Derrière chaque bouchée, il y a une époque, un geste, une fierté locale. Derrière chaque recette, il y a des foires médiévales, des moines, des vignes, des marchés et des maisons bourgeoises. Sans folklore, simplement avec l’essentiel.
Condiments et douceurs en Côte d'Or
Moutarde de Dijon
La moutarde est un condiment typiquement dijonnais qui était déjà très populaire à l’époque florissante des ducs de Bourgogne. Aujourd’hui, elle bénéficie de l’indication géographique protégée « Moutarde de Bourgogne ». Fine, piquante, elle signe les sauces et relève les viandes. La ville de Dijon concentre moutarderies, boutiques et même des espaces dédiés à son histoire et à son procédé de fabrication.
Au Moyen Âge, Dijon devient un haut lieu des “moutardiers” grâce aux foires et aux vignobles (le verjus remplaçait le vinaigre), les “moutardiers” s’y organisent très tôt en corporation. Au XVIIIe siècle, on broie la graine brune avec vinaigre ou verjus pour un piquant net ; l’industrialisation du XIXe popularise la recette. Singularité: “De Dijon” désigne un procédé plus qu’un terroir, l’esprit reste dijonnais : finesse, feu, polyvalence.
- Verjus des vignes : avant le vinaigre courant, on la montait au verjus, jus de raisin pas mûr : un clin d’œil direct aux vignes.
- Corporation jalouse : les “moutardiers” dijonnais gardaient leurs meules et recettes comme des secrets d’alcôve.
- Finesse vs feu: on disait qu’une bonne moutarde devait “piquer sans mordre”, élégante comme un pinot.
Les moutarderies : Fallot et Maille
Dijon est aussi réputée pour sa moutarde que vous pouvez trouver n’importe où à travers le monde entier. La fameuse moutarde de Dijon est mise à l’honneur par la famille Fallot et par Maille, plus connue. La boutique Maille située rue de la Liberté à Dijon est très mignonne et le bâtiment ancien dans lequel elle se trouve est très joli. La moutarderie Fallot est la dernière entreprise à fabriquer une véritable moutarde artisanale à base de graines cultivées en Bourgogne et broyées à la meule. Vous pourrez même fabriquer votre propre moutarde lors d’un atelier ou un moutardier vous révélera tous ses secrets !
Crème de cassis et Kir
La “perle noire” locale, est la base du kir, avec indications géographiques protégées pour la crème de cassis de Dijon et de Bourgogne. Ingrédient essentiel du Kir, la crème de cassis est une liqueur sucrée apparue à Dijon au XIXe siècle. À l’origine, les cassissiers étaient plantés au bout des vignes pour fabriquer le ratafia local, ancêtre de la liqueur. La crème de cassis est obtenue en faisant macérer des grains de cassis noir de Bourgogne dans de l’alcool additionné de sucre.
Le mélange vin blanc + cassis s’impose au XXe siècle sous le nom de “Kir”, en hommage au chanoine-maire de Dijon. Pourquoi ici: Climat favorable, savoir-faire liquoriste, culture de l’apéritif.
- Un maire en apéro : le kir doit son nom au chanoine Kir, maire de Dijon, qui servait ce mélange blanc+cassis à ses invités, la diplomatie par le verre.
- Verre codé : “kir de comptoir” au bourgogne blanc, “royal” au champagne; la dose de crème reste un sujet de débat de café.
Pain d’épices de Dijon
Importé des Flandres par les ducs de Bourgogne, le pain d’épices est un gâteau à base de farine de froment et de miel agrémenté de cannelle, de gingembre, de badiane, de coriandre et de girofle. Doux, parfumé, compagnon idéal du foie gras ou du thé de l’après-midi. Héritier des pains de miel monastiques médiévaux, enrichis par les épices des routes commerciales, il prospère avec les épices des foires. Style dijonnais: Miel, farine de blé (plutôt que seigle), épices chaudes; compagnon des tables bourgeoises au XIXe. La majestueuse fabrique de pains d’épices Mulot et Petitjean a déjà plus de deux cents ans d’existence !
Ne manquez pas de savourer quelques nonnettes, ces savoureux petits gâteaux à base de pain d’épices, de marmelade d’oranges et de miel, autrefois fabriqués par les nonnes dans leur monastère.
- Signature locale : farine de blé, miel, épices douces ; star des tables bourgeoises au XIXe.
- Route des épices : on raconte que certaines maisons “cachaient” une touche d’anis pour signer leur fournée.
- Sucré-salé chic : au XIXe, c’était le support fétiche du foie gras des tables bourgeoises.
Mulot et Petitjean
Spécialiste du pain d’épices à Dijon, Mulot et Petitjean. Institution locale, le pain d’épices et les produits dérivés sont juste excellents ! Vous pourrez découvrir les nonettes, ces petits ronds de pain d’épices fourrés à la confiture. Vous trouverez deux boutiques principales dans la ville : une place Bossuet et une autre derrière le Palais des Ducs, place Notre-Dame.
