Le Châtillonnais : une terre d’histoire et de renaissance
Ce territoire n’a pas toujours été celui que l’on découvre aujourd’hui. Le vignoble du Châtillonnais, vieux de plus de deux mille ans, a connu des périodes d’abandon avant de renaître dans les années 1980 grâce à la passion d’une poignée de vignerons. Cette renaissance donne aujourd’hui à la route du crémant une dimension particulière : celle d’un territoire reconquis, façonné par la volonté humaine autant que par la nature.
Mais l’histoire du Châtillonnais ne se limite pas à la vigne. À quelques kilomètres de la route, le site de Vix rappelle l’importance de cette région à l’époque celte. La célèbre tombe de la Dame de Vix, découverte au pied du mont Lassois, a livré un trésor exceptionnel, dont un vase monumental en bronze. Plus loin, les sources de la Douix, mystérieuse résurgence d’eau limpide, évoquent des cultes anciens et une spiritualité profondément liée à la nature. Ici, chaque paysage est un palimpseste : sous la vigne affleure l’histoire.
Châtillon-sur-Seine : porte d’entrée d’un territoire lumineux
Le voyage commence souvent à Châtillon-sur-Seine (km 0), petite ville élégante traversée par la Seine naissante. Ses ruelles tranquilles, ses maisons à pans de bois, ses places ombragées donnent immédiatement le ton : ici, on vit au rythme de la nature et des saisons. Peuplé dès la Préhistoire, comme en témoignent les vestiges retrouvés sur place, le territoire de Châtillon-sur-Seine se développe dans le courant du Moyen Âge, notamment avec la prolifération d'établissements religieux dans la région. La cité se modernise au XIXe siècle, notamment à travers la sidérurgie et ses fonderies. L'industrie décline après la Seconde Guerre mondiale, et la commune se tourne alors vers la production de Crémant de Bourgogne et la filière du bois.
Labellisée Plus beaux détours de France, Châtillon-sur-Seine s'étend au pied d'une colline portant les ruines d'un château fort et possède un beau patrimoine médiéval. Dominant les toits de la cité, du haut de son promontoire rocheux, l'église Saint-Vorles, est un véritable bijou de l'art roman du XIe siècle. Elle se trouve à l'emplacement d'origine de la ville à l'époque gallo-romaine. À l'intérieur, il est possible d'admirer une très belle Mise au tombeau, ainsi qu'un oratoire du IVe siècle dans la crypte. Elle se situe non loin des ruines du château des ducs de Bourgogne.
En continuant votre déhambulation, vous croiserez l'église Saint-Nicolas du XIIe siècle. Elle présente des vitraux du XVIe siècle représentant notamment l'arbre de Jessé ou encore l'histoire des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle. La commune était en effet un point de départ pour l'une des voies vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Ne manquez pas non plus de vous rendre à l'église Saint-Pierre, ancienne abbaye Notre-Dame classée aux Monuments Historiques. Ses bâtiments conventuels, construits au XIIe siècle, abritent le nouveau musée. La ville possède par ailleurs l'un des plus beaux trésors historiques, aujourd'hui exposé dans son musée du Pays Châtillonnais. Il s'agit du Trésor de Vix, un incroyable vase grec en bronze retrouvé dans la tombe de la princesse celte de Vix.
À ne pas manquer également, le fameux site de la source de la Douix. Cette source résurgente de type vauclusien aux eaux limpides est située dans un lieu charmant et verdoyant, au pied d'un escarpement rocheux, idéal pour une petite halte entre deux visites. Châtillon-sur-Seine est un point de départ idéal : on y respire déjà l’atmosphère du vignoble, cette alliance de simplicité, de profondeur et de douceur. Les terrasses du centre-ville, sont parfaites pour déguster un verre de crémant en observant la vie locale.
Villages et paysages : un charme discret et profond
En quittant Châtillon-sur-Seine en direction de Massingy (6 km), la route s’enfonce dans un paysage de plus en plus lumineux. Les villages se succèdent, chacun avec sa personnalité
Massingy – Cœur historique du vignoble du Crémant
Un village typiquement bourguignon, avec ses maisons blondes et ses toits de tuiles plates. Les vignes y dessinent de belles courbes sur les coteaux.
