Une terre façonnée par le Moyen Âge
Avant même de partir sur les routes, il faut comprendre ce qui rend la Côte-d’Or si singulière. Ici, l’histoire ne se raconte pas : elle se traverse. Entre le XIe et le XVe siècle, le territoire bourguignon connaît un essor exceptionnel. Les ducs de Bourgogne font de cette région l’une des plus puissantes d’Europe. Des abbayes s’élèvent, des forteresses se construisent, des villages s’organisent autour de leurs murailles.
Aujourd’hui encore, ce passé affleure partout. Châteaux forts, villages fortifiés, églises romanes, maisons à pans de bois : chaque détour de route semble dévoiler un fragment de ce monde ancien. La Côte-d’Or est ainsi une véritable mosaïque de paysages historiques, où patrimoine religieux, militaire et rural s’entrelacent avec une harmonie rare.
Première étape : Châteauneuf-en-Auxois, la forteresse suspendue
Impossible de commencer ce voyage dans une autre ville. Perché au sommet d’un promontoire, le village de Châteauneuf-en-Auxois (km 0) domine la vallée de l’Ouche avec une majesté silencieuse. Le château, véritable sentinelle de pierre, veille sur les paysages environnants. L’un des plus beaux châteaux forts de Bourgogne, dominant la vallée comme un gardien immobile. C’est l’image même du Moyen Âge. Classé parmi les plus beaux villages de France, Châteauneuf-en-Auxois n’est pas un village comme les autres. Il est avant tout une place forte stratégique au Moyen-Âge !
Depuis le canal de Bourgogne, le long de la voie verte, sa silhouette s'inscrit dans l'un des plus beaux panoramas de la région. Le château de Châteauneuf-en-Auxois est l'un des derniers vestiges de l'architecture militaire bourguignonne du XIVe siècle. Pendant la guerre de Cent Ans, des tours et des courtines sont édifiées pour défendre le village et la plaine de l'Auxois. Le château fort, initialement un simple donjon au XIIe siècle, s'est agrandi au fil du temps. Il surplombe majestueusement la plaine de l'Auxois et le canal de Bourgogne. Au fil de la visite de ce monument historique, vous pourrez découvrir le donjon, la tour sud du XIVe, le grand logis et le logis de Philippe Pot du XVe, ainsi que la chapelle aux peintures murales anciennes.
Il est agréable de se promener dans les ruelles moyenâgeuses fleuries de Châteauneuf, où subsistent de belles maisons anciennes en pierre ornées de tourelles. Faites donc une halte à l'église Saint-Jacques et Saint-Philippe du XVe siècle, celle-ci renferme de jolies statues de pierre et bois polychromes, dont une de Saint-Jean-Baptiste attribuée à Claus Sluter. Les remparts, les tours, les maisons en pierre serrées les unes contre les autres : tout ici évoque la vie d’un bourg fortifié, organisé autour de la protection et de la survie. Mais ce qui frappe le plus, c’est le contraste entre la rigueur défensive du lieu et la douceur des paysages alentour. Les collines verdoyantes, les champs, les vignes… La guerre semble loin. Et pourtant, elle a façonné chaque pierre.
Prenez à présent la direction de Semur-en-Auxois, via la D970 (44 km). Au fil de la route, on découvre un territoire profondément rural : l’Auxois. C’est une campagne douce, vallonnée, ponctuée de villages, de fermes anciennes, de petites églises romanes. Mais ne vous y trompez pas. Sous cette apparente tranquillité se cache un passé riche et parfois tumultueux. Fortifications, tours, vestiges de manoirs… le Moyen Âge est partout. L’Auxois est souvent décrit comme une “verte campagne aux bijoux médiévaux”, tant les traces du passé y sont nombreuses.
Semur-en-Auxois, la cité granitique qui défie le temps
La ville surgit presque comme un mirage, posée sur un éperon rocheux, entourée par les méandres de l’Armançon. Perchée sur son éperon de granit rose, Semur-en-Auxois apparaît comme un décor de film médiéval — sauf qu’ici, tout est vrai. Depuis les bords de l’Armançon, la vue sur le donjon et les remparts est saisissante : la ville semble flotter au dessus de la rivière, comme un mirage de pierre. Ses tours massives, ses remparts puissants et ses ponts semblent défier le temps.
