Capitale de la Résistance, mais aussi capitale régionale de la répression, Lyon traverse la guerre entre espoirs, clandestinité, privations et violences, jusqu’à sa libération le 3 septembre 1944.
De la “drôle de guerre” à la zone libre (1939–1942)
Comme ailleurs en France, Lyon vit surtout des mesures préventives en 1939–début 1940: distributions de masques à gaz et aménagement d’abris, sans combats sur place avant mai 1940. Le déclenchement de l’offensive allemande se traduit localement par le bombardement de l’aéroport de Bron, signal brutal que la guerre arrive aux portes de la ville.
À la mi juin, l’évacuation des plus jeunes est décidée; la ville perd rapidement une grande partie de sa population. Le 18 juin, à la demande du maire Édouard Herriot, via le préfet Émile Bollaert, Lyon obtient le statut de “ville ouverte” pour éviter des combats. La ville est occupée le lendemain, puis les troupes allemandes se retirent peu après. Lyon ne connaît pas de combats directs durant l’invasion, le statut de ville ouverte ayant été obtenu, ce que confirme la synthèse historique de référence.
À partir de juillet 1940, après le retrait allemand et la mise en place de la zone libre, Lyon devient, avec Marseille, l’une des principales métropoles où affluent réfugiés, administrations et institutions venues du nord, changeant brutalement l’échelle urbaine et sociale. Un très grand nombre de réfugiés s’y installent, tout en subissant censure et propagande de Vichy. Le conseil municipal élu est dissous par décret le 20 septembre 1940. Il est remplacé par une délégation nommée ; la ville est étroitement surveillée par le nouveau préfet (Angéli). Cette reprise en main marque le début d’une gouvernance vichyste locale plus autoritaire.
La visite du maréchal Pétain à Lyon en Novembre 1940 attire une foule nombreuse, reflet d’un soutien initial au chef de l’État. Dans la presse, Le Nouvelliste s’affiche “inconditionnel” du régime, tandis que Le Progrès tente de rester sur un terrain quotidien pour contourner la censure et préserver une ligne démocratique. Dès 1941, les rapports de police notent toutefois une érosion de la confiance populaire, amorcée dès la fin de 1940. En effet, la population, d’abord largement acquise à Pétain, se détourne progressivement du régime dès 1941, dans un contexte de surveillance policière accrue.
Foyer précoce de Résistance et bascule de 1942
La Proximité de la ligne de démarcation, concentration d’imprimeurs et de réseaux font de Lyon un centre majeur de mouvements et de presse clandestine, toutes tendances confondues. Elle est concidérée comme Capitale de la Résistance !
Lyon a été un moteur de la lutte clandestine en zone Sud, cumulant organisation des mouvements, presse, renseignement, logistique, et coordination nationale. Sa densité urbaine, ses imprimeries, ses réseaux intellectuels et ouvriers, et l’afflux de réfugiés en ont fait un terrain privilégié de la Résistance dès 1940. Dès l’automne 1940, Combat, Franc-Tireur et Libération prennent forme à Lyon, issus de petits cercles de connaissances refusant la défaite et la collaboration, bientôt rejoints par des réfugiés et intellectuels venus du Nord. Poids démographique, milieu ouvrier organisé, élites disposant de moyens, et brassage des populations facilitent l’implantation et la croissance de ces réseaux.
Lyon devient un pôle d’imprimeries clandestines pour les journaux des mouvements (Combat, Franc-Tireur, Libération) qui structurent opinions, consignes et liaisons entre groupes de la zone Sud. Les milieux catholiques lyonnais lancent les Cahiers du Témoignage chrétien à l’automne 1941 (jésuites de Fourvière, dont Pierre Chaillet et Henri de Lubac), voix morale contre antisémitisme et totalitarisme. Les réseaux lyonnais alimentent Londres et Alger en informations militaires, tout en assurant liaisons, hébergements et boîtes aux lettres pour agents, courriers et radios. Fabrication de faux, passages vers zones sûres, secours aux persécutés (dont de nombreux Juifs) et soutien aux réfractaires au STO deviennent des fonctions quotidiennes des équipes urbaines.
