Il est vrai que chasse et pêche fournissaient un complément de nourriture non négligeable. Les oiseaux (et en Provence on entend par oiseaux tous les volatiles) étaient des mets appréciés : tourterelles à la broche bardées de fenouil, perdrix rôties enrobées d'une feuille de vigne et à la saison du passage, grives, merles, tourdes, cailles... Le Provençal a la réputation d'être un mangeur de petits oiseaux. Il le prend au piège ou l'attend au poste.
La tomate, la pomme de terre, qui fit terriblement défaut lors des grandes famines, les haricots ont été importés d'Amérique. L'artichaut, venant d'Italie, n'arrive en Provence qu'au XVIe siècle et l'aubergine originaire d'Asie méridionale ne vint sur notre table qu'au XVe siècle. Cultivé dès 1300, l'olivier ne prit un essor réel qu'aux XVIIIe et XIXe siècles. C'est de cette époque que date réellement la cuisine que nous connaissons aujourd'hui.
Un bon apéritif ne peut se faire sans tapenade dans le Midi ! Cette purée principalement constituée d'olives broyées, d'anchois et évidemment de tapena (câpres en occitan), d'où son nom, peut être dégustée sur canapé ou bien encore en y trempant des bâtonnets de légumes. Mais elle peut aussi servir de farce pour la volaille et les viandes.
Le vendredi en Provence, c'est aïoli ! Ne soyez pas étonné de trouver ce plat si typique sur de nombreuses ardoises de restaurant ce jour-là. Bien plus qu'une "mayonnaise à l'ail", l'aïoli demande avant tout un savoir-faire et beaucoup d'huile de coude pour émulsionner l'ail et l'huile d'olive, à laquelle il est d'usage d'ajouter un jaune d'oeuf et du citron, à l'aide d'un pilon dans un mortier. La sauce obtenue sert à relever la morue, les bulots, les légumes bouillis qui l'accompagne : haricots verts, carottes, chou-fleur et pommes de terre, ainsi que l'oeuf dur. Un plat simple mais très goûteux. A déguster évidemment en duo. Car comme le rappelait Frédéric Mistral : l'ail " a aussi une vertu : c'est de chasser les mouches ".
L'anchoïade est à la Provence ce que la fondue est à la Savoie ! Même si ce plat est servi froid, le principe est le même : on trempe des morceaux (ici, en l'occurrence des bouts de carottes, chou-fleur, céleri et autres crudités) dans un récipient commun. La " sauce " est composée d'anchois, de câpres, d'huile d'olive et d'ail écrasés. On peut aussi déguster l'anchoïade tartinée sur des morceaux de pain. L'anchoïade : (pour 4 personnes) 125 g de filets d'anchois, 2 gousses d'ail, 15 cl d'huile d'olive, 1 cuillère à café de vinaigre de vin, herbes de Provence, poivre. Dessaler les filets d'anchois sous l'eau courante. Les piler dans un mortier à l'aide du pilon. Dans un bol, mélanger l'huile d'olive, le vinaigre et l'ail réduit en purée. Ajouter les herbes et les anchois. Bien mélanger pour obtenir une purée homogène. Servir avec un plateau de crudités ou sur du pain grillé.
La bouillabaisse un est d'origine modeste : c'était la soupe de poissons des pêcheurs des calanques qui, de retour au port, faisaient chauffer au bord de l'eau un chaudron rempli d'eau de mer. Ils y faisaient cuire les poissons invendables et rajoutaient quelques herbes et du fenouil. Au fil du temps, on améliore le plat : l'eau de mer est remplacée par un fumet, les poissons deviennent plus nobles... Si bien que le plat des pauvres est devenu celui des bourgeois. Aujourd'hui encore, pour manger une bonne bouillabaisse, il faut y mettre le prix. Il faut surtout se méfier des restaurateurs peu scrupuleux... Depuis 1980, des restaurateurs ont établi une charte de la bouillabaisse qui détermine notamment les poissons à utiliser (au minimum 4 espèces de poissons de roche parmi les suivantes : rascasse, rascasse blanche, araignée (vive), galinette (rouget grondin), saint-pierre, baudroie (lotte), congre ou scorpène). Vous êtes prévenus !
La soupe au pistou est une soupe qui se consomme l'été : ses ingrédients se trouvant essentiellement à cette époque de l'année. Haricots verts, haricots coco, pomme de terre, cébettes, tomates... sont cuits dans un bouillon pour donner une soupe assez épaisse à laquelle on rajoute des pâtes et bien entendu du pistou (basilic, ail, huile d'olive réduits en purée). Un plat reconstituant et plein de saveurs.
