Entre-deux-guerres, la Côte d’Azur accueille festivals de musique, congrès médicaux et congrès artistiques, posant les bases du Nice Jazz Festival en 1948.
La Seconde Guerre mondiale dans les Alpes-Maritimes
Durant la Seconde Guerre mondiale, les Alpes-Maritimes subissent l’occupation italienne puis allemande. La région devient aussi une terre de refuge pour des milliers de juifs fuyant les persécutions, notamment grâce à l'action de résistants locaux et de religieux. La Seconde Guerre mondiale impose occupations et combats, notamment dans le Mercantour, théâtre de maquis alpins.
Mobilisation et « Drôle de guerre » (septembre 1939 – mai 1940)
Dès la déclaration de guerre à l’Allemagne, le 3 septembre 1939, le département s’organise pour barrer la frontière alpine. 520 000 habitants sont évacués des zones frontalières entre la ligne Maginot et la frontière italienne, vers l’arrière-pays et la Provence. Les fortifications de la Ligne Maginot des Alpes, complétées par de nouveaux ouvrages à Rimplas et Flaut, entrent en état d’alerte pour contrer une éventuelle offensive italienne ou allemande. Cette période de tension, restée statique, laisse place à l’angoisse et aux préparatifs tandis que la population s’habitue à la vie sous cocon défensif.
Bataille des Alpes et occupation italienne (juin 1940 – novembre 1942)
Le 10 juin 1940, Mussolini déclare la guerre à la France et lance l’offensive dans les Alpes contre des troupes françaises pourtant bien retranchées. Du 10 au 25 juin, les soldats italiens occupent Fontan, Isola, la Haute-Tinée, la Roya et la Bévéra avant d’être contenus par la Ligne Maginot alpinе. L’armistice du 24 juin 1940 officialise cette occupation qui voit jusqu’à 142 000 soldats italiens déployés dans le département. Malgré l’occupation, les Juifs ne sont pas pourchassés systématiquement, mais des résistants et réfugiés antifascistes font l’objet de rafles et d’internements.
Faits d’armes majeurs pendant la bataille des Alpes
Voici quelques-unes des actions les plus marquantes, illustrant l’audace et l’efficacité des troupes françaises.
La résistance de Menton
Le 21 juin, le XVe corps italien attaque Menton : la garnison française du secteur fortifié des Alpes-Maritimes repousse l’assaut, infligeant de lourdes pertes et conservant la ville jusqu’à l’armistice .
Le fortin de Pont-Saint-Louis
Aux abords de Menton, neuf hommes seulement tiennent le petit ouvrage de Pont-Saint-Louis. Malgré les bombardements et l’infanterie italienne, ils tiennent bon sans être submergés .
Ces exemples montrent à quel point, en juin 1940, l’Armée des Alpes a su allier ingéniosité, discipline et détermination pour repousser un adversaire numériquement supérieur. Mise en place d’un « chemin de mémoire » : depuis 2023 : 140 panneaux pédagogiques répartis sur 18 sites (FR–IT) retracent la Bataille des Alpes, valorisant ce succès militaire et développant le tourisme mémoriel.
Régime de Vichy et collaboration locale (juillet 1940 – novembre 1942)
Le 10 juillet 1940, l’Assemblée nationale vote les pleins pouvoirs à Pétain, et le Conseil général est remplacé par une commission administrative nommée par Vichy. La Légion française des combattants se crée à Nice le 5 octobre 1940, et rassemble 50 000 adhérents, soit près de 10 % de la population départementale . Les maires des communes de plus de 2 000 habitants sont désormais désignés par le gouvernement de Vichy, renforçant l’emprise de l’État autoritaire sur les affaires locales. La propagande maréchaliste gagne rapidement l’opinion avant que les actions violentes des milices n’éveillent des frilosités.
Après l’armistice de juin 1940, de petits groupes diffusent tracts et journaux clandestins pour dénoncer l’Occupation et soutenir les Alliés. Les mouvements Combat, Libération-Sud et Franc-Tireur se structurent localement, recrutent des réseaux de renseignement et organisent cachettes pour réfractaires au STO, jetant les bases d’une Résistance coordonnée en zone Sud.
