Evreux, ville archéologique
De nombreuses opérations de sauvetage ont été entreprises afin de mieux connaître l’évolution de la ville, de la période antique à nos jours. On a ainsi mis à jour de nombreux vestiges gallo-romains : Rue Buzot et à l’angle de la rue Joséphine et du boulevard Georges-Chauvin : découverte de voies romaines. Square Georges-Brassens : mise à jour du rempart construit pendant le Bas-Empire, toujours visible en contrebas de la médiathèque et dans la salle archéologique du musée. Boulevard Adelaïde-et-Jules-Janin : découverte d’un vaste ensemble thermal.
A quelques kilomètres d’Evreux, le site archéologique de Gisacum vous invite à découvrir l’histoire d’une importante ville sanctuaire de l’époque gallo-romaine et à visiter des thermes antiques mis en valeur dans un jardin archéologique. Il y a près de 2000 ans, Gisacum était une vaste ville-sanctuaire gallo-romaine qui s’étendait sur près de 250 ha et disposait de nombreux édifices publics : sanctuaire, thermes, théâtre,... Capitale religieuse des Aulerques Eburovices, Gisacum tient son originalité de sa forme hexagonale unique dans le monde romain, et de sa démesure. Dès le IVème siècle, et pendant le Haut Moyen Age, seul un village semble subsister.
L’agglomération était approvisionnée en eau par un aqueduc. S’y trouvaient aussi un sanctuaire qui regroupait plusieurs temples (ou fana), un quartier commercial et de riches habitations dotées de portiques et d’atriums. Grâce au mobilier retrouvé lors de fouilles et conservé au musée d’Evreux, on peut déduire l’évolution du site. Initialement occupée par les Gaulois, la cité connaît son âge d’or au IIème siècle, puis s’étiole avant d’être dévastée lors des invasions du IIIème.
Fondée au début du 1er siècle après J.-C. et abandonnée dès la deuxième moitié du IIIe siècle, la ville gallo-romaine de Gisacum est redécouverte par les archéologues au début du XIXème siècle. Le site archéologique de Gisacum fait aujourd'hui encore l'objet de fouilles.
L’Émergence d’un centre écclésiastique et Médiéval
Au IVe siècle, Évreux entame une transformation majeure en devenant un siège épiscopal. La ville se structure autour d’un rayonnement religieux qui lui confère une importance accrue pendant le Haut Moyen Âge. Au Ve siècle, l’évêque Saint-Taurin inaugure la tradition religieuse ; Évreux devient un important diocèse.
Vers l’an 990, Évreux devient la capitale d’un comté, s’inscrivant dans le duché de Normandie et, dès lors, tissant des liens étroits avec les grandes dynasties françaises. Le patrimoine médiéval se révèle à travers de nombreux édifices et vestiges, dont la majestueuse cathédrale Notre-Dame qui domine le paysage urbain. Ce tournant historique, marqué par la vie religieuse et les rivalités féodales, instaure en Évreux une identité durable, célébrée encore aujourd’hui par un riche ensemble d’architectures et d’artéfacts.
L’éveil médiéval : la cité des évêques
Construction de la cathédrale Notre-Dame d’Évreux (XIe–XIIIe siècles) : chef-d’œuvre de l’art gothique normand. La période médiévale a également laissé de nombreuses traces, telles un atelier de foulon du XIIIe siècle, rue Isambard ou les fondations de l’ancienne abbaye Saint-Sauveur, étudiées lors de l’installation de l’Université au quartier Tilly.
Une autre facette méconnue de l’histoire d’Évreux réside dans son passé artisanal et industriel. Des recherches ont révélé l’existence d’un atelier de foulon datant du XIIIe siècle, situé notamment rue Isambard. Cet atelier témoigne des activités économiques florissantes et de l’artisanat local, contribuant ainsi à la transformation progressive d’une ville fortifiée en un centre de production et d’échanges commerciaux. Ce genre de vestige illustre de manière concrète la vie quotidienne des médiévaux et complète le tableau habituellement centré sur les édifices religieux ou seigneuriaux.
