Derrière les façades calmes des Deux-Sèvres, la guerre a laissé des traces précises : exode et réfugiés, occupation, maquis, sabotages, arrestations, puis libération. Voici l’essentiel, ancré dans le territoire.
1939–1940 : exode, troupes polonaises et bascule
À l’automne 1939, puis au printemps 1940, des familles ardennaises et de militaires étrangers (Polonais) sont dirigées et hébergées dans les Deux-Sèvres. Leurs itinéraires, lieux d’accueil et répartition communale sont documentés par les archives locales. En septembre 1939, une partie de l’armée polonaise en reconstitution transite et s’organise dans le département, avant redéploiements vers le front ou l’Atlantique.
Acheminés et répartis par communes ; cette logistique civile et administrative occupe largement les autorités locales pendant la “drôle de guerre”, sans affrontements sur place. Après juin 1940, le département passe sous l’autorité allemande ; rationnements, réquisitions et contrôles encadrent la vie quotidienne.
Le département n’est pas un front continu avant juin 1940, mais il connaît des épisodes armés lors de la débâcle : combats de retardement, prises de ponts et accrochages autour des axes et des franchissements.
Printemps–été 1940
Combats de retardement et couverture de replis sur Thouars (21 juin 1940). Défense du Thouet par le 4e Dragons portés. Déploiement en urgence pour barrer la route de Saumur. Mise en batterie aux sorties nord et le long de la voie ferrée, consignes à la population, puis ordre de repli exécuté en dernier par l’escadron central pour couvrir le retrait du régiment. Épisode typique des actions retardatrices menées dans le département au moment de l’avance allemande.
Ponts et passages sur le Thouet et la Sèvre Niortaise, carrefours ferroviaires et routiers vers Niort, Parthenay et Bressuire, tenus brièvement puis abandonnés dans le mouvement général de repli (même logique opérationnelle que pour Thouars). La pression ennemie venant du nord-est et la chute rapide des places ligériennes imposent des positions “couvrir et décrocher” dans les Deux-Sèvres, avant l’entrée de l’Occupant et la mise en place des réquisitions et contrôles.
1941–1943 : structuration de la Résistance
Les Deux-Sèvres ont connu des actions de Résistance marquantes : formation de maquis, sabotages coordonnés des voies ferrées et routières, parachutages d’armes, opérations conjointes avec des SAS britanniques, et combats ayant entraîné des représailles allemandes, notamment à l’été 1944. Les premiers noyaux de maquis sont autour de Niort, à Sciecq–Sainte-Pezenne (Ferme des Loups), des réfractaires au STO forment un premier maquis local, servant de relais pour recrutements, liaisons, et futures opérations armées. La Ferme des Loups (Sciecq) incarne l’ancrage local du maquis et des soutiens civils (hébergement, liaisons, récupération de parachutages).
Les réseaux locaux s’agrègent d’abord dans l’Armée secrète (Combat, Libération-Sud, Franc-Tireur), puis s’unifient progressivement au sein des FFI début 1944 ; les FTP conservent leur autonomie tout en participant à l’unification. Les volontaires des Deux-Sèvres rejoignent, après la Libération, le 114e régiment d’infanterie.
- Missions et actions : Renseignement, impression clandestine, filières d’évasion, puis sabotages ciblés de voies ferrées et de communications pour préparer le Jour J, conformément aux consignes nationales données aux FFI.
1944 : de l’intensification des sabotages à la Libération
Les maquis multiplient, avant et après le 6 juin, les destructions d’aiguillages, coupures téléphoniques et embuscades pour ralentir mouvements et logistique allemands, dans la logique d“arrières en feu” voulue par Londres et Alger.
La Résistance locale mène une campagne de destructions de voies ferroviaires et routières pour entraver les mouvements ennemis après le débarquement, en lien avec des missions franco-britanniques. Parachutages au Bois Rocard de Boismé (22 juillet 1944) et de nouveaux dépôts en août, destinés à armer les groupes FTPF et les maquis du Bocage autour de Cerizay–Bressuire. Des groupes opérent vers Champdeniers, Saint-Marc-la-Lande, Bressuire–Parthenay, Thouars–Montreuil-Bellay, structurant un harcèlement continu contre l’occupant.