En septembre 1940, Emmanuel d’Astier de la Vigerie et le commandant Corniglion Molinier fondent à Cannes un petit réseau qu’ils baptisent « La Dernière Colonne ». Malgré leur inexpérience, ils placardent, de Nice à Marseille, des affiches appelant à rompre avec Vichy. Après l’arrestation de plusieurs colleurs en février 1941, le groupe se disperse, mais sa première action de grande ampleur marque les esprits.
À 15 ans, l’élève Jacques Antoines fonde en 1940 le « Groupe Lorrain », graffitant la nuit des slogans anti-nazis sur les murs de Nice. Son slogan préféré, « Non à l’occupation », fleurit dans tout le quartier de Saint-Jean. Débusqué, il est arrêté le 26 juin 1941 et interné, devenant l’un des plus jeunes prisonniers politiques du département.
Occupation italienne (novembre 1942 – septembre 1943)
Après le débarquement allié en Afrique du Nord (8 novembre 1942), l’Italie étend son occupation à toute la zone sud-est, incluant les Alpes-Maritimes. Les Italiens installent des camps d’internement à Sospel, Castellane et Embrun pour y détenir résistants et réfugiés antifascistes. Les actes de sabotage contre les garnisons italiennes se multiplient durant ces neuf mois et provoquent l’instauration, le 16 août 1943, d’un couvre-feu absolu et de sanctions sévères pour détention d’armes ou incitation à la désertion. Ce régime, moins brutal envers les Juifs que la suite, reste néanmoins lourd pour la population locale.
Jean Moulin ouvrit fin 1942, au 22 rue de France à Nice, la « galerie Romanin » pour masquer ses activités clandestines. Occupée par les Italiens, la ville offrait un maigre risque de contrôle. Ce fausse-couverture lui permit d’accueillir ses alliés, d’échanger des informations et de diffuser la presse de la France libre jusqu’à son arrestation à Caluire en juin 1943.
En janvier 1942, Joseph Arnaldi, élève du Lycée Masséna à Nice, réunit une dizaine de camarades pour créer un réseau de renseignement et de distribution de tracts. Ils se retrouvent dans un petit logement du Vieux-Nice, échangent codes et plans alliés, puis expédient les informations vers Londres via des courriers diplomatiques : un exploit pour des adolescents.
Les sous-marins de la Marine française et de petites felouques basées à Antibes participèrent, dès 1943, à des opérations de minage et de torpillages contre les navires de transport ennemis. Ces actions, restées longtemps confidentielles, figuraient dans le DTR n° 14 du Musée de la Résistance Azuréenne sous le titre « Sous-marins et felouques au large d’Antibes ».
Occupation allemande (septembre 1943 – août 1944)
Le 8 septembre 1943, à la suite de l’armistice de Cassibile, la Wehrmacht remplace les Italiens et occupe totalement le département jusqu’en août 1944. Les Allemands multiplient les fortifications côtières et intérieures (blockhaus, champs de mines, batteries antichars) pour prévenir un futur débarquement allié. La Gestapo mène des rafles de Juifs et de résistants, notamment depuis l’Hôtel Excelsior à Nice, centre d’enregistrement de 2 142 arrestations avant déportation. Les réseaux de résistance subissent répression et exécutions, tandis que l’administration locale s’enlise sous la terreur nazie.
Terre de refuge et résistance
Grâce à l’engagement de figures locales (Albert Camus, le père Joseph-Marie Timon-David, et bien d’autres), la région offre un couloir de passage pour les Juifs fuyant le Nord de la France. Les sanctuaires, couvents et quelques maquis alpins participent à cet « exode humanitaire ».
Le 26 janvier 1943, ces trois grands mouvements fusionnent en Mouvements Unis de la Résistance (MUR) afin d’unifier le commandement, d’organiser l’Armée Secrète (AS) et de préparer des actions plus audacieuses contre l’Occupant. Cette unification renforce la cohésion des réseaux, optimise la logistique clandestine et multiplie les sabotages et parachutages d’armes depuis Londres.
