Les roues pittoresques qui subsistent aujourd'hui pour donner son cachet particulier à L'Isle-sur-la-Sorgue, témoignent mal des soixante-deux qu'on dénombrait au XIXe siècle et de l'intense activité qui régnait alors : Tandis que la soie engendrait de nouvelles fortunes, L'Isle-sur-la-Sorgue devenait le principal centre lainier du département. Des 62 roues à aube moussues qui alimentaient autrefois les moulins à papier et les filatures dans la ville, seules 5 fonctionnent encore aujourd'hui. La rue des Roues, aujourd’hui renommée rue Théophile Jean en alignait une bonne quinzaine seules 3 ont survécu.
La roue à aubes est un système rustique pour transformer l'énergie hydraulique d'un cours d'eau en énergie mécanique pour alimenter une petite industrie. Elle fonctionne grâce à un fort débit et à une faible chute d'eau, elle est donc facile à mettre en place sur la création d'une retenue d'eau. On différencie les roues qui tirent leur force de la pression de l'eau ou de la percussion avec celle-ci. Pour qu'une roue soit performante il faut que l'eau pénetre sans choc et qu'elle ait perdu au cours de la traversée toute sa vitesse initiale.
Les roues à aubes sont de plusieurs sortes :
Les roues en dessus : C'est le type de roue le plus performant, elle peut être installée sur des chutes d'eau supérieures à 4 mètres, elle est apparue après les roue "en dessous". L'eau rentre dans des augets et c'est son poids qui crée le mouvement, elle ne doit pas baigner dans l'eau à sa base car elle tourne dans le sens contraire du courant. Elle peut fonctionner même avec un débit très faible.
Les roues en dessous : Appelées aussi roues pendantes, c'est celles qui sont installées à l'Isle-sur-la-Sorgue, elles tirent leur force du choc de l'eau sur les pales, elles ont donc un assez mauvais rendement. Son coursier (la partie creusée du sol dans laquelle passe l'aube) doit être absolument parfait pour éviter toute perte de pression, il faut donc l'entretenir régulièrement. Une amélioration de la roue pendante est la roue Poncelet qui a des aubes arrondies, pour une meilleure récupération de la force hydraulique.
Les roues de côté : Appelées aussi roues de poitrine, l'eau pénètre par le côté dans ses aubes et fait pression sur les augets, elle convient au moyennes retenues d'eau. Son rendement est moyen mais toutefois meilleur que celui de la roues pendante là aussi un entretien soigné du coursier est nécessaire pour éviter toutes pertes d'eau lors de l'écoulement. Elle atteint presque le rendement d'une roue "au dessus" mais ne nécessite pas de retournement de 180° de l'eau.
Les roues de l'Isle-sur-la-Sorgue
La roue de l’Hôtel de Palerme
Cette roue privée est situé sur le canal de l’Arquet place Rose Goudard. Il est bien triste de la voir ainsi se délabrer au fil des ans.
Roue G. Milhe
Cette roue massive d’une solidité à toutes épreuves, a été réglementée par arrêté en 1828. Elle appartenait à G. Milhe meunier. Située au bord du jardin de la Caisse d’Epargne tout à côté du manège qui tourne pour le plaisir des enfants. Cette roue, continue aujourd’hui, à tourner inlassablement tout en ne meulant plus rien. Et pourtant un hiver, la glace est arrivée à la stopper. Tous les dimanches elle tourne majestueuses pour le plaisir des brocanteurs qui l’entourent et les passants qui l’admirent
La roue de Giraud
L’autorisation d’exploiter cette roue a été accordée par arrêté du 6 août 1821 à Joseph Laval pour l’irrigation d’un jardin. Elle est située sur le bras de Sorgue des Névons au fond du parc Gauthier, c’est une des plus grandes roues du village qui reste très discrète, cachée par la végétation. Pour la trouver il faut aller la chercher dans la parc Gauthier.
La roue du Portalet
Son installation assez récente embellit les bords de la Sorgue du Nord par sa beauté. C’est une roue à aubes au fil de l’eau à 2 planches par aubes soutenues par 3 rayonnages. Cette roue rappelle celle qui était placée dans un petit bâtiment en aval du pont du Portalet. Elle alimentait avant la Révolution la fontaine monumentale de la maison Campredon et le couvent des Cordeliers. Début 1900 on disait que c’était le moulin à Garance du Portalet.
La roue des Minimes
Située sur la Sorgue du Nord elle fut construite par les frères Minimes pour fournir l’eau à leur couvent créé en 1603 et qui s’étendait de la Maison de Retraite de l’Isle sur la Sorgue à la rue Denfert-Rochereau.
La roue des Lices de Villevieille
L’autorisation fut donnée à François Xavier Juge, par ordonnance royale du 24 juin 1818 (sous Louis XVIII). Elle fut vendue le 28 février 1836 à Casimir et Alphonse Benoit. Puis elle fut exploitée par Alphonse Petitet héritier d’Alphonse Benoit et revendue à Fougat fabricant de conserves. C’est une roue imposante à trois rangées d’aubes, tourne majestueusement et avec puissance. Un hiver la glace l’a pourtant bloquée cependant.
La roue de Victor Courtet (ou de Penicuik)
Au débouché de la rue Danton vous arriverez sur la rue Théophile Jean, anciennement rue des roues. C’est la roue Victor Courtet qui vous accueillera, majestueuse elle brasse son eau pour les touristes maintenant. C’est par ordonnance royale que Louis Philippe 1er donna l’autorisation d’utiliser cette roue le 6 octobre 1832 pour un moulin à soie et filature de laine. Elle a été rebaptisée roue Penicuik ville d’Ecosse jumelée à l’Isle sur la Sorgue en 1974.
La roue de Ribère
Cette roue appartenait depuis une trentaine d’années à la famille Roze, lorsqu’elle fut réglementée par une ordonnance royale du 19 février 1843 à la Maison de Ribère. Récemment replacée sur le quai Jean-Jaurés elle ajoute au décor la touche rétro qui manquait à ce quai.
La roue de la porte d’Avignon
C’est la première roue à aubes (anciennement connue sous le nom la “roue du SPAR”) qui vous surprend, lorsque vous arrivez à l’Isle-sur-la-Sorgue. Très photogénique, elle est souvent utilisée comme arrière plan par les touristes. C’est une roue à godets bien conservée qui sert à remonter l’eau. Elle fonctionne toujours et déverse son eau dans deux bacs en pierre pour le plaisir des badeaux. C’est à l’origine l’ancienne roue du jardin des religieuses de Saint-Elisabeth puis de nombreuses transactions l’ont attribuée à différents propriétaires (émouleur d’outils tranchants, cardeurs) .
La roue de l’Hôpital
A l’origine cette roue fournissait de l’eau à l’Hôpital (autorisation de 1760-1762). Il y avait aussi une deuxième roue qui produisait la force motrice à Esprit Genet et qui fut réglementée par ordonnance royale du 30 janvier 1828.
Une des choses à faire à L’Isle-sur-la Sorgue est de partir à la découverte des roues à aube. Autrefois utilisées pour développer l’industrie de la soie et des teintureries, elles n’ont aujourd’hui qu’une fonction décorative et ont chacune leur particularité. Le circuit des roues à aube n’est pas dur à réaliser : 25 minutes sont nécessaires pour faire le tour à pied. Il est possible de le réaliser également à vélo en 10 minutes.