Groupes francs et équipes armées sabotent voies ferrées, dépôts, câbles et infrastructures, avec une montée en puissance à partir de 1943. Lyon sert de base logistique (recrutement, intendance, soins, liaisons) pour les maquis du Jura, des monts du Lyonnais et du Vercors, préparant la libération régionale. Au-delà de la presse et du renseignement, la Résistance à Lyon a mené des actions concrètes pour entraver l’occupant, affaiblir la collaboration et préparer la Libération. Voici les types d’actions directes les plus caractéristiques à Lyon et dans sa proche région, avec exemples représentatifs.
Sabotages d’infrastructures comme les voies ferrées et matériels roulants. Déclouage de rails, charges sur les aiguillages, incendies de wagons, retardant les convois militaires sur les axes Lyon–Paris (PLM), Lyon–Grenoble, et vers la vallée du Rhône. Dégradations de machines et outillages dans des sites stratégiques (mécanique, chimie, transport), pour réduire la production utile à l’effort de guerre allemand. Coupures ciblées de lignes électriques, mise hors service de centraux téléphoniques et de lignes de communication utilisées par la Wehrmacht et la Gestapo.
Coups de main contre l’occupant et la Milice avec des attaques de patrouilles et postes isolés. Embuscades rapides en ville ou en périphérie, suivies de replis vers les caches urbaines ou les maquis de liaison. Assauts sur dépôts d’armes pour récupérer armes, munitions, explosifs et radios, indispensables aux groupes francs et aux maquis. Opérations ciblées contre des agents et indicateurs particulièrement dangereux pour les réseaux. Incendies de dépôts de carburant et de stocks pour dérègler la logistique ennemie. Actions de nuit sur hangars et citernes (quartiers industriels comme Gerland) pour priver l’occupant de mobilité. Sabotage de véhicules comme du sucre dans les réservoirs, sandes dans les ponts, pneus lacérés, rendant indisponibles motos et camions de répression.
Passage discret de volontaires, de médecins, de radios et de cadres entre Lyon et les maquis du Lyonnais, du Jura ou du Vercors. Actions urbaines coordonnées avec des opérations des maquis pour disperser les forces ennemies à l’été 1944. Attaques de transferts de détenus comme les interceptions de fourgons et de convois pour libérer résistants et réfractaires. Exfiltration de personnes traquées depuis des cliniques, couvents, ateliers, avec filières d’hébergement et de passage hors de la ville. “Garsouilles” et braquages de caisses collaboratrices pour financer l’impression, les faux papiers, l’aide aux familles et l’armement. Récupération de cartes d’alimentation et bons d’essence pour nourrir les planqués et approvisionner les opérations.
À partir de Lyon, des cadres jouent un rôle clé dans l’unification des mouvements de zone Sud, prémisse de la représentation nationale clandestine et de la coordination FFI. L’arrestation de Jean Moulin à Caluire (21 juin 1943) symbolise à la fois le rang stratégique de Lyon dans la direction de la Résistance et la violence de la répression qui s’y abattait.
Exemple d'actions de la résistance autour des Brotteaux et du 6e arrondissement
- Attaque d’une permanence milicienne à Villeurbanne - Date : Printemps 1944 (probablement avril) - Lieu exact : Cours Émile Zola, secteur Grand Clément, Villeurbanne - Groupe résistant impliqué : Groupes francs (AS) avec appui FTP - Cible : Permanence de la Milice (personnel en poste et patrouille attenante) - Déroulé succinct : Tir de courte durée à l’ouverture de soirée, grenades offensives lancées dans le hall; repli par rues parallèles vers Montchat. Impact estimé : 2–3 miliciens hors de combat, désorganisation temporaire de la permanence, durcissement des contrôles dans le quartier la semaine suivante.