La soupe au pistou : (pour 4 personnes) 100 g de haricots rouges, 100 g de haricots blancs, 100 g de haricots verts, 3 pommes de terre, 2 courgettes, 3 carottes, 2 poireaux, 1 oignon, 1 branche de céleri. Pour le pistou : 2 tomates fraîches pelées et épépinées, 3 gousses d'ail, 50 g de parmesan râpé, un gros bouquet de basilic, huile d'olive. Faites tremper les haricots rouges et blancs environ deux heures dans de l'eau froide. Pendant ce temps, coupez tous les légumes en petits dés. Une fois les haricots rincés abondamment, faites-les cuire à petit feu couvert dans 3 litres d'eau froide. Lorsque l'eau frémit, ajoutez les légumes, augmenter le feu jusqu'à gros bouillon, puis réduisez-le et laissez à découvert. Salez, poivrez. Faire cuire environ 1 heure 30.
Hormis l'élevage caprin destiné à la production fromagère, on découvre essentiellement en Provence l'élevage ovin avec le mouton et bovin avec le taureau de Camargue. Le taureau de Camargue élevés la plus grande partie de leur vie en plein air, ces bovins participent à la protection de l'écosystème. Leur chair, très maigre et riche en protéines, fait le bonheur des amateurs. Cet emblème de la Camargue offre une viande de qualité exceptionnelle récompensée par une AOC Taureau de Camargue. L'appellation concerne un cheptel de près de 20 000 têtes dont environ 5 000 sont destinées chaque année à la boucherie. Les spécificités liées à cette AOC sont diverses. Il faut tout d'abord avoir à l'esprit la particularité de l'élevage des taureaux de Camargue destinés à la sélection des animaux pour les manifestations taurines.
Ceci implique un élevage extensif, c'est-à-dire sur de grands espaces sauvages où l'animal est libre de ses mouvements avec au moins six mois passés en zone humide et sans apport alimentaire extérieur. Cet élevage traditionnel des taureaux garantit la régularité de la qualité de la viande et la typicité gustative du produit. Le suivi de la provenance de la viande de taureau est une autre garantie véhiculée par l'AOC. L'aire géographique d'élevage est clairement délimitée et l'origine de la viande reste indiquée jusqu'au consommateur. En effet, l'animal est suivi de sa naissance à son entrée à l'abattoir, puis la viande est conditionnée de façon à assurer une traçabilité parfaite du produit tout au long des étapes de transformation et de commercialisation.
La gardianne, qu'on appelle également daube, est un plat typique de Camargue qui consiste à cuire de la viande de taureau (en général pris dans le collier, la joue, la pointe de la culotte ou de la tranche) dans du vin rouge, avec des aromates, oignons et carottes. Le plat ne demande pas beaucoup d'adresse : seuls la patience et le choix du vin dépendront de la réussite du plat.
Issu d'une tradition locale millénaire, l'élevage ovin des Bouches-du-Rhône a su conserver importance et vitalité en s'adaptant aux évolutions contemporaines de la société. Le département compte environ 200 éleveurs pour un cheptel de près de 140 000 brebis, essentiellement réparti entre les plaines de la Crau et du Comtat. Evitant les excès de l'élevage industriel, les éleveurs privilégient toujours les cycles naturels, ceux de l'herbe et du troupeau. Les cheptels sont de grande taille, depuis trois cents têtes jusqu'à plusieurs milliers. Les brebis produisent en moyenne un agneau par an. L'alimentation du troupeau repose quasi exclusivement sur le pâturage selon trois périodes caractéristiques.
En été, la grande transhumance vers le massif alpin assure une alimentation de qualité aux brebis en fin de gestation. De la descente d'estive à la fin février, les regains des prairies irriguées procurent une ressource sûre et abondante pour la période d'agnelage puis l'allaitement des agneaux. Au printemps, le troupeau pâture la Crau sèche, les parcelles en friches ou les collines. Des cultures fourragères annuelles, les herbes de printemps, peuvent compléter ces parcours.
L'agneau de Crau-Alpilles, de Sisteron et du Luberon. Trois produits de très haute qualité en Provence. L'identification des agneaux dès la naissance permet aujourd'hui d'assurer leurs traçabilité de la sortie de la bergerie jusqu'au consommateur. La marque apporte la garantie du respect d'un mode d'élevage très surveillé et contrôlé. Les agneaux sont abattus vers l'âge de 3 à 5 mois. La viande produite est de très bonne texture. Son arôme et sa saveur, du fait d'un excellent équilibre graisse/fibre, demeurent exquis. Les meilleures agnelles sont soigneusement sélectionnées par l'éleveur pour le renouvellement du troupeau ou pour être commercialisées comme femelles de reproduction.