Les incontournables plats de cuisine bourguignonnes
La cuisine bourguignonne est une cuisine traditionnelle qui allie l’art de la gastronomie française à une grande variété de produits du terroir de Bourgogne. Elle tire son caractère spécifique de l’usage du vin en cuisine.
Bœuf bourguignon
Bœuf mijoté au vin rouge de Bourgogne, lardons, champignons, aromates : un monument de lenteur et de profondeur. Plat dominical traditionnel, le bœuf bourguignon est un plat emblématique de son terroir puisqu’il associe la viande de bœuf pour laquelle l’élevage de la Charolaise est réputé et le vin rouge de Bourgogne. L’estouffade de bœuf est cuisinée avec une garniture de champignons, de petits oignons et de lardons. Plat paysan de viande mijotée au vin, codifié par la cuisine bourgeoise au XIXe. Pourquoi la Bourgogne: Viandes charolaises, lard, champignons, vin local : un terroir complet dans une cocotte ! Symbole de la lenteur maîtrisée et des sauces au vin.
- Origine paysanne : technique de braisage au vin, pour attendrir les morceaux collagéneux.
- Codification bourgeoise (XIXe) : lardons, champignons, bouquet garni, réduction soignée; le pinot noir donne l’ossature.
- Cocotte républicaine : plat de rassemblement dominical ; dans beaucoup de familles, “on remue en sens unique” pour ne pas “casser” la sauce.
- Vin du pays : la blague locale dit qu’on ne cuisine “jamais avec un vin qu’on ne boirait pas”, sinon, la cocotte se vexe.
Œufs en meurette
Œufs pochés nappés d’une sauce au vin rouge, lardons et oignons, la cuillère appelle le pain. Ce plat traditionnel réserve une base d’œufs pochés servis avec une sauce meurette ou sauce bourguignonne sur du pain grillé. La sauce meurette est une recette de cuisine au vin, composée de vin de Bourgogne, de lardons, d’oignons et d’échalotes revenus dans du beurre. Pain obligatoire, la tartine grillée n’est pas un extra, c’est la ceinture de sécurité de la casserole.
- Origine : La “meurette” est une sauce au vin rouge ; on y poche les œufs.
- Évolution : De rustique à gastronomique, les oignons-lardons-fond de veau se polissent, l’accord au pinot noir demeure.
- Auberges viticoles : la meurette, sauce au vin rouge, accueille des œufs pochés, pain grillé pour lier le tout. De rustique à gastronomique: les fonds se raffinent, l’accord au pinot reste la règle.
Jambon persillé
Charcuterie en gelée au persil et vin blanc, fraîche et parfumée, parfaite en entrée. Charcuterie de fête autour de Dijon, servie dès le Moyen Âge tardif, notamment à Pâques. Effiloché de jambon en gelée au vin blanc, persil abondant ; fraîcheur et aromates.
- Empreinte locale : gelée au vin blanc, moutarde et persil, notes fraîches et vinaigrées.
- Printemps en gelée : autrefois servi à Pâques ; plus il est vert de persil, plus on dit que le charcutier a “le pouce heureux”.
- Vin blanc dedans/dehors : on le cuit au vin et on le boit au verre, un clin d’œil aux deux Côtes.
Escargots de Bourgogne
Ce mets se cuisine avec des escargots de Bourgogne sauvages issus du terroir bourguignon et du beurre à l’ail persillé. Il s’agit avant tout d’un repas de fête servi plus particulièrement à Noël ou à l’occasion d’un repas raffiné. Beurre persillé, ail, persil, servis en coquille ; le geste est aussi important que le goût. chaque maison jure que sa proportion ail/persil/beurre est “la seule vraie”. On le sert volontiers en entrée des repas de fête.
- Origine : Consommés depuis très longtemps, popularisés au XIXe par les tables bourgeoises. Geste culinaire: Beurre, ail, persil dans la coquille ; le service ritualise l’expérience. La pince et la fourchette sont un petit rite d’initiation; quand on maîtrise, on est “adopté”.
- Usage ancien, culte moderne : consommés depuis des siècles; la recette au beurre persillé se fixe au XIXe sur les tables bourgeoises.
- Rituel de service : la coquille et la pince font partie de l’identité.
Gougères
Pain des caves : créées pour accompagner les dégustations, on raconte qu’un vigneron jugeait un millésime à la vitesse où disparaissaient les gougères. Tièdes, sinon rien. Un vieux réflexe de caveau : les sortir juste gonflées, pour flatter les bulles ou un blanc vif. Porte d’entrée idéale aux dégustations.
- Origine : Pâtisserie salée de bourgogne viticole; la pâte à choux au fromage accompagne caves et banquets depuis le XIXe.
- Compagne des caves : pâte à choux au fromage servie aux banquets de sociétés vigneronnes dès le XIXe.
- Fonction : ouvrir l’appétit et préparer le palais aux vins.
Volaille à la crème (et morilles au printemps)
Héritée des sauces blanches et des réductions, techniques bourgeoises du XIXe mêlant crème, réduction et champignons; proximité de Bresse et des marchés beaunois aide à sa diffusion. Esprit : La “leçon” du chardonnay dans l’assiette.
