Après Trôo et Lavardin, notre découverte des troglodytes du Loir-et-Cher nous entraîne vers un autre territoire où la pierre semble avoir pris possession du paysage. Nous quittons peu à peu la vallée du Loir pour nous rapprocher de la vallée du Cher et de Bourré, aujourd’hui commune associée à Montrichard Val de Cher. Le décor évolue doucement.
Les coteaux deviennent plus présents. Les vignes accompagnent la route. Les maisons claires apparaissent entre les arbres et les jardins. Et, comme depuis le début de notre voyage, il suffit parfois de regarder attentivement une façade pour comprendre que quelque chose se cache derrière. Une porte sombre. Une ouverture dans la roche. Un escalier qui descend. Une fenêtre creusée directement dans le coteau.
À Bourré, le monde souterrain prend cependant une dimension exceptionnelle. Ici, les carrières ont donné naissance à un véritable patrimoine souterrain, dont certaines parties peuvent aujourd’hui être découvertes par les visiteurs. Et cette fois, il ne s’agit plus simplement de pénétrer dans quelques pièces creusées dans la falaise. Nous allons entrer dans une véritable ville cachée.
Bourré, un village construit autour de la pierre
Bourré possède un charme particulier. Le village est entouré de paysages viticoles et agricoles, tandis que les habitations traditionnelles s’intègrent dans les coteaux de tuffeau. Cette pierre blanche et lumineuse est omniprésente dans l’architecture locale. Mais son histoire commence bien avant que les maisons soient construites. Pendant des siècles, les carriers ont extrait le tuffeau des coteaux.
Leur travail a laissé derrière lui des kilomètres de galeries. Et ces espaces souterrains, une fois la pierre extraite, ont progressivement changé de fonction. Certaines carrières ont été abandonnées. D’autres sont devenues des caves. Certaines ont accueilli des activités agricoles. D’autres encore ont été transformées en habitations. Ainsi s’est constitué un patrimoine particulièrement original, où l’activité humaine a littéralement creusé le paysage.
La ville souterraine de Bourré
La découverte de la ville souterraine de Bourré constitue l’un des moments forts de cet itinéraire. L’expression peut surprendre. Une ville sous la ville ? Et pourtant, c’est bien l’impression que l’on peut ressentir lorsque l’on découvre l’ampleur des réseaux souterrains. Les anciennes carrières forment un univers de galeries, de salles et de passages.
La lumière naturelle disparaît progressivement. La température devient plus fraîche. Le bruit extérieur s’efface. On entre dans un autre monde. Un monde où les murs ne sont pas construits en pierre : ils sont la pierre elle-même.
Imaginez le travail des carriers
Pour comprendre ces galeries, il faut imaginer le travail colossal accompli par les générations de carriers. Ils pénétraient dans le coteau et extrayaient les blocs de tuffeau nécessaires à la construction. Chaque coup d’outil faisait progressivement apparaître une nouvelle paroi. Le chantier avançait dans l’obscurité. Les blocs étaient détachés, débités puis évacués.
Au fil des années, des décennies et des siècles, les galeries s’étendaient. Aujourd’hui, lorsque nous marchons dans ces espaces, nous découvrons le résultat de milliers d’heures de travail. La roche porte encore les traces de cette activité. Les parois ne sont pas parfaitement régulières. Elles montrent les différentes étapes de l’extraction. Ici, une marque. Là, une entaille. Plus loin, une salle plus vaste. Chaque détail rappelle que cet espace est avant tout un lieu de travail ancien.
Du chantier de pierre au patrimoine
Il est fascinant de constater que les carrières ont participé directement à la construction du patrimoine régional. Le tuffeau extrait dans les coteaux a été utilisé pour bâtir de nombreuses constructions. Châteaux, églises, maisons et bâtiments anciens ont ainsi trouvé dans cette pierre claire une partie de leur identité. Lorsque l’on visite les grands monuments du Val de Loire, on admire leur architecture.
Mais ici, à Bourré, on découvre l’autre côté de l’histoire. Le lieu où la pierre a été extraite. C’est un peu comme si l’on visitait les coulisses d’un spectacle après avoir admiré la scène. Le château représente l’œuvre terminée. La carrière révèle le travail nécessaire pour obtenir la matière première. Cette relation entre les carrières et les monuments donne au voyage une profondeur supplémentaire.
