Pour apprendre l’histoire de ce lieu mythique, déambuler à travers tous les niveaux de Abbaye du Mont-Saint-Michel, les plus grandioses les uns que les autres. Le circuit normal des visites comprend :
Le niveau 1 : le Grand Degré extérieur, escalier de 100 marches, donne accès à la cour du Châtelet ; sous l'arc surbaissé de son entrée s'engage l'escalier du Gouffre, menant à la Porterie ou salle des Gardes ; aumônerie (billetterie).
En arrivant de la Grande Rue du Mont Saint-Michel, on se trouve face au Grand Degré extérieur : grand escalier monumental, large de 4 mètres. Large de 4 mètres, il était barré à mi-rampe par une porte pivotante, gardé par un veilleur installé dans un renfoncement visible à gauche. L'unique entrée de l'abbaye est défendue par le châtelet construit durant l'abbatiat de Pierre Le Roy vers la fin du XIVe siècle. Entre les deux tours cylindrique du châtelet, un passage cintré permet de s'engager dans un sombre escalier portant, le surnom de Gouffre. La porte de la Barbacane du châtelet surmonté d'un chemin de ronde crénelé dominant l'escalier, la tour Claudine, les deux tours rondes du Châtelet posées en encorbellement composent le système défensif de l'entrée de l'abbaye. système défensif si ingénieux que durant toutes les guerres que connut le Mont Saint Michel il ne fut jamais franchi par aucun assaillant.
Montez les marche du Grand Degré, le bâtiment que vous pouvez voir sur votre gauche est le bâtiment pour les moines et les nonnes de l'abbaye. Six moines et six religieuses vivent actuellement à plein temps dans l'abbaye. Ils s'occupent de l'endroit, gèrent une petite librairie, une auberge pour les pèlerins, et bien sûr, étudient, prient et assistent aux 5 messes par jour.
Au premier étage de la Merveille, l'aumônerie, vestige roman de la première abbaye, est située sous la salle des Hôtes, qu'elle soutient. Cette grande salle rectangulaire de 35 mètres de long est simplement divisée en deux nefs par une rangée de cinq colonnes. . Cette salle procurait aux pauvres abri et nourriture, respectant la règle de saint Benoît. L'aumônerie par sa rigueur oppose un style différent au reste du bâtiment. Cela peut s'expliquer par deux raisons. La première étant l'obligation pour les l'architecte de construire solidement pour soutenir les deux salles supérieures. La seconde se trouve dans le fait que seules dans cette salle étaient reçues les personnes pauvres pour y être nourries. Par conséquent, point besoin ici de fioritures ni d'extravagances architecturales.
La salle des gardes est etagé sur trois niveaux, le sol de cette salle suit la pente du rocher. Une grande cheminée construite au XVème siècle permettait de chauffer convenablement cette salle où les gardiens passaient de longues nuits à attendre d'hypothétiques assaillants. Au dessus de cette salle se trouve Belle Chaise : la salle du gouvernement. C'est là que l'abbé exercait son droit de haute et basse justice.
Le niveau 3 : le Grand Degré intérieur, en 90 marches, conduit à la salle du Saut-Gautier (accueil, maquettes) et au parvis de l'église (terrasse panoramique) ; église abbatiale ; cloître ; réfectoire.
Le grand degré intérieur est l'ultime défense de l'abbaye, protégé par deux ponts jetés transversalement au dessus, le grand degré intérieur était aussi un lieu de passage obligé des processions. Ce long escalier, bordé sur sa gauche par les logis abbatiaux n'est que rarement éclairé par les rayons du soleil ; cependant il rayonne. Au sortir de la cour de l'église, une série d'escaliers et de palier conduit directement à la belle plate-forme du Saut-Gaultier, au niveau de l'église haute. La belle plate-forme du Saut-Gaultier fut construite, dans les premières années du XVIème siècle, par Guillaume de Lamps , et était couverte d'un toit. Cette plate-forme d'après la légende devrait son nom au sculpteur Gaultier, prisonnier au Mont Saint-Michel sous François 1er. Cet artiste, doué d'un remarquable talent, est l'auteur de quelques-unes des plus belles sculptures.
Cette terrasse fait face à la rivière Couesnon, frontière entre la Bretagne et la Normandie, les deux régions se sont battues pendant des siècles pour avoir l'abbaye. De cette esplanade, la vue embrasse un splendide panorama des côtes du Cotentin et de la Bretagne, avec le Mont-Dol comme point saillant. Dirigez-vous vers l'église, lorsque vous entrez dans l'église, tournez immédiatement à gauche et marchez cinq mètres. Vous voilà sur la terrasse ouest, de l'abbaye du Mont St Michel. De là, vous avez une vue générale de la baie, du rocher de Cancale à l'ouest, sur votre droite et en Bretagne, aux falaises de Normandie à l'est. En pleine mer, vous pouvez voir l'archipel des îles Chausée, d'où provient le granit pour la construction de l'abbaye. Aujourd'hui, c'est aussi le seul endroit d'où l'on peut voir la flèche néo-gothique de l'église, construite en 1897, et sur laquelle se dresse la statue plaquée or de l'archange Michel.