En entrant par la porte Sauvigny, on a l’impression de franchir un seuil temporel. Dès l’entrée dans la cité, l’atmosphère change. Les pavés résonnent sous les pas. Les façades à colombages racontent la vie d’autrefois. Les portes fortifiées évoquent les siècles de défense et de pouvoir. Les tours massives veillent, la collégiale Notre Dame surgit, majestueuse, silhouette gothique élancée vers le ciel. Son architecture, reconstruite au XIIIᵉ siècle, est l’un des plus beaux exemples du gothique bourguignon. Semur-en-Auxois est souvent considérée comme l’une des plus belles cités médiévales de la région, notamment grâce à ses remparts, ses tours et ses maisons anciennes remarquablement conservées . Ici, tout est intact, ou presque.
On flâne dans les ruelles étroites avec plaisirs, on s’arrête devant une fenêtre sculptée, on lève les yeux vers les tours du donjon… et soudain, l’impression est troublante : celle de ne plus être au XXIe siècle. Semur n’est pas seulement belle : elle est habitée, animée, chaleureuse. On y trouve des ateliers d’artisans, des cafés sous les arcades, des ruelles qui sentent la pierre chaude et les fleurs de jardin. Conseil de voyage : venez tôt le matin ou en fin de journée. La lumière rasante magnifie la pierre et offre une atmosphère presque irréelle.
Partez à la découverte de la première "Cité de caractère" de Côte-d'Or. Commencez par le donjon aux quatre tours, dont la plus imposante, la tour de l'Orle d'Or, haute de 44 mètres, se visite. Le donjon est constitué de quatre tours larges et massives. Il est reconstruit au XIIIe siècle, domine la cité et témoigne de l'autorité ducale. Ressentez la taille importante de ce donjon où venaient se réfugier les habitants en cas de siège. Le temps d'une visite, laissez-vous séduire par l'église collégiale Notre-Dame : découvrez cette église majestueuse, véritable bestiaire et livre de pierre. Elle fut commencée à partir des années 1220 sur l'emplacement d'une église romane fondée au cours du XIe siècle par Robert 1er. La cité médiévale semuroise est riche de par son patrimoine et son histoire passée !
Votre prochaine étape de cette Route touristique des vestiges médiévaux en Côte-d’Or sera Époisses, via la D954 (57 km). On ne peut pas parcourir ce parcours touristique sans faire un détour par le joli bourg d’Epoisses, labellisé "Cité de Caractère",
Époisses : un château, un fromage, une atmosphère
Époisses est connu pour son fromage puissant et crémeux… mais son château mérite tout autant la renommée. Entouré d’un parc fleuri, ce château médiéval parfaitement conservé raconte l’histoire d’un bourg stratégique, situé entre Haute Bourgogne et Morvan. Ici, le patrimoine se savoure autant avec les yeux qu’avec le palais. Une halte idéale pour mêler culture et gastronomie.
Époisses s'est développé entre les enceintes d'un château fort édifié à compter du Xe siècle, et qui demeure, après avoir été remanié à plusieurs reprises, le joyau du patrimoine de la commune. Seigneurie prospère, Époisses accueillit également une abbaye au XIIe siècle fondé en 1189 par Hugues III de Bourgogne dont il ne demeure désormais que des vestiges, situé à Bretenière. Fief appartenant au roi de Bourgogne dès le VIe siècle, le château est édifié à partir du Xe siècle, protégé par deux enceintes. Au XIIIe siècle, quatre tours et un donjon sont élevés pour assurer sa protection. L'ensemble est remanié et complété du XIVe au XVIIIe siècle. Véritable forteresse, cet ensemble médiéval qui fut tour à tour habité par la reine des Francs, les ducs de Bourgogne, le grand Condé et la Marquise de Sévigné. C'est évidemment son vaste château et ses extérieurs qui constituent le point de départ d'une découverte du patrimoine local.