- Embuscade contre une patrouille milicienne aux Brotteaux. Date : Mai 1944 - Lieu exact : Boulevard des Belges, abords parc de la Tête d’Or / quartier des Brotteaux (Lyon 6e). Groupe résistant impliqué : Groupe franc Combat (cellule urbaine), binôme de couverture AS - Cible : Patrouille mixte Milice (en tête) et auxiliaires armés. Déroulé succinct : Rafales brèves depuis un angle d’immeuble, récupération d’un pistolet mitrailleur et de papiers, dispersion par vélos vers la Part Dieu. Impact estimé : Matériel récupéré utile aux actions suivantes ; patrouilles miliciennes réduites sur le secteur pendant ~10 jours.
- Interception d’un véhicule de la Milice entre Caluire et les quais de Saône - Date : Juin 1944 - Lieu exact : Route de Caluire → Quai de Serin (Lyon), zone de bascule vers le 1er. Groupe résistant impliqué: Équipe AS de liaison, appui FTP pour l’exfiltration - Cible : Véhicule Milice transportant deux détenus (résistants). Déroulé succinctb: Barrage improvisé en descente, feu ciblé sur le radiateur, extraction rapide d’un détenu, repli par les pentes de la Croix Rousse. Impact estimé : 1 détenu libéré, documents Milice perdus lors de l’accrochage; riposte avec contrôles renforcés sur les accès de Caluire.
- Sabotage d’un garage réquisitionné par la Milice à Montchat - Date : Juillet 1944 - Lieu exact : Limite Lyon 3e / Montchat – secteur rues Ferdinand Buisson / Feuillat, proche de Bron - Groupe résistant impliqué : FTP (cellule urbaine), avec un artificier. Cible : Dépôt/garage réquisitionné par la Milice (motos et camionnettes). Déroulé succinct : Incendie déclenché de nuit par charges incendiaires sur réservoirs ; clous tordus et sable introduits dans transmissions de véhicules restants. Impact estimé : 3 – 4 véhicules neutralisés, mobilité milicienne réduite pour les rondes locales durant plusieurs jours.
Leaders de la Résistance lyonnaise
Lyon a rassemblé des profils très différents: organisateurs nationaux, cadres locaux, imprimeurs, religieux, syndicalistes, universitaires, médecins. Voici les figures les plus marquantes et leur rôle concret dans et autour de la ville.
Principaux organisateurs et coordinateurs
- Jean Moulin : Coordinateur national (CNR), Lyon comme base de réunions et de liaisons ; arrestation à Caluire (21 juin 1943).
- Henri Frenay : Fondateur de Combat, structuration des réseaux en zone Sud depuis Lyon impulsera presse, liaisons, groupes francs.
- Emmanuel d’Astier de La Vigerie : Fondateur de Libération-Sud, présence et relais lyonnais pour la presse et l’unification.
- Yves Farge : Journaliste-résistant, puis commissaire de la République à la Libération ; articulation Résistance–pouvoir civil dans la région.
- André Philip : Député lyonnais, figure de liaison politique entre mouvements, Londres/Alger et réseaux locaux.
Chefs locaux AS/FFI et mouvements
- Albert Chambonnet (“Didier”) : Cadre de l’Armée secrète (AS) à Lyon; organisation des groupes et liaisons urbaines.
- Serge Chouffot et cadres FFI R1 : Coordination des actions armées urbaines, liaisons avec maquis du Lyonnais/Jura/Vercors.
- Cadres FTP (ex. Jean Chaintron dit “Colonel André”) : Pilotage des unités FTP dans l’agglomération; actions de sabotage et coups de main.
Presse clandestine, imprimerie et faux
- André Bollier (“Vélin”) : Ingénieur-imprimeur de Combat; production de journaux, tracts, faux papiers ; arrêté en 1944.
- Eugène Pons : Imprimeur catholique; impression clandestine (presse, Témoignage chrétien), filières de diffusion.
- René Leynaud : Poète, journaliste (Le Progrès) et résistant ; ancrage dans la presse clandestine et les liaisons.
Figures de l’unification et symboles
- Raymond et Lucie Aubrac : Organisation de filières, évasions audacieuses, coordination locale ; forte activité à Lyon 1943–1944.
- Berty Albrecht : Co-fondatrice de Combat; présence et activités à Lyon avant son arrestation en 1943.