En entrant dans l'église de l'abbaye, vous avez peut-être remarqué la grande porte carrée. La porte de l'abbaye de l'église du Mont Saint-Michel est très similaire à celle de Saint Jacques de Compostelle, avec un fond carré et un cercle rond au-dessus. Le carré et le cercle sont très symboliques pour les moines bénédictins, car le carré est le symbole du but humain vers la perfection, et le cercle est le symbole de la perfection de Dieu. En outre, comme pour toutes les églises cathédrales et importantes, elle a trois portes, symbolisant le Saint Trinity, le Seigneur, Jésus et le Saint-Esprit. L'église abbatiale se caractérise par deux styles architecturaux différents.
D'une part, la nef et les transept, datant de l'époque romane, d'autre part le choeur et les chapelles rayonnantes élevés durant l'époque gothique. La nef, construite en partie sur l'église carolingienne, date du XIe siècle. Le côté nord s'effondra en 1103. Sa nef romane est à trois niveaux. Les colonnes et les piliers soutiennent un second étage éclairé par des fenêtres assez larges. La voûte de la nef n'est pas en pierre, mais en bois, de façon à être aussi légère que possible. Le choeur de l'église abbatiale a été construit pour remplacer le choeur roman effondré en 1421, plus de soixante dix ans seront nécessaire à l'élévation du choeur gothique. Commencé en 1446 par Guillaume d'Estouteville, il sera achevé en 1521 par l'abbé Jean De Lamps. chef-d'oeuvre de l'art gothique flamboyant du XVème siècle.
Comme dans toutes les abbayes, les moines n'étaient pas censés croiser les visiteurs, même les pèlerins, sauf pour des cérémonies bien organisées comme les messes. Il y a donc dans l'Abbaye de nombreux couloirs et passages réservés aux moines, et d'autres moins nombreux pour les visiteurs. Traversez l'église, puis à mi-chemin dans la nef, allez sur votre gauche, par un petit passage ouvert, traversez-le pour arriver à la pièce suivante, le cloître.
Le cloître de l'abbaye commencé par Thomas des Chambres et terminé en 1228, par Raoul de Villedieu est, dans son genre, une oeuvre d'art unique au monde, par l'intérêt de sa structure et sa décoration. Les sculptures sont fines, vous apprécierez le détail apporté à la réalisation des arcades, des écoinçoirs, la décoration à la fois exubérante et florale. La pierre de Caen, calcaire tendre, a été ciselé par des artistes et tailleurs de pierre aux talents incroyables. Trois arches de la galerie ouest sont étonnamment ouvertes sur la mer et le vide. Elles devaient à la base être l'entrée de la salle capitulaire (salle du Chapitre) dont la construction fut annulée. Ce n'est pas pour déplaire aux visiteurs : la vue, imprenable, donne sur la mer et la baie du Mont Saint Michel.
Dans la galerie sud, une porte communique avec l'église. Des soupiraux éclairent la Chapelle des Trente Cierges et le Cachot du Diable. Deux travées d'arcatures géminées, supportant le chemin de ronde qui domine le cloître, encadrent le lavatorium établi sur deux bancs superposés, où l'on se lavait les mains avant d'entrer au réfectoire. Il s'y renouvelait notamment chaque jeudi une cérémonie de piété et d'humilité, le lavement des pieds. Les deux portes de la galerie est s'ouvrent sur les cuisines et le réfectoire. Des cachots ont été construits au XIXe siècle sous les combles de la galerie nord pour y enfermer des détenus récalcitrants, comme Martin Bernard, Blanqui et d'autres prisonniers politiques de 1830 ou 1848.
La galerie Nord est percée de petites baies donnant vue sur la mer dans la direction de Tombelaine. A l'angle Nord-Ouest, une porte donne sur le Chartrier : lieux ou était conservé les documents administratifs de l'abbaye. Un jardin médiéval avait été recréé en 1966 par frère Bruno de Senneville, moine bénédictin féru de botanique. Au centre, un motif de buis rectangulaire était bordé de treize rosiers de Damas. Les carrés de plantes médicinales, d’herbes aromatiques et de fleurs évoquaient les besoins quotidiens des moines au Moyen Âge.