- Écosystème régional : proximité des marchés de Beaune et des volailles de Bresse ; le chardonnay en écho.
- Leçon de chardonnay : certains chefs parlent de “cuisiner en blanc”, tout est question d’équilibre gras/acidité, comme au verre.
- Morilles, trésor : premières pluies, premiers secrets, personne ne révèle son coin de cueillette.
Le poulet Gaston Gérard
Cette recette dijonnaise a été créée en 1930 par l’épouse de Gaston Gérard, ministre député-maire de Dijon. Alors qu’elle recevait un hôte prestigieux, le critique culinaire Curnonsky, la cuisinière manqua de rater la préparation de son poulet en y renversant accidentellement du paprika. Pour rattraper son plat, elle y ajoute du vin blanc de Bourgogne, de la moutarde, du comté râpé et de la crème fraîche. La recette était née !
Fromages et monastères en Côte d'Or
Époisses AOP
Pâte molle à croûte lavée, puissant et franc, emblème fromager de la Côte-d’Or. Ce fromage bourguignon bénéficie d’une appellation d’origine protégée qui couvre la moitié nord de la Côte-d’Or. Il s’agit d’un fromage au lait de vache, à pâte molle et à croûte lavée, affiné au marc de Bourgogne, une eau-de-vie produite par distillation du marc de raisin. Son nom vient du village d’Époisses où une communauté de moines cisterciens y était installée. Ces derniers ont transmis leur secret de fabrication aux fermières de la région. La fabrication de l’époisses s’est relancée dans les années cinquante et connaît depuis un succès croissant.
- Savoir-faire : Croûte lavée (souvent au marc), pâte puissante et fruitée ; renaissance au XXe après un déclin, devenu icône.
- Lavages au marc : on dit qu’il “apprend à parler” à force de lavages, d’où sa croûte orangée sonore au nez.
- Le test du couteau : s’il s’affaisse lentement en coupe nette, il est “à point” ; s’il fuit, on parle d’un “époisses qui file à l’anglaise”.
Brillat-Savarin (IGP)
Triple-crème onctueux, fleurie délicate, parfois truffé en saison. Truffé en hiver, il devient “le pull en cachemire” du plateau. Née à la fin XIXe–XXe, triple-crème baptisé en hommage au gastronome qui écrivait “un dessert sans fromage est une belle à qui il manque un œil”. L’enrichissement à la crème signe l’opulence bourgeoise. Symbole d’onctuosité hédoniste.
Fromage de Cîteaux
Fermier, fruité, élaboré par les moines cisterciens, une tranche de terroir vivant. De tradition cistercienne; les moines remettent à l’honneur un fromage fermier lavé, fruité, ancré dans la vie monastique. Caractère: Simple, droit, au goût de paturage: un terroir sans fard. Silence des moines : on raconte que l’onctuosité vient du calme de l’affinage : moins on parle, plus il s’arrondit.
Produits du vignoble et de la forêt en côte d'or
Truffe de Bourgogne (Tuber uncinatum)
Aromatique plus fine que la mélanosporum, elle appelle des cuissons sobres. Plus discrète que la noire du Périgord, elle aime les accords délicats. Origine: Cueillie depuis des siècles dans les taillis et lisières, avec un pic historique au XIXe, puis un recul, puis retour avec la trufficulture moderne.
- Chien, pas cochon : ici, on se vante du flair discret du chien ; “il trouve, il s’assoit, il attend sa caresse”.
- Saveur chuchotée : on dit qu’elle “parle bas” d’où les cuissons douces, jamais ostentatoires.
Terre de grands crus et d’excellence viticole
Impossible d’évoquer la Côte-d’Or sans parler de ses vignobles classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. De Dijon à Santenay, la Route des Grands Crus traverse des villages emblématiques tels que Gevrey-Chambertin, Nuits-Saint-Georges ou Beaune. Les amateurs de vin peuvent y déguster des appellations prestigieuses, rencontrer des vignerons passionnés et découvrir les secrets de la vinification.
Mosaïque de “climats” patiemment délimitée par moines et vignerons dès le Moyen Âge. La cuisine locale s’est construite pour dialoguer avec pinot noir et chardonnay : sauces, jus courts, équilibres acidité-gras.
Produits et assiettes à ne pas manquer lors de vos visites en Côte d'or :
- Gougères : Choux au fromage à partager à l’apéritif.
- Volaille à la crème : Onctueuse, parfois aux morilles — l’école du chardonnay.
- Charolais : Viande locale prisée pour son fondant et sa faible teneur en gras; base de nombreuses pièces et plats.
Petit guide pratique pour bien choisir :
- Si vous aimez le puissant : Époisses, escargots, bœuf bourguignon.
- Si vous préfèrez la finesse : Œufs en meurette, volaille à la crème, Brillat-Savarin.
- Pour l’apéro : Gougères + kir (crème de cassis + blanc), avec modération.