Votre prochaine étape sera le Château de Montfort, situé à Montigny-Montfort. Revenez vers Semur-en-Auxois, puis prendre la D980 (82 km) pour découvrir un site spectaculaire, dont le pont levis et les vestiges racontent la vie militaire médiévale. L'histoire plus que millénaire de cette commune rurale de Montigny-Montfort est liée à celle de son château du XIIIe siècle qui connut d'illustres propriétaires, mais également à l'histoire du Suaire de Turin qui y a été hébergé de nombreuses années.
Au château primitif du haut Moyen Âge, probable simple tour de bois, a succédé au XIe siècle un premier château de pierres. C'est au XIe siècle (vers 1075) qu'un premier château aurait été édifié par Bernard de Montfort, un proche des ducs de Bourgogne. Vers 1289, le château est reconstruit par Géraud de Maulmont, chanoine et archidiacre de Limoges, conseiller du roi de France Philippe IV le Bel. Par mariages et successions, le château revient en dot à Jeanne de Vergy qui épouse en 1340 Geoffroy Ier de Charny. Le linceul (Suaire de Turin) arrive à Montfort par la famille de Vergy propriétaire du château de Montfort au XVe siècle.
Cette famille serait entrée en possession de cette relique grâce à Othon de la Roche, croisé bourguignon de la quatrième croisade, qui l'aurait pris pendant le sac de Constantinople en 1204. L’existence de cette relique reste secrète dans cette famille jusqu’au milieu du XIVe siècle. L'arrière-petite-fille d'Othon de la Roche, Jeanne de Vergy, épouse Geoffroi de Charny en 1340. Geoffroy de Charny fait le vœu d'édifier une collégiale et d'y déposer le suaire en remerciement à la Sainte-Trinité, à laquelle il attribuait la réussite de son évasion des prisons anglaises. La collégiale est achevée en 1353, Geoffroy de Charny meurt à la bataille de Poitiers (16 septembre 1356), le linceul est déposé à Lirey (Aube) en 1357 par son fils.
A voir également, l'église Saint-Martin, surmonté d'un clocher carré à flèche octogonale, son chœur est de la fin du XIIe siècle début du XIIIe siècle. La nef a été reconstruite à la fin du XIXe siècle début du XXe siècle par l'abbé Lacaille, sur ses propres deniers.
Plus au nord, la route mène à un autre trésor : Abbaye de Fontenay (95 km), classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, c’est l’une des plus anciennes abbayes cisterciennes entièrement conservées en Europe. Fondée en 1118 par le célèbre Saint Bernard, ses lignes pures, son cloître silencieux, son église dépouillée et sa forge médiévale composent un ensemble d’une harmonie rare. La Côte d’Or est l’un des berceaux du monachisme cistercien. Située en pleine nature, au cœur d'un vallon préservé, l'Abbaye de Fontenay ne laisse pas indifférent !
Après avoir suivi un charmant cours d’eau bordé de prairies, la silhouette blanche de l’abbaye s’impose. Au fil de la visite, vous découvrez la majestueuse église abbatiale et son d’histoire, les galeries silencieuses du cloître, le dortoir coiffé d’une splendide voûte de bois, sa boulangerie, la forge où les moines fabriquaient leurs outils, la salle capitulaire et la salle des moines dédiée à la copie et l’enluminure des manuscrits. La visite des édifices se termine par l’ancienne bâtisse de la forge où on y travaille le minerai de fer avec un moulin à eau qui actionne encore un marteau hydraulique.
Pour l'anecdote, l'abbaye a été transformée en papeterie après la Révolution française, ce qui a permis de la préserver. Rachetée au début du XIXe siècle par la famille de Montgolfier (par un neveu des inventeurs des ballons), elle appartient aujourd'hui à leurs descendants, la famille Aynard qui continue de la restaurer avec passion.
Prendre la direction de Flavigny-sur-Ozerain, via la D905 (117 km).
Flavigny-sur-Ozerain : entre histoire et poésie
Classé parmi les plus beaux villages de France, ce bourg médiéval offre une expérience différente, plus intime, presque introspective. Ici, pas de grandes fortifications spectaculaires. Mais une harmonie rare. Village de pierre blonde, lové dans un paysage de collines, Flavigny est célèbre pour ses anis… mais son âme est bien plus ancienne. Sous le chœur de l’ancienne abbaye bénédictine, un ensemble archéologique précieux raconte plus d’un millénaire d’histoire monastique.
