Défaite des Arvernes et des Helviens.
Au point de vue militaire, les Helviens faisaient partie de la Ligue fédérative des Arvenes. Lorsque les Romains envahirent le territoire des Allobroges, l’Helvie, située en bordure du Rhône, fut désignée comme le lieu de concentration des forces gauloises, que des auteurs évaluent à 200 000 hommes commandés par Bituit, roi des Arvernes. C’est au confluent de l’Isère que Bituit traversa le Rhône, à l’aide d’un pont de bateaux et d’un pont sur pilotis dont les restes se voyaient encore en 1530, au-dessus de Mauves.
Défaite des Gaulois.
« Le premier choc des Gaulois fut terrible, et la mêlée fut affreuse. Pendant assez longtemps le combat se soutint avec acharnement et avec un succès égal. Mais trop resserrées entre le fleuve et les positions romaines, s’embarrassant elles-mêmes par leur nombre, les troupes de Bituit commencèrent à lâcher pied. Fabius qui s’aperçut de ce mouvement d’hésitation en profita pour faire charger les éléphants. La vue de ces animaux presque inconnus des Gaulois, porta l’épouvante et la confusion dans les rangs et détermina la déroute. Aussitôt fantassins et cavaliers se précipitèrent vers les ponts pour gagner le territoire helvien. Construit sans solidité, le pont de bateaux se rompit sous la masse des fuyards. La foule alors reflua vers l’autre pont qui était insuffisant pour donner passage à cette multitude en désordre. Cent vingt mille hommes, dit-on, périrent dans cette défaite (121 avant Jésus-Christ). Pour perpétuer le souvenir de cette victoire, Fabius fit élever sur le champ de bataille une tour en pierre blanche, surmontée d’un trophée où figuraient les armes des diverses tribus gauloises qu’il avait vaincues. Il édifia aussi un temple à Mars et un autre à Hercule. Delichères et Boissy d’Anglas disent que ces monuments s’élevaient à Désaignes » (Jacques Rouchier).
L’Annexion à Rome
Le territoire des Allobroges et l’Helvie furent annexés à la Province romaine et Bituit fut emprisonné à Rome. Les Helviens ne payèrent aucun tribut et ne perdirent aucune partie de leur territoire, mais ils furent détachés de la confédération des Arvernes et englobés dans la Province romaine et plus tard dans la Narbonnaise, tout en conservant leur autonomie. A cause de ce respect des libertés helviennes et en raison de l’amitié qui liait l’Helvien Valérius Porcillus à Jules César, ce territoire ne répondit pas à l’appel de Vercingétorix. Il demeura attaché à la fortune de César qu’il considérait comme son bienfaiteur.
Jules César traverse l’Helvie
En 52 avant J.-C. malgré le froid rigoureux, César se mit en marche avec toutes ses troupes, franchit la chaîne des Cévennes, en s’ouvrant un chemin à travers la neige et tomba comme la foudre au milieu des Arvernes. Les historiens diffèrent sur le point de savoir quel itinéraire suivit César pour se rendre en Auvergne. Les uns le font passer par la vallée du Chassezac et Villefort, d’autres par Tournon, Désaignes et St-Agrève, d’autres encore par Vals, Antraigues et Mézillac. Mais la voie la plus directe et la plus plausible qu’il aurait suivie est la suivante, indiquée par plusieurs auteurs : César serait parti d’Alba Helviorum et aurait débouché dans la plaine d’Aubenas par Lussas, Jastres et l’Echelette et aurait escaladé le plateau central par Montpezat et le Pal.
Après la victoire, les chefs helviens qui avaient partagé avec César les fatigues et les périls de la guerre, entrèrent au Sénat ; les vétérans helviens enrôlés dans la légion de l’Alouette obtinrent les droits des bourgeois romains.
