L'une des caractéristiques de la faïence de Nevers est un décor vitrifié en même temps que l'émail du support, ce qui exclut les retouches. Si les premières pièces sont réalisées dans un style italien, les décors évoluent au cours du xviie siècle, empruntant non seulement à la tradition française mais aussi à l'iconographie flamande, persane et chinoise. Au xviiie siècle, la faïence devient plus populaire avec une production de pièces patronymiques puis, sous la Révolution, des faïences patriotiques.
Subtil mélange de marne et d'argile, cette poterie tournée ou moulée devient "biscuit" après une première cuisson aux environs de 1 000 degrés. Elle ne peut s'enorgueillir du terme de "faïence" qu'après un bain d'émail qui la rend imperméable et sert de support à un décors raffiné ou naïf, toujours spontané. Seule les couleurs dites de "grand feu" ; cuisson autour de 960 degrés, animent ces faïences. Il s'agit du jaune, du vert, du violet et bien évidemment du fameux bleu de Nevers.
Influencé par l'Italie d'où sont originaires les premiers faïenciers installés à Nevers à la fin du XVIe siècle, le décor des faïences nivernaises s'émancipe peu à peu des thèmes du début inspirés essentiellement par la Bible et la mythologie pour suivre les tendances de la mode tournée vers l'Orient. Au XVIIIe siècle, la multiplication des centres faïenciers et le développement de la porcelaine entament fortement la primauté de Nevers, qui dès lors s'ouvre à une nouvelle clientèle avec des décors populaires anecdotiques puis révolutionnaires. Aujourd'hui, les maîtres faïenciers perpétuent la tradition de la faïence, tout en effectuant des recherches sur des décors contemporains
Cette technique a très vite fait le renom de la cité, qui se situe parmi les plus grands centres producteurs européens de faïence. Le décor de grand feu qui ne permet aucun repentir exige une grande maîtrise du trait. La palette des émaux est limitée par des modes de cuisson; on ne trouve donc, sur les décors de Nevers que du bleu, du vert, de l'ocre et du noir ou violet selon l'intensité. Toutefois on assiste à une timide apparition du rouge dans le courant du XIXe siècle. Ce n'est qu'à cette même époque qu'apparaît au dos de certaines pièces la signature au nœud vert appliquée pour la première fois par François-Henry Signoret, maître faïencier de la manufacture du Bout du Monde entre 1863 et 1875. Ce « rébus » est encore repris de nos jours comme la marque d'une production toujours active.
En arpentant les ruelles de Nevers vous découvrirez des traces de la faïence, cet art raffiné venu d’Italie. Les boutiques aux vitrines colorées, l’ancien quartier des Faïenciers, le Musée de la Faïence, pas de doute c’est la signature de la ville. Cette jolie couleur due au trempage dans un bain d’émail bleu de cobalt après cuisson. Entre pièces traditionnelles et créations modernes les amateurs d’art craqueront forcément pour un précieux souvenir à ramener chez eux. Mettez du bleu dans vos vies et des assiettes sur vos murs !
La plupart des faïenciers de Nevers se sont installés rue de la Tartre, aujourd'hui rue du 14 Juillet. Plusieurs dynasties de faïenciers ont marqué Nevers, c'est le cas des Conrade, des Bourcier, des Seguin, des Enfert, des Perronny et des Custode au XVIIe et XVIIIe siècle ou des Montagnon à la fin du XIXe siècle et au XXe siècle.
Les Conrade (Conrado) sont venus de la Province de Gênes. Augustin fut le premier et a été notamment rejoint par Baptiste et Dominique. Antoine Conrade étant considéré comme le plus talentueux, la confrérie avait sa fête pour la saint Antoine. Les Bourcier, venus de la Charité sur Loire, connurent quatre générations. Barthélémy Bourcier (mort en 1676) fut émailleur de la reine Marie de Médicis de 1626 à 1631 et son fils Jean fut peintre. Barthélémy Bourcier fut un grand artiste en contact avec Abaquesne, le grand maître rouennais, ainsi que des disciples directs de Bernard Palissy. Il fut peut-être l'objet d'une cabale et de l'inimitié de Richelieu. Il fut chassé de la Cour en 1632 et revint alors en Nivernais.
Les Seguin, parents des Bourcier, du XVIIe au XVIIIe siècle, donnèrent plusieurs maîtres faïenciers dont Jean (mort en 1680) et Guillaume (mort en 1714). Les Custode, dont Pierre, sont d'origine italienne. Pierre Custode achète en 1637 la fabrique de l'Autruche, fondée en 1630 par Pierre Blanchet, il s'associe avec Esme Godin et la maison Custode durera jusqu'en 1795 environ. Ce sont les Custode qui ont probablement illustré le mieux les décors persans à dessins blancs sur fond bleu intense que certains ont appelé le « Bleu Custode ».
La manufacture du Bout du monde, fondée en 1648, est la faïencerie qui perdurera le plus longtemps, jusqu'en 2015. Elle aura connu 25 dirigeants en 367 années d'existence. Parmi ces dirigeants, quatre générations de Montagnon, famille qui a racheté la manufacture à Henri Signoret qui en fut propriétaire de 1853 à 1875. C'est Henri Signoret qui, le premier, signa sa production d'un nœud vert qui fut par la suite adopté par ses concurrents.