l'occuper : les Quercitains se réfugièrent dans leur château qui résista victorieusement aux assauts du comte de Flandre.
Les premières campagnes de fortification (seconde moitié du XIIᵉ siècle)
Sous Bauduin IV puis son fils Bauduin V, la ville se dote de murailles en pierre complétant l’enceinte initiale et de bastions de terre pour contrôler les vallées voisines. Ces travaux s’inscrivent dans la volonté des comtes de Hainaut de verrouiller le plat-pays et d’en faire un point d’appui face aux voisins et aux ambitions françaises. Baudouin VI de Hainaut dit « de Constantinople » (il fut aussi Baudouin IX comte de Flandre) succéda en 1195, au titre de comte de Hainaut à la suite du décès de son père. Né à Valenciennes en 1171, il épousera plus tard Marie de Champagne, nièce du roi de France : à cette époque les liens étaient très étroits avec la France (Philippe-Auguste, roi de France, avait épousé Isabelle de Hainaut, sœur de Baudouin VI.)
Sous les comtes Bauduin IV et Bauduin V, Le Quesnoy s’inscrit dans un vaste programme hainuyer de verrouillage du plat-pays. On dote la cité de murailles en pierre, de tours et de bastions de terre, afin de résister aux incursions venues des principautés voisines. C’est la première des deux campagnes majeures de fortification recensées en Hainaut pour cette période.
En 1200, Bauduin V prit la croix (départ en Croisade) et laissa la régence de ses États à son frère Philippe, à son oncle Guillaume et à Bouchard d'Avesnes, précepteur de sa fille cadette Marguerite de Hainaut. Sans nouvelles depuis l'année 1205 de son père Baudouin VI, sa fille aînée, Jeanne de Flandre (dite aussi, Jeanne de Constantinople), héritière de la Flandre et du Hainaut, prit les rênes de ses États : elle épousa en 1211, son cousin Ferdinand de Portugal (choix proposé par le roi de France, son oncle) qui devint par elle comte de Flandre. Mais la Flandre était alliée aux anglais et aux allemands : il s'ensuivit une guerre avec le roi de France et l'époux de Jeanne fut fait prisonnier jusqu'en 1227. Jeanne qui habitait le château du Quesnoy depuis son mariage tint diverses assemblées avec d'importants personnages dans la ville.
En 1244, au décès de sa sœur aînée, Jeanne de Flandre, qui n'eut point descendance, Marguerite de Hainaut (dite aussi, Marguerite de Constantinople, fille cadette de Baudouin VI de Hainaut dit de Constantinople) hérita de la Flandre et du Hainaut. En 1304, Guillaume Ier de Hainaut, deuxième fils de Jean d'Avesnes, succéda à son père et prit le titre de comte de Hainaut : il fut surnommé le Bon et épousa le 19 mai 1305 Jeanne de Valois (1294-1352), sœur du roi de France, Philippe VI de Valois : le couple habita fréquemment au Quesnoy.
En 1337, Guillaume II de Hainaut dit « le Hardi », succéda à son père au titre de comte de Hainaut. La guerre de Cent Ans débutait et, étant vassal de l'Empire germanique, le comte fut amené à prendre parti avec les flamands et le roi d'Angleterre contre la France, malgré les liens familiaux qui l'unissaient à ce dernier pays. Dès lors, le 22 mai 1340, la ville du Quesnoy en comté de Hainaut fut assiégée par le duc Jean de Normandie (fils du roi de France Philippe VI de Valois) avec les troupes royales : le duc et son père n'acceptant pas que le comte de Hainaut se soit rallié aux Anglais.
En 1345, Marguerite II de Hainaut succéda à la tête du comté à la suite du décès en Frise, de son frère Guillaume II. En 1345, elle accorda aux étrangers, de quelques pays qu'ils fussent, la faculté de jouir des mêmes droits que les habitants du Quesnoy à condition de fixer leur résidence dans cette ville. Marguerite comtesse de Hainaut étant mariée à Louis de Bavière, empereur d'Allemagne, devint veuve de son époux en 1347 : elle s'installa dès lors et ce jusqu'à la fin de sa vie, au Quesnoy et fit du Château sa demeure préférée. L'industrie drapière du Quesnoy était florissante à cette époque.