Les ruelles sont sinueuses, bordées de maisons anciennes aux murs épais. Les portes anciennes s’ouvrent sur des cours cachées. Les pierres semblent porter les traces du temps, patinées par les siècles. C’est un lieu de lenteur. On s’y promène sans but, simplement pour ressentir. Pour écouter le silence. Pour toucher les murs. Et puis, il y a cette dimension monastique, presque spirituelle, qui rappelle que la Bourgogne fut aussi une terre de foi. La promenade le long des ruelles pavées et du côté des remparts, ponctués de trois portes fortifiées, est particulièrement agréable. Elle vous permettra en outre de découvrir l'abbaye bénédictine Saint-Pierre fondée au VIIIe siècle et sa crypte carolingienne Sainte-Reine.
Le village tient son origine de l'ancienne abbaye bénédictine de Flavigny fondée en 719 par Wideradus, fils du chef burgonde Corbon (peuple germano-scandinave), puis rénovée au XVe siècle par l'archevêque de Besançon Quentin Ménard, natif du lieu. La règle bénédictine écrite par saint Benoît de Nursie au VIe siècle organise la vie quotidienne des moines ; elle rythme leur temps entre la prière, le travail manuel et le travail intellectuel. Au plus tard vers 1150 (et probablement bien avant), la ville de Flavigny appartient à l'évêché d'Autun.
Arrêtez-vous également à l'église Saint-Genest, édifiée au XIIIe siècle, dont la tribune centrale en pierre de style gothique et la belle statue du XVe siècle, représentant un ange de l'Annonciation, méritent le détour. Elle possède aussi de remarquables stalles du XVIe siècle. C'est en se perdant dans ses ruelles, en prenant son temps au détour d'un chemin de ronde herbu qu'il faut découvrir le village. Flavigny, c’est aussi un village de cinéma, où le film Le Chocolat a été tourné. Mais surtout, c’est un lieu où l’on marche doucement, où chaque façade raconte une histoire, où les parfums d’anis se mêlent à ceux des jardins.
La Côte-d’Or regorge de châteaux médiévaux, chacun racontant une histoire différente. Ces édifices témoignent de l’évolution de l’architecture militaire et résidentielle. Tours massives, douves, ponts-levis, murailles… mais aussi salles d’apparat, jardins, décors raffinés. Le château médiéval n’est pas seulement un lieu de guerre : c’est aussi un symbole de pouvoir, de prestige, de culture. Rendez-vous à présent au Château de Bussy-Rabutin, ou château de Bussy-le-Grand via la D6 (130 km). Les premières traces du château de Bussy-Rabutin remonte en 1348. Il s'agit alors d'un château d'architecture médiéval, de plan carré et fermé par une courtine. Très peu de traces nous restent de cette époque.
Le château de Bussy-Rabutin est le parfait témoignage d'une demeure seigneuriale qui a évolué au fil du temps. Au XVIe siècle, l'influence médiévale cède le pas à une architecture Renaissance : le mur de courtine est détruit et remplacé par deux galeries reposant sur des arcs en anse de paniers et décorées de frises. Lorsque François de Rabutin (le grand-père de Roger de Rabutin) rachète le château de Bussy en 1602, il crée une façade pour le corps de logis rythmée et symétrique. Construite sur trois niveaux (rez-de-chaussée, étage et comble), l'élévation extérieure de couleur claire contraste avec les toits sombres en ardoise. Roger de Rabutin hérite du château à la mort de sa mère et continue l'embellissement, notamment intérieur.
Bourguignon haut en couleurs, militaire, galant homme, académicien à l’esprit vif, un de ses pamphlets causera sa chute ! Roger de Rabutin se retrouve condamné à l’exil. En attendant un improbable retour en grâce, il s’attelle à réaliser un décor intérieur évoquant sa nostalgie de la Cour et reflétant ses sentiments. Partez à la rencontre d’un des plus flamboyants courtisans du grand Louis XIV, le comte Roger de Bussy-Rabutin, et de sa demeure à la décoration digne d’une bande-dessinée grandeur nature !