À partir de 1943, la Résistance azuréenne passe à l’offensive sur les voies ferrées : le 9 janvier 1943, première action ferroviaire contre le tunnel de Riquier à Nice, visant à perturber le trafic militaire italien. En Avril 1943, sabotage de la gare de Cannes La Bocca par des Groupes Francs de Franc-Tireur et Combat.
Juin 1944, dans le cadre du Plan Vert, destruction coordonnée de rails, aiguillages et caténaires entre Cannes et Menton pour ralentir les transports de troupes et matériels italiens puis allemands.
Résistance et Libération (été 1944)
Dans la nuit du 14 août 1944, les réseaux azuréens captent sur la BBC le message codé « Le chef est affamé », confirmant aux maquisards le Débarquement de Provence. Cette formule, dernière d’une série du style « Nancy a le torticolis », déclenche l’alerte générale et prépare l’insurrection de Nice quatre jours plus tard.
Les Alliés débarquent en Provence les 14 et 15 août 1944, ouvrant la voie à l’avancée vers la Côte d’Azur et la libération progressive du département. Du 27 au 28 août 1944, une guérilla urbaine menée par 350 résistants niçois libère Nice sans appui direct allié : ils prennent la caserne Auvare, font sauter le port et le phare, forcent la Wehrmacht à se replier et célèbrent la fin de l’Occupation locale, illustrant le rôle décisif de la Résistance dans la Libération de la Côte d’Azur.
Dans l’arrière-pays, maquis franco-italiens mènent des actions coups de poing, à l’instar du maquis de L’Albarea à Sospel où quinze partisans furent fusillés le 12 août 1944 (commémoré chaque année). Cette libération s’inscrit dans un élan national, mais les violences et destructions laissent une trace profonde dans les mémoires locales.
Principales stratégies de la Résistance dans les Alpes-Maritimes
Renseignement et liaison : Mise en place de réseaux locaux d’informateurs dans les gares, ports et camps STO. Transmission des données militaires (positions des troupes, convois, fortifications) aux Alliés par liaison radio clandestine ou courrier diplomatique. Utilisation de lycéens et étudiants (réseau Masséna, groupe Arnaldi) pour collecter et exfiltrer des rapports vers Londres ou Alger.
Propagande clandestine et mobilisation : Diffusion de journaux et tracts édités par Combat, Libération-Sud, Franc-Tireur puis MUR pour contrer la presse vichyste. Placardages nocturnes d’affiches anti-occupant et slogans peints (Nice, Cannes, Antibes) pour maintenir le moral de la population. Organisation de réunions secrètes dans le Vieux-Nice et les villas cossues pour recruter et former de nouveaux résistants.
Sabotage des infrastructures : Attaques ciblées sur les voies ferrées et tunnels pour perturber le trafic militaire italien puis allemand. Destruction d’aiguillages, câbles téléphoniques et caténaires dans la vallée du Paillon et autour de Menton, plans connus sous le nom de « Plan Vert » et « Plan Rouge ». Démantèlement de blockhaus ferroviaires lors de parachutages d’explosifs en arrière-pays, ralentissant les renforts ennemis jusqu’en août 1944.
Maquis et guérilla armée : Création de maquis dans les massifs de Beuil, Authion, Roya, Tinée et Vésubie pour abriter armes et combattants. Embuscades, patrouilles nocturnes et harcèlement d’unités allemandes lors de leur retrait est-ouest.
Sauvetage et solidarité : Réseaux d’aide aux juifs et opposants (Marcel à Nice, Convoi 41 à Antibes) fournissant faux papiers, hébergement et guides vers la Suisse ou l’Italie. Organisation de filières pour réfractaires au Service du Travail Obligatoire et prisonniers évadés, souvent cachés dans des fermes isolées. Montée en puissance des actions de secours conjointes avec les Quakers et le Centre américain de secours pour protéger plusieurs milliers de réfugiés.