Les guerres de Flandre et la bataille de 1347
Au XIVᵉ siècle, Les Quesnoysiens étaient sujets du comte de Flandre : la ville se retrouva donc prise dans les « guerres de Flandre », bras armé de la guerre de Cent Ans dans la région. En 1347, une bataille opposa troupes françaises et flamandes aux abords de la cité, entraînant pillages et dommages à l’agglomération malgré l’absence de siège prolongé : c’est le premier coup d’éclat militaire attesté dans les sources locales pour cette période.
En 1356, au décès de sa mère Marguerite, Guillaume III devint comte de Hainaut. Mais au retour d'un voyage en Angleterre en 1358, il fut atteint d'une folie furieuse et fut dans un premier temps, pour l'empêcher de nuire, enfermé à La Haye, puis dans la tour du château du Quesnoy, dans laquelle il demeura plus de vingt années.
La bonne entente entre le jeune comte Guillaume IV d'Ostrevant et les bourgeois du Quesnoy se traduisait par la construction rapide de jolies tours rondes entourant la ville du Quesnoy (qui seront partiellement détruites, au XVIe siècle lors de la construction de la nouvelle enceinte.) Durant son règne, Guillaume IV accorda de nombreux privilèges dont entre autres plusieurs aux arbalétriers du Quesnoy. Le Quesnoy atteignit son apogée de puissance et de renommée. La ville bien protégée et approvisionnée, pouvait se permettre de vendre aux villes de la Somme et à d'autres du trait, des arbalètes et des canons.
En 1417, Jacqueline de Bavière, née au château du Quesnoy en 1401, succéda au titre de comtesse de Hainaut, à la suite du décès de son père Guillaume IV. Elle fut surnommée « la femme aux quatre maris ». En 1423, les bourgs de la prévôté du Quesnoy ne furent point épargnés par les luttes que se livrèrent les Armagnacs et les Bourguignons : la région cette année-là fut désolée par des bandes tels « les larrons de Guise », et des voleurs et brigands de tous poils. En 1424, la ville du Quesnoy, qui avait perdu depuis 1420 une partie de ses droits, comme le bailliage de la Vénerie héréditaire se dressa contre le duc de Brabant permettant au duc Humphrey de Gloucester d'occuper le pays.
La période bourguignonne (1384–1477)
En 1384, à la mort de Marguerite III de Flandre, le comté de Hainaut, dont dépend Le Quesnoy, passe sous la coupe des ducs de Bourgogne. Cette intégration inscrit la cité dans le puissant État bourguignon, qui s’étend alors du duché de Bourgogne jusqu’aux Pays-Bas méridionaux, et place Le Quesnoy sur la ligne de front entre la France et les domaines bourguignons.
Sous Philippe II le Hardi puis Jean sans Peur, les chartes de franchises de la ville sont confirmées et enrichies pour cimenter la fidélité des échevins quercitains envers lecale duc. En 1405, Guillaume IV de Hainaut épouse Marguerite de Bourgogne, fille de Philippe le Hardi, renforçant les liens entre la seigneurie locale et la maison ducale ; leur résidence commune donne naissance à la légende de Marguerite de Bourgogne au Quesnoy.
De jeunes ducs de Bourgogne, dont Charles le Téméraire, fréquentent le Quesnoy : on raconte que son séjour auprès de sa tante Béatrix de Portugal nourrit sa connaissance des fortifications hennuyères. Les États bourguignons investissent dans l’entretien des remparts médiévaux, anticipant l’évolution de l’artillerie sans pour autant transformer immédiatement l’enceinte. En 1477, profitant de la mort de Charles le Téméraire, Louis XI lance un siège sur la cité ; les assauts sont repoussés, mais la tentative illustre l’importance stratégique de Le Quesnoy et l’attachement des habitants à la bannière bourguignonne.