Dès 1145, le clos de l'abbaye, propriété de l'abbaye Notre-Dame de Châtillon qui possède un prieuré-cure à Massingy, est planté en vignes. Juste avant la Révolution, la majorité celles-ci appartient aux moines installés dans l'actuel hôtel de ville de Châtillon. Au milieu du XIXe siècle le vignoble s'étend sur 180 hectares mais c'est au début du XXe siècle qu'il connait son apogée. Massingy compte alors 260 habitants parmi lesquels on recense 33 vignerons, 3 bouilleurs de cru, 3 tonneliers, 14 cultivateurs et un ... marchand de champignons. Le phylloxéra entraine alors l'abandon des vignes jusqu'aux années 1950 et en 1985 5 hectares de vignes sont à nouveau exploités.
Ici, le voyageur ne suit pas seulement une route : il suit un fil d’or, celui des bulles fines et élégantes du Crémant de Bourgogne, ce vin effervescent qui a su conquérir les tables du monde entier tout en conservant une âme profondément locale. Commencez votre visite par le musée de la vigne et du vin. L'église Saint-Vincent, vestige d'un prieuré-cure dépendant de l'abbaye Notre-Dame de Châtillon conserve des murs romans et un chœur du XVe siècle. Elle possède un grand tableau de saint Vincent et des statues anciennes. Au milieu des champs, un lavoir fraichement restauré dont les grosses poutres à l'ancienne rappellent les constructions d'antan.
Poursuivre vers Chaumont-le-Bois (14 km). Charmant village de la vallée de la Seine, Chaumont-le-Bois est niché dans un écrin de verdure. En chemin arrêtez-vous à Obtrée.
Obtrée – Le Charme discret du Châtillonnais
A voir de belle Maisons de pierre, la fontaine, lavoir réaménagé dans l'ancienne chapelle du XVIIe siècle, l'église Saint-Claude...
Chaumont le Bois – Village viticole et paysages d’exception
La forêt tient une place importante, mais le village de Chaumont le Bois a eu dans les siècles passés une vocation avant tout viticole. Dès le XIVe siècle le village vit presque exclusivement de la vigne. Aujourd'hui les vignes sont classée en AOC Bourgogne et produisent un excellent Crémant. Le village était autrefois sur la hauteur. De l'ancien château subsiste un joli pigeonnier à proximité du ruisseau de la Fontainotte. Pour découvrir le savoir-faire des vignerons d'hier et d'aujourd'hui visitez le musée du Vigneron et sa cave. A voir aussi l'église Saint Martin du XVIIIe siècle. Remarquez les Vignes en amphithéâtre.
Votre prochaine étape sera Villers-Patras (18 km). Le Châtillonnais n’est pas une région qui s’impose. Elle se dévoile. À mesure que l’on quitte les grands axes, le paysage change subtilement : les forêts deviennent plus denses, les vallons plus doux, les villages plus espacés, comme posés délicatement dans un écrin de verdure.
Villers Patras – Authenticité et panoramas viticoles
Villers-Patras est un village paisible où l’on ressent la force du terroir : les coteaux calcaires y sont particulièrement expressifs. Admirez les Maisons vigneronnes et profitez des points de vue sur les coteaux. la mairie en pierres de taille et moellons du XVIIIe siècle mérite également votre attention comme l'Église Saint Pierre. L'église de la Nativité de plan allongé a été bâtie au XVIe siècle mais remaniée plusieurs fois, le clocher à l'aplomb de la façade date de 1829
Noiron-sur-Seine – Pause bucolique au bord de l’eau
Le village de Noiron-sur-Seine (23 km) est un havre de tranquillité au bord de l’eau, idéal pour une pause contemplative. A voir : L'église Saint-Pierre ainsi qu'une grande partie de son mobilier exceptionnel. Les murs du chœur et de la nef proviennent d'une première église fondée au XIIe siècle par l'abbaye Saint-Pierre et Saint-Paul de Pothières. Admirez les deux fresques murales : saint Jacques le Majeur (XVe siècle) et le miracle de la lactation de saint Bernard (XVIe siècle).
L’un des grands plaisirs de la Route du Crémant réside dans les rencontres. Contrairement aux grandes routes viticoles plus fréquentées, ici, l’accueil est souvent direct, simple, authentique. Les vignerons ouvrent leurs caveaux avec générosité, heureux de partager leur métier et leur passion. On y parle de terroir, bien sûr, mais aussi de météo, de vendanges, de transmission familiale.
Pothières – Paysages ouverts et vignobles familiaux
Le patrimoine du village de Pothières (28 km) inclut les vestiges de l'abbaye de Pothières, la plus ancienne abbaye du Châtillonnais, fondée en 863 par Girart de Roussillon et consacrée en 878 par le pape Jean VIII. Rattachée directement à Rome, elle entretient beaucoup de conflits avec les évêques de Langres. Jeanne d'Arc est réputée y avoir fait étape en février 1429, sur la route de Chinon.
