Saint-Donat passe ensuite aux dauphins après les évêques ; en 1349, lors du rattachement du Dauphiné à la France, Humbert II du Viennois, le dernier dauphin, se réserve Saint-Donat. Saint-Donat passe à la couronne de France en 1428. Durant les guerres de religion, l'église est pillée, les reliques de saint Donat disparurent. Mais le village ne changea pas de nom… À la Révolution, les derniers chanoines quittent les lieux. En 1814, le bourg est occupée par une troupe autrichienne.
Le developpement de Saint-Donat fut lié au creusement d'un canal dérivant les eaux de l'Herbasse. La force motrice hydraulique faisait tourner des moulins, et surtout, dès la Renaissance, divers ateliers : chanvre, pâte à papier... La grande expansion du village date des XVIIIe et XIXe siècles avec l'implantation des "fabriques" : filatures et moulinages pour la soie, puis d'usines de chaussures. Comme sa voisine Romans-sur-Isère, Saint-Donat a été longtemps une cité de la galoche en bois puis de la chaussure. Des noms comme Sauvageon, Clément, Monclus, Bozzola en faisaient la réputation, mais suite à la " Mondialisation " ,cette industrie a périclité.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Saint-Donat est un centre de la Résistance. En 1940, le curé du lieu, l'abbé Lémonon condamne en chaire l'ouvrage d'Hitler Mein Kampf et la Légion française des combattants. La Drôme est dans la zone dite libre jusqu'au 11 novembre 1942. Placée sous l’autorité de l’Italie jusqu’en septembre 1943 (capitulation de l’Italie), les Allemands occupent alors la Drôme. Dans la Drôme, Recoubeau, Saint-Martin-en-Vercors, Loriol, Montélimar, Saint-Vincent-de-Charpey, Crest,... sont autant de lieux d'enfermement des "indésirables" : Juifs, Tsiganes, réfugiés fuyant le nazisme... Ces camps multiformes ont souvent servi de réservoirs de main-d'œuvre, mais aussi d'antichambres vers les camps d'extermination. Les maquis implantent très tôt et Saint Donat fut un relais dans l'organisation de la Résistance
Louis Aragon et Elsa Triolet furent cachés à saint-Donat par la famille Chancel. Ils se cachèrent dans cette maison pendant plus d'un an, de juillet 1943 à septembre 1944, grâce aux réseaux communistes. Connus seulement sous les pseudonymes d'Elisabeth et Lucien Andrieux, ils passaient pour les habitants de la commune comme des réfugiés, nombreux alors dans la région. Seules quelques très rares personnes dont Mady et Jean Chancel, pharmacien et responsable résistant, connaissaient leur véritable identité.
Pendant ce séjour donatien de plus de 14 mois, Louis Aragon et Elsa Triolet ont poursuivi leur travail d'écrivains. Aragon y a écrit la fin du roman "Aurélien" ainsi que les nouvelles du recueil "Servitude et Grandeur des Français", mais aussi de nombreux poèmes rassemblés dans "La Diane française" ou "Le Musée Grévin". Il était chargé de mobiliser les intellectuels, écrivains, médecins, juristes, etc. de la zone sud, ce qui a motivé de nombreux déplacements. Elsa Triolet y a rédigé les nouvelles publiées en 1945 sous le titre de l'une d'elles "Le premier accroc coûte deux cents francs" pour lequel lui a été décerné le Prix Goncourt, au titre de l'année 1944. Les écrivains résistants Louis Aragon et Elsa Triolet créèrent clandestinement le journal de résistance "La Drôme en armes" qui parut du 10 juin au 5 septembre 1944. La maison qu’ils habitèrent, aux volets bleus, est indiquée à un angle de la rue Pasteur. La façade de la maison a été modifiée, la porte d'entrée donnait dans l'impasse.