- Marc Bloch : Historien, résistant actif à Lyon; renseignement, liaisons, écrits clandestins.
Réseaux religieux et sauvetages
- P. Pierre Chaillet (jésuite) : Cofondateur des Cahiers du Témoignage chrétien à Lyon ; voix morale contre le nazisme et l’antisémitisme.
- P. Henri de Lubac (jésuite) : Rédaction et diffusion de Témoignage chrétien ; appui intellectuel et réseaux de protection.
- Abbé Alexandre Glasberg : Sauvetage de nombreux Juifs et réfugiés ; filières d’hébergement, faux papiers, exfiltrations.
Médecins, liaisons et soutiens essentiels
- Dr Frédéric Dugoujon (Caluire) : Médecin dont la maison a servi de lieu de réunion (arrestation de Jean Moulin).
- Marius Vivier-Merle : Syndicaliste-résistant lyonnais ; liaisons ouvrières, organisation locale et mémoire de la Libération.
- Équipes féminines de liaison (ex. “Germaine”, “Hélène” dans les réseaux Combat/Libération) : Porteuses de messages, planques, intendance, indispensables aux opérations.
Repères utiles : Ces figures agissent souvent en synergie : mouvements (Combat, Libération, Franc-Tireur), AS/FFI et FTP, presse clandestine (notamment à Lyon), réseaux catholiques (Témoignage chrétien), sauvetages (faux papiers, abris), et liaisons avec les maquis.
Répression, Milice et “capitale de la terreur” (1943–1944)
Après le débarquement allié en Afrique du Nord, l’armée allemande envahit la zone sud. Lyon devient chef lieu régional des services de répression (Gestapo, SS, Feldgendarmerie) et de la Milice française. La répression s’intensifie tandis que privations et pénuries frappent la population. Dès fin 1942, la Gestapo et la Milice font de Lyon un centre de traque, tortures et rafles, forçant la Résistance à multiplier clandestinité, compartimentage et mobilité.
Des figures majeures de la Résistance y tombent, dont Jean Moulin (arrêté en région lyonnaise en 1943), symbole des pertes infligées au mouvement clandestin. Lieux de détention et d’interrogatoire, sièges de la Gestapo, hôtels et commissariats deviennent des marqueurs urbains ; ces traces sont aujourd’hui cartographiées et expliquées par le CHRD (Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation).
Rationnement sévère, couvre feux, rafles antijuives et antirésistantes, travail obligatoire et départs forcés alimentent la colère et la clandestinité, mais coûtent très cher en vies humaines.
Méfaits de la Milice à Lyon
La Milice, auxiliaire centrale de la répression à Lyon après 1943, a mené filatures, arrestations, coups de main, exécutions sommaires et propagande terrorisante, en appui étroit de la Sipo SD. Son implantation, son organigramme et ses méthodes à Lyon sont aujourd’hui bien documentés.
Son siège est installé au 85 rue de la République, en plein centre. Le Rhône compte près d’un millier d’adhérents, dont plus de 600 affectés à la Franc Garde (branche armée), reconnaissable à l’uniforme noir et au béret au gamma. Le dispositif lyonnais est structuré en “services” (renseignements, opérations, etc.).
Joseph Lécussan dirige le 2e service (documentation/renseignements) d’avril 1943 à mars 1944, menant arrestations et perquisitions en civil. Paul Touvier, promu chef local à l’automne 1943, pilote la traque des “adversaires politiques” en constituant des fichiers détaillés. Un aumônier, l’abbé Stéphane Vautherin, est rattaché à la Milice lyonnaise.
Méthodes et “faits” caractéristiques à Lyon
Arrestations ciblées et perquisitions : Équipes en civil (2e service) procèdent à des filatures, enlèvements, fouilles d’appartements et démantèlements de planques de résistants, souvent avant transfert vers les lieux d’interrogatoire allemands et la prison de Montluc.
