Il suffit de passer un été en Bretagne pour comprendre que le lin et le chanvre sont profondément ancrés dans son histoire. En voiture ou à pied, en totale liberté ou accompagné par des guides passionnés, partez sur cette itinéraire à la découverte du patrimoine lié à la culture du lin et du chanvre dans les Côtes d'Armor.
Loudéac, porte d’entrée de l’aventure
L’itinéraire débute à Loudéac, au cœur de la Bretagne intérieure. À première vue, la ville semble discrète. Loudéac (km 0), il n’y a pas la mer, pas de château, son principal atout, une position géographique centrale. Loudéac fut le berceau d’une industrie importante. Les XVIIe et XVIIIe siècles furent prospères grâce au commerce des « toiles de Bretagne » qui s'exportaient jusqu'en Amérique. À la campagne, la population s'adonnait aux travaux agricoles l'été et à la fabrication des toiles l'hiver. Loudéac, pays de tisserands, connut alors son apogée.
En 1567, les artisans de la Flandre, chassés de leur patrie par la flamme et le meurtre, vinrent s’établir dans ces parages, apportant, digne récompense de l’hospitalité qui leur fut accordée, l’industrie des arts utiles et surtout l’art du tisserand. Cette industrie fille des Flandres heureuses, prospéra et s’étendit dans la Bretagne, étonnée d’une vie plus facilement gagnée.
Les toiles de Loudéac furent recherchées dans la province entière. Quintin, Uzel, Le Quillio, La Motte, Moncontour, se hâtèrent d’imiter Loudéac, et bientôt les tisserands bretons rivalisèrent avec les meilleurs ouvriers de la Flandre sur tous les marchés de l'Europe.
En déambulant dans ses rues, le visiteur découvre une cité profondément liée à l’histoire des toiles de Bretagne. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, Loudéac connaît une prospérité remarquable grâce au commerce du lin. Les tisserands y sont nombreux et leurs productions sont recherchées bien au-delà des frontières régionales. Les chapelles disséminées dans la ville témoignent également de cette époque florissante. Elles rappellent que la richesse générée par le commerce textile a permis la construction et l’embellissement de nombreux édifices religieux. Les paroisses recevaient alors des dons importants des marchands et des artisans enrichis par cette activité.
Avant de poursuivre la route, prenez le temps de vous imprégner de cette atmosphère particulière où patrimoine religieux et mémoire industrielle se mêlent harmonieusement. Loudéac possède de nombreuses chapelles à admirer : la Chapelle Notre-Dame des Vertus de 1878, la Chapelle de l’Hôpital de 1785, la Chapelle Saint-Maurice de 1779, la Chapelle Saint-Guillaume de 1722, la Chapelle du Menec, la Chapelle des Parpareux et la Chapelle de Saint-Cado de 1930. Visitez l'église Saint-Nicolas de 1746.
Direction Saint-Thélo via D69 et D41 (11 km). Saint Thélo est sur la "Route du Lin", l'animation principale qui valorise un patrimoine très ancien de la région. La commune accueille en particulier la Maison des Toiles dans une bâtisse ancienne aménagée.
Saint-Thélo, capitale vivante du lin
Quelques kilomètres plus loin apparaît Saint-Thélo. La charmante cité de Saint-Thélo situé au bord de l'Oust offre un paysage vallonné. Des maisons de caractère datant du XVIIIe siècle nous rappellent l'époque florissante du commerce de la toile de lin. Le bourg, par son église, son calvaire, ses maisons de marchands de toiles et de tisserands, offre une richesse architecturale, qui vaut à Saint-Thélo d'être classé au Label "Patrimoine Rural de Bretagne".
Mais Saint-Thélo ne se limite pas à un musée. Le village lui-même est un livre d’histoire à ciel ouvert. En flânant dans ses ruelles, on croise d’anciennes maisons de marchands, des demeures de tisserands et un patrimoine remarquablement préservé. C’est ici que l’on comprend véritablement comment le lin a modelé toute une société.
La maison d’un riche marchand de toiles du XVIIIe siècle a ainsi été transformée en musée. On peut y découvrir les différentes opérations de fabrication de toiles de lin, les principaux débouchés de ces marchandises ainsi que l’itinéraire de grandes familles de la région qui se sont alors enrichies grâce à ce commerce.
