Les beffrois.
On ne pourrait évoquer l'architecture du pays sans parler de ses beffrois. Ils ont été majoritairement érigés à partir du XIe siècle avec l'essor économique et la naissance de
bourgs commerciaux administrés par des marchands. Ces marchands devenus bourgeois revendiquaient une autonomie auprès de leur suzerain.
Les beffrois sont ainsi venus matérialiser les communes en tant que tour à même de rivaliser avec les donjons et clochers existants. Ces objets multifonctionnels (tour de guet, salle de réunion, prison, coffre-fort...) perdront leur utilité au fil des siècles mais restent encore aujourd'hui des monuments majeurs symboles de notre culture.
Pour les beffrois des grandes villes, vous pourrez vous rendre à Arras, Béthune, Calais, Bailleul, Amiens ou Compiègne (qui a un style plus gothique et élégant). Ces emblématiques tours trônent le plus souvent au milieu des places de marchés où se font encore aujourd'hui les rassemblements populaires.
Il faut également noter l'importance des hôtels de ville dans le patrimoine du Nord. Ces édifices ont le plus souvent acquis le même intérêt que les édifices religieux. On citera celui de Lille, de Dunkerque, de Calais ou d'Armentières...
Autres ouvrages répandus, les moulins à vent qui parsèment les monts de Flandres, à Hondshotte, Boescheppe, Cassel mais aussi en Artois à Achicourt ou vers la côte. Ils servaient au pressage des céréales et des oléagineux, certains demeurant actifs et perpétuant aujourd'hui encore la tradition artisanale.
Architecture militaire de la Picardie
Les fortifications.
D'anciens bastions se retrouvent encore dans la région, des vestiges de fortifications encouragées par la situation stratégique de la zone. Ces premiers édifices sont construits au XVe siècle, après l'introduction des armes lourdes, comme les canons à boulets métalliques auxquels ne résistent pas les simples palissades en bois ou les murs de pierre.
Pourtant, il faudra l'arrivée de Vauban (1633-1707) et de son génie militaire, pour que les lignes de défense deviennent réellement efficaces.
Son fameux système se retrouve dans les deux lignes de places fortes qui forment le fameux Pré Carré (double ligne de villes fortifiées qui protège alors les nouvelles frontières du Royaume de France contre les Pays-Bas espagnols). Une partie de la première ligne se trouve aujourd'hui en Belgique, mais les principales structures se situent dans le Nord, le Pas-de-Calais et l'Aisne.
La première ligne devait protéger l'intérieur des terres, tandis que la ligne arrière, composée des villes plus éloignées, gardaient les renforts et assuraient la maintenance des troupes. Chaque fortification prend la forme d'une étoile à branches multiples, les bastions étant disposés de manière à offrir le meilleur angle de vision possible aux défenseurs. Les fossés, situés autour, consolidaient l'assise des fortifications. Pour retarder l'envahisseur, différents dispositifs comme les demi-lunes étaient placés bien avant la partie forte mais à portée de vue suffisante... pour faire feu sur l'ennemi littéralement emprisonné dans un réseau de tranchées et fragmenté en petites troupes.
Certaines de ces fortifications sont conservées en l'état, mais d'autres ont souffert des affrontements du XIXe siècle et surtout du XXe siècle. Les plus beaux exemples encore visibles se trouvent à Bergues, Lille, Le Quesnoy ou Arras.
Les châteaux de la Picardie : Des châteaux qui font rêver !
Les châteaux sont particulièrement nombreux dans les trois départements de Picardie. Vous y trouverez un très beau panel représentatif des différences architecturales médiévales. La première fonction des châteaux et constructions féodales était défensive : la position stratégique de l'Aisne obligea la fortification des villes d'importance, comme Château-Thierry, tandis que forteresses et autres bastions militaires côtoyaient les importants châteaux forts de l'est.
Château de Chailvet – 02 Aisne
Non loin de Laon, à Ruyaucourt-et-Chailvet, le château de Chailvet interpelle par son architecture Renaissance d’inspiration italienne. Un cas unique dans la région. Sa particularité provient de ses arcades avec galeries superposées qui s’achèvent de part et d’autre du bâtiment par deux tours. Le château fut le fief des seigneurs de la Vieuville, ducs et pairs de France.
A découvrir : les arcades
Château de Chantilly – 60 Oise
Le château fut d’abord une forteresse médiévale avant que d’importants travaux soient entrepris au XVe puis XVIIe siècle par les Montmorency puis par la famille Condé, notamment le grand Condé. Ce dernier, éloigné de la cour, fit dessiner le parc par André Le Nôtre, ce qui fut sa plus belle création. De nombreux écrivains comme La Fontaine, La Bruyère, Bossuet y furent reçus. Après la Révolution, le duc d’Aumale entreprit sa reconstruction.
A découvrir : l’allée des philosophes, le petit château qui date de 1551, le cabinet des livres, le jeu de paumes, les grandes écuries.