La Franc Garde mène des “coups de main” contre militants présumés, avec passages à tabac, tirs à courte distance et exécutions en représailles, dans une logique d’intimidation publique et de terreur locale. La Milice sert d’auxiliaire aux rafles et au repérage des Juifs, identifiant logements, contrôlant papiers, participant à des coups de filet montés avec la Gestapo à partir de 1943–1944.2
À côté des opérations de rue, une cour martiale milicienne siégeant à Lyon prononce des peines capitales dans des procédures expéditives. 45 résistants sont condamnés à mort par cette juridiction durant la période, dans le cadre de l’arsenal répressif de Vichy et de la Milice.
Exemple d'actions de la Milice autour des Brotteaux et du 6e arrondissement
- Arrestation d’André Bollier et démantèlement d’un noyau Combat - Date et lieu exact : 17 juin 1944, secteur Brotteaux–Part Dieu (proximité 6e). Groupe impliqué : Milice française et Gestapo (opération conjointe). Cible/résistants : André Bollier (dit “Vélin”, polytechnicien, imprimeur clandestin de Combat) et camarades (Paul Jaillet, Francisque Vacher). Impact estimé : Coup dur à la filière d’impression et de diffusion de Combat dans la métropole lyonnaise ; perte de savoir faire technique (linotype, faux papiers) et de liaisons locales, accroissant la pression sur les réseaux du 6e et des Brotteaux.
Les éléments précis sur l’arrestation d’André Bollier (date, acteurs, effets sur la filière Combat) sont bien établis dans les parcours lyonnais de la Résistance, qui soulignent la participation conjointe de la Milice et de la Gestapo et l’impact sur l’appareil d’impression clandestin.
- Interceptions et filatures de boîtes aux lettres clandestines - Date et lieu exact : 1943–1944, lignes de liaison urbaines reliant Presqu’île–Croix Rousse–Brotteaux ; points de passage vers le 6e. Groupe impliqué : Gestapo et Milice (surveillance et interpellations en binôme). Cible/résistants : Boîtes aux lettres et porteurs de messages (réseaux AS/Combat/Franc Tireur), dont des trajets empruntant Brotteaux pour diffuser vers le 6e. Impact estimé : Série d’arrestations par lecture et remise en place de messages interceptés; désorganisation temporaire des liaisons et sécurisation renforcée des parcours dans et autour du 6e.
- Rafles et coups de main contre planques et ateliers du 6e - Date et lieu exact : Hiver 1943 – été 1944, perquisitions ciblées dans le 6e (secteurs Foch, Brotteaux, Masséna). Groupe impliqué : Milice en appui ou en première ligne, avec Gestapo pour l’interrogatoire. Cible/résistants : Appartements planques, ateliers d’impression, caches de faux papiers et radios reliés aux mouvements Combat et Libération. Impact estimé : Arrestations de logisticiens, saisies de matériel et de stocks ; nécessité pour les groupes francs du 6e de raccourcir leurs “rendez vous” et de compartimenter davantage les équipes.
- Harcèlement et violences anti résistantes sur le secteur Brotteaux - Date et lieu exact : Printemps–été 1944, abords gares et grands axes du 6e (ponts du Rhône, Brotteaux). Groupe impliqué : Milice et services allemands (postes volants, contrôles, coups de filet). Cible/résistants : Porteurs d’armes et de tracts, courriers circulant entre Lyon centre et les liaisons vers Caluire/Villeurbanne. Impact estimé : Augmentation des pertes par arrestations “à chaud”, détours imposés aux filières du 6e, ralentissant la préparation des sabotages coordonnés de l’été 1944.
Notes sur les sources et limites : Les actions Milice–Gestapo sont souvent fusionnées dans les archives. Beaucoup d’opérations “du 6e” rayonnent avec les Brotteaux/Part Dieu, ce qui explique les formulations par secteurs et l’imbrication des cibles et des acteurs.
Chefs de l’appareil répressif allemand à Lyon
Au cœur de la répression, on trouve la Sipo-SD (Police de sécurité et Service de sécurité) basée à Lyon, avec un commandement allemand structuré et des officiers SS responsables des opérations, des interrogatoires et des déportations. Voici les principaux responsables et leur rôle.
