Le 29 juillet au petit matin, Escudier et Picard vont en reconnaissance à Saint-Paul-le-Jeune et observent l’arrivée d’un très important convoi en provenance d’Alès s’engageant sur la longue ligne droite des Lèbres en route vers le front au nord de la France. Le PC est alerté par une téléphoniste de Saint-Paul vers 9 heures 15. Il s’avère que le convoi, guidé par un avion de reconnaissance, est fort de 400 hommes environ transportés par 19 camions, protégé à l’avant par une chenillette blindée, et dispose d’une auto mitrailleuse avec un canon de 75 mm. Ferri demande des volontaires pour stopper à l’avant la chenillette à la grenade Gammon. Aussitôt les groupes, qui comptaient près d'une soixantaine d'hommes, ont été alertés pour prendre position. Alentour chaque maquisard à son poste de combat savait à cet instant précis qu’une page importante de l’histoire de la Résistance ardéchoise allait s’écrire dans cette plaine. Et si nul n’en connaissait l’issue, tous savaient qu’ils en seraient les principaux acteurs.
Le groupe F.T.P. (Francs Tireurs et Partisans) qui logeait dans les maisons inoccupées, au dessous du château, se mit en place sur la colline, entre le château et la route des Vans. Le M.O.I. (Mouvement Ouvrier International), composé de Polonais, d'Espagnols et d'Italiens, qui cantonnait Place de l'Église, en fit autant côté cimetière. Un groupe de l'A.S. (Armée Secrète), qui était venu en renfort depuis quelques jours, prit position au dessus du virage, au bout de la ligne droite qui longe le mur du château des Lèbres.
Des officiers Allemand, descendus de leur véhicule, scrutaient à la jumelle le village et les collines. Une fois qu'ils furent remontés dans leur voiture, la colonne s'ébranla pour poursuivre sa route. A 10 heures, trois compagnies de FFI attaquèrent la colonne à la sortie du pont sur le ruisseau Le Granzon, les grenades font leurs œuvres. Les mitrailleuses de l'A.S. ouvrirent le feu, prenant le convoi en enfilade. C'était le signal de l'attaque. Des partisans du M.O.I., qui se trouvaient en embuscade dans l'enclos du château des Lèbres, lancèrent leurs grenades par dessus le mur, causant de graves dégâts parmi les soldats allemands. Les explosions projettent la chenillette en travers de la route, Ferri et ses hommes bloquent la queue du convoi à l’autre extrémité ; les mitrailleuses des marins portés en surplomb ouvrent le feu sur les camions d’où s’extirpent en catastrophe les soldats allemands pour se disperser dans les vignes qui bordent la route. Mais ceux-ci se ressaisissent à l’abri des fumigènes d’une auto mitrailleuse qui tire des obus sur le village de Banne et ses abords, d’où les hommes de Marco, à l’abri des murettes, ripostent par tirs de mousquetons. Le combat dure toute la journée.
Les deux unités de l’armée ardéchoise composées des FTPF de sensibilité communiste et de l’AS majoritairement gaulliste avaient su gommer leur différent idéologique pour s’unir contre leur ennemi commun. Adrien Carlhan, chauffeur réquisitionné d’un des camions transportant les Allemands, fut probablement tué par un tir FFI dans le but d’immobiliser la colonne. Le soir la colonne allemande, sur la protection d’un blindé venu en renfort, se retire vers Alès, en abandonnant sur le terrain douze véhicules et en emportant ses morts et ses blessés. Côté FFI, on déplore un mort, le soldat Pierre Cordier et plusieurs blessés dont deux graves.
C’est la première grande victoire remportée en Ardèche par la Résistance armée au cours d’un affrontement qui dépasse quelques peu le stade de guérilla. Cette victoire a une valeur symbolique forte car deux armées se sont affrontées et l'habileté tactique des résistants a fait renoncer l'ennemi.
En revanche, le 29 juillet le combat oppose pendant plusieurs heures environs deux cents résistants des 51e, 52e compagnies AS ainsi que la 6-11 commandée par Pierre Ollier de Marichard (et non pas la 7120e compagnie FTP) à quelque 400 soldats allemands transportés par camions et protégés par un ou deux blindés. Dans la cuvette de La Lauze au pied de Banne, le convoi allemand est bloqué par les résistants du secteur D, dirigé par le commandant Bernard (Michel Bancilhon), qui ont pris position sur les hauteurs du village. La colonne ennemie est contrainte au repli. La Résistance a pour ordre de défendre les zones qu'elle contrôle fin juillet, donc d'empêcher toute incursion de colonnes ennemies.
Malheureusement le village de Banne dut subir de lourdes représailles : Dès le matin du 30 juillet, l’aviation mitraille les villages du secteur. La Wehrmacht entre dans le village, appréhende le maire Paul Maës. La poste et la mairie sont incendiées. Pendant deux jours les hommes de troupe se livrent aux actes habituels de destruction et de pillage. Des civils sont assassinés : Raymond Bouchet abattu à St Paul, Marius Manifacier tué dans son champ. A Chassagnes, le 31 juillet Joseph Aubert et sa sœur Marie-Thérèse sont abattus sans explication de même, Gaston Fabre. Au château de Lèbres on retrouve les cadavres d’Elie Bauzely et d’Adrien Carlan. Le maire est emmené comme otage à l’issue de la journée.
Après le 20 août 1944, les troupes allemandes en retraite après le débarquement allié en Provence firent encore deux victimes : Gaston Fabre, des Vans, le 20 août 1944, et Andrée Rouveyrol, de Berrias, le 23 août 1944.
Depuis, historiens et témoins se chamaillent et se contredisent sur l’issue de cet évènement. Le bilan des pertes infligées à l’ennemi diffère sensiblement. Une chose est certaine, la colonne composée de nombreux véhicules encadrés par des automitrailleuses, d’un blindé semi-chenillé avec son canon, le tout survolé par un avion a été stoppée. Un monument financé par une souscription publique à l’appel d’un comité constitué à cet effet fut inauguré le 28 juillet 1946. Il est parfaitement évocateur des embuscades victorieuses dressées en juillet 1944, et de leurs conséquences sur la population.