La Magnanerie troglodytique : une maison pas comme les autres
À Bourré, une autre découverte mérite tout particulièrement l’attention : la Magnanerie troglodytique. Le terme « magnanerie » désigne un lieu consacré à l’élevage des vers à soie. Et découvrir une magnanerie installée dans un habitat troglodytique permet de mesurer toute l’ingéniosité des habitants.
La Magnanerie de Bourré permet aujourd’hui de découvrir un habitat troglodytique encore remarquablement évocateur de la vie quotidienne d’autrefois. Le site présente notamment différentes pièces et installations permettant de comprendre comment cette habitation était organisée.
Ici, le troglodytique cesse définitivement d’être une simple curiosité. On entre dans une maison. Une vraie maison. Avec ses pièces. Ses équipements. Ses espaces de travail. Son organisation familiale. Et surtout, avec les traces de ceux qui y ont vécu.
Vivre dans la roche
Imaginez une famille installée ici il y a plusieurs générations. À l’extérieur, le soleil chauffe le coteau. À l’intérieur, la roche conserve une température plus fraîche. La lumière pénètre par les ouvertures aménagées dans la façade. La cuisine occupe son espace. Les chambres sont installées dans la profondeur. Les réserves trouvent naturellement leur place dans les parties plus sombres.
La roche devient alors un véritable élément architectural. Elle ne se contente pas de former les murs. Elle contribue au confort de la maison. Elle protège du froid. Elle protège aussi de la chaleur. Elle permet de conserver les aliments. Elle crée des espaces de stockage. Elle offre une température relativement stable. Ce qui pourrait aujourd’hui sembler étonnant était autrefois une solution parfaitement logique. On ne luttait pas contre le milieu naturel : on composait avec lui.
Le silence des maisons troglodytiques
Il existe quelque chose de profondément particulier dans une habitation troglodytique. Le silence. Les murs épais absorbent une partie des sons. La température est différente. La lumière est plus douce. Les bruits du monde extérieur semblent lointains. Après quelques minutes, le visiteur ressent presque physiquement cette différence.
On comprend alors pourquoi ces espaces ont pu être utilisés pour tant d’activités. La maison. La cave. Le cellier. L’atelier. Le refuge. La réserve. La champignonnière. La cave viticole. Un même espace pouvait changer de fonction au fil du temps. Et c’est cette capacité d’adaptation qui constitue l’une des grandes richesses du patrimoine troglodytique.
Les champignonnières : une agriculture sous terre
À Bourré comme dans d’autres secteurs du Val de Loire, les anciennes carrières ont également accueilli des champignonnières. Le principe paraît étonnant. Cultiver sous terre ? Pourtant, les conditions sont idéales. La lumière est limitée. L’humidité peut être maintenue. La température varie relativement peu. Les anciennes carrières constituent donc un environnement particulièrement intéressant pour la culture des champignons.
Cette activité a marqué durablement le paysage souterrain régional. Des galeries qui avaient été creusées pour extraire la pierre ont trouvé une nouvelle vocation agricole. La carrière n’était donc jamais vraiment morte. Elle changeait simplement de métier.
Le tuffeau, une pierre qui continue de raconter
En visitant les troglodytes de Bourré, on comprend également l’importance du tuffeau dans l’identité du Val de Loire. Cette pierre possède une douceur particulière. Sa couleur claire capte la lumière. Elle peut être facilement travaillée. Elle permet de réaliser des sculptures, des encadrements, des façades et des éléments architecturaux délicats. Mais cette facilité de taille a également rendu possible le creusement des habitats.
La même pierre peut donc être : extraite pour construire un château, taillée pour bâtir une maison, creusée pour aménager une cave, et sculptée pour embellir une façade. Une seule matière, plusieurs usages. Et derrière chacun d’eux, une histoire humaine.
Quand la pierre devient art
L’un des aspects les plus surprenants du patrimoine de Bourré réside justement dans cette capacité à transformer la roche en œuvre artistique. Dans certains lieux troglodytiques, les visiteurs découvrent des sculptures directement réalisées dans le tuffeau. La pierre devient alors support artistique. Les galeries ne sont plus seulement des espaces utilitaires. Elles deviennent des lieux d’expression. C’est une évolution particulièrement intéressante.