La famille Lémonon-Chancel installée rue Pasteur y participe activement à la résistance. Le Dr Lémonon est un médecin généreux et apprécié. Le fils aîné, Jean Lémonon, médecin sous-lieutenant, meurt au combat en juin 1940. Un autre fils, Michel, prêtre, est vicaire à Saint-Donat et à Romans où il participe activement à la résistance contre le nazisme. Tout le monde connaissait les opinions de la famille Lémonon. C'étaient des notables catholiques de cette petite bourgeoisie rurale ayant une influence certaine dans leur entourage, rendant des services reconnus à leurs patients. Ils n'étaient pas engagés dans une formation politique et manifestaient une grande indépendance. Leur connaissance de la réalité allemande les avait amenés à s'opposer, dès le début, aux occupants et à leurs valets de Vichy. La pharmacie est vite devenue le lieu où arrivaient les informations et où venaient tous ceux qui commençaient à envisager des activités résistantes ou qui se sentaient menacés.
Cette grande maison abrite, dans l’aile droite, le cabinet du docteur Lémonon, dans l’aile gauche, la pharmacie de Jean Chancel, mari de Mady, fille du Dr Lémonon Le reste de la maison est habité par la famille. Jean Chancel (1902-1952), pharmacien au rez-de-chaussée de la maison, s'engage dès le début de la guerre dans le combat clandestin tout en exerçant son métier, acquis à l'appel du général de Gaulle. A partir de 1943, il est le délégué des mouvements unis de la Résistance. En 1944, il est capitaine FFI (Forces Françaises de l'Intérieur). Il est considéré, par l'ensemble des résistants, comme un élément fédérateur local et respecté de tous. Durant toute la guerre, il participe à des actions, accueille chez lui, pour des réunions, des responsables de réseaux de la Résistance et du maquis. Les clandestins et réfugiés bénéficient ici d'aide. Son officine devient un atelier de faux papiers, avec l'aide du secrétaire de mairie .En 1944 Jean Chancel devient président du Comité local de Libération puis maire de Saint-Donat en 1945. Jean Chancel décède en 1952. La pharmacie est fermée quelques années plus tard.
C'est dans la maison Chancel que furent rassemblés les aviateurs anglais et leurs passagers après la chute de leur avion, le 9 février 1944, avec parmi eux Francis Cammaerts, alias "Roger", du réseau SOE-Buckmaster (Special operation executive).
Un avion Halifax 275 LW, parti de l’aérodrome de Tempsford en Grande-Bretagne survole la vallée du Rhône pour une mission de parachutage de matériel et de personnels dans la région de Castellane, dans les Basses-Alpes (Alpes de Haute-Provence). Le mauvais temps oblige l’équipage à faire demi-tour. Peu après avoir survolé Romans-sur-Isère, un des moteurs (sur trois) prend feu. Chargé à bloc, l’avion perd de l’altitude. On largue d’abord les containers qui se perdent vers Charmes-sur-l’Herbasse, puis le commandant ordonne aux hommes de sauter en parachute. Parmi eux, se trouve Francis Cammaerts, dit "Roger", du SOE qui a déjà été largué une fois pour une mission dans le sud-est. L’avion, sans équipage, va s’écraser à 25 km au nord-ouest, à Mantailles, dans la commune d’Anneyron.
Les huit hommes atterrissent sains et saufs de façon dispersée dans la région de Saint-Avit. Francis Cammaerts, en costume civil, frappe à la porte de la ferme Dumas où il est bien accueilli. Son parachute et son équipement sont camouflés rapidement. Il se couche et, au matin, part à vélo pour Beaurepaire où il était déjà allé lors de sa première mission, où il retrouvera des amis sûrs. Les autres tombent entre Châteauneuf-de-Galaure et Saint-Avit. Ernest Bell, co-pilote, est recueilli par Édouard Rebatet qui le conduit chez Paul Jacquet, instituteur en retraite ayant quelques responsabilités dans la Résistance. Il y passe deux nuits. Il est récupéré, le 12 février, par Jean Chancel et le Dr Lémonon. Robert Leslie Beattie est accueilli par madame Oriol et sa fille. Au matin, il se dirige vers Bren d’où il est accompagné vers Saint-Donat. Reginald William Lewis, navigateur, frappe à la maison de madame Girardin et de ses trois filles. Le lendemain matin, il part à bicyclette pour Saint-Donat. Les trois derniers membres de l’équipage ont été recueillis et cachés par Louis Clavel, résistant.