Saint-Thélo possède un circuit touristique qui permet au visiteur de découvrir le patrimoine architectural constitué par l'église et les nombreuses maisons de marchands de toiles. Une oeuvre du célèbre artiste japonnais Tadashi Kawamata est présente à proximité de la Maison des Toiles. Ce projet permet de remettre en valeur des maisons de tisserands par la mise en oeuvre d'un "métier à tisser" géant qui traverse la toiture d'une de ces maisons, et qui permet ainsi de traverser le temps et l'espace.
Option sur votre parcours touristique : Direction Grace Uzel (16 km), où se trouve les anciennes halles aux toiles; l’actuelle mairie de Grâce-Uzel. Puis retour sur Saint-Thélo et prenez la direction Le Quillo via D69 (23 km).
Le Quillio et les villages des grands négociants
La paroisse du Quillio et les trois paroisses voisines de St-Thélo, St-Caradec et Trévé, formaient aux XVIe et XVIIIe siècles ce que l’on appelle "les poumons de la manufacture" : manufacture des toiles fines en lin dites Bretagne, compris dans un espace compris entre Quintin, Moncontour, Loudéac et Pontivy. Il s’agissait pourtant de quatre petites paroisses rurales dominées par un bourg de taille très moyenne, mais leur position géographique fit du Quillio et des trois villages voisins le centre d’une intense activité marchande : sur les 450 marchands (petits et grands) que compte la manufacture entre 1781 et 1790, plus du tiers habite ces quatre paroisses.
Ces marchands habitent soit dans les bourgs soit sur leurs domaines où ils s’occupent de négoce mais aussi de l’exploitation des terres agricoles. Ces marchands s’étaient fait bâtir sur ces terres des demeures qui aujourd’hui encore sont les témoins du passé de la région. Ces résidences, encore visibles aujourd’hui, témoignent du statut social acquis grâce au négoce textile.
Visitez l'église Notre-Dame construite entre le XVIe et XVIIIe, le sanctuaire a été bâti entre les XVe et XVIIIe siècles à la grande période de la manufacture des Toiles "Bretagnes". L’ensemble architectural se compose de l’église Notre Dame de la Délivrance, d’un calvaire double, du mur de clôture et du cimetière où repose des marchands des toiles Bretagnes. En parcourant la campagne environnante, on comprend à quel point le commerce du lin a transformé ces modestes paroisses rurales en centres économiques influents.
Poursuivez votre route vers Saint-Hervé via D35 (30 km), admirez le manoir du bourg du XVIIIème siècle dit « le château et le château de Beauregard (1737), propriété de la famille Le Deist de Botidoux. Il s'agit de la maison natale de Jean François Le Deist de Botidoux (1762-1823), avocat et homme de lettres. Le château est restauré vers 1980.
Uzel, Moncontour et les cités enrichies par les toiles
En poursuivant l’itinéraire, plusieurs petites villes révèlent à leur tour leur lien intime avec l’industrie textile. Suivez la direction d'Uzel via D41 (32 km), l'essor des fabricants et marchands de toiles de lin permit la construction de nombreuses églises paroissiales dans la région, mais peu sont restées, la plupart ayant été reconstruites au XVIIIe siècle. Ne manquez pas l'Atelier du Tissage, espace muséographique qui vous raconte la destinée hors du commun des ateliers Léauté Planeix.
Option vers la petite cité de caractère de Moncontour via D35 (52 km). Après avoir subi sièges et assauts, Moncontour se tourne vers le commerce de toiles qu'elle exporte vers l'Espagne et les Indes ! Baladez-vous dans les ruelles et prenez le temps d'admirer les hôtels particuliers et les maisons léguées par ces riches négociants. L'hôtel Clézieux et l'hôtel de Kerjégu, devenu aujourd'hui la mairie, en sont de très beaux exemples. L'ancien hôtel Veillet-Dufrêche, a été édifié à la demande de Jean-Baptiste Veillet-Dufrêne qui dirigeait un important comptoir de ventes de toiles
Perchée au sommet d'une colline, entourée de ses remparts, Moncontour mérite bien son titre de petite cité de caractère et "Plus beau village". Vous adorerez flâner dans ses ruelles au charme médiéval, découvrir son histoire marquée par chouans et toiliers et vous balader dans sa paisible campagne. Flâner dans Moncontour constitue l’un des grands plaisirs du voyage. Derrière les façades de granit se cachent des cours élégantes, des jardins paisibles et des détails architecturaux qui racontent plusieurs siècles d’histoire. L’atmosphère y est particulièrement attachante, surtout lorsque la lumière dorée de fin de journée vient caresser les vieilles pierres.