Opérations avec les SAS et combats d’août 1944
- Appui SAS (Opération Dickens) : Détachements du 3e régiment SAS, sous le capitaine Fournier, agissent en petits groupes sur le Poitou et la Vendée, armant les maquis et menant sabotages et embuscades. Des sticks opèrent spécifiquement en Deux-Sèvres à partir de mi-juillet 1944.
- Cerizay–Montravers (22–25 août 1944) : Harcelées par FTPF et SAS, les troupes allemandes ripostent par bombardements, exécutions et combats, causant 14 morts (dont 12 civils). Ces journées illustrent l’âpreté de la lutte locale au moment de la libération progressive de la région.
À mesure du repli allemand, les groupes FFI prennent les points névralgiques (gares, ponts, dépôts) et sont ensuite intégrés dans l’armée régulière, notamment au 114e RI pour les volontaires deux-sévriens.
Cadres et réseaux FTPF : Autour de Bressuire, un groupe homologué (1er mars 1944) se structure autour de Jean Leclère (avec l’appui de Maurice Crozet); des réfractaires du Centre de Jeunesse de La Crépelle rejoignent la Résistance sous Michel Hepp.
Groupes de Résistance actifs dans les Deux-Sèvres
Voici les principales formations qui ont opéré dans le département, avec leurs rôles et zones d’action les plus attestées.
Principaux ensembles armés
- FFI - Forces françaises de l’intérieur : Structure unificatrice (février 1944) regroupant les forces armées issues des mouvements (AS, FTP, ORA) pour planifier sabotages, neutraliser communications et appuyer la Libération. Les volontaires deux-sévriens rejoignent ensuite le 114e RI.
- ORA - Organisation de résistance de l’armée : Réseau d’anciens militaires, souvent en appui des FFI pour encadrement, renseignements et actions de sabotage.
- AS - Armée secrète (MUR) : Bras armé des mouvements de zone Sud puis unifiés (Combat, Libération-Sud, Franc-Tireur), intégré aux FFI en 1944 ; missions de préparation militaire, liaisons, sabotages en vue du Jour J.
- MUR - Mouvements unis de la Résistance : Regroupement Combat–Libération-Sud–Franc-Tireur, base politique et logistique de l’AS. Présence dans les Deux-Sèvres par les filières de liaisons, propagande et encadrement des groupes armés AS.
- FTP/FTPF - Francs-tireurs et partisans : Formation née en 1942, d’inspiration communiste mais ouverte, très active en sabotages et guérilla. Garde une autonomie de commandement tout en étant composante des FFI en 1944.
- FTP du Bocage bressuirais : Groupe homologué autour de Jean Leclère, rattaché à la section FTP de Bressuire (Maurice Crozet); premiers parachutages d’armes au Bois Rocard (Boismé) le 22 juillet 1944. Renforts SAS à partir du 12 août dans le cadre de l’opération Dickens. Zones d’action des “sticks” SAS en appui des FFI/FTP. Secteurs de Champdeniers–Saint-Marc-la-Lande ; Bressuire–Parthenay ; Thouars–Montreuil-Bellay, avec mission de sabotages systématiques des voies ferrées et routières et armement des maquis.
Après unification FFI, les groupes AS, FTP et ex-ORA sont coordonnés pour harcèlement, coupures de voies, et verrouillage des axes au moment des combats et représailles (ex. Cerizay–Montravers, 22–25 août 1944).
Mouvements et réseaux (sélection)
- OCM, Libération-Nord, Ceux de la Libération (CDLL) : Mouvements civils et politico-militaires assurant renseignements, faux papiers, filières et liaisons vers les groupes FFI. Implantation urbaine (Niort, Bressuire, Parthenay) et cantonale via responsables locaux.