Coordination et unification : Rassemblement, le 26 janvier 1943, des mouvements Combat, Libération-Sud et Franc-Tireur en Mouvements Unis de la Résistance (MUR) pour centraliser le commandement. Mise en place de l’Armée Secrète, du Noyautage des Administrations Publiques et des sections parachutage, assurant un maillage départemental structuré. Participation au Conseil National de la Résistance, première réunion à Paris le 27 mai 1943, garantissant l’alignement des actions locales sur la stratégie nationale de libération.
Figures emblématiques de la Résistance dans les Alpes-Maritimes
Jean Moulin (alias “Romanin”) : Jean Moulin, envoyé par de Gaulle pour unifier la Résistance en zone Sud, ouvre fin 1942 à Nice la « galerie Romanin ». Sous ce couvert d’un atelier d’art, il héberge des émissaires, organise les réseaux Combat, Libération-Sud et Franc-Tireur et assure la diffusion de la presse libre.
Emmanuel d’Astier de la Vigerie : Journaliste et officier, il fonde en septembre 1940 à Cannes le réseau « La Dernière Colonne ». Premier groupe azuréen à passer à l’action contre Vichy, il orchestre placardages, tracts et contacts avec Londres avant la dispersion forcée de ses membres début 1941.
Commandant Corniglion Molinier : Co‐fondateur avec d’Astier de la Vigerie de La Dernière Colonne, ce militaire retraité supervise la création de cellules FTPF (Francs‐Tireurs et Partisans Français) dans tout le département. Son sens de la discipline façonne les premiers maquis azuréens.
Jacques Antoines : À seulement 15 ans, ce collégien de Saint-Jean-de-Grasse graffe dès l’automne 1940 « Non à l’occupation » dans les rues de Nice. Dénoncé et interné en juin 1941, il devient l’un des plus jeunes prisonniers politiques du département, symbolisant l’engagement juvénile.
Joseph Arnaldi : Étudiant au Lycée Masséna de Nice, il réunit en janvier 1942 une dizaine de camarades pour créer un réseau de renseignement. Cachés dans le Vieux-Nice, ils collectent plans et codes alliés puis les transmettent à Londres via des liaisons diplomatiques.
Quelques autres noms à retenir : Marie Pastor : infirmière de Nice, hébergeuse de maquisards et auxiliaire du réseau Marcel. Raymond Bouvier : chef local de l’Armée Secrète, il coordonne les parachutages d’armes dans l’arrière-pays. Thérèse Bricard : résistante FTP, organise filières d’évasion vers l’Italie depuis Menton.
Après la guerre, le département renaît sous le signe de la modernité et du rayonnement culturel, de Cannes à Antibes, en passant par le développement du musée Matisse ou de la Fondation Maeght. Dans l’après-guerre, l’essor des sports d’hiver voit naître les stations d’Auron et d’Isola 2000, tandis que Sophia Antipolis, créée dans les années 1970, devient la « Silicon Valley méditerranéenne ». Cette dualité mer-montagne se renforce avec des infrastructures de transport toujours plus performantes.
XXIe siècle : enjeux patrimoniaux et développement durable
Aujourd’hui, la préservation du patrimoine historique s’accompagne de politiques environnementales pour lutter contre l’érosion côtière et la pression urbaine. Les sites comme le Mercantour ou les villages perchés sont classés, tandis que de nouveaux musées (Musée d’Archéologie de Nice) ouvrent leurs portes. Le tourisme s’oriente vers des expériences responsables : randonnées en famille, découverte des cultures locales et valorisation des savoir-faire ancestraux. À l’aube d’un nouveau cycle, les Alpes-Maritimes conjuguent mémoire, innovation et respect des écosystèmes.
Les Alpes-Maritimes invitent le visiteur à conjuguer patrimoine et art de vivre. Chaque ville, chaque sentier, chaque pierre porte l’écho d’un passé riche et contrasté. Que l’on explore les ruelles de Vence, les remparts d’Èze, ou les musées de Nice, c’est un véritable voyage dans le temps qui s’offre à nous.