Ainsi, après avoir été accueillis, nourris, habillés par les paysans de la région, le 12 février, sept hommes se retrouvent dans la maison Lémonon-Chancel, à Saint-Donat, le Squadron Leader Thomas C. Cooke, pilote, les officiers Ernest Bell, Robert Leslie Beattie, Leonard Jonh Gornal, Reginald William Lewis, James Stanley Reed, Arthur Bruce Whitecombe. Le lendemain, Ils sont accompagnés par Jean Chancel, Aimé Chevelu, Jean Bonfils, Constant Perollier, Paul Baumann, résistants de la région de Saint-Donat, et André, garagiste à Clérieux qui a fourni le camion. Ils sont conduits chez Jacques Merle, entre Chabeuil et Valence, membre d’un réseau spécialisé dans l’évacuation des personnes « tombées du ciel » où ils sont hébergés et cachés quelques jours. De là, ils rejoignent la Grande-Bretagne via l'Espagne.
Cet exemple montre comment toute une chaîne de complicités a été nécessaire pour sauver ces huit hommes. Ce ne sont pas les seuls exemples. Quand on connaît la pénurie et la valeur des pilotes durant la guerre, on saisit mieux l'importance de leur récupération lors de la destruction de leurs appareils. L'action de la population et de la Résistance dans ce domaine a été très importante. Elle a subtilisé les pilotes aux Allemands qui déclenchent rapidement les recherches quand un appareil allié est abattu. Les pilotes alliés sont soignés s'ils sont blessés dans leur appareil ou lors d'un atterrissage dur. Ils sont cachés, nourris, protégés par les gens du voisinage. La Résistance drômoise les remet ensuite à des filières d'évasion qui les font passer en Espagne. De là, ils peuvent rejoindre leurs unités.
Face à la pharmacie Chancel, la boulangerie Ronjat sert de cache à la Résistance et abrite brièvement, en juin 1944, un hôpital clandestin. Parmi le personnel soignant, on trouve des Donatiens et un médecin juif alsacien clandestin. Plusieurs accrochages entre Résistants et troupes d’occupation se sont déroulés : 2 février 1944 à Ratières, 2 juin à Bren, 9 juin au quartier des Crozes…
Marie Métifiot et ses deux filles adultes habitaient la maison au bord du Merdarel sur la place Anatole France. Elles sont en lien avec le premier réseau de Résistance civile de la Drôme nord, autour d'Albert Triboulet, professeur au collège de Romans. Elles cachent pendant six mois, de fin 1943 à juin 1944, Gaston Vincent dit Commandant Azur, un officier radio des services secrets américains. Il est dans sa chambre lors des représailles allemandes du 15 juin 1944, mais le courage des trois résistantes lui évite d'être arrêté. En 1945, Madeleine Métifiot est élue au Conseil Municipal et devient première adjointe.
Les habitants de Saint-Donat-sur-l'Herbasse furent très marqués par la journée de représailles de l'armée nazie le 15 Juin 1944. La Drôme, département stratégique, connut, en 1944, une répression extrêmement dure exercée par la Wehrmacht et la gestapo. Dans l'arsenal des procédés iniques employés par l'Occupant pour marquer les esprits et désolidariser la population de la Résistance, figure le viol. Qu'il soit "d'opportunisme" ou de masse comme à de Saint-Donat-sur-l'Herbasse, dans le Vercors ou dans la vallée de la Drôme, cette pratique criminelle fit des centaines de victimes. Le commandement allemand instrumentalisa les Mongols de l'Ost Legion, laissant toute licence à ces hommes de commettre leurs forfaits sur des femmes ou de très jeunes filles. Ces faits, qui furent évoqués lors des procès de Nuremberg, soulevèrent l'indignation d'écrivains réfugiés en Drôme tels que Charles de Richter ou Louis Aragon.