Commandement Sipo-SD à Lyon
- Werner Knab (SS-Obersturmbannführer). Fonction : Chef de la Sipo-SD à Lyon (KdS), supérieur hiérarchique local des services répressifs allemands. Rôle : Direction stratégique des opérations de sécurité, coordination avec la Feldgendarmerie, priorisation des cibles (résistance, “ennemis politiques” et Juifs), supervision des sections Gestapo (IV) et SD (III). Empreinte : Appareil centralisateur faisant de Lyon un chef-lieu régional de la répression après novembre 1942.
Structure et lieux clés :
- Hôtel Terminus et annexes comme nœuds d’interrogatoires et de commandement.
- Prison de Montluc sous contrôle allemand pour le “tri”, la détention, les départs de convois et les représailles.
Gestapo de Lyon (section IV)
- Klaus Barbie (SS-Hauptsturmführer), “chef de la Gestapo de Lyon”. Fonction : Chef de la section IV (Gestapo) à Lyon, responsable des enquêtes, arrestations, interrogatoires et opérations de terrain. Rôle opérationnel : Filatures, rafles, interrogatoires avec torture, exécutions sommaires; pilotage d’équipes mixtes avec auxiliaires et miliciens.
Actions emblématiques : Arrestation de Jean Moulin et des chefs de la Résistance à Caluire (21 juin 1943). Rafle de la rue Sainte Catherine (UGIF) à Lyon, arrestations massives et déportations. Rafle et déportation des enfants d’Izieu (6 avril 1944), conduite depuis Lyon. Exécutions de représailles à Saint Genis Laval et fusillades de Bron (août 1944).
Empreinte : Terreur méthodique contre les réseaux résistants et les Juifs, avec usage systématique de la prison de Montluc comme sas.
SD (section III) et autres services
- Section III (SD – renseignement intérieur). Fonction : Collecte d’informations politiques et sociales, infiltrations, exploitation de sources et d’indicateurs. Interaction : Travaille en amont et en appui de la Gestapo; ses analyses alimentent les rafles et coups de filet.
Feldgendarmerie et services auxiliaires. Fonction : Contrôles, barrages, escortes de convois, appuis aux opérations urbaines; participation aux arrestations et transferts vers Montluc.
Comment ces chefs ont articulé la répression
- Centralisation à Lyon : Le KdS (Knab) fait de Lyon le pivot régional ; les ordres et priorités se déclinent vers la Gestapo (Barbie) qui exécute les opérations.
- Synergie coercitive : Renseignement (SD) → surveillance/filatures → arrestations/interrogatoires (Gestapo) → incarcération à Montluc → déportations ou exécutions.
- Appuis locaux : Usage régulier d’auxiliaires français (dont Milice) pour repérage, gardes et coups de main, amplifiant l’emprise sur la ville.
Héritage judiciaire : Barbie sera jugé en France des décennies plus tard; la chaîne de commandement Sipo SD à Lyon est aujourd’hui bien documentée par les institutions mémorielles.
Les sites de répression et de détention structurent la mémoire urbaine, rappel permanent du prix humain payé pour chaque progrès de la Résistance. La répression a été un choc continu. Elle a saigné les réseaux, désorganisé leurs routines, mais elle les a aussi forcés à devenir plus agiles, plus clandestins, et à se fédérer. À Lyon, capitale de la Résistance et de la répression, tout s’est joué sur ce fil.
Arrestations, tortures, exécutions et déportations ont fauché des chefs (politiques, logistiques, imprimeurs, artificiers), brisant des chaînes de confiance difficiles à reconstituer. Saisies d’imprimeries, de radios, de caches d’armes et de faux papiers; démantèlement de planques et de “boîtes aux lettres”, obligeant à tout rebâtir ailleurs. Filatures, lectures de courriers replacés, infiltrations d’indics; perte de routes sûres et d’horaires “habituels”, donc ralentissement de la coordination.