Les éleveurs ovins ont su conserver le caractère naturel et authentique de l'élevage de Provence, dont le pilier de voûte reste la grande transhumance. Au cours du mois de juin, les troupeaux quittent la basse Durance pour rejoindre les Alpes-de-Haute-Provence. Dans cette région aussi les ovins représentent la principale activité agricole avec une importante production d'agneaux gras. Ce sont des résidents. Ils ne migrent pas et disposent de vastes terrains de parcours. L'hiver, ils s'abritent dans de grandes bergeries, les jas. La transhumance représente un enjeu capital pour l'environnement. Aucune autre pratique n'est susceptible d'entretenir à si faible coût une aussi grande étendue et une aussi grande biodiversité. L'avenir de nombreux paysages, de nombreux biotopes, passe par son maintien et son renforcement.
Avant de goûter les pieds-paquets, plat typiquement marseillais, sachez de quoi il est composé. Les paquets désignent l'estomac (ou la panse) de mouton découpée et roulée en forme de paquets farcis de petit salé, d'ail et de persil, quant aux pieds... ce sont les pieds du mouton ! Le tout, mijoté dans une sauce au vin blanc et à la tomate. Autant dire que si ce plat est un incontournable (et qu'il est vraiment délicieux), il ne faut pas le déguster n'importe où. En 1993, une association La Charte des pieds et paquets marseillais a d'ailleurs été créée par des restaurateurs et des personnalités pour prouver le sérieux et la qualité de cette recette originale à déguster sans faute.
Depuis des siècles et des siècles l'homme chasse avec une réglementation qui s'est modifiée au fil du temps. D'antan, réservée aux riches, elle est aujourd'hui ouverte à tous et peut être classée, pour certains, comme une grande passion, notamment en Provence. Nous retrouvons, dans la région provençale, trois sortes de gibiers, le gros gibier avec le sanglier, le chamois et le chevreuil ; le petit gibier avec le lapin, le lièvre, le faisan, la bécasse, la grive, le merle, la perdrix et enfin le gibier d'eau avec le canard, l'outarde, la foulque, la macreuse. Les chasseurs se rassemblent généralement par catégories de gibiers. Les anciens diront que le gibier se fait rare de nos jours mais l'ouverture de la chasse est attendue, en Provence, avec beaucoup d'impatience.
Le poisson est indissociable de l'image de la Provence. Sur les étals des marchés ou sur le vieux port de Marseille, le rouget, le loup (qu'on appelle ailleurs bar), la sardine ou la dorade, toujours royale dans ses habits d'argent, se partagent la vedette. Mais également la rascasse, le grondin, la lotte et l'araignée, principaux éléments de la fameuse bouillabaisse. Sans oublier les autres produits de la mer tels que les supions, les favouilles (petits crabes), le calamar, le poulpe, les oursins et la langouste.
Aujourd'hui, les poissons de la Méditerranée, daurades, sars, pageots, loups, sont tous délicieux mais hélas tellement coûteux sur les étals qu'ils en deviennent inabordables au restaurant ; nombre de grands restaurateurs qui veulent travailler du frais sont ainsi obligés de commander un arrivage journalier de l'Atlantique.
La Provence est réputée pour ses cultures fruitières en raison de son climat, mais aussi d'un savoir-faire ancestral. De grandes exploitations utilisant des techniques modernes comme dans le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône côtoient des structures familiales des Alpes-de-Haute-Provence. Ces nouvelles techniques permettent aux fruits provençaux d'inonder, plus tôt, de leurs couleurs, les marchés.
Originaires de l'arrière-pays niçois, les petits farcis se dégustent aujourd'hui dans toute la Provence. Tomates, courgettes, poivrons, aubergines sont évidés et fourrés d'une farce composée de viande ou de chair à saucisse, de mie de pain, d'aromates, et cuits au four. Les petits farcis sont consommés aussi bien chauds que froids. Pour la petite histoire, ils ont été inventés par les femmes de paysans passées maître dans l'art d'accommoder les restes.
Si le riz a été introduit au XIIIe siècle en Camargue sur ordre d'Henri IV, ce n'est qu'au XIXe siècle que cette culture prend véritablement son essor. C'est en effet dans les années 1840, que les rizières vont être très utiles pour absorber l'eau des grandes crues du Rhône qui est à proximité, ainsi que pour lutter contre le sel qui menace de transformer la Camargue en désert. Le rôle essentiel des rizières restera, jusqu'en 1930, la préparation des sols pour d'autres cultures comme la vigne. Mais l'interruption du transport maritime pendant la Seconde Guerre Mondiale, et la pénurie de denrées alimentaires pendant et après l'Occupation, incitent alors les producteurs à donner à la culture du riz la place qu'elle mérite.