Les autorités allemandes, bien informées par la Milice française, organisent une expédition punitive à Saint-Donat. Le 15 juin 1944, alors qu'une partie de la Drôme est aux mains des maquisards, le village est victime d'une terrible expédition punitive : dès le matin, des avions allemands mitraillent la population dans les rues. Puis une vingtaine de camions déposent un millier de soldats de type mongol, encadrés par des SS, ils encerclent le village après avoir exécuté trois habitants à Chavannes (Paul Bouvet, Alexandre Laréal et Jean Lespinasse) et blessé mortellement un jeune agriculteur, Désiré Bayard, sur la route de Charmes. Les résistants, devant l’importance des troupes ennemies, se replient. Au cours de cette manœuvre, Léon Pascal est tué sur la commune de Ratières.
Les soldats allemands investissent le village, bien informés, ils visitent en premier les maisons susceptibles d’abriter des résistants. Puis, ils se livrent au pillage des magasins, incendiant au passage la pharmacie Chancel. 86 otages sont arrêtés, hommes, femmes, enfants, de 5 à 83 ans, sont rassemblées violemment, pour servir d’otages, devant la Poste où ils resteront toute la journée. Frappés et humiliés, puis victimes d'un simulacre d'exécution à l'issue duquel huit d'entre eux sont réellement exécutés.
Certains sont interrogés souvent très durement. Aucun ne parle. Parmi eux, un jeune Résistant, blessé, est sévèrement questionné, torturé, puis conduit sur la route de Margès où il est fusillé. Six otages sont emmenés à Valence, trois seront transférés à la prison Montluc, à Lyon, puis fusillés, le 8 juillet, à Portes-lès-Valence. Ce sont Émile Gay, Louis Fau et Albert Bernard.
Puis les soldats violent les femmes qu'ils ont pu arrêter. Pendant toute la journée, les ennemis fouillent les maisons, pillent, violent plus de 50 femmes ou fillettes dont la petite Jeannie Chancel, 13 ans, qui en mourra quelques semaines plus tard. Vers 17 heures, ils quittent le village après avoir chargé les camions de tout ce qu’ils ont volé, linge, postes de radio, bicyclettes,...
Dans l’épilogue de son livre, Mattäus Schindele écrit : « Cinquante ans après, les tragiques évènements de la Seconde Guerre mondiale sont encore bien présents dans le souvenir de ceux qui les ont vécus. Mais, aujourd’hui, les Donatiens ont décidé de regarder vers l’avenir… Je me suis souvent demandé si la connaissance des évènements de cette époque était positive ou négative pour les jeunes Français et les jeunes Allemands qui veulent construire des relations dénuées de tout préjugé… Je crois que le souvenir de ces anciennes déchirures ne contribuera pas à la rouvrir, mais donnera, au contraire, un élan vers plus de compréhension mutuelle… Un regard loyal et généreux vers le passé ne peut que renforcer notre avenir commun. »
Aujourd'hui, Saint-Donat-l'Herbasse est un petit bourg de près de 4 000 habitants, environné de bois, de champs de tabac et de vergers d’abricotiers, réputé pour son Centre musical international. Dédié à la musique de Jean-Sébastien Bach, le centre fait résonner les magnifiques orgues de la collégiale durant le festival d'août et tout au long de l'année avec une programmation de qualité. Vous pourrez visitez la Collégiale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, mêlant art roman et gothique et admirez son magnifique orgue, crée tout spécialement pour jouer les compositions de JS Bach. Chaque été, le festival Bach enchante nos oreilles dans ce lieu incroyable. Visitez le Palais Delphinal à l’occasion d’une exposition et passez devant le Chapelle St Michel. En redescendant, vous êtes sur les traces de l’Occupation et de la Résistance lors de la Seconde Guerre Mondiale. Saint Donat sur l’Herbasse, au cœur de nombreuses actions de la Résistance, a subi les conséquences des représailles le 15 juin 1944. Les différentes habitations sont des lieux de mémoire et sont signalées dans la commune : vous y lirez leur histoire.