En 751, Pépin le Bref est nommé roi de tous les Francs. Son fils cadet, le futur empereur Charlemagne, lui succède : il est couronné à Corbeny, au Sud de Laon. Le seul fait militaire qui se rattache à cette époque est une victoire de Carloman sur les Normands, remportée en 833, et dont les bords de l’Aisne furent le théâtre ; victoire qui fut suivie d’un traité de paix signé à Vailly. En 843, l'empire carolingien est partagé en trois royaumes dont le plus occidental, la Francia occidentalis, est appelé à devenir la France moderne. En butte aux raids normands et aux révoltes chroniques de leurs vassaux, les derniers rois carolingiens ont leur capitale à Soissons ou à Laon.
En 987, la mort de Louis V permet le couronnement d'Hugues Capet, sacré à Noyon dans l'Oise. Les intrigues d’Adalbéron, évêque de Laon, l’aideront à consolider son pouvoir contre Charles de Lorraine, le dernier carolingien, qu’il renverse en 991. L'avènement de la dynastie capétienne s'accompagne du déplacement durable du siège du pouvoir à Paris. Les villes de Laon et Soissons perdent ainsi leur position de cœur du pouvoir, et si le Soissonnais fait très tôt parti du domaine royal, le nord du département est sous l'autorité effective de grands féodaux comme les ducs de Champagne, de Guise et de Vermandois, sire de Coucy..., souvent indifférents ou rebelles à la suzeraineté des rois de France.
Au Moyen Age, la ville de Laon n'en conserve pas moins une influence importante, bénéficiant de son statut d'évêché et de sa position de centre universitaire de l'Occident chrétien. En même temps que se consolidait et s’étendait la monarchie franque, le christianisme, qui l’avait précédée et qui lui avait préparé les voies par la dissolution de l’empire romain, en recevait, à son tour, la protection la plus puissante et les faveurs les plus signalées. L’œuvre apostolique avait duré trois siècles, du IVe au VIIe ; les plus glorieux soldats de l’Église militante furent, pour cette période : saint Firmin, saint Crépin et saint Crépinien, saint Valère et saint Rufin, saint Quentin, saint Waast, saint Valery et saint Riquier, saint Lucien et les apôtres de l’Église irlandaise.
Avant l’extinction de la première race, de riches et nombreuses abbayes couvraient le pays ; on en comptait quatorze pour les diocèses de Noyon, Laon, Soissons, Amiens et Beauvais ; les villes mettaient leur orgueil dans la richesse et l’importance de leur cathédrale, et le pouvoir temporel, en maint endroit, augmentait encore l’influence religieuse des évêques.
Affaiblissement du pouvoir royal, morcellement du territoire en fiefs féodaux, rivalités des évêques et des barons, efforts des communes pour s’affranchir, tels sont les éléments principaux qui constituent l’histoire de France sous les rois de la seconde zone ; nulle part ces caractères ne se dessinent d’une manière plus saisissante, ne se traduisent en épisodes plus significatifs que dans les annales de ce département. Si le pouvoir royal garde encore quelques restes de son influence sur le pays, si dès 1185 le Vermandois est réuni à la couronne par Philippe-Auguste, nous voyons surgir l’autorité quasi souveraine des prélats de Noyon, Laon et Soissons ; nous voyons arriver jusqu’au mépris des ordres royaux l’indépendance des Enguerrand de Coucy, et nous assistons aux premières et aux plus ardentes luttes de la bourgeoisie, combattant pour son émancipation communale.
Pendant que le pays est en proie à ces dissensions intestines, sa position géographique l’expose aux assauts des plus redoutables ennemis du dehors ; la possession de l’Espagne, de la Flandre et des Pays-Bas par les ducs de Bourgogne et la maison d’Autriche le met en contact, pendant plusieurs siècles, avec ces implacables adversaires de la France. Au commencement du XVe siècle, les Bourguignons s’emparèrent du Soissonnais et du Laonnais ; ils n’en sont chassés qu’en 1414. En 1557, les Espagnols gagnent contre notre armée la fameuse bataille de Saint-Quentin.
