La mobilisation et défense passive est organisées par la municipalité (Joseph Blanc), tandis que la ville s’adapte au conflit dès septembre 1939. Le 67e BCA d’Annecy est engagé dans l’expédition de Norvège (opération de Namsos), qui se solde par un rembarquement au printemps 1940. en Mai–juin 1940, alors que le Blitzkrieg frappe le nord, les chasseurs alpins du 27e et du 67e BCA, casernés à Annecy combattent sur l’Aisne, avec de lourdes pertes.
L'état-major du Secteur défensif du Rhône installé à Annecy (général Michal), environ 4 500 hommes déployés de la frontière suisse à Aix-les-Bains. Les 179e et 189e BAF se positionnent le long du Rhône pour tenir les franchissements et retarder toute progression ennemie. Au château d’Annecy, on équipe en urgence les dernières recrues du 141e régiment régional, signe d’une préparation défensive accélérée à l’échelle locale.
Des combats de couverture et destructions de ponts ont lieu par la compagnie d’Annecy à Seyssel. Combats attestés dans les derniers jours de juin 1940; des réfugiés seysselans repliés sur Annecy témoignent de la résistance locale sur le Rhône. Le 24 juin 1940, les Allemands entrent à Rumilly, mais n’avancent pas sur Annecy: les ponts menant à la ville ont été détruits pour bloquer leur progression, ce qui évite des combats urbains à Annecy même.
Le 25 juin 1940 : l’armistice met fin aux opérations. Annecy échappe à des combats directs sur son sol à ce moment-là et se retrouve en zone non occupée jusqu’en novembre 1942, date à laquelle la situation évoluera avec l’occupation totale du territoire. Après la défaite française, l’armée italienne prend le contrôle dès le 18 juin 1940, puis, à la capitulation de l’Italie en septembre 1943, les troupes allemandes installent leur administration jusqu’à la libération de la ville le 19 août 1944. Ces différentes occupations bouleversent la vie quotidienne et renforcent la présence militaire dans les usines stratégiques, notamment l’usine SRO (ex-NTN-SNR) spécialisée dans les matériaux réfractaires utilisés par les forces armées allemandes.
Après l’occupation allemande de la zone italienne en septembre 1943, la Feldgendarmerie prend en main la répression à Annecy. Les familles juives assignées à résidence à l’hôtel des Marquisats deviennent des cibles directes des arrestations et déportations ordonnées par l’occupant. Sur le quai Jules Philippe, la plaque sur la façade de l’école rappelle l’arrestation de six enfants le 16 novembre 1943.
À l’aube, la Feldgendarmerie investit l’hôtel des Marquisats où sont assignées des familles juives; 13 femmes et enfants sont arrêtés et transférés à la prison du Pax à Annemasse. Le même jour, devant l’école du quai Jules Philippe (à côté de l’Hôtel de Ville), 6 enfants juifs sont arrêtés. Au total, 20 personnes, des femmes et des enfants sont raflées à Annecy ce jour-là et déportées vers les camps nazis.
La mère de Samuel Pintel, assignée à résidence à Annecy, est arrêtée lors de la rafle. Elle pousse son fils vers une amie non juive qui le met à l’abri; il est pris en charge par l’OSE, puis orienté vers la filière d’Izieu avant d’échapper à la rafle d’avril 1944. Son parcours est devenu l’un des témoignages marquants associés à Annecy.
À partir du 24 janvier 1944, ce fut l'intendant de police Georges Lelong (P.C. à la villa Mary, avenue du Parmelan) qui eut autorité sur les forces de l'ordre vichystes de la Haute-Savoie (Groupement du maintien de l’ordre) : gendarmerie départementale (rue de la Préfecture, à côté de la maison d'arrêt) ; garde mobile et groupe mobile de réserve (GMR) de la police au quartier Dessaix (avenue de la Plaine) ; police de sûreté et Renseignements généraux avec le SRMAN (Service de répression des menées antinationales) à l'Intendance, à côté du quartier de Galbert (avenue de Genève) ; Sécurité publique et Franc-Garde permanente de la Milice française (PC et trentaine d’Annecy à la Commanderie, aux Marquisats, et cohorte renforcée, au Casino-théâtre, sur le Pâquier, au moment du maquis des Glières).