Pendant des siècles, l’homme a creusé pour répondre à ses besoins. Puis, lorsque certaines carrières ont perdu leur fonction première, elles ont pu devenir des espaces culturels et touristiques. La roche change encore une fois de vocation. De carrière, elle devient patrimoine. Du patrimoine, elle devient lieu de découverte. Et du lieu de découverte, elle devient parfois œuvre d’art.
Une étape idéale pour les familles
Bourré constitue également une étape particulièrement intéressante pour les familles. Les enfants sont naturellement attirés par le côté mystérieux du monde souterrain. Une maison dans une falaise ? Une ville cachée sous le village ? Des galeries dans lesquelles on cultivait des champignons ? Une maison où des habitants vivaient directement dans la roche ? Tout cela possède quelque chose de très concret et presque ludique. Le patrimoine devient une aventure.
Et c’est précisément ce qui permet de faire passer des notions historiques parfois difficiles à expliquer. Plutôt que de lire simplement que les carrières ont été exploitées pendant plusieurs siècles, l’enfant voit les traces du travail. Plutôt que de lui expliquer le principe d’une habitation troglodytique, on lui montre une véritable maison. Plutôt que de parler abstraitement de la conservation du vin, on lui fait découvrir une cave. Le lieu devient lui-même un livre d’histoire.
Une route qui se déguste aussi
Après toutes ces découvertes souterraines, il serait dommage d’oublier que nous sommes au cœur d’un territoire gastronomique et viticole. La Route des troglodytiques traverse des secteurs où le vin occupe une place importante dans la culture locale. Le Touraine-Amboise, le Touraine-Mesland, le Touraine ou encore les vins du Vendômois selon les secteurs parcourus offrent de nombreuses possibilités de découverte.
Mais le vin n’est pas seul. Les marchés locaux, les fromages de chèvre, les produits fermiers, les charcuteries artisanales et les spécialités régionales permettent de composer de véritables repas de terroir. Et il existe une logique presque parfaite à cette association. La vigne pousse sur les coteaux. Le vin repose dans les caves. La table accueille les produits du territoire. Le paysage, la pierre et la gastronomie racontent finalement la même histoire.
Une pause au bord du Cher
À proximité de Bourré, il est également agréable de prendre le temps de découvrir les paysages de la vallée du Cher. Après plusieurs heures passées sous terre, retrouver la lumière procure une sensation presque étonnante. Le ciel paraît plus vaste. Les arbres plus lumineux. Le paysage plus ouvert. On réalise alors que le monde souterrain n’a de sens que parce qu’il est intimement lié au monde extérieur.
La roche plonge sous la terre. La vigne s’accroche au coteau. Le Cher traverse la vallée. Les villages occupent les espaces les plus favorables. Tout est relié.
Montrichard, une porte ouverte sur la vallée
À quelques kilomètres, Montrichard constitue une étape naturelle pour prolonger la découverte. La cité possède un riche patrimoine historique dominé par les vestiges de son château médiéval et son donjon. Elle permet également de retrouver l’ambiance plus urbaine d’une petite cité ligérienne après les découvertes rurales et souterraines de Bourré. Une promenade dans le centre historique permet de varier les plaisirs.
Après avoir passé du temps sous la roche, on retrouve les façades anciennes, les places, les commerces et les terrasses. C’est aussi l’occasion de faire une pause. Car une bonne route touristique doit savoir alterner les expériences. Visiter, marcher, découvrir, manger, contempler… puis simplement s’asseoir.
Le plaisir de ne pas tout prévoir
C’est probablement l’une des grandes qualités de cet itinéraire. Il est possible de préparer très précisément son parcours. Mais il faut aussi laisser une place à l’imprévu. Une petite route aperçue au dernier moment. Un village qui mérite finalement une halte. Une cave qui ouvre ses portes. Un producteur rencontré sur un marché. Un point de vue découvert en prenant un chemin secondaire.
Ces moments ne figurent pas toujours sur les brochures. Et pourtant, ce sont souvent eux que l’on conserve le plus longtemps dans sa mémoire.