Vous voilà maintenant dans le réfectoire, la salle à manger des moines où ils prenaient leurs trois repas par jour. Le réfectoire est une vaste salle rectangulaire dont le plafond est une voûte en bois, pour alléger le poids sur les murs. Cinquante-neuf fenêtres très étroites diffusent une lumière douce et uniforme sur l'ensemble de la pièce. C'est en ce lieu que les moines prenaient leurs repas en silence en écoutant en silence le lecteur installé dans une chaire latérale lire la Bible à haute voix. Jetez un œil au plafond en bois. Le plafond de forme ronde en chêne local est typique des églises du XIIe siècle et très similaire à la plupart des abbayes normandes telles que l'église de Canterbury et Winchester en Angleterre, ainsi que celles de Honfleur et Bernay. Cette tradition vient des charpentiers vikings qui fabriquent des navires. Lorsque les envahisseurs du nord ont décidé de s'installer ici autour du 9ème et 10ème siècle, leurs bateaux sont devenus le toit de leurs maisons, et plus tard pour les églises qu'ils construiraient lors de la conversion à la foi chrétienne. Juste à côté de l'escalier à gauche se trouve la porte menant à la cuisine.
Le niveau 2 : descente par l'escalier des Mauristes ; salle des Hôtes ; chapelle Sainte-Madeleine ; crypte des Gros Piliers ; chapelle Saint-Martin ; ossuaire avec belvédère et roue d'écureuil ; chapelle Saint-Étienne ; galerie sud-nord ; promenoir des moines avec vue sur la salle de l'Aquilon et le Cachot du Diable ; salle des Chevaliers ;
En quittant le réfectoire, vous entrez dans la salle des invités, une grande salle pour les membres importants de la société, les barons, les ducs et toute la noblesse lorsqu'ils venaient au Mont en pèlerinage à partir du XIIIe siècle. Elle est divisée en deux nefs séparées par une rangée de colonnes supportant une voûte sur croisées d'ogives. De grandes cheminées dans le mur ouest constituaient la partie cuisine, séparée de la pièce par une tapisserie suspendue à des poutres encore visibles. Jusqu'au XVIIIe siècle, il n'y avait pas de véritable séparation de l'usage des salles d'un château médiéval. La salle était décorée de peintures, de vitraux et d'un carrelage rouge orné de fleurs de lys dorées.
Continuer vers la salle suivante, la Chapelle Saint-Magdalena construite au XIIIe siècle. Cette petite chapelle (Capella) était l'usage exclusif des riches nobles, à toute heure du jour et de la nuit. Notez que la société médiévale était très pieuse et que les gens assistaient quotidiennement à la messe. Dans cette chapelle, il y a des symboles du Mont Sont Michel, et aussi des pèlerins : la coquille Saint-Jacques utilisée par les pèlerins et leur symbole. Un pèlerin en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle ou vers le Mont est censé porter un foulard bleu et avoir une coquille Saint-Jacques visible sur son sac à dos. La Chapelle Saint-Magdalena mène à la Crypte des Gros Piliers.
La crypte des Gros Piliers repose directement sur le rocher. Elle a été édifiée après l'effondrement du chœur roman de l'église abbatiale, en 1421. Son rôle n'est pas cultuel, mais uniquement technique : ses dix énormes piliers de cinq mètres de circonférence soutiennent le nouveau chœur, élevé dans le style gothique flamboyant. Son édification commença en 1446 et fut achevée en 1450 ; en effet sa construction fut retardée à cause de la guerre contre les anglais. Les deux colonnes plus minces tenant le maître-autel sont appelées les palmiers en référence au dimanche des Rameaux. Cette pièce desservait différentes parties du monastère. Cette pièce était également utilisée comme prison au sein de l'Abbaye depuis Louis 11, en 1465.
Vient ensuite la crypte Saint-Martin, la plus ancienne salle de l'abbaye que l'on puisse visiter. Lorsque vous quittez la pièce, faites attention à la porte en bois. Il s'agit d'une authentique porte du XVIe siècle dont les clés fonctionnent encore. À l'époque, les portes étaient faites avec plusieurs gros morceaux de chêne pour plus de solidité. La crypte Saint-Martin est une chapelle destinée à la prière. Cette chapelle a été utilisée en 1002 pour un mariage très important. Le mariage d'Emma de Normandie et d'Ethelred. Emma était la petite-fille de Rollo, le fondateur de la Normandie, ancien viking devenu le premier duc de Normandie en 911. Ethelred était le petit-fils du roi Egbert, premier roi de l'Angleterre. Située sous le transept sud de l'église abbatiale, elle était utilisée par les moines, mais aussi parfois par les pèlerins. La voûte de cette crypte est en berceau et plein cintre, avec une portée de 9 mètres, gigantesque pour l'époque.