- Réseaux spécialisés (renseignements/évasion) : Groupes de liaisons, caches et hébergements (ex. fermes, ateliers, presbytères), soutenant parachutages, transmissions et passages.
Actions les plus célèbres de la Résistance dans les Deux-Sèvres
Parachutages et armement des maquis (Bocage bressuirais)
Parachutage du Bois Rocard (Boismé), 22 juillet 1944 : Livraison d’armes aux FTP du secteur Bressuire–Cerizay, dont le groupe autour de Jean Leclère (rattaché à la section FTP de Bressuire de Maurice Crozet). Les dépôts sont rapidement dispersés dans des caches locales. Après le parachutage au Bois Rocard (Boismé), les dépôts d’armes se dispersent (La Gondremière, hangar Bauche, La Crépelle).
Le 10 août, un nouveau parachutage alimente le secteur, tandis que des réfractaires du Centre de Jeunesse de La Crépelle rejoignent la Résistance sous Michel Hepp. Renforcement décisif des stocks, facilitant la montée en puissance des embuscades et sabotages dans le Bocage.
Opérations conjointes avec les SAS britanniques
- Appui SAS dans l’opération Dickens (mi-juillet–octobre 1944)
Arrivée des SAS le 12 août. Des détachements du 3e régiment SAS, engagés dans l’opération Dickens, se déploient en “sticks” et prennent appui sur des bases mouvantes (Bois d’Anjou puis Amailloux) pour armer les maquis et planifier des sabotages. ission “Dickens”: Sous le capitaine Fournier, environ 70 SAS, répartis en petits groupes, agissent sur Poitou–Vendée. Dans les Deux-Sèvres, trois sticks ciblent prioritairement les secteurs Champdeniers–Saint-Marc-la-Lande, Bressuire–Parthenay, Thouars–Montreuil-Bellay, avec une mission: détruire systématiquement voies ferrées et routières, harceler l’ennemi et organiser des parachutages d’armes.
- Harcèlement et sabotages coordonnés (juin–août 1944)
Sabotages des réseaux rail/route et communications, intensifiés après le 6 juin pour entraver les mouvements allemands, souvent menés par les FTP et appuyés par les SAS; ils préparent la libération locale en isolant les garnisons. Série d’actions et d’embuscades lancées depuis des points d’appui comme La Crépelle, qui accroissent la pression sur les colonnes allemandes et préparent les ruptures logistiques de fin août.
- Journées de Cerizay–Montravers (22–25 août 1944)
À la suite du harcèlement FFI/FTP et SAS, affrontements et violences font 14 morts (dont 12 civils). Ces journées symbolisent l’âpreté des combats de libération dans le nord-ouest du département.
Ces quatre jours concentrent harcèlement de la Résistance, nervosité allemande, puis représailles massives qui frappent Cerizay et le village voisin de Montravers. Le bilan est lourd : plusieurs civils tués, un parachutiste SAS abattu, des centaines de sinistrés, et une ville en grande partie incendiée.
Harcèlement intensif avant le 22 août. Les FTP du Bocage (autour de Bressuire–Cerizay) agissent avec des détachements SAS du 3e régiment (opération Dickens, capitaine Fournier), menant sabotages et embuscades. Leur mission : désorganiser les mouvements allemands et armer les maquis. Les SAS opèrent en “sticks” déployés sur plusieurs secteurs des Deux-Sèvres, dont Bressuire–Parthenay et Thouars–Montreuil-Bellay.
16 opérations menées par la base SAS établie à La Crespelle entre le 12 et le 22 août, dont l’embuscade du Vigneau qui fait des morts allemands, accroissent la pression et les menaces de représailles contre Cerizay.