Une journée idéale autour de Bourré
Pour découvrir cette partie de la route sans courir, une journée peut être organisée autour de quelques étapes essentielles. La matinée peut commencer par la découverte de Bourré et de son patrimoine troglodytique. Prenez le temps de visiter une habitation creusée dans la roche et de comprendre l’organisation de la vie quotidienne. Poursuivez ensuite avec la découverte des anciennes carrières et de la ville souterraine.
Après le déjeuner, pourquoi ne pas consacrer l’après-midi à la vallée du Cher ? Une promenade à Montrichard, une découverte viticole ou simplement une balade dans les environs permettent de terminer la journée en douceur. Et si le temps le permet, rien n’empêche de s’attarder jusqu’au soir. Lorsque le soleil descend derrière les coteaux, le tuffeau prend une couleur chaude.
Les vignes se parent de nuances dorées. Les maisons semblent se fondre dans le paysage. Et l’on comprend alors que le troglodytique n’est pas seulement un patrimoine à visiter. C’est une façon de lire le paysage.
Le monde souterrain, miroir du monde rural
À travers Bourré, une évidence s’impose. Les troglodytes ne sont pas des curiosités isolées. Ils sont le reflet d’une société rurale qui a utilisé intelligemment les ressources disponibles. La pierre fournissait les matériaux de construction. Les carrières offraient des espaces. La terre permettait les cultures. Les coteaux accueillaient la vigne. Les caves conservaient les récoltes. Les villages se développaient autour de ces ressources.
Tout formait un ensemble cohérent. Et c’est cette cohérence qui donne aujourd’hui autant de valeur au patrimoine.
Un patrimoine fragile qu’il faut préserver
Ce patrimoine exceptionnel reste cependant fragile. Les galeries souterraines nécessitent une surveillance et un entretien réguliers. Les infiltrations d’eau, les mouvements de terrain, les modifications du bâti et le vieillissement naturel peuvent affecter ces structures. La préservation des troglodytes représente donc un véritable enjeu patrimonial.
Visiter ces lieux, c’est aussi prendre conscience de leur fragilité. Respecter les consignes. Ne pas pénétrer dans les zones interdites. Ne pas dégrader les parois. Et surtout comprendre que ces espaces ne sont pas simplement des décors. Ils sont les témoins matériels de plusieurs siècles d’histoire.
Lorsque l’on ressort de terre…
Lorsque la visite s’achève et que l’on retrouve la lumière du jour, il se produit quelque chose d’assez étonnant. On regarde différemment les collines. On sait désormais qu’elles ne sont pas pleines. Qu’elles sont parcourues de galeries. Qu’elles ont été creusées par les hommes. Que certaines ont été habitées. Que d’autres ont servi à produire ou conserver.
Et que sous certains villages du Val de Loire se cache un patrimoine aussi important que celui que l’on voit en surface. Le voyage a changé notre regard. Et c’est peut-être la plus belle réussite de cette route.
De la pierre au plaisir du voyage
Après trois étapes, notre itinéraire a déjà parcouru plusieurs siècles d’histoire. À Couture-sur-Loir, nous avons rencontré Ronsard et les premières traces d’un habitat lié au tuffeau. À Trôo, nous avons découvert un village accroché au coteau, ses escaliers, ses puits et ses habitations troglodytiques. À Lavardin, nous avons retrouvé le Moyen Âge, son château et son remarquable patrimoine religieux. Puis Bourré nous a ouvert les portes d’un monde souterrain plus vaste encore, où carrières, maisons, champignonnières, viticulture et artisanat se rencontrent.
Mais notre voyage n’est pas terminé. Car une route touristique ne se mesure pas seulement au nombre de monuments visités. Elle se mesure aussi aux émotions qu’elle procure. À cette sensation de fraîcheur lorsque l’on entre dans une cave. À l’odeur particulière de la pierre humide. Au goût d’un vin dégusté après avoir découvert son lieu de conservation. À la lumière dorée qui enveloppe les coteaux en fin de journée. Au silence d’une ancienne carrière.
Et à cette impression, en quittant les lieux, d’avoir découvert un secret que le paysage gardait précieusement depuis des siècles.
Retrouvez le parcours détaillé de ce circuit sur notre page : La Route touristique des troglodytiques : des vacances insolites dans les sites troglodytiques !