Quant aux forces allemandes en 1944 (outre environ sept cents soldats hospitalisés à Annecy dans les lycées de garçons et de filles, et le collège technique), elles comprenaient un état-major de liaison auprès de la préfecture de Haute-Savoie (Verbindungsstab, V.S. 988) à l'hôtel Splendid (quai Eustache-Chappuis) avec une trentaine de Feldgendarmen à l'hôtel du Lac ; en janvier, mars et début avril, le Reserve-Gebirgsjäger-Bataillon I./98, puis trois sections du Reserve-Grenadier-Regiment 157, au quartier de Galbert ; un commissariat de police frontalier (Grenzpolizeikommissariat ou Greko) de la police de sécurité (Sicherheitspolizei ou Sipo) à la villa Schmidt (avenue d'Albigny) ; la 12. Kompanie du III./SS-Polizei-Regiment 28 Todt, puis, à partir d'avril 1944, la 13. Kompanie (régimentaire) du SS-Polizei-Regiment 19, de la police d'ordre (Ordnungspolizei ou Orpo), à l'école Saint-François (rue de la Gare), plus, en avril 1944, la 1. Kompanie du I./SS-Polizei-Regiment 19 au quartier de Galbert, sans oublier l'état-major et la section de commandement des bataillons successifs à l'hôtel du Mont-Blanc (rue Vaugelas).
Les membres en uniforme des unités de police d'ordre (Ordungspolizei ou Orpo) allemandes n'étaient pas des Waffen-SS (des soldats SS) ni même des SS au sens strict. En effet, si, en 1936, les forces de police allemandes passèrent sous la direction de la SS, tous les policiers ne devinrent pas des SS et, dans la police d'ordre, seuls certains cadres le furent (les runes SS argentées sous la poche gauche de poitrine et le grade dans la SS adjoint au grade dans la police indiquant l'appartenance personnelle à la SS). Certes, en février 1943, les régiments de police furent renommés régiments de police SS (comme les SS-Polizei-Regiment 28 Todt et SS-Polizei-Regiment 19), mais ce changement fut purement nominal en vue de remonter le moral des troupes, et ne concerna ni le recrutement (policiers de moins de vingt ans ou de plus de quarante), ni l'entraînement, ni l'armement (armes individuelles et fusils-mitrailleurs tchèques modèle 1926 ; pas d'armes lourdes ni de blindés).
Le siège local de la SPAC (Section politique anticommuniste), dit “Intendance d’Annecy”, est utilisé en 1943–44 pour interrogatoires et détentions; il illustre la judiciarisation répressive de la guerre intérieure. Annecy fut, entre autres, le siège d'une trentaine, puis d'une centaine de personne de la Milice française : 72 francs-gardes en avril 1944. La ville compta de nombreuses prisons où beaucoup de résistants furent enfermés et trouvèrent parfois la mort sous la torture, mais aussi un centre actif de la Résistance.
Le développement de la Résistance
Dès 1941–1942, des réseaux de résistants cohabitent avec des pétainistes et des soldats italiens, puis allemands à partir de 1943.
L’Auberge du Lyonnais devient un foyer du mouvement Combat : Flora et Jean-Marie Saulnier y organisent le passage d’agents, la diffusion de tracts et l’accueil de réfractaires au STO. L’Auberge du Lyonnais, tenue par Flora et Jean Marie Saulnier (mouvement Combat), sert de plaque tournante pour liaisons, renseignements et passages, jusqu’au durcissement de la répression fin 1943. Flora Saulnier est arrêtée quelques jours avant Noël 1943, internée puis déportée à Ravensbrück. Au printemps 1944, on compte treize lieux de détention sur le territoire annécien, signe de l’intensité des activités résistantes, de la riposte ennemie et de la répression accrue de la Gestapo.
L'Auberge du Lyonnais situé au quai de l’Évêché, sert de façade légale à un nœud de liaison du mouvement Combat. Sa position en vieille ville, très fréquentée, permet de masquer des rendez vous courts et la circulation discrète d’informations. Messages déposés/récupérés sous couverture de la clientèle; relais entre cadres locaux, émissaires de Lyon et maquis environnants. Acheminement d’aliments, vêtements, médicaments et matériel vers les groupes du secteur (notamment Thorens–Glières), avec collecte auprès d’appuis urbains.
Réception et diffusion de journaux (Combat, tracts), collecte de cotisations, mise en main de consignes d’action. Mise à l’abri de transit pour agents de liaison ou réfractaires en route vers des planques; orientation vers des filières sûres (hébergements, ateliers de faux papiers partenaires). Observations sur patrouilles, contrôles, mouvements en ville; recoupement d’alertes pour sécuriser les rendez vous et prévenir les coups de filet. Fixation de points et d’horaires, messages codés simples (couvertures, mots de passe), et dispersion rapide des contacts pour limiter les risques.
Chaque interlocuteur ne connaît qu’un maillon; les échanges se font debout au comptoir, à voix basse, quelques minutes tout au plus. Le flux régulier de clients (chauffeurs, commerciaux, habitués) dilue les allées et venues des agents de liaison. Variations d’horaires et de personnes pour éviter les filatures et repérer les surveillances.