L'église Saint-Georges conserve du mobilier de l'église abbatiale détruite au début du XIXe siècle : les fonts baptismaux, des dalles funéraires, plusieurs statues dont un saint Roch en pierre polychrome du XVIIe siècle et un tableau du XVIIIe siècle représentant l'Adoration des mages. Admirez également le moulin à eau sur la Seine. Prenez ensuite la direction de Vix (30 km).
Vix & le Mont Lassois – Site archéologique majeur
Toujours habité sous l'Antiquité, le site se développe encore au Moyen Âge et le village se mue en capitale religieuse du Châtillonais. Il demeure de ce passé un riche patrimoine d'autant plus valorisé que du mont Lassois, le visiteur bénéficie de points de vue remarquables. Une étape d'intérêt lors de votre parcours touristique sur la Route touristique du Crémant .
Si les trésors archéologiques découverts sur la commune sont pour les plus remarquables conservés au musée de Châtillon-sur-Seine comme le vase du Ve siècle avant notre ère, on peut encore observer à Vix des vestiges de l'oppidum antique ou du palais celte. Nombre de panneaux sont à disposition des visiteurs qui peuvent comprendre "in situ" comment évolua, de l'Âge de Fer au Moyen Âge, la physionomie de la localité lovée au pied du mont Lassois, dans une boucle de la Seine. A voir ensuite, l'église Saint-Marcel, datant du XIIe siècle, elle faisait partie de l'ancien prieuré bénédictin Saint-Marcel, fondation de l'abbaye de Molesmes, disparue au IXe siècle, l'ensemble s'étant substitué à un lieu de culte carolingien et un cimetière mérovingien.
Entre ces villages, la route traverse des paysages variés : des clairières baignées de lumière, des forêts profondes, des vallons secrets, des coteaux sculptés par la vigne. Le Châtillonnais est un territoire qui respire. Un territoire qui apaise. Continuez votre périble en direction de Laignes (47 km).
Laignes – Porte sud est de la Route du Crémant
Des monnaies mérovingiennes ont été frappées à Laignes, en particulier à l'effigie de Charles le Chauve. Pendant cette période où Laignes appartient au Tonnerrois qui passe des comtes des Champagne au duché de Bourgogne, pour résister aux divers sacs et pillages des bandes armées qui ravagent le pays pendant la Guerre de cent ans, la ville s'entoure de fortifications dont il ne subsiste qu'une grosse tour ronde.
A voir : l'église Saint-Didier avec son son mobilier et sa statuaire des XVIe et XVIIe. La sculpture de la résurgence de la Laigne et le bassin dans le centre du village. L'ancien café des Chiens Blancs sur la grande place de la mairie, devenu la médiathèque Louis-Blairet. La chapelle Sainte-Marguerite sur la route de Fontaines-les-Sèches.
Molesme – Berceau de l’ordre cistercien
Molesme (59 km) vous fera découvrir les restes de l'abbaye Notre-Dame de Molesme.
Haut lieu de l'histoire religieuse de l'occident médiéval, berceau de l'ordre cistercien, l'abbaye Notre-Dame fut fondée en 1075. Venu de Collan près de Tonnerre, un groupe d'ermites conduits par saint Robert souhaitait ainsi vivre selon la règle bénédictine dans toute sa rigueur primitive. Attiré par la réputation de la communauté, saint Bruno, futur fondateur de la Chartreuse, vécut en 1082-1083 dans un ermitage rattaché à Molesme. En 1098, l'abbé Robert et une poignée de moines tentèrent une nouvelle expérience ascétique, en allant fonder à Cîteaux un « nouveau monastère » qui devint ensuite le berceau de l'Ordre Cistercien. L'abbaye de Molesme fut hélas en partie détruite à la Révolution. En subsiste notamment l'aile sud qui avait été reconstruite par les Bénédictins Mauristes au XVIIIe siècle.
Visites guidées : aile Sud aux voûtes spectaculaires construite par d'Aviler entre 1754 et 1758 (salon, salle à manger, réfectoire, anciennes cuisines), caves des XIIIe, XVIe et XVIIIe siècles, extérieurs de l'hôtellerie de 1730, vestiges du cloître (XVe s) et jardins contemporains, avec la rose Abbaye de Molesme.