Plus d’infos : site internet
Château de Pierrefonds – 60 Oise
A la lisière de la forêt de Compiègne, au nord de Paris, il est un imposant château fort de style médiéval. Flanqué de huit tours, de courtines et de deux chemins de ronde superposés, il constitue au Moyen Âge un ouvrage de défense typique. Durant la Régence, il fut assiégé et en partie détruit sur ordre de Richelieu. Racheté par Napoléon Ier, il fut restauré par Eugène Viollet-le-Duc à la demande de Napoléon III.
A découvrir : le chemin des rondes, les appartements impériaux
Plus d’infos : site internet
Château de Rambures – 80 Somme
Construit au XVe siècle, ce château est l’un des tout premiers en Europe à être construit dans sa quasi-totalité en brique. De style féodal et sur plan carré, flanqué de ses huit tours et demi-tours, il est considéré comme un chef-d’œuvre de l’architecture militaire médiévale tardive. C’est un des rares châteaux du Moyen Âge encore présents dans la région.
A découvrir : les salles du château, le parc labellisé jardin remarquable et sa roseraie
Plus d’infos : site internet
Château de Régnière-Ecluse - 80 Somme
C’est en 1030 que l’abbaye de Saint-Riquier cède le domaine de Régnière-Ecluse à la famille Tyrel de Poix. Bien plus tard en 1831, à l’initiative du comte Herman d’Innisdal, le domaine prend sa dimension actuelle. Le propriétaire s’inspire alors des demeures aristocratiques de l’Ancien Régime et des jardins à l’anglaise pour transformer l’endroit. Il en résulte un lieu où le charme opère et un édifice qui interpelle par son style atypique.
A découvrir : le parc, l’activité sylvicole,
Plus d'infos : site internet
Château de Bertangles – 80 Somme
Au nord d’Amiens, ce château pure Régence est la propriété du comte Louis de Clermont-Tonnerre, après avoir été celle de la famille Bertangles. Le château se compose d’un corps central et de deux pavillons latéraux. Les deux façades longues de cent mètres sont exclusivement décorées de sculptures et de mascarons célébrant la paix, par le biais des arts, de la géographie ou encore de la mythologie.
A découvrir : les façades qui célèbrent la paix, le pigeonnier, la grille d’honneur réalisée par Le Vivarais qui fit également les grilles du cœur de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens,.
Plus d’infos : site internet
Cathédrales de Picardie : le gothique en Picardie
Étendard du patrimoine de Picardie qu'il partage avec les manoirs et les châteaux, l'art gothique a fleuri dans la région au point d'offrir sur son sol les plus beaux exemples de son architecture au gigantisme criant.
Ainsi, on compte en Picardie six cathédrales (Amiens, Beauvais, Soissons, Laon, Senlis, Noyon) et d'innombrables édifices religieux tout aussi majeurs (basilique de Saint-Quentin, abbatiale de Saint-Riquier, abbatiale Saint-Vulfran à Abbeville).
Aux XIIe et XIIIe siècles, la Picardie bénéficie d'un essor économique important ; le pouvoir religieux, désireux d'affirmer sa puissance, lève des fonds pour construire des édifices à la gloire du catholicisme. L'art roman s'essouffle, et l'apparition des voûtes et croisées d'ogives permet d'élever plus haut les églises.
Du gothique simple qu'on retrouve dans les cathédrales les plus anciennes de la région (Noyon 1150 et Senlis, dans sa partie ancienne du moins), les architectes vont par la suite rivaliser d'imagination pour construire toujours plus haut leurs édifices, jusqu'au chef-d'œuvre de la période gothique dite « flamboyante » : Notre-Dame d'Amiens, la plus profonde du monde (on y logerait deux fois Notre-Dame-de-Paris).
Mais les architectes voudront faire encore plus : ce sera l'échec de Beauvais. Voulue par les chanoines pour rivaliser avec Amiens : elle s'effondra plusieurs fois... Cependant, à 48 m, elle reste la plus haute sous voûte, le record de l'histoire du gothique.
Chronologie des cathédrales de Picardie : Noyon (1145-1235), Senlis (1151-1191), Laon (1150-1235), Soissons (début des travaux en 1180), Amiens (1220-1288), Beauvais (début des travaux - jamais finis - en 1247). Le super plan pour les amateurs : les visiter dans l’ordre chronologique.
Architecture religieuse en Picardie
Marquée par la présence de multiples rois et d'ecclésiastiques, la région possède quelques perles de l'architecture religieuse de France. Joyau des joyaux, la cathédrale Notre-Dame d'Amiens date du début du XIIIe siècle. Véritable chef-d’œuvre gothique, elle fut créée par Robert de Luzarches qui combina la démesure des parures extérieures aux vitraux, tours et sculptures dans un seul grand ensemble classé au patrimoine mondial de l'Unesco.
Son esthétisme a fait dire à Auguste Rodin : " C'est l'empire absolu de l'élégance suprême. " Bien que celle-ci soit la plus emblématique, la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais se distingue également par son chœur gothique (le plus haut du monde avec 47 mètres). Datant du XIIIe siècle, elle n'a jamais vraiment été terminée, car il manque encore la nef. Autre bijou, l'élégante cathédrale de Laon domine la ville haute et se voit à plusieurs kilomètres à la ronde.