Alba, capitale romaine
Auguste, fils adoptif et successeur de César, fonda Alba Helviorum, la capitale des Helviens. L’antique Alba-la-Romaine construite près de la bourgade actuelle, couvrait une surface de 4 à 5 kilomètres carrés et avait une population évaluée à 40 000 habitants. Auguste l’embellit si bien qu’Alba fut élevée au même rang que Vienne, Avignon, Nîmes et Aix, villes latines. Ses habitants avaient la faculté de s’administrer eux-mêmes, de nommer leurs magistrats et leur sénat, de ne payer que l’impôt dû par les citoyens romains et de voter dans les comices. Les Romains construisirent des thermes, un forum, un cirque, un théâtre, le palais de la Curie, des temples dédiés à Mercure et à Auguste. Alba eut un collège de prêtres et connut une ère de grande prospérité sous les règnes d’Adrien et des Antonins (96 à 192). Le principal commerce de la Cité était celui des vins.
Pline rapporte qu’il y avait à Alba Helviorum un plant de vigne qui fleurissait en un seul jour et pour cela très sûr, si bien que toute la Narbonnaise le cultivait (Histoire Naturelle XIV, chap. IV). Amédée Thierry dit que le vin d’Alba était cité avec honneur par Coulumelle7. Il est à remarquer que le personnage le plus important d’Alba dont le nom soit parvenu jusqu’à nous, est un marchand de vins, Minthatius Vitalis, établi à Lyon et sénateur de la capitale helvienne. Il existe au palais St-Pierre à Lyon, un monument qui témoigne des honneurs rendus à Vitalis. L’inscription latine qu’elle porte peut être ainsi traduite :
« A Minthatius Vitalis, fils de Marcus, marchand de vin résidant à la Canebière de Lugdunum, nommé deux fois curateur de cette corporation et une fois quinquennal des nautes de la Saône, patron de leur corporation, patron des chevaliers romains, appelé par l’ordre splendissime de la cité d’Alba à siéger dans son sein, - les marchands de vin résidant à la Lugdunum, à leur patron. »
Les Voies romaines de l’Helvie
Trois grandes voies romaines partaient d’Alba et rayonnaient sur tout le territoire de l’Helvie. Sous le règne d’Adrien et de ses successeurs, bienfaiteurs de la Narbonnaise, le réseau des voies de communication fut complété par des voies secondaires. Sur les bords de ces routes, des bornes étaient placées, marquant la distance en Milles d’un cité à l’autre et appelées colonnes milliaires.
La première voie romaine débouchait dans la vallée du Rhône par la vallée de Mélas. En sortant d’Alba, elle était bordée d’une double ligne de monuments funéraires, car d’après les lois romaines, il était interdit d’enterrer ou de brûler les corps dans l’intérieur des cités. De Mélas, une voie descendait le Rhône en passant par Viviers (Vivarium), le Bourg (Bergoaïata), Saint-Just (Légernate), et après avoir franchi l’Ardèche, passait dans le Gard. Pour abréger la distance qui sépare Alba de Bourg-Saint-Andéol, on traça une deuxième voie qui passait par Valvignères, Gras, le plateau désert de Saint-Vincent et la forêt de Loùol.
Un deuxième embranchement remontait le Rhône par Cruas, Baix (Batiana), Soyons (Soionus), Tournon, Arras, Limony (Luminis) et gagnait Lyon (Lugdunum), par Condrieu et Ampuis. Cette voie était reliée à Valence et à Vienne. Elle fut construite sous le règne d’Agrippa pour mettre en relations Lyon avec Nîmes et Narbonne.
De Tournon, partait une route destinée à relier la vallée du Rhône au Velay (Pays des Vellaves). Elle passait par Lamastre, Désaignes (Disania), où la civilisation romaine a laissé l’empreinte de sa grandeur. On y a trouvé des marbres, des monnaies, des urnes, des restes de thermes, les ruines d’un temple païen. La voie gagnait le haut plateau par Saint-Agrève (Chinacum) et Montfaucon (Haute-Loire). Elle permettait d’aller directement du Puy à Vienne, à Valence et en Italie à travers les Alpes. Un port très important, Musolis (St-Jean-de-Muzols), fut établi à l’embouchure du Doux par les nautes (ou mariniers) du Rhône. C’est de ce port que les marchandises partaient vers le Haut-Vivarais, le Velay et l’Auvergne.