Puis, aux guerres étrangères succèdent les guerres civiles de la Réforme, dans lesquelles intervient encore l’Espagnol, et qui ne prennent fin qu’en 1584, après le triomphe définitif de Henri IV et son avènement au trône. Ralliée à la Ligue catholique à la fin du XVIe siècle, "la montagne couronnée de Laon" est prise par Henri IV, qui y fait construire une citadelle en 1595 afin d'en maintenir les habitants sous surveillance. A cette époque, le nord de l'Aisne pâtit de la rivalité entre les rois de France et d'Espagne, qui menacent Paris depuis leurs possessions des Pays-Bas.
Les derniers frémissements de la féodalité domptée agitèrent encore le pays pendant la minorité de Louis XIII. Les Espagnols, prompts à saisir toute occasion d’affaiblir la France, firent encore à cette époque plusieurs irruptions ; mais Richelieu, dont la main ferme et habile allait prendre le gouvernail, sut forcer l’ennemi à respecter nos frontières et assurer la paix intérieure. Jusqu’aux guerres de Louis XIV, le pays fut tranquille ; pendant la première partie de ce règne, c’est le sol étranger que foulaient nos armées victorieuses ; mais l’heure des désastres arriva l’ennemi envahit à son tour la France ; les troupes impériales pénétrèrent, en 1712, jusqu’aux environs de Laon, et il fallut la victoire de Denain pour sauver la gloire de nos armes et l’intégrité de notre territoire.
L'année 1790 voit la création des premiers départements : l'Aisne se donne Laon pour chef-lieu, qui perd son statut d'évêché au profit de Soissons. L’Histoire du jeune département est marquée par les conflits des XIXème et XXème siècles, qui en font l’un des principaux champs de bataille d’Europe. En 1814, les batailles de Craonne et de Laon furent les derniers faits d’armes de Napoléon avant son premier exil sur l’île d’Elbe.
En 1870, le département de l’Aisne fut un des premiers envahis par les armées allemandes ; plusieurs combats s’y livrèrent. En 1870, de durs combats ont lieu sur l’Aisne (bataille de Pommiers, 8 octobre 1870 ; prise de Soissons, 16 octobre 1870) et à Saint-Quentin, qui, défendue par le général Faidherbe, résiste à l’envahisseur du 8 octobre 1870 au 19 janvier 1871. Le département de l’Aisne ne fut complètement évacué qu’à la libération du territoire. Les pertes, de toute nature éprouvée par les habitants, par suite de cette occupation, ont été évaluées à 23 millions 742 839 francs 37 centimes.
Durant toute la Première Guerre mondiale, l'Aisne est coupée par la ligne de front. Le tristement célèbre " Chemin des Dames " entre Laon et Soissons, qui doit son nom à sa fréquentation par les filles de Louis XV, est le théâtre d'une bataille meurtrière (350 000 morts) qui s'éternise d'avril à octobre 1917, sans avancée majeure pour l'un ou l'autre camp. Les mutineries qui sont liées à ces échecs sanglants se soldent par l'exécution d'une cinquantaine de meneurs, sur ordre de Pétain.
La rapidité de la défaite française de 1940 ne doit pas faire oublier les violents combats qui se déroulèrent à cette occasion dans le département. Le 17 mai 1940, la 4e division cuirassée de Charles de Gaulle parvient à freiner l'avancée allemande à Montcornet ; entre le 5 et le 8 juin, l'infanterie allemande subit de lourdes pertes en franchissant l'Ailette. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le département est coupé en deux par le rattachement du nord à la zone interdite par les occupants. La Résistance est très active dans les grands secteurs ferroviaires de Tergnier, Saint-Quentin, Château-Thierry, Laon et Hirson-Buire.
L'après-guerre est marqué par une croissance économique rapide du département. L'agriculture se modernise et parallèlement se développe l'industrie agroalimentaire, incarnée par le développement de l'industrie sucrière. Le textile connaît également une ascension foudroyante, notamment à Saint-Quentin, qui en tirait déjà sa richesse avant la Première Guerre mondiale. Enfin, de nombreuses entreprises des industries automobile, métallurgique, mécanique et chimique s'établissent dans le département. Le développement de la concurrence internationale et les crises des années 1970-1980 freinent cette rapide industrialisation. Si l'industrie agroalimentaire se maintient, le textile disparaît presqu'entièrement en l'espace d'une vingtaine d'années. Comme dans les autres bassins industriels du Nord et de l'Est de la France, une réorientation industrielle s'engage.