Les parachutages d’armes au plateau des Glières fournissent munitions et souffle stratégique à la Résistance savoyarde. Ces apports permettent d’organiser la libération du département, dont Annecy, en concentrant les efforts pour isoler et faire tomber les garnisons allemandes ville par ville.
Annecy a vu émerger des chefs FFI, des agents de liaison et des combattants de terrain qui ont pesé sur la libération de la ville et, plus largement, de la Haute-Savoie. Voici les figures locales les plus marquantes, avec leurs rôles et ancrages précis.
Nizier : Joseph Lambroschini, dirigeant de l’Armée secrète (AS) locale. Nizier consolide l’Armée secrète (AS) autour d’Annecy, impose des règles de sécurité (cloisonnement, liaisons sûres) et une discipline opérationnelle qui réduit les coups de filet ennemis. Il met en place des circuits de décision courts entre renseignement, sabotage et action, ce qui permet d’agir vite sur les cibles utiles (communications, dépôts, points de contrôle). Sous son impulsion, la ville devient un nœud logistique (relais, caches, liaisons), en appui des maquis environnants et des passages vers la Suisse.
Le rôle de Nizier a été décisif pour transformer une mosaïque de groupes en une force capable de libérer la ville. Nizier cofonde l’état-major FFI haut-savoyard le 17 juin 1944 pour coordonner l’action avec les FTP, isoler les garnisons allemandes et préparer les redditions successives menant à Annecy.
Après juin 1944, Nizier (AS) s’unit à “Grand” (André Augagneur, FTP) au sein des FFI, pour une conduite coordonnée des opérations dans toute la Haute Savoie. Leur ligne est claire: isoler les garnisons allemandes, couper routes et transmissions, user de l’ennemi plutôt que chercher des affrontements frontaux coûteux. Il exploite les apports en armes et l’élan moral hérités du plateau des Glières pour passer d’actions de harcèlement à une séquence de libérations locales convergeant vers Annecy. Nizier fait occuper les accès d’Annecy, neutralise les points sensibles (ponts, centrales, dépôts), et crée un rapport de force qui rend la position allemande intenable.
Nizier organise la réunion de reddition du 19 août 1944 à l’hôtel Splendid afin d’éviter un bain de sang. Sa priorité est la sécurité des habitants: éviter les représailles, empêcher la mise à feu de charges, et garantir une transition ordonnée. À l’aube, il convoque les autorités d’occupation à l’hôtel Splendid pour négocier. L’acte de reddition est signé dans la journée, évitant combats de rues et destructions d’infrastructures.
Nizier organise la récupération des armes, le cantonnement des unités FFI, la garde des services vitaux (eau, électricité, télécoms) et la prévention des exactions. Il facilite le passage du pouvoir aux instances civiles (Comité de Libération, Préfecture), en maintenant la discipline des troupes et le respect des procédures. Continuité militaire Sous sa houlette, des éléments FFI d’Annecy sont intégrés à des unités régulières (dont la reconstitution du 27e BCA) et participent à la poursuite des combats en Savoie et dans l’Ain.
Son nom reste associé à une libération exemplaire, où la Résistance a su gagner militairement tout en protégeant la ville et ses habitants.
Grand : André Augagneur, chef des FTP en Haute-Savoie, il s’unit à Nizier au sein des FFI pour harmoniser sabotages, encerclements et négociations de capitulation. Leur stratégie conjointe, appuyée par les parachutages des Glières, accélère la libération d’Annecy et du département à la mi-août 1944.
François de Menthon : figure fondatrice du mouvement Combat et originaire du lac d’Annecy (famille de Menthon Saint Bernard), il sert de pont entre les orientations nationales de Combat et l’armature des réseaux haut savoyards, facilitant leur structuration autour d’Annecy et leurs liens politiques avec la France libre.
Flora Saulnier : membre du mouvement Combat et tenancière de l’Auberge du Lyonnais : plaque tournante de la Résistance à Annecy).
Jean Marie Saulnier : coresponsable de l’Auberge du Lyonnais, il doit se faire de plus en plus discret au cours de l’année 1943 face au durcissement des opérations de la Gestapo.
Louis Armand : chef de la Résistance ferroviaire à la SNCF, il impulse la doctrine de sabotage raisonné des voies et installations. Son influence contribue à la protection des infrastructures clés autour d’Annecy tout en entravant les mouvements allemands dans le bassin annécien.