Les réseaux ont adapté leurs méthodes : cellules plus petites, cloisonnement strict des infos, “coupe-circuits” pour limiter l’effet domino après une arrestation. Lieux et horaires changeants, rendez vous “élastiques”, itinéraires multiples; abandon de toute routine repérable. Papiers plus crédibles, identités tournantes, files d’attente “jouées” pour coller aux contrôles ; formation d’équipes dédiées. Mots de passe dynamiques, objets signal discrets, usage plus rigoureux des codes radio et des caches compartimentées. Plus de relais médicaux, religieux, ouvriers et étudiants; dispersion du risque sur des milieux variés.
Moins de coups spectaculaires, plus de harcèlement : après les coups durs, priorité aux sabotages courts et simultanés, plutôt qu’aux opérations longues et risquées. Les actions urbaines servent de diversion pour protéger les maquis ou couvrir des parachutages et des replis. Attente de périodes favorables (relâchement ponctuel, changements d’unités ennemies) plutôt que calendrier fixe.
Prison Montluc à Lyon
Lieu de détention central sous Vichy puis l’Occupation, Montluc incarne la mécanique de la répression à Lyon: arrestations, interrogatoires, incarcérations massives, départs de convois, exécutions en représailles. Son histoire, de prison militaire à haut lieu de mémoire, se lit encore dans ses cellules et ses registres.
Montluc se situe au 4, rue Jeanne-Hachette (Lyon 3e). Construite en 1921 comme prison militaire attenante au tribunal militaire, elle compte 122 cellules individuelles (127 places au total) et des espaces administratifs, douches, ateliers et cours de promenade. Peu utilisée au départ, elle est rattachée à la justice civile en 1926 et ferme en 1932, avant de rouvrir en novembre 1939 avec la guerre.
En zone Sud, Montluc devient un outil de répression du régime de Vichy (1940–février 1943) : y sont internés communistes (dès 1939), premiers résistants, “suspects” de l’état de siège; la surpopulation atteint environ 360 détenus pour 127 places. Réquisitionnée par les Allemands (février 1943–24 août 1944), Montluc sert de prison militaire allemande; plus de 10 000 personnes y transitent entre le 17 février 1943 et la Libération de Lyon, parmi lesquelles Jean Moulin et Marc Bloch. Klaus Barbie y exerce des responsabilités dans l’appareil répressif allemand à Lyon.
Rafles, interrogatoires, “tri” : Montluc est le nœud carcéral où convergent résistants, Juifs et otages arrêtés lors de rafles urbaines; on y “tient” les détenus en attente de déportation, transfert ou exécution. Des milliers de personnes y sont enfermées dans des conditions inhumaines. Depuis Montluc s’organisent des départs de convois vers les camps; nombre de détenus non déportés sont fusillés par représailles. La mémoire officielle retient près de 10 000 victimes passées par Montluc sous l’Occupation.
Après 1944, Montluc redevient une prison (civile), avant sa fermeture définitive en 2009 ; le site est inscrit Monument historique la même année. Il est désormais un mémorial national ouvert au public, dédié aux résistants, Juifs et otages passés par ses cellules, avec un parcours historique et pédagogique. Ce que l’on voit aujourd'hui : cellules conservées, cours, couloirs; cartels biographiques et dispositifs sonores restituant lettres et récits de détenus.
Bombardements et libération (été–automne 1944)
Bombardements de fin de guerre : à mesure que les fronts se rapprochent, la ville subit des bombardements lourds ; des bâtiments emblématiques sont touchés, dans un climat d’attente d’un soulèvement que les FFI régionaux évitent, faute d’armes, pour prévenir une répression aveugle.
Lyon est libérée le 3 septembre 1944 par l’armée américaine et les forces françaises issues du débarquement de Provence (15 août 1944), avec l’appui des FFI ; l’entrée alliée se fait sans insurrection préalable généralisée, choix stratégique des chefs locaux pour limiter les pertes civiles.
Lieux de mémoire et traces dans la ville de Lyon
La ville garde encore aujourd’hui une mémoire vivante de cette période. Parcours du CHRD (Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation) : Plaques, stèles, anciens sièges, prisons et gares jalonnent des parcours urbains thématiques pour comprendre 1939–1945 à Lyon; ils mettent en récit la double identité de la ville, Résistance et répression.