Art roman
Le Poitou-Charentes compte 800 églises romanes, c'est la région romane par excellence. Vous pouvez parcourir la Route touristique de "L'art Roman, une leçon d'histoire médiévale". Ce style apparaît au XIe siècle, après les IXe et Xe siècles, marqués par la fragilité du pouvoir monarchique (déclin des Carolingiens) et les violences (rivalités entre grands féodaux, pillages vikings...). L'Eglise chrétienne semble impuissante à remettre de l'ordre en ces temps troublés.
Après l'an mil, l'influence du clergé se fait cependant plus forte et la foi religieuse connaît un véritable renouveau, comme en témoignent le début des croisades lors de l'appel du pape Urban II en 1095 et les pèlerinages. Poitou, Angoumois et Saintonge se trouvent sur les chemins des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Ces provinces de passage se caractérisent en outre par la présence de pierre calcaire facile à sculpter, d'où la floraison de ces nombreux édifices religieux au plan cruciforme.
L'art roman s'est ainsi développé durant deux siècles au XIe et XIIe siècles, laissant apparaître selon les endroits quelques nuances architecturales.
La façade.
Le premier intérêt des églises romanes réside dans leurs façades. Les façades romanes sont constituées de plusieurs niveaux et d'arcades très souvent sculptées. En Poitou, elles forment des séries décoratives appelées arcatures, qui sont comme un livre ouvert. La façade de l'église Notre-Dame de Poitiers, par exemple, se caractérise par des statues nichées dans les arcatures. L'église Saint-Nicolas-de-Civray (sud de la Vienne) est un autre bel exemple de " façade à lire ".
On notera que les façades sont plus sobres en Saintonge et en Angoumois, excepté les 70 personnages sculptés de la cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême. Les portails, quant à eux, sont souvent profonds, avec plusieurs voussures mais rarement un tympan.
Le chevet.
A l'opposé des façades, les chevets sont " l'arrière " des églises. Une grande diversité les caractérise : les chevets peuvent être polygonaux ou semi-circulaires. Mais le chevet roman le plus typiquement poitevin est constitué de chapelles rayonnantes, appelées aussi absidioles. En Saintonge, la forme de chevet la plus répandue est l'abside unique avec cinq pans et contreforts-colonnes comme l'église de Rioux.
La nef.
Il s'agit de cette longue allée qui mène de l'entrée à l'autel. En Angoumois et Saintonge, la nef est le plus souvent unique, sans collatéraux (bas-côtés). En Poitou, la nef est flanquée de deux bas-côtés. Dans le style roman purement poitevin, nef et collatéraux ont la même hauteur, l'éclairage de l'église se fait par conséquent par les bas-côtés voir l'église de Lencloître. Néanmoins, la plupart des églises poitevines respectent la règle romane générale avec une nef plus haute que les collatéraux.
Les voûtes.
De toutes les voûtes, celle en berceau plein-cintre est la plus associée à l'art roman. L'arc-doubleau est assez fréquent : la voûte en berceau (ou voûtain) est supportée par des arcs en plein-cintre. On peut trouver aussi la voûte en berceau brisé. En levant les yeux, les visiteurs rencontrent un autre élément architectural, quoique plus rare : la coupole. La nef de l'église Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers, par exemple, est surmontée de trois coupoles sur trompes.
Enfin, n'oublions pas la voûte en cul-de-four qui concerne les absides et absidioles.
Les fresques et les sculptures.
Les décors peints n'ont malheureusement pas toujours bien résisté au temps. Les églises médiévales étaient inondées de couleurs et servaient de livres d'images à des fidèles qui, le plus souvent, ne savaient pas lire. Les thèmes de ces fresques sont liés à des épisodes de la Bible ou à des vies de saints. De nos jours, des couleurs comme l'ocre rouge ou le jaune sont bien conservées, d'autres comme le bleu ou le vert ont disparu.
Les plus célèbres fresques se trouvent dans l'église de l'abbaye de Saint-Savin, considérée comme la " chapelle Sixtine de l'art roman " et classée au patrimoine mondial de l'Unesco. Autres lieux à fresques : l'église d'Antigny (Vienne), le baptistère Saint-Jean, les églises Notre-Dame et Saint-Hilaire (ces trois derniers édifices à Poitiers), la chapelle des Templiers à Cressac...
A partir du XIIe siècle, les sculptures prédominent sur les peintures. Chapiteaux, façades, voussures abondent. Les thèmes sculptés sont très diversifiés, allant du sacré au profane, avec bien sûr des scènes bibliques, en particulier le Jugement dernier, des saints, les Vertus et les Vices, des animaux fantastiques : dragons, griffons, serpents..., des éléments végétaux (la feuille d'acanthe...), le cavalier notamment celui de l'église de Melle, etc...
Le style Plantagenêt (XIIe-XIIIe siècles)
Le style Plantagenêt est aussi appelé " style gothique angevin ". Il tient son nom de Henri Plantagenêt (1133-1189), comte d'Anjou et roi d'Angleterre, qui épousa la fameuse Aliénor d'Aquitaine en 1152. Ce style transitoire entre le roman et le gothique a connu son apogée au XIIIe siècle et s'est développé sur l'étendue des possessions territoriales de ce prince : principalement en Anjou et dans le Maine, mais aussi en Poitou, Saintonge et Angoumois.
Particularités architecturales : le style Plantagenêt est une forme architecturale pré gothique présentant des différences avec les constructions gothiques du nord de la France.
En premier lieu, la voûte sur croisées d'ogives est beaucoup plus bombée que dans le gothique traditionnel. De ce fait, la clef d'ogive est beaucoup plus haute que les doubleaux et les formerets. Cela dénote bien que le Plantagenêt est un stade intermédiaire entre la coupole romane (bombée) et la croisée d'ogives gothique (clef d'ogive, formerets et doubleaux à même hauteur).
Cette voûte " angevine " est visible dans la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, à Saint-Jouin-de-Marnes, à Airvault et jusqu'en Vendée et Saintonge. Une autre particularité du style Plantagenêt réside dans la présence de murs latéraux très renforcés : contreforts extérieurs, arcatures intérieures aveugles.