En 1436 au décès de Jacqueline, sans descendance, la ville du Quesnoy et le Hainaut devinrent de droit, des possessions bourguignonnes. Cette même année 1436, des « routiers » qui avaient combattu les Anglais, se trouvant licenciés, se répandirent sur toute la France : une de leurs bandes, commandées par Chabannes et d'autres chefs, s'abattit alors sur le Hainaut, où elle justifia le surnom « d'Écorcheurs ».
Au XVe siècle, la ville du Quesnoy était le lieu de villégiature privilégié des ducs de Bourgogne : ceux-ci y organisaient des fêtes somptueuses, et lors de leurs moments de détente dans la contrée, ils pratiquaient la chasse, leur sport favori, dans la proche forêt de Mormal qui se trouvait être le domaine particulier des comtes de Hainaut. Par le fait du traité de Delft en 1428 avec Jacqueline de Bavière comtesse de Hainaut, Philippe le Bon duc de Bourgogne était devenu l'héritier du Hainaut : il en prit possession officiellement en 1436 et devint ainsi le nouveau Comte de Hainaut.
En 1477, Charles le Téméraire périt à la bataille de Nancy. Aussitôt, le roi de France Louis XI pénétra en Hainaut bourguignon avec 7 000 hommes d'armes et une puissante artillerie. Il se présenta devant Le Quesnoy en date du 23 mai 1477, mais il en fut repoussé. Il revint quelque temps plus tard et réussit après d'intenses bombardements (près de 900 boulets lancés) à prendre la ville, laissant ses franc-archers s'élancer à travers la brèche entr'ouverte, mais une pluie torrentielle arrêta les combats. Cependant, la place se rendit le lendemain, et préféra payer 900 écus d'or afin d'éviter le pillage.
Le siège de Le Quesnoy par Louis XI (1477)
Louis XI profite du vide laissé par la mort de Charles le Téméraire (5 janvier 1477) pour reprendre aux Bourguignons plusieurs places fortes du Hainaut. Le Quesnoy, resté fidèle aux ducs de Bourgogne, est rapidement investi par une armée royale. Les troupes du roi, mieux organisées et disposant de pièces d’artillerie plus modernes que la garnison hennuyère, prennent position autour des remparts dès le printemps 1477. Les assauts se concentrent sur les portes de Valenciennes et de Fauroeulx, tandis que des mines creusées sous les courtines affaiblissent les défenses médiévales. Après quelques jours de bombardement et de crises d’approvisionnement pour les assiégés, la ville ouvre ses portes au roi de France. Cette victoire marque l’incorporation définitive du comté de Hainaut dans le domaine royal et symbolise l’affirmation du pouvoir central face aux anciennes seigneuries bourguignonnes.
Durant la Guerre de Cent Ans, des patrouilles et petites escarmouches traversent le territoire, obligeant la communauté quercitaine à entretenir ses défenses. À la fin du XVe siècle, les premières pièces d’artillerie apparaissent en Hauts-de-France : même si Le Quesnoy n’est pas assiégé, des crénelages et des positions à canon sont aménagés sur les courtines en prévision de conflits futurs. Située sur la frontière du comté de Hainaut, la cité subit régulièrement des patrouilles armées et des incursions de bandes félonnes (Grandes Compagnies) lors de la Guerre de Cent Ans. Ces petites escarmouches, bien que non organisées en siège formel, ont conduit les habitants à renforcer leurs murailles et leurs tours pour se prémunir contre pillages et harcèlements.
Le cœur historique de Le Quesnoy conserve plusieurs vestiges directement liés à son essor médiéval. Si les fortifications actuelles sont largement marquées par les réaménagements du XVIᵉ et XVIIᵉ siècle, on y décèle encore les traces de l’enceinte et du château comtal du XIIᵉ siècle.