Quintin, capitale des Toiles Bretagnes
Impossible d’évoquer la Route du Lin sans s’arrêter à Quintin. Revenez sur vos pas, puis prenez sur votre droite vers Quintin via la D44 et D7 (81 km). Quintin s'est essentiellement développée, par le tissage et le commerce des toiles de lin, enrichissant des familles de négociants. Les toiles servaient à la confection des bonnets et des cols, cette industrie s'étendit aux toiles dites de Bretagne.
La ville comptait alors 300 tisserands. Quintin a aussi été un centre monastique. De 1650 à 1830, Quintin est reconnue comme le centre commercial le plus important de la Manufacture des toiles « Bretagnes ». Les toiles tissées à Quintin étaient renommées pour leur finesse et leur blancheur et exportées.
De ce passé prospère, la Petite Cité de Caractère conserve un riche patrimoine architectural avec les nombreux hôtels particuliers de négociants.Admirez les maisons de style et les hôtels particuliers des riches négociants puis faites escale au musée pour en savoir plus sur ce passé toilier. La fabrique, atelier du lin, de l’importation de la graine de lin à l’exportation de la toile…. une visite vivante ! Visite interactive grâce à des démonstrations sur des outils. Les démonstrations et les présentations interactives rendent particulièrement vivante l’histoire de cette industrie qui a profondément marqué la Bretagne intérieure.
De Guingamp au Trégor : la mémoire du lin vers la mer
Plus au nord, l’itinéraire quitte progressivement le Centre Bretagne pour rejoindre le Trégor. Votre périple sur la route touristique du Lin et du Chanvre des Côtes d'Armor vous emmène vers Guimgamp via D7 et N12 (114 km). Reconnue pour la qualité de son Patrimoine, Guingamp est entrée depuis 2011, dans le réseau des Cités d'Art de Bretagne.
Admirez le Château de Pierre II, la Basilique Notre-Dame de Bon Secours du XIe et XVIe siècle, l'Abbaye Sainte-Croix de Guingamp fondée vers 1135, le Château des Salles et l'Ancienne prison de style « pennsylvanien » du XVIIIe siècle.
Continuez vers la troisième petite cité de caractère du Trégor, La Roche Derrien via D8 (138 km). La cité prospère jusqu’au milieu du XXe siècle, grâce à ses commerces, ses artisans, ses ardoisières et son activité liée au lin. La Roche-Derrien a été surnommée "Kapital Stoup", capitale des teilleurs de lin. Cette appellation résonne encore dans le Trégor. Ici, l’histoire prend un caractère festif lors des brocantes, de la fête annuelle et de la fête médiévale.
Les vestiges du Moyen Âge content le passé historique de la ville : ancienne porte de la maladrerie, place du pilori, venelle des Anglais, venelle d’Argent. La rue de la Fontaine garde la trace des anciens commerces avec ses fenêtres à échoppes.
Option direction Pouldouran via D33 (145 km), visiter l'Église Saint-Bergat, construite de 1859 à 1867, voûte décorée ainsi que l'oculus au-dessus du maître autel par le peintre Raphaël Donguy en 1864. Vous trouverez des Routoirs près de la rivière Jaudy, à côté de Pouldouran. Après avoir marché dans les sous-bois, vous découvrez de très beaux routoirs ainsi que le système de rigoles.
Si vous avez le temps, nous vous conseillons la boucle des 21 routoirs se parcourt à pied. Au départ de la Maison des talus et des routoirs à lin de Pouldouran, ce sentier de 7 km est accessible à tous les marcheurs. La première étape vous fait longer le ruisseau du Douron jusqu’à un ensemble de routoirs restaurés par l'association Skol Ar C'Hleuzioù.