On nivelle les terres, constitue un réseau de canaux d'irrigation et de drainage, on crée des stations de pompage, des silos et des usines pour le stockage et la transformation du riz... En 1958, les rizières s'étendaient sur 30 000 hectares ! Aujourd'hui, on compte encore 200 riziculteurs qui cultivent 21 200 hectares avec une production de 120 000 tonnes de riz paddy, soit 99% de la production française. Depuis 2000, le riz de Camargue bénéficie d'une indication géographique protégée (IGP). Les deux types les plus emblématiques sont le riz long noir et le riz long rouge.
La ratatouille, vient vraisemblablement du mot touiller, mélanger et évoque dès le XVIIIe siècle, un ragoût grossier. Si on s'accorde sur son étymologie, la recette de la vraie ratatouille est nettement plus controversée. Les ingrédients principaux sont des aubergines, des oignons, des courgettes, des poivrons, des tomates, et de l'ail. Après les puristes, vous diront qu'il faut faire frire chaque variété de légumes les unes après les autres pour ne pas dénaturer leur goût, d'autres privilégient la cuisson de tous les légumes ensembles. Certains rajoutent de la chair à saucisse, d'autres crient au scandale. Bref, vous l'aurez compris la ratatouille est un sujet à aborder avec précaution !
Le crespeou est un gâteau d'omelettes d'herbes et de légumes empilés par couches superposées que l'on mange froid accompagné ou non d'un coulis de tomate. Cette recette est a priori native d'Avignon et du haut-Vaucluse (Piolenc, Orange) et a gagné progressivement toute la Provence. Le crespeou, traditionnellement cuisiné pour prendre des forces avant d'aller travailler au champs, est composé d'au moins quatre couches de couleurs : une rouge à base de tomate, une orange avec de la carotte, une verte donnée par l'épinard ou la feuille de blette, et une noire avec l'olive. On peut également faire une couche beige avec de l'oignon, du fromage, ou même du poisson.
Le Comtat Venaissin, un des plus beaux jardins de France. Premier producteur national pour les pommes, les cerises, le raisin de table, les tomates et les melons, à la deuxième position pour les poires, les fraises, les asperges et bien d'autres légumes, artichauts violets, courgettes, salades, choux, ail, radis, potiron, etc., le Comtat Venaissin mérite sans conteste le titre de jardin de la France. Cela saute aux yeux au printemps avec les floraisons d'arbres fruitiers et aux narines, un peu plus tard, quand fraises et melons à maturité embaument tout ce pays de basse Durance. Sa fortune vient de l'excellence de l'argile grasse qui fait son sol, de l'abondance des eaux des Sorgues qui se prêtent bien à l'irrigation, de la générosité solaire et de l'action bienfaisante du mistral, dont il faut toutefois limiter les ardeurs par des rideaux coupe-vent.
Les pêches, nombreuses dans la région, sont de plus en plus cultivées. Les melons, et notamment le melon de Cavaillon, est très réputé, mais on le trouve aussi sur le plateau de Forcalquier ; les abricots, un des fruits les plus prisés de l'été ; les fraises qui font la réputation de Carpentras ; les cerises, bigarreaux et burlats en Provence ; les figues, qu'on peut souvent trouver à l'état sauvage ; les pommes, une des principales productions fruitières en Provence ; le raisin dont une grande partie est destinée à la viticulture.
Les champignons constituaient une nourriture de saison. Quiqueran de Beaujeu qui s'est plu, au milieu du XVIe siècle, à célébrer, dans la Provence louée, le charme de la vie rurale dans sa métairie de Joyeuse Garde à Mouriès, affirme que c'est la nourriture quasi exclusive de l'automne. Il recommande de faire bouillir les champignons à l'huile avec un rejeton de poirier pour leur faire perdre leur malignité et de déguster les bolets, après les avoirs creusés et remplis d'huile et de sel.
Vers la fin du mois de novembre, la Haute-Provence commence à frémir de plaisir, et ce n'est pas à la perspective des agapes calendales. A Carpentras, à Apt, à Richerenches, on va vous parler de "diamant noir", de "pomme féerique" que créèrent un jour Aphrodite, Héphaïstos et Dionysos, assemblés dans l'Olympe pour assouvir leur désir de perfection gustative. Sur les marchés de Vaucluse flotte à ce moment de l'année, un parfum de rêve, subtil et vertigineux : la saison des truffes commence. Pas de précipitation ! Grimod de la Reynière laissait aux ignorants, aux palais sans expérience, la gloriole de déguster les premières truffes.