22–23 août : premiers tirs et victimes
À Cerizay, Auguste Guédon est abattu par des Allemands qui le prennent pour un maquisard, déclenchant un cycle de violences. Le 23, une colonne allemande balaie la ville avec des mitrailleuses, frappant façades et vitrines; une habitante est tuée chez elle. La panique s’installe dans la population. Ces incidents surviennent alors que la Résistance multiplie sabotages et embuscades post-Débarquement, particulièrement dans l’extrême nord-ouest du département à la limite de la Vendée.
25 août : bombardement et incendie de Cerizay
Le 25 (jour de la libération de Paris), deux pièces de 150 mm sont mises en batterie à l’entrée de la ville route de Montravers et derrière le cimetière. Le tir dure plus d’une heure; plusieurs habitants sont tués dans la canonnade et la foule fuit à travers la campagne. Dans l’après-midi, les Allemands annoncent qu’ils vont brûler la ville. Des incendiaires opèrent maison par maison. Bilan : 172 maisons touchées, dont 104 totalement détruites; 3 morts à Cerizay ce jour-là ; 450 à 664 personnes sans abri selon les décomptes. La presse locale décrit aussi des fermes incendiées sur la route de Saint-Mesmin.
25 août à Montravers : fusillades et exécutions
Huit personnes sont tuées à Montravers le 25, dont un parachutiste SAS lorrain, André Schmidt, ainsi que des membres de la famille Billy (la mère et sa fille Madeleine ; la nièce Odile, 14 ans, succombera un an plus tard). Des tirs visent aussi des batteurs aux champs à la Tallerie ; des otages sont emmenés à Montravers.
Des rencontres inopinées entre résistants motorisés et colonnes allemandes déclenchent des tirs “à vue”, amplifiant le cycle de répression sur les civils autour de la Louisière et de la route de Montravers.
Entre combats, bombardements et exécutions du 22 au 25 août, on compte au total 14 victimes dont 12 civils pour l’épisode Cerizay–Montravers, reflet d’une stratégie allemande de représailles face aux actions FTP–SAS dans le Bocage bressuirais. Cerizay devient “ville martyre”. Les destructions massives et les pertes civiles marquent durablement la mémoire, illustrant comment la pression résistante à la fin de l’été 1944 pouvait déclencher des contre-violences extrêmes sur les bourgs du front intérieur.
Au-delà de Cerizay–Montravers, la période est marquée par une montée en puissance des maquis, l’action des SAS et la progression vers la Libération des villes du département. Tandis que l’occupant décroche, la Résistance organise des prises de contrôle locales. Les villes célèbrent leur libération: Thouars (3 septembre), Saint-Loup-sur-Thouet (4 septembre), puis Niort (6 septembre). Le département est officiellement libéré le 6 septembre 1944. À l’échelle du département, la Libération résulte de combats localement violents associant missions interalliées et FFI, suivis de manifestations de liesse dans les bourgs et chefs-lieux.
Exactions allemandes dans les Deux-Sèvres pendant la Seconde Guerre mondiale
Le durcissement décidé par le haut commandement allemand le 3 février 1944 se traduit par des massacres et représailles plus nombreuses en France après le Débarquement, contexte qui affecte directement le Poitou et les Deux-Sèvres. Une forte hausse des fusillés se produit en 1942–1944. Coexistence de répression “judiciaire” (condamnations à mort) et “extrajudiciaire” (exécutions sommaires, incendies) avec participation d’auxiliaires français, tendance également observée dans le département.
La répression a pris plusieurs formes dans le département : exécutions sommaires, bombardements et incendies de représailles, rafles, tortures, déportations, et justice militaire expéditive. L’intensité culmine à l’été 1944, quand l’occupant transpose en France des méthodes déjà pratiquées sur d’autres fronts, notamment après des instructions de radicalisation données début 1944.
- Exécutions sommaires et fusillades d’otages. Ciblant résistants capturés, suspects, et parfois civils pris au hasard en représailles d’attentats ou d’embuscades. La montée en puissance s’observe nettement en 1944 dans tout le Poitou-Charentes, avec un pic de fusillés entre janvier et août.