De Baix, partait une voie qui passait par Alissas (ruines d’une villa romaine) et aboutissait à Privas. De Privas on allait au Cheylard et à Saint-Agrève par deux chemins : l’un qui passait par le col de l’Escrinet, la Fayolle, Mézilhac, Dornas ; l’autre par Lyas, les Ollières, Chalancon et aboutissait à Désaignes.
La troisième grande voie qui partait d’Alba côtoyait le Coiron, passait à Lussas, descendait les dures rampes de l’Échelette et arrivait à Aubenas (Albenates), un des centres les plus populeux et les plus riches de l’Helvie.
Cette voie romaine se divisait en plusieurs embranchements : Le premier passait par le Pont-de-Labeaume, se dirigeait sur Montpezat d’où l’on arrivait sur le haut plateau par deux routes : celle du Pal, le Béage, et celle du Roux, Pradelles. On a découvert au Roux, quantité de statuettes en bronze de divinités païennes et les murs d’un bâtiment antique. Le deuxième embranchement atteignait Villefort par Rosières et Lablachère et la voie de l’Allier par Montselgues et Saint-Laurent-les-Bains. Le troisième embranchement descendait le cours de l’Ardèche par Salavas et arrivait à Uzès par Vagnas. Vous pouvez lors de votre séjour parcourir la route touristique de la voie des Helviens. A part quelques modifications de détail, les routes modernes et les chemins de fer ardéchois n’ont fait que suivre les voies romaines.
Destruction d’Alba
Les envahisseurs germains en Helvie
C’est sous saint Avolus, le cinquième évêque d’Alba, que la capitale de l’Helvie fut pillée et incendiée par Chrocus, roi des Vandales, en 411 et totalement anéantie par les Goths et les Alains qui, pendant dix ans, ravagèrent la contrée. « Rien n’a résisté à la fureur des barbares. Ils n’ont rien épargné, ni le sacré, ni le profane, ni la faiblesse du sexe, ni celle de l’âge : peuple, prêtres, vierges, évêques, tout a été frappé sans distinction, envoyé au supplice ou conduit en esclavage. Les moissons, les vignes, les oliviers ont péri dans les flammes. Les ronces et les épines effaceront bientôt la trace de tout ce qui a vécu. Quand tout l’Océan aurait inondé les Gaules, il n’aurait pas commis de si terribles ravages. » (saint Prosper11)
Aujourd’hui, l’emplacement de l’antique Alba est occupé par des champs plantés de mûriers et de vignes et rien ne désignerait cette plaine à l’attention du voyageur si ce n’étaient les innombrables débris de toutes sortes, que les propriétaires ont accumulés au bord de leurs champs. Il suffit de creuser un peu le sol çà et là, pour découvrir des pavés, des dalles, des autels, des armes, des colonnes de marbre, des fragments de statues, des pièces de monnaies ou des objets mobiliers. Beaucoup des pièces d’or et d’argent trouvées en ces lieux sont à l’effigie des Antonins. L’emplacement d’Alba a fourni un grand nombre de pièces archéologiques au musée d’Avignon (musée Calvet) et à celui du Puy.
Les maisons d’Alba, l’église dans laquelle se trouve un tableau de Parrocel, ont été construites avec les matériaux arrachés à l’antique cité. Plusieurs particuliers ont vendu les tuyaux en plomb qui amenaient les eaux du Coiron aux thermes d’Alba, ainsi que les plus précieuses de leurs trouvailles. En dehors des collections, il ne reste plus de la splendeur d’Alba que des conduites cimentées, des pans de murs du palais curial à l’extrémité du théâtre, dont on pouvait voir encore, il y quelques années, les portes latérales de sortie. Des fouilles méthodiques mettraient encore au jour de grandes richesses archéologiques et peut-être la fameuse chèvre d’or qu’une tradition locale dit être enfouie dans les décombres d’Alba Helviorum.