En arrivant depuis Orange ou d'Avignon prendre A7, puis suivre la D900 jusqu'à Caseneuve. La route est une alternance de plusieurs petites collines de faible amplitude et vallons à l'approche du massif du Luberon. Un paysage où s'égrènent de beaux villages : Bonnieux, Lacoste, Ménerbes, Goult, Gordes, Lourmarin, Ansouis ... qui se réchauffent au soleil du midi. Le village se tient paisiblement sur une petite colline entouré de magnifiques paysages. Avec une vue véritablement imprenable sur le massif du Luberon et la vallée d’Apt, la situation de Caseneuve, tout comme Saignon a déterminé son rôle de sentinelle, ce qui explique que le site ait toujours été occupé.
On a voulu faire du village la patrie du légendaire Jean de Caseneuve ; qui aurait été au VIIIe siècle l'inventeur des reliques de sainte Anne à Apt. Malgré ou à cause de la présence de Charlemagne lors de cet évènement, les historiens rejettent cette version, l'empereur des Francs n'étant jamais venu à Apt. Après la colonisation romaine, on peut retenir que le village de Caseneuve fut le fief d’Humbert, neveu de Saint Mayeul, célèbre abbé de Cluny et fondateur de la famille d’Agoult-Simiane. Place forte historique de la maison des Agoult-Simiane, Caseneuve ne fut jamais attaqué et échappa même aux épidémies dont celle de la Peste Noire en 1348. Ce ne fut, par contre, pas le cas avec la Grande Peste. Elle frappa le village du 25 septembre 1720 au 3 mars 1721 et provoqua la mort de dix-huit personnes.
Durant la Seconde Guerre mondiale, dès l'occupation de la Provence par les troupes allemandes, se constitua un important réseau de résistance. Fernand Jean, responsable du SAP (service action parachutage) et ses deux adjoints Arthur Delan de Caseneuve, et Augustin Courveille d'Apt, mirent en place un réseau qui couvrait le secteur Lagarde-d'Apt-Caseneuve-Plateau d'Albion. Le village lui-même servit de refuge à de nombreuses familles lors de la retraite allemande.
Caseneuve fait partir de la Réserve naturelle géologique du Luberon. Les amoureux de nature et de tranquillité tomberont sous le charme de Caseneuve, qui offre des panoramas exceptionnels sur la chaîne du Luberon. Outre ces ruelles caladées, ce petit village possède un patrimoine important notamment les vestiges des remparts, la maison commune, ancien siège du Conseil de Ville au XVIIe siècle, le cercle Républicain, l’église Saint-Etienne datant sans doute des débuts de la Chrétienté et le plus grand oratoire de Provence.
Commencez votre visite à l’entrée du village de Caseneuve, par l'oratoire Saint-Jean. L’Oratoire se distingue par sa taille imposante qui le classe comme le plus grand oratoire de Provence. Cette structure saisissante recèle une histoire étonnante, c'est sans aucun doute le monument le plus impressionnant et le plus original de toute la Provence. En forme d'abside, il est constitué d'un vaste porche en arc brisé à colonnes et pilastres, ce qui lui donne un aspect roman. Il n'en est rien, puisqu'il fut construit, en 1830, après une mission franciscaine. L'oratoire est orné d'un Christ polychrome, signé des compagnons du Tour de France, construit avec le portail de l'ancienne chapelle Notre-Dame-des-Aumades.
Au départ, cet oratoire Saint-Jean est construit à l’entrée du village par les habitants eux-mêmes, afin d’accueillir la croix commémorative de la mission franciscaine, dirigée par le révérend-père Ricard. Ce dernier a réussi à convaincre la population locale de démonter, pierre après pierre, l’arc triomphant du prieuré clunisien de Notre-Dame des Aumades, situé pourtant à un kilomètre et demi. Les pierres étaient alors réutilisées pour la construction de l’oratoire. Il faut signaler néanmoins que, depuis la Révolution française, il ne restait de cet arc que les piliers et les bas reliefs, à l’effigie de Saint-Luc et de Saint-Mathieu.
Le chantier titanesque a donc consisté à démonter, à numéroter et à transporter à dos d’hommes chaque pierre. Adossé à la tour-pigeonnier, qui existait déjà à l’entrée du village de Caseneuve, l’édifice fut bâti. A l’abri des intempéries, une croix ornée d’un christ polychrome est ensuite installée, comme convenu par les religieux. Lors de la bénédiction, une foule immense venue des villages environnants s’est réunie autour de l’oratoire pour assister à un spectacle imposant.