Celles-ci pour dégager tout leur arôme doivent être parvenues à leur pleine maturité après les premières gelées. De toute façon dès le mois de décembre, les prix flambent en prévision des fêtes de fin d'année. Et pourquoi la truffe provoque-t-elle ce délire ? Les gourmets lui reconnaissent un goût exceptionnel, un arôme subtil capable de communiquer ses parfums à bien d'autres mets : le foie gras, la poularde, les oeufs brouillés dont elle décuple les qualités gustatives. Et puis soyons francs, la truffe est une grande capricieuse. A l'origine c'est un champignon dont le mycélium est associé aux racines d'un arbre : chêne, noisetier, tilleul, etc.
Malgré les efforts de l'INRA et d'innombrables trufficulteurs de la région, cette reine de la gastronomie ne donne pas de production régulière : le sol, le climat, l'altitude, la font varier de façon importante. Elle fut d'abord l'objet d'une récolte sauvage, mais en 1808, Joseph Talon, agriculteur près de Saint-Saturnin-d'Apt, sème des glands et, quelques années plus tard récolte des truffes. C'est la première initiative connue d'implantation d'une truffière artificielle. Quarante ans après, un autre pionnier de Carpentras, Auguste Rousseau, développe avec succès les essais de Talon. En 1909, les mercuriales de janvier comptabilisaient 35 000 kg de truffes sur le seul marché d'Apt. Il faudra attendre 1972 pour une culture plus moderne basée sur des observations scientifiques.
Après l'épidémie de phylloxéra qui ruine toute cette région viticole, les agriculteurs plantent des chênes truffiers dans les vignes décimées, car la truffe adore les terrains vinicoles, soit, un sol calcaire, pierreux, une altitude moyenne une exposition sud-ouest ou sud-est, un climat relativement doux sans grosse gelée, avec un enneigement court. La truffe se forme entre mai et juillet et si quelques orages sévissent en août et septembre, elle gonflera vite et sera " mûre " entre mi-novembre et début mars. A ce moment-là, elle dégage un parfum que le chien, le cochon ou la mouche sentiront pour le plus grand plaisir du " caveur ".
Avant de vous mettre à table, retenez que le caveur est le ramasseur de truffes, que celle-ci se nomme rabasse en provençal et que le brulé est l'auréole dépourvue de végétation qui se forme autour des arbres dont les racines portent le précieux champignon. Aujourd'hui, le Var, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône sont les premiers producteurs de truffe en France. Enfin, sachez que la passion truffière ne date pas d'hier : on a découvert en Mésopotamie, sur le site de Mari, vieux de 4 000 ans la première trace écrite sur des tablettes d'argile, de l'existence de la truffe. Sachant que tous les exégètes bibliques situent le Paradis terrestre dans cette région, il ne vous reste qu'à vous joindre à Alexandre Dumas, faisant dire à la truffe : " mangez-moi... Et adorez Dieu ! "
La Provence est assez pauvre en fromages. On ne peut compter que sur la tomme de brebis dans la région de Toulon, le fromage de chèvre à Banon (AOC) et plus généralement dans les monts de Vaucluse avec notamment les picodons marinés dans l'huile d'olive. Dans les régions du littoral, le long de la côte bleue, les chevriers fabriquent la brousse, brousse du Rove qui se déguste principalement avec des mets sucrés.
Le pain et les céréales tiennent une grande place dans l'alimentation provençale. D'abord le pain, largement consommé, lors des repas, petits-déjeuners, déjeuners et dîners mais aussi en collations prises sur le pouce et agrémenté de fromages, olives ou d'anchois. Il est couramment servi en tranches pour agrémenter des potages comme la bouillabaisse, l'aïgo boulido (eau bouillie) aromatisée d'ail et de sauge et versée sur des tranches de pain arrosées d'huile d'olive. Sa consommation au XIXe siècle était énorme. Entre 1850 et 1914, elle était de 1,8 kg par personne et par jour. Chaque contrée avait sa forme spéciale de pain, tout comme chaque pays avait sa recette.
La fougasse est un pain typiquement provençal, assez plat et généralement sculpté pour former différentes " branches ". Il existe une extrême variété de fougasses : chaque région, ville et même famille a sa recette ! Et si la plupart sont salées et à l'huile d'olive, parfois agrémentées d'olives, de lardons ou d'anchois, elles peuvent être également sucrées et aromatisées à la fleur d'oranger. Les deux versions sont délicieuses...