A partir du XIIIème siècle, les étaux et les échoppes d’Evreux sont transférés du quartier Saint Léger vers le quartier Saint Pierre, plus à l’ouest. Dès 1320, l’installation des halles et du marché est attestée au Grand carrefour, sur la place située à l’extrémité de la rue Grande, ainsi nommée car artère principale du bourg. Au Grand carrefour convergent les voies en provenance de Rouen, Lisieux, Chartres et Paris. On y installe également le pilori, poteau où sont attachés publiquement les condamnés en signe d’infamie. (Après l’édification du quartier municipal regroupant la tour de l’Horloge, les boulangeries et poissonneries et la “salle aux bourgeois”, les halles aux bouchers et boulangers y sont transférées en 1508).
La naissance du bourg Saint-Pierre
Officiers du roi (bailli, procureur, avocat et vicomte), ecclésiastiques (doyen et chanoines de la Cathédrale) et bourgeois (artisans et commerçants habitant le bourg) organisent l’espace urbain. La ville est composée de deux grandes zones urbaines, chacune protégée par un rempart : la cité, centre du pouvoir royal et ecclésiastique et le bourg Saint Pierre, centre économique. La paroisse Saint Pierre devient rapidement la plus peuplée et animée de la ville. A l’extérieur des deux enceintes se développent les faubourgs, espaces ouverts constitués par les ateliers des artisans, les abbayes et les couvents.
A proximité de l’actuelle place Sepmanville se rejoignent le rempart gallo-romain (ou castrum), édifié à la fin du IIIème siècle ap. J.-C. et qui entoure la Cité, et l’enceinte médiévale, construite à la fin du XIIème siècle, destinée à protéger le bourg commerçant et paroisse Saint-Pierre, organisé autour de son église. Le développement de ce bourg, au nord de la cité antique, résulte de la proximité avec le bras septentrional de l’Iton. La fortification médiévale rejoint le castrum gallo-romain en deux points : à l’ouest, par une jonction toujours visible au niveau du cours de la rivière en face de la terrasse du MataHari, et à l’est, au niveau de la « grosse tour du châtel » (à gauche de l’actuel Hôtel de ville), située à l’angle nord-est du castrum.
Procureurs, échevins et gouverneurs
Afin d’administrer les affaires de la ville, les bourgeois d’Evreux élisent des représentants, nommés, en fonction des actes et de la période, procureurs, conseillers ou gouverneurs. Représentant le pouvoir exécutif, ces élus sont assistés d’un conseil, composé de gouverneurs sortis de charges et de prétendants aux postes. Ils convoquent le premier lundi de chaque mois l’assemblée des habitants composée des « bourgeois, manants et habitants» de la ville. Afin de les seconder dans leur gestion municipale, les gouverneurs nomment des officiers permanents : tabellions (secrétaires), greffiers, capitaine (chargé de la sécurité de la ville), sergent, trompette, eschauguette (guetteur), horloger, crieur public… Leurs actes – principalement des mandats de paiements adressés au receveur des deniers (trésorier) – sont authentifiés par leurs seings (signatures) et leurs sceaux.
La justice publique au Grand Carrefour
Au Moyen Âge, le Grand Carrefour d’Évreux n’était pas seulement un centre névralgique d’échanges commerciaux, mais également le lieu où se pratiquait une justice très visuelle et collective. C’est ici que le pilori était installé pour exposer publiquement les condamnés, transformant ainsi un lieu de marché en une scène de rétribution sociale. Ce dispositif, bien que répandu à l’époque, demeure aujourd’hui un aspect peu évoqué qui offre un éclairage surprenant sur les mécanismes de contrôle social et l’importance symbolique des espaces urbains dans la régulation de la communauté.
Une « bonne ville »
A la fin du Moyen Âge, la majorité des mandats de paiement rédigés par les procureurs conservés aux Archives municipales concerne l’entretien des fortifications (murailles, tours, ponts, ponts levis, corps de garde, etc), ce qui témoigne du caractère essentiel de cette dépense pour le corps municipal. En effet, dans le contexte de la Guerre de Cent ans, comme les armées royales ne peuvent assurer la défense de l’ensemble du royaume, les bourgeois organisent leur propre sécurité, en entretenant les fortifications, en achetant des armes et en versant des salaires aux gardes. Evreux devient une « bonne ville », comme en atteste une lettre adressée par Henri II en 1553 « A ses chers et bien aimez les eschevyns et gouverneurs de sa bonne ville d’Evreux», qualifiant ainsi une ville munie d’un système de défense et administrée par des représentants élus.
Quand les Intrigues Médiévales Sculptent l’Identité d’Évreux
Les siècles suivants voient la ville évoluer au gré des intrigues politiques et des alliances dynastiques. Au XIVe siècle, par exemple, la branche capétienne des Évreux-Navarre traverse des épisodes tumultueux, notamment sous l’influence de personnages comme Charles II de Navarre, surnommé « Charles le Mauvais ». Ces épisodes d’intrigues intempestives et de rivalités contribuent à forger un caractère à la fois féodal et cosmopolite de la cité. L’influence normande et les échanges commerciaux, favorisés par la position stratégique d’Évreux sur d’importantes voies terrestres, élargissent les horizons de la ville et en font un carrefour incontournable de l’époque médiévale.
Fortifications et vie urbaine
Remparts élevés au XIIe siècle pour se protéger des invasions normandes puis anglaises. Croissance de la bourgeoisie commerçante : halles, métiers jurés et foires.
Renaissance architecturale
L’hôtel du Saussay (fin du XVe siècle) : transition gothique-Renaissance, ornementation riche. Résidence des grands seigneurs et des évêques, affichant leur puissance.
Guerres de Religion et occupation
Fin du XVIe siècle : Évreux impactée par les affrontements entre catholiques et protestants. Plusieurs pillages, l’hôtel de ville et la cathédrale endommagés puis restaurés.
Révolution, Industrialisation et aménagements modernes
Époque révolutionnaire
Nationalisation des biens du clergé ; l’église et les couvents réquisitionnés. Création de la préfecture de l’Eure en 1790, affirmant le rôle administratif de la cité.
XIXe siècle : essor ferroviaire et urbain
Inauguration de la ligne Paris–Rouen en 1843, facilitant l’industrialisation (tanneries, fabriques de draps). Plan d’alignement des boulevards, percées de rues, nouveaux quartiers pavillonnaires.
De l’Industrie Textile au Renouveau Urbain
Avec l’avènement du XIXe siècle, Évreux traverse une période de transformation industrielle. Le développement de l’industrie textile redessine le paysage économique et urbain en insufflant une nouvelle dynamique à la cité. Mais loin d’effacer les traces du passé, cette ère nouvelle s’intègre harmonieusement au patrimoine historique déjà présent. Des fouilles archéologiques, réalisées dans le cadre de travaux urbains, mettent en lumière d’importantes découvertes comme des vestiges gallo-romains ou des fondations de remparts anciens, rappelant constamment la mémoire de ses origines.
XXe siècle : guerre, reconstruction et renouveau
Guerres mondiales
Occupation allemande en 1940 et bombardements alliés en 1944, détruisant en partie le centre-ville. Libération en août 1944, marquant le début de la reconstruction.
Reconstruction et préservation
Plan de rebâtissement au style « pompidolien » mêlé à la sauvegarde du patrimoine médiéval et classique. Création de jardins publics (jardin des Plantes), modernisation des équipements culturels.
Évreux est bien plus qu’une simple étape en Normandie : c’est une ville qui porte en elle les strates de l’histoire européenne, de l’Antiquité à nos jours. Ses ruelles, ses monuments et son atmosphère singulière invitent chacun à un voyage intemporel, entre vestiges et modernité. Pour le visiteur curieux, chaque pierre raconte une page de ce récit ininterrompu qui fait la richesse d’Évreux.