Après cette visite, déhambulez dans le village, celui-ci recèle d’autres centres d’intérêts comme des ruelles pittoresques avec des passages voûtés. Des vestiges de remparts intégrés à des bâtiments plus récents. Dirigez-vous vers le château de Caseneuve, résidence historique de la famille Agoult-Simiane, l'une des plus anciennes forteresses médiévales presque intacte de la Provence, aujourd'hui propriété privée. Son histoire est mal connue, un premier élément fortifié a existé à la fin du Xe siècle, appelé Castrum Casanova "la casa nova", il a été la propriété d'Humbert d’Agoult. Le château a donné son nom au village dès sa construction. Le panorama du château est dominé par un donjon impressionnant, véritable symbole de prestige et de pouvoir.
Aujourd'hui, le château de Caseneuve est un bâtiment massif, de type forteresse, de forme rectangulaire. Ses murs sont composés de double parements de moellons parallèles, comblés de mortier. Au rez-de-chaussée, côté ouest, une grande salle à 3 voutes, sans fenêtres, sert de cave. Une écurie se trouve au même niveau, côté est, pouvant y logée 5 chevaux. La salle de garde, donnant directement dans la cour centrale, ne comporte aucune fenêtres sur l'extérieur. La clé de voute centrale est décoré de fleur de lys. L'accès aux étages supérieurs se fait par la tour. Les 2 niveaux sont composés d'appartements. Ils sont surmontés du chemin de ronde, au troisième niveau, qui longe la toiture sur 3 côtés. Cet édifice monumental témoigne de l’élégance et de la grandeur de l’architecture Renaissance de la région du Luberon.
A l'intérieur du village de Caseneuve, vous pouvez admirer la "Maison Commune", bâtisse du XVIIe siècle qui fut le siège du Conseil de Ville. Cette demeure séculaire du XVIIe siècle arbore fièrement son identité avec l'inscription “Maison Commune” gravée sur son linteau. Au début du XXe siècle, la mairie partageait cet espace avec l'école communale, qui était à proximité immédiate.
Poursuivre votre promenade en direction de l'église Saint-Etienne d’origine médiévale, qui a traversé les siècles avec majesté. Au fil du temps, plusieurs remaniements ont modelé son allure, lui conférant un charme unique. Un de ses trésors les plus précieux est un bras reliquaire du XVIIe siècle, une œuvre d'art sacrée d'une grande richesse symbolique. Un autre vestige historique est un calice d'argent datant du XVIIIe siècle, preuve de l'importance de cette paroisse dans le patrimoine religieux de la région. Depuis le parvis au niveau du puits profitez d'une belle vue sur la campagne du Luberon.
Vous pouvez également admirer les restes du prieuré Notre-Dame des Aumades, aussi connu sous le nom de Sancta Maria de Ulmatis (Sainte Marie des Ormes). Le prieuré avait été donné en 1103 par Laugier d'Agoult, évêque d'Apt, à Hugues de Semur, abbé de Cluny. Le prieuré où résidaient habituellement deux moines et un prieur tomba rapidement en décadence. Il était pourtant doté des revenus de nombreuses chapelles rurales entre Viens et Caseneuve, dont Saint-Raphaël, Saint-Jean-de-Félèze et Saint-Aman-l'Alpage, église du castrum alpestri.
Situé sur un plateau dominant la vallée du Calavon où passait la Via Domitia, le prieuré de Sancti Maria de Ulmatis était un vaste édifice comportant une nef à trois travées avec une voûte en berceau brisé, un transept et un chœur à trois absides. D'amples proportions, cette église devait être d'une grande qualité décorative si l'on en juge par les éléments architecturaux, les chapiteaux et les sculptures, réemployés au siècle dernier dans l'immense oratoire Saint-Jean. Des relevés sommaires ont montré qu'étaient accolés, à ce prieuré, un cloître de 25 × 25 m et des bâtiments conventuels. Seules des fouilles pourront en déterminer l'importance. En dépit de sa richesse, il fut abandonné, car ruiné, à la fin du xive siècle.
Quelques agréables promenades sont à faire autour du village de Caseneuve, vous pourrez ainsi aller jusqu'aux sources sulfureuses dans le Vallon du Bassis ou encore découvrir les ocres multicolores du Luberon. Ces ocres, aux teintes vibrantes déclinées en ambre, coquelicot, chamois, tilleul, fauve, aubergine, miel, amarante, lie-de-vin et prune, se mêlent harmonieusement au paysage grandiose pour offrir une palette naturelle d'une étonnante richesse. Ce spectacle à couper le souffle commence au château d'eau de Gignac, point de départ d'une promenade d'environ une heure et demie. En suivant un petit sentier à travers une pinède, vous accédez à un premier panorama éblouissant, prélude à une aventure toute en couleurs. Empruntez ensuite le GR6 qui vous offre un point de vue sur les crêtes en calcaire blanc contrastant vivement avec les falaises colorées. Enfin, le balisage jaune du PR vous guide vers la Doa, affluent du Calavon, et vous plonge au cœur du Colorado provençal où les ocres vous entourent de toutes parts.