Les routoirs sont des bassins à ciel ouverts, creusés dans le lit de cours d'eau, où le lin était mis à rouir afin de séparer le bois de la fibre. Cette méthode a été utilisée pendant plusieurs siècles malgré la pollution des rivières qu'elle engendrait, on dénombrait 3 600 routoirs dans le Trégor en 1855 ! Aujourd'hui le rouissage se fait sur champ grâce à l'action du soleil et de la rosée.
Nous vous conseillons aussi de profiter de votre passage pour une visite au château de la roche jagu. Allez vous balader dans le magnifique parc du château de la Roche Jagu, classé jardin remarquable pour y découvrir trois beaux routoirs. L’accès à ce parc est gratuit.
Tréguier et Lannion, entre patrimoine et poésie
Reprenez le circuit touristique vers Treguier via D786 et D20 (150 km), bâtie en amphithéâtre sur un versant au pied duquel s’unissent le Jaudy et le Guindy. Tréguier est une ville-port de fond de ria, comme le sont de nombreuses autres villes bretonnes comme Dinan, La Roche-Derrien. Un bijou amoureusement décrit par Ernest Renan, Henri Pollès, Anatole Le Braz et tant d’autres.
La petite cité de caractère de Tréguier, riche d’une histoire de quinze siècles et d’un patrimoine exceptionnel portant lui-même sur plus de huit siècles, Tréguier, ville sainte de la Bretagne, offre à ses visiteurs son ensemble épiscopal unique, ses maisons à colombages, ses belles demeures d’armateur, ses ruelles étroites, ses jardins intérieurs dévoilés par les portes cochères entrebâillées. Ici, chaque pierre raconte une histoire.
Lannion via D786 (169 km) sera la prochaine étape. Lannion bâtie à flanc de colline, au bord du fleuve Léguer, elle se compose d'une partie basse et d'une partie haute au charme indéniable, aux maisons anciennes à pans de bois ou d'ardoises. Les plus anciennes, du XVIe siècle, se situent rue des Chapeliers. Place du Marhallac'h, vous pourrez admirer deux maisons à tourelles.
Pour une vue imprenable sur la ville, direction les escaliers de Brélévenez : 140 marches bordées de petites maisons, pour un panorama exceptionnel à l'arrivée. Le quartier de Brélévenez semble s'être figé dans le temps, avec son église templière et ses maisons typiques. La ville invite à ralentir, à observer et à savourer la douceur de vivre bretonne.
Ne manquez pas l'église Saint-Jean-du-Baly, du XVIe siècle, agrandie au XVIIe : sa tour carrée disposait autrefois d'une flèche, démolie en 1760. À voir aussi : l'ancien couvent Sainte-Anne transformé en espace socio-culturel. De très jolies promenades sur des sentiers boisés vous attendent le long du Léguer : c'est le domaine des fontaines et chapelles secrètes, des petits ports abrités, jusqu'aux plages de Beg Léguer.
Plestin-les-Grèves, l’horizon maritime
Pour finir cette route du Lin et du chanvre des Côtes d'Armor, suivez la direction de Plestin les Grèves via D786 (187 km). Visitez l''église Saint-Efflam construite aux XVe et XVIe siècles ce qui est attesté par la date de 1576 sur le pignon du porche et la chapelle Sainte-Barbe inscrite en 1934 au titre des Monuments historiques.
Plestin-les-Grèves possède une belle façade maritime comprenant un petit port de plaisance et de nombreuses plages de sable fin réparties sur deux baies, dont la célèbre Lieue de Grève flanquée de son légendaire Grand Rocher.
A Plestin-les-Grèves, Toul an Hery, petit port de pêche, devint un port de commerce à l'époque ducale. Au XVIIe siècle, c'était un lieu d'exportation de toiles de lin et d'orge vers la Grande-Bretagne et la péninsule ibérique. La culture du lin et la fabrique de toiles apportèrent la prospérité aux propriétaires des terres de la région et aux armateurs, cette activité entraînant un commerce enrichissant au moins jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.