Comme nombre de villages du littoral normand, Veules-les-Roses subit de plein fouet l’Occupation allemande. Les falaises sont fortifiées, des blockhaus érigés, et le port de pêche contrôlé. En juin 1940, le village est marqué par les combats liés à l’opération Dynamo, lors de la retraite des troupes alliées vers Dunkerque et Saint-Valery-en-Caux, puis occupée jusqu’à sa libération à l’automne 1944 Les cicatrices de cette époque sont encore visibles à travers certains vestiges.
Paul Noël, 14 ans, joue au ballon quand un avion allié, traqué par des chasseurs allemands, rase le clocher. Le quartier se terre dans la cave d’une vieille Veulaise nommée Prudence, puis fuit sous les mitraillages vers la cavée de la Croix-la-Dame. Une voisine, “la brave Berthes”, finit tranquillement un os de poulet avec un plat en guise de casque, tandis qu’un officier franco britannique gronde les civils: “Une maison, ça ne brûle pas deux fois, retournez dans la cave !”. Le marchand du quartier, revenu de Rouen, distribue des cerises qu’il ne pourra plus vendre.
Encerclement et combats de juin 1940
Entre le 10 et le 12 juin 1940, la poussée allemande isole des unités françaises et britanniques entre Saint-Valery-en-Caux et Veules-les-Roses. Des soldats de la Somme s’y retrouvent acculés et combattent jusqu’à l’épuisement, certains tentant l’embarquement pour échapper à l’encerclement. Des citations officielles mentionnent des officiers blessés grièvement à Veules le 11 juin 1940, preuve de l’intensité des combats au cœur du village. La manœuvre allemande, menée par les 5e et 9e Panzer, ferme l’étau sur la côte d’Albâtre le 10 juin, tandis qu’une flottille alliée prépare une évacuation par mer dans l’urgence.
Pierre Rive (23e GRDI) : Le 11 juin, à Veules, après des reconnaissances audacieuses les jours précédents, le lieutenant Rive prend un FM des mains d’un tireur hors de combat et est grièvement touché. Il sera amputé de la jambe droite. Sa citation à l’ordre de la Légion d’honneur fixe l’intensité des combats au cœur du village. Le brigadier chef René Quilliet (6e Cuirassiers) est grièvement atteint par balles de mitrailleuse et de revolver à Veules le 11 juin 1940 ; sa citation pour la Médaille militaire rappelle l’âpreté des affrontements de rue et de rive ce jour là.
Tentatives d’évacuation par mer
Au matin du 12 juin, malgré la panique provoquée par l’aviation, des groupes parviennent à embarquer depuis la grève, gagnant l’Angleterre avant d’être redéployés en France. Des témoignages et citations militaires soulignent le rôle de cadres qui encadrent ces embarquements précipités sous la menace directe de l’ennemi. Côté allié, une flottille de destroyers britanniques et canadiens est mobilisée pour récupérer jusqu’à 65 000 hommes, dans la continuité des évacuations post-Dunkerque, avec des mouvements sur ce secteur de côte dès les 9–10 juin.
Cinq heures de combat, puis l’embarquement au petit matin : Coupé de son régiment, le lieutenant Gauthier Sainte Marie (5e Cuirassiers) se met à la disposition de la défense de Veules et tient cinq heures contre un adversaire supérieur. À l’aube du 12 juin, malgré la panique provoquée par les bombardiers, il parvient à faire embarquer ses hommes depuis la grève, les ramène en Angleterre, puis de nouveau en France. Une séquence d’évacuation improvisée qui a laissé une forte empreinte locale.
Après la chute du front en juin 1940, Veules-les-Roses reste sous occupation allemande jusqu’à la libération de la région à la fin de l’été 1944. Des clichés « then and now » attestent de la libération du village en septembre 1944, inscrivant Veules dans le mouvement de reconquête alliée de la côte normande après l’opération Overlord.
Veules-les-Roses n’a pas hébergé de maquis d’envergure ou de réseau horizontal FFI structuré, mais le village a néanmoins connu des formes de résistance discrètes et citoyennes pendant l’Occupation. Fourniture de faux papiers et de cartes d’alimentation grâce à quelques fonctionnaires municipaux et notables prêts à prendre des risques. Caché d’armes légères et de munitions dans des dépendances agricoles pour approvisionner, si besoin, les groupes de franc-tireurs extérieurs. Transmission de nouvelles clandestines venues de Londres : récits de la BBC récupérés via postes dérobés ou appareils des maquis environnants et diffusés sous le manteau.
Mise à l’abri, dans les chaumières et les granges, de petits groupes de parachutistes alliés et d’aviateurs abattus en mer, en attente d’un passage illégal vers l’Angleterre. Utilisation des valleuses et des cavées comme points de rendez-vous pour guider ces évadés vers la plage, à l’aube, où une embarcation légère les prenait en charge.
Plusieurs Veulais ont rejoint, à pied ou à vélo, les maquis de la forêt de Fontainebleau ou du bocage cauchois : participation aux sabotages de lignes téléphoniques et ferroviaires. Des caches de munitions et de vivres installées à la lisière des plateaux, en lien avec le réseau « Avenir Normand » ou « Combat ».
Lieux de mémoire à voir aujourd’hui
Le « Cérons » et le monument des canons sur falaise
Symbole local des combats de 1940, deux canons trônent aujourd’hui sur la falaise amont de Veules. Inauguré en 1998, ce monument rend hommage aux marins du patrouilleur « Cérons » (ex-cargo de 66 m réquisitionné en 1939, armé notamment de pièces de 100 mm). Les canons proviennent de l’épave, visible aux grandes marées, et ont été relevés puis offerts à la commune par la Marine nationale. Le site commémore particulièrement les événements du 11 juin 1940, lorsque le secteur est pris sous le feu alors que l’encerclement se referme.
Des témoignages de passionnés et d’anciens combattants évoquent des Écossais commandés par le général Ritchie, et la dédicace d’une place à leur mémoire dans le village, rappelant la dimension alliée des combats de la côte d’Albâtre. En parcourant aujourd’hui le circuit des falaises, on croise un blockhaus coiffé d’une table d’orientation, surnommé “Le Point d’interrogation” par les habitués; un petit repère de promenade qui s’inscrit dans le paysage des anciens ouvrages défensifs du secteur.
Dès la fin de la guerre, tout est mis en œuvre pour essayer d'effacer cette période et retrouver le charme de la station balnéaire d'antan. Mais les destructions sont trop importantes, surtout le front de mer, pour reconstruire à l'identique. On rebâtit alors (avec les dommages de guerre et les matériaux de l'époque) des maisons modernes, un casino... Il reste néanmoins quelques belles villas de charme style "bains de mer" très richement décorées, ainsi que d'anciennes maisons de pêcheurs ou de tisserands construite en grès, en silex ou en briques qu'il convient de protéger.