Lionel Martin : maquisard puis combattant FFI, il participe aux opérations qui conduisent à la libération du département et à la reconstitution du 27e BCA. Les archives d’Annecy le présentent comme l’un des “héros malgré eux” associés à la libération de la ville le 19 août 1944. Lionel Martin incarne ces chefs de groupe opérationnels dont l’action converge vers la libération du chef lieu et l’intégration de résistants aux unités régulières ensuite.
Jean Jacques Fuchs : résistant local honoré par les archives municipales dans le triptyque de “héros de l’ombre” liés à la libération d’Annecy, figure de ces anonymes qui contribuent décisivement aux jours d’août 1944. Jean Jacques Fuchs est représentatif de ces cadres de terrain qui, sans notoriété nationale, ont pesé concrètement sur les journées de la Libération à Annecy.
Claudius Lyard : autre “héros malgré lui” signalé par les archives, représentatif des volontaires engagés dans les colonnes FFI qui entrent dans Annecy libérée après la reddition signée à l’hôtel Splendid. Claudius Lyard témoigne du rôle des commandants de proximité dans la stabilisation de la ville après la reddition.
Lieutenant Tom Morel : chef charismatique du maquis des Glières, il donne en 1944 un élan moral et militaire aux résistants haut savoyards. Sa capacité à fédérer et à obtenir des parachutages d’armes rejaillit sur les groupes du secteur d’Annecy en amont de l’été 1944.
Capitaine Maurice Anjot : successeur de Tom Morel aux Glières, il prolonge l’effort organisateur malgré l’épreuve militaire du plateau. La continuité du commandement et des liaisons permise par Anjot soutient la montée en puissance des FFI qui culminera dans la séquence de libérations d’août 1944, incluant Annecy.
Les bombardements alliés
Le site industriel de l’usine SRO constitue une cible majeure pour les bombardiers alliés : Annecy, a été bombardé à trois reprises par les Alliés (11 décembre 1942, 11 novembre 1943, 9/10 mai 1944) qui visaient l'usine de roulements S.R.O. Le 11 décembre 1942 (Usine SRO) : Bombardement à haute altitude « à l’aveuglette » ; quartiers de La Prairie, Les Balmettes et Loverchy touchés ; 5 morts, de nombreux blessés, plus de 70 bombes non explosées retrouvées au cimetière de Loverchy.
Le 11 novembre 1943 (Transformateur de l’usine SRO) : violente explosion à l’aube, dégâts dans l’enceinte industrielle et aux alentours, bilan humain et matériel significatif. Ces frappes visent à perturber la production de roulements pour les panzers allemands, mais causent d’importantes pertes civiles et endommagent l’habitat annécien .
Libération d’Annecy le 19 août 1944
La Haute Savoie est le premier département de France libéré par ses seules forces résistantes, le 19 août 1944. Annecy, chef lieu, tient une place symbolique centrale dans cette séquence de victoires locales coordonnées par les FFI.
Après avoir verrouillé les accès de la ville pour éviter un bain de sang. Les négociations commencent dans la nuit du 18 août à Veyrier du Lac avec le commandement FFI, qui ouvrent la voie à l’acte de reddition allemande le lendemain à l’hôtel Splendid le 19 août 1944. Siège de la Kommandantur; le 19 août 1944, le colonel allemand (Meyer/Mayer) signe la reddition d’Annecy. Des prisonniers allemands sont conduits sous bonne garde dans la ville, et de grands convois FFI entrent dans Annecy libérée. Cet épisode constitue l’action la plus marquante de la Résistance dans la commune même.
Cette libération intervient après la chute des garnisons voisines (Évian le 16 août, puis Thonon, Saint Julien, Annemasse, Cluses, Le Fayet), résultat d’une stratégie FFI visant à isoler et faire capituler chaque place forte avant de conclure à Annecy. Annecy et les associations mémorielles organisent chaque 19 août des cérémonies (notamment place du Souvenir, devant le monument aux combattants), rappelant la reddition négociée et le retrait de la Wehrmacht des murs de la ville.
Le 4 novembre 1944, le général de Gaulle effectue une visite triomphale à Annecy, saluant la population et les combattants de la Résistance. Après la guerre, la maison des Marquisats devient un centre de mémoire où se réunissent associations de résistants et de déportés pour entretenir le souvenir des événements.
Après la libération de la ville en 1944 et jusqu'au 30 septembre 1947, un vaste camp de prisonniers allemands sur 7 hectares fut établi sur les terrains de Novel auparavant occupés par des champs. Ce camp avait été construit dès le début de la guerre en prévision des nombreux prisonniers que l'armée française pensait alors faire. À partir de juin 1941, le camp fut en partie occupé par les Compagnons de France, la Milice, puis par les élèves du collège Sommeiller.