Rodin, fin connaisseur, la décrivait ainsi : " Les tours de Laon, vues à distance, sont comme des étendards qui portent au loin le juste orgueil de l'homme. " Senlis compte aussi une cathédrale de renom, qui s'inscrit parfaitement dans les vieilles pierres du paysage.
Construite dès le XIIe siècle, elle fut presque détruite lors d'un incendie et fut donc restaurée dans un style gothique flamboyant dès le XVIe siècle. A Noyon, une grande église accueillit le couronnement de Charlemagne. Il s'agit ni plus ni moins que de la plus ancienne église gothique, ou plutôt cathédrale, de la région, voire de France. Quelques cathédrales du Nord sont également superbes et méritent votre détour. La cathédrale Notre-Dame-de-Grâce de Cambrai, la basilique du Saint-cordon de Valenciennes ou encore la sublime tour abbatiale de Saint-Amand-les-Eaux.
Le patrimoine sacré ne s'arrête bien évidemment pas à ces édifices puisque à cela il faut ajouter les collégiales, dont celle d'Abbeville, inachevée depuis le début de sa construction au XVe siècle, mais proposant un bel exemple de style gothique flamboyant. Bien avant cela se construisait la basilique de Liesse au XIIe siècle, dans un pur style gothique cette fois.
Les abbayes et les prieurés sont fortement présents dans la région, comme à Saint-Riquier où l'abbaye du VIIe siècle accueille un musée, tandis que l'église abbatiale domine la ville malgré ses maintes reconstructions. L'abbaye de Valloires date quant à elle du XVIIIe siècle, bien que sa première édification date de 600 ans. Elle vaut le détour notamment pour son jardin botanique très riche et pour son parfait état. Sans parler de l'abbaye de Vaucelles. Cette abbaye cistercienne, classée Monument Historique, est située dans la vallée du Haut-Escaut sur la commune de Les Rues des Vignes à 10 km de Cambrai et à 24 km de Saint-Quentin.
Si l'art gothique n'est pas vraiment originaire de la région, c'est en Picardie et dans le Nord qu'il s'est le plus exprimé, en tout cas de la plus belle façon. L'aboutissement de l'architecture gothique reste naturellement les cathédrales qui furent érigées dès le XIIe siècle, avec pour fleuron la cathédrale d'Amiens et ses dimensions ahurissantes, ses voûtes croisées d'ogives extrêmement hautes et ses innombrables sculptures.
Collégiales, abbayes, églises : toutes les constructions d'alors s'imprègnent du style, parfois sous l'influence flamande, avec les hallekerke qui répondent à des dimensions bien précises. Si à Laon la cathédrale est la plus ancienne, donc la moins représentative, celle de Beauvais affiche toutes les caractéristiques de l'architecture gothique à son apogée, chœur entièrement vitré, murs peu épais et peut-être même un certain déséquilibre.
Le gothique flamboyant s'exprime quant à lui à travers des édifices bâtis au XVIe siècle, notamment dans la Somme et à Abbeville en particulier, avec l'église Saint-Vulfran qui expose toute la créativité des sculpteurs d'alors et l'abondance de détails aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de l'édifice. La Renaissance, qui arrive juste après, sonne le glas du style gothique pour un retour à des lignes plus épurées mais ne trouve en région que peu d'écho. Après tout le plus beau a déjà été fait !
Ouvrages d’art de la Picardie
Tandis que les moulins à eau continuent de tourner au gré du courant, les moulins à vent, qui ont pourtant peuplé toute la région, ne sont plus très nombreux. Leur construction remonte au Moyen Age, vers le XIe siècle, et rapidement les techniques se sont affinées pour donner ce que certains appellent les " géants du Nord ".
Au fil des temps, les constructeurs ont su adapter chaque moulin à l'environnement. Après les constructions fixes (tributaires du sens du vent), sont apparus les premiers exemples dotés d'un toit sur pivot, comme à Achicourt. Les moulins peuplaient surtout trois départements : le Pas-de-Calais, la Somme et le Nord qui, avec les Flandres, en comptait le plus.
Lors de la guerre de 1914-1918, tous les moulins situés sur la ligne de feu furent rasés, soit au cours des batailles, soit pour éviter qu'ils ne servent de poste d'observation ou de point de repère pour les tirs d'artillerie. A cela s'ajouta le manque d'entretien et de nouvelles taxes qui contribuèrent à la destruction de nombreux moulins. Aujourd'hui, s'ils ont perdu leur rôle économique, les moulins sont devenus des points d'attraction touristique et des centres d'animations et de festivités.
A ce titre-là, quelques-uns ont été reconstruits ou rénovés pour perpétuer la tradition du pressage artisanal de céréales et d'oléagineux. Aujourd'hui quelques meuniers sont encore en activité et produisent essentiellement de la farine (en petite quantité). Ils conservent un charme fou et contribuent à l'image d'Epinal que peuvent avoir les touristes de la région.