Depuis la crypte de Saint-Martin, un petit passage mène à l'énorme roue qui occupe l'ossuaire des moines (ancien cimetière des moines). Cet ancien cimetière de l’abbaye a été couvert à l’époque romane et doté de ses piliers, un ossuaire a été aménagé à l’une de ses extrémités. Mais son principal intérêt aujourd’hui est dans l’énorme roue de bois qui y est installée. Cette roue est un vestige de l’époque ou l’abbaye a servi de prison. Elle date en effet des années 1820, et elle servait de système de traction pour un monte-charge destiné à hisser la nourriture des détenus. Un ou deux prisonniers montaient dans cette sorte de roue et marchaient à l’intérieur, et ainsi la faisait tourner. Il s'agit en fait d'une réplique des poulies utilisées pour héberger les matériaux au moyen-âge, appelées cage d'écureuil. Les travailleurs qui marchaient lentement dans ces roues étaient alors surnommés des écureuils. Le même type de roues a été utilisé ailleurs dans l'abbaye par les moines afin de fournir tout le matériel dont ils avaient besoin pour faire fonctionner l'abbaye.
Si vous regardez juste à côté de la roue sur votre gauche, vous verrez un trou profond. C'était l'ossuaire du moine. Les moines décédés n'ont pas été enterrés dans l'abbaye, car il n'y avait pas de place pour un cimetière. Seuls les abbés ont été enterrés dans le cimetière du village, et jusqu'au XVe siècle dans l'église abbatiale. Lorsqu'un moine est décédé, il a simplement été déposé dans ce trou et de la chaux vive a été déposée sur le corps pour sécher la chair et les tissus le plus rapidement possible.
L'étape suivante sera la visite de la chapelle Saint-Etienne située entre l'infirmerie qui s'est effondrée au début du XIXe siècle et l'ossuaire des moines. Construite en 1163 au sud de Notre-Dame-sous-Terre, sous l'abbatiat de Robert de Torigni, elle fut la chapelle des morts où les corps des religieux étaient exposés dans une grande niche, peu profonde et creusée dans son mur nord, avant leur ensevelissement. À la place de la niche, on peut désormais admirer une pietà datant du XVe siècle. Dans la chapelle on enseignait la théologie. Au cours du XIIIe siècle, ses voûtes ont été remplacées par de jolies voûtes sur croisées d’ogives.
Après avoir emprunté la longue galerie-escalier sud-nord qui passe juste en dessous de la terrasse, continuez maintenant par le passage couvert des Moines, salle dite du promenoir des moines, une longue pièce à double nef. C'est l'axe principal de circulation du monastère. À l'intérieur d'une abbaye, les moines n'étaient jamais censés rencontrer les roturiers, les pèlerins. Les seules fois où ils pouvaient, c'était seulement quand ils s'occupaient d'eux dans l'aumônerie et pendant les messes. De ce lieu, une petite salle gothique appelée Cachot du diable, à un seul pilier central, donne accès à la chapelle des Trente-Cierges et au Scriptorium, appelé aussi "salle des Chevaliers".
Le Scriptorium etait la salle de travail des moines. C'est là qu'ils copiaient et enluminaient de précieux manuscrits. Au Moyen Âge, les abbayes possédaient les plus grandes bibliothèques : les livres étaient essentiellement des livres religieux et des livres d'auteurs anciens, grecs et latins. La plupart des manuscrits de l'abbaye du Mont Saint-Michel sont aujourd'hui conservés et montrés au public dans le musée appelé le Scriptorial de la ville d'Avranches. Après la création de l'ordre des chevaliers de Saint-Michel par Louis XI, elle prit le nom de salle des Chevaliers. Il ne semble pourtant pas qu'elle ait servi à d'autres usages que monastiques. L'architecture et la décoration dans un style typiquement normand sont reconnaissables au tracé accentué des ogives, ainsi qu'au profil saillant des moulures. Les chapiteaux de granite sont, malgré la dureté de cette pierre, finement sculptés.
Prenez l'escalier vers niveau 1 : cellier (boutique) ; sortie par les jardins et la façade nord de l'abbaye.
Le cellier est l'ancien entrepôt à vivres, récemment aménagé en boutique. Il supporte la salle des Chevaliers et le cloître. Deux rangées de pilastres carrés divisent cette salle fraîche et sombre en trois nefs de superficie inégales. Le cellier communique directement avec l'aumônerie voisine par une porte à double vantaux, une autre porte opposée à celle-ci donne sur les jardins. Malgré ces deux accès, les approvisionnements étaient hissés par un système de roue, par la deuxième fenêtre de gauche. C'est d'ailleur par ce même passage que pénétrèrent, en 1591, une centaine d'huguenots, commandés par Montgomery, ils furent tous massacrés.