- Incendies et destructions punitives. Incendies de maisons, fermes et quartiers après des actions de la Résistance, suivant une doctrine de représailles accrue en 1944.
- Rafles, tortures, déportations. Arrestations par Wehrmacht et Sipo-SD (dit “Gestapo”), souvent avec concours de services français collaborationnistes, puis déportations vers prisons et camps du Reich; phénomène attesté pour la région et documenté dans les fonds d’archives locaux.
- Justice militaire et condamnations. Tribunaux des Feldkommandanturen, application du “code des otages” (1941–1943), et durcissement continu à partir de l’été 1941, avec une accélération au printemps–été 1944.
Cas marquants dans le département
- Cerizay–Montravers (22–25 août 1944). Bombardement d’artillerie, incendies méthodiques de quartiers entiers, exécutions et tirs sur civils. Plusieurs morts à Cerizay et huit victimes à Montravers, dont un parachutiste SAS. L’épisode illustre la logique de représailles face aux sabotages et embuscades de la Résistance dans le Bocage bressuirais.
- Série d’incendies ruraux fin août 1944. Fermes et hameaux touchés autour des axes de circulation (ex. routes Cerizay–Saint-Mesmin/Montravers), dans le sillage des opérations et du repli allemand.
- Bressuire : Rafles et violences de répression (été 1944). Arrestations de résistants présumés; passages à tabac, transferts. Harcèlement FTP/SAS dans les communes proches; risques d’exécutions sommaires sur routes et fermes périphériques.
- Thouars : Arrestations et exécutions isolées (1943–1944). Cas de fusillades de suspects et de résistants lors d’opérations de contrôle. Colonne allemande en repli traversant la zone; exactions ponctuelles signalées sur les axes.
- Parthenay : Rafles et tortures (1943–1944). Interventions Sipo-SD et services collaborationnistes; transferts vers prisons et camps. Les sabotages en riposte entraînent des coups de filet et violences contre relais locaux.
- Niort : Répression administrative et policière (1942–1944). Rafles, interrogatoires, déportations; justice militaire expéditive. Exécutions isolées en représailles après sabotages ferroviaires/urbains.
Saint-Maixent-l’École. Arrestations ciblées (1943–1944). Soupçons sur réseaux et liaisons; détentions, tortures, transferts. Passages de colonnes (été 1944) avec incidents armés et tirs “à vue” possibles sur l’axe vers la vallée du Thouet.
- Airvault : Contrôles renforcés (été 1944). Fouilles, otages temporaires lors de sabotages proches ; violences lors de patrouilles. Zones de représailles classiques après explosions des voies ferrées et ponts.
- Melle : Rafles et menaces de représailles (1943–1944). Pression sur hébergeurs de réfractaires et relais FTP. Tirs et incendies ponctuels dans les fermes et hameaux suspectés d’aide aux maquis.
- Champdeniers–Saint-Marc-la-Lande : Zone d’action SAS–FFI (été 1944). Sabotages répétés amenant fouilles, coups de feu, arrestations. Exécutions sommaires isolées sur les routes et lisières de bois après embuscades.
- Secteur Thouars–Montreuil-Bellay : Représailles de colonne en repli (août 1944). Tirs sur véhicules civils, passages à tabac, maisons incendiées près d’embuscades. Prises d’otages courtes durées, libérées au passage de la colonne.
Exactions de la Milice dans les Deux-Sèvres (1943–1944)
La Milice française, créée début 1943, a agi dans les Deux-Sèvres en appui de la Sipo-SD (Gestapo), de la police et de la gendarmerie collaborationnistes. Son empreinte locale se lit surtout en 1943–été 1944: traques anti résistantes, rafles, tortures, exécutions sommaires et incendies de représailles.
- Arrestations ciblées et rafles : Filatures, coups de filet contre réfractaires au STO, hébergeurs et relais FFI/FTP; perquisitions domiciliaires avec violences et pillages.
- Tortures et interrogatoires : Usage systématique de la violence lors des “extractions” et interrogatoires dans des locaux réquisitionnés (hôtels, villas, commissariats), puis remise à la Sipo SD pour internement ou déportation.
- Exécutions sommaires et “règlements de comptes” : Assassinat de résistants présumés ou témoins gênants, souvent au bord des routes ou en lisière de bois.
- Représailles collectives : Incendies de fermes ou commerces suspectés d’aide aux maquis; coups de force au lendemain d’embuscades FTP/FFI.
- Participation aux colonnes de répression : Accompagnement de patrouilles allemandes lors de ratissages; miliciens guides/éclaireurs sur terrain qu’ils connaissent.
Secteurs et villes les plus exposés
- Niort et agglomération : Centre de coordination (police, Feldkommandantur). Rafles, interrogatoires violents, transferts vers prisons régionales; assassinats ciblés sur axes périurbains.
- Bressuire–Cerizay–Parthenay (Bocage) : Zone maquisarde très active en 1944. Après des sabotages/embuscades, interventions mixtes Milice–troupes allemandes: perquisitions, incendies punitifs, exécutions isolées.
Thouars–Saint Maixent–Melle : Arrestations ponctuelles, tortures et livraisons à la Sipo SD; violences lors de passages de colonnes en été 1944.
Exactions attribuées à la Milice dans Niort, Bressuire, Parthenay (1943–1944)
Ce qui ressort dans ces trois villes, c’est un schéma récurrent: actions conjointes Milice–Sipo SD (Gestapo) contre réseaux et maquis, arrestations brutales, interrogatoires avec sévices, exécutions sommaires en périphérie et représailles ciblant fermes/commerces liés à la Résistance. Les traces les plus tangibles dans les sources locales sont souvent les lieux de détention/torture, les plaques mémorielles et les dossiers d’archives de l’Épuration qui documentent la participation milicienne aux opérations de répression.
Arrestations et rafles ciblées : opéré conjointement avec la Sipo SD implantée au 12 rue Alsace Lorraine (“maison de la Gestapo”), appuyée par auxiliaires et collaborateurs français. Ce site a servi de lieu de détention et de torture. La Milice opérait souvent comme force d’appoint, filature, perquisition, transfert des arrêtés vers ce centre puis vers les prisons régionales ou la déportation.
Tortures pendant interrogatoires : sévices pratiqués dans les locaux réquisitionnés avant remise aux services allemands. Plaques et parcours mémoriels en ville le rappellent. Montée en puissance 1943–printemps 1944 : accent sur réfractaires au STO, réseaux de liaison; coordination Sipo SD–polices françaises–Milice renforcée dès 1943. Radicalisation dans l'été 1944, après le Débarquement. Vague d’arrestations, “sorties de nuit”, exécutions isolées et représailles post sabotages; les dossiers d’archives départementales et d’épuration éclairent ces épisodes.
Bressuire, carrefour du nord des Deux Sèvres, a connu en 1944 des ratissages mixtes (Allemands + auxiliaires français), avec perquisitions violentes, incendies punitifs de dépendances et exécutions sommaires à la suite d’embuscades FTP/FFI. La Milice est signalée comme auxiliaire/guide local lors de ces opérations dans le département, éclairées par la mémoire locale et les dossiers d’épuration. Interpellations ciblées de relais FFI, commerçants et hébergeurs, puis transferts vers les centres d’interrogatoire régionaux; la documentation locale insiste sur la chaîne Sipo SD–collaborateurs, dans laquelle la Milice s’insère en 1943–44.
Parthenay, nœud ferroviaire entre Niort et Poitiers, a connu des coups de filet contre relais de maquis et des exécutions en lisière après juin 1944, dans le schéma départemental où la Milice opère en appui de la Sipo SD et de la gendarmerie collaborationniste. Perquisitions, incendies ciblés et prises d’otages de courte durée après attaques de convois/voies; à attribuer prudemment (Milice vs autres forces), d’où l’intérêt des dossiers judiciaires